Jack et la mécanique du coeur

ECRANS | De Mathias Malzieu et Stéphane Berla (Fr, 1h34) animation

Christophe Chabert | Mardi 4 février 2014

La longue, laborieuse et coûteuse gestation de cette adaptation par Mathias Malzieu de son livre et de son concept-album n'explique pas intégralement l'indigence du résultat. Déjà fortement influencé par Tim Burton, l'imaginaire de Malzieu se confronte ici encore plus directement à son modèle, notamment dans un prologue enneigé qui évoque Edward aux mains d'argent ; la comparaison n'est guère flatteuse.

C'est peu dire que le leader de Dionysos est un piètre narrateur, meublant les intervalles entre les moments chantés pour tenter de créer une introuvable continuité aux événements. Les chansons elles-mêmes paraissent déjà d'un autre âge – et leurs interprètes avec, Olivia Ruiz et Grand corps malade en tête – mais c'est surtout l'animation qui fait un bond de quinze ans en arrière. Froids pantins numériques lisses et inexpressifs, les personnages sont d'une rare laideur et évoluent dans des univers tout aussi impersonnels.

Malzieu tente parfois d'inscrire son récit dans une évocation cinéphile qui relierait Méliès au western leonien, mais tout cela est aussi maladroit qu'inconséquent. Dans ce film fantomatique, on trouve toutefois un authentique spectre : Alain Bashung, dont la voix d'outre-tombe vient faire souffler le seul et paradoxal instant de vie dans une œuvre mortifère.

Christophe Chabert


Jack et la mécanique du cœur

De Mathias Malzieu et Stéphane Berla (Fr, 1h42) animation

De Mathias Malzieu et Stéphane Berla (Fr, 1h42) animation

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Jack est un jeune garçon peu ordinaire. Né le jour le plus froid du monde avec le cœur gelé, il est désormais doté d’une horloge mécanique en guise de cœur.


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"Une sirène à Paris" : amour en eaux douces

ECRANS | De Mathias Malzieu (Fr., 1h42) avec Nicolas Duvauchelle, Marilyn Lima, Rossy de Palma…

Vincent Raymond | Mardi 10 mars 2020

Alors que son père va vendre la péniche familiale Flowerburger, historique siège d’un groupe d’embellisseurs de vie (les surprisiers) Gaspard, un musicien au cœur brisé, découvre Lula, jeune sirène échouée sur les rives de la Seine. Pour la sauver, il l’emmène chez lui… S’il n’y avait les rêveurs pour le porter et lui donner de l’oxygène, le monde s’écroulerait, asphyxié. Mathias Malzieu en fait partie, qui déploie son imaginaire de chansons en livres et de livres en films, explorant des univers connexes à ceux de ses devanciers Tim Burton ou Jean-Pierre Jeunet. Comme dans La Mécanique du cœur ou Métamorphose en bord de ciel, le meneur de Dionysos ose ici un conte façon alchimie entre merveilleux et mélancolie avec des héros cabossés depuis l’enfance et des créatures surnaturelles. Avec ses décors baroques, sa musique faite maison, ses interprètes attachants (le couple Duvauchelle/Lima s’avère osmotique), Une sirène à Paris cherche à ranimer un certain esprit magique, que l’on peut apprécier comme une forme de nostalgie d’un paradis cin

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"L'Homme à tête de chou" : la décadanse de Gallotta et Bashung

Danse | Il y a encore une décennie, la société aurait parlé de "crime passionnel" pour évoquer l’histoire de L'Homme à tête de chou, album-concept culte de Serge (...)

Aurélien Martinez | Mardi 10 décembre 2019

Il y a encore une décennie, la société aurait parlé de "crime passionnel" pour évoquer l’histoire de L'Homme à tête de chou, album-concept culte de Serge Gainsbourg sorti en 1976. Où l’on suit la lente dérive d’un homme, journaliste pour une feuille de chou, qui commet un Meurtre à l'extincteur sur Marilou, femme qu’il est censé aimer. Un féminicide, mais artistique, dans la tradition de ces œuvres qui glamourisent la mort des femmes coupables d’en faire voir de toutes les couleurs à ces pauvres hommes. Une histoire tragique, reflet de notre société et rentrée dans le Panthéon de la chanson française, que Jean-Claude Gallotta a pris comme un matériau haut de gamme – ce qu’elle est, tant niveau textes que musiques (on parle de Gainsbourg tout de même). Un matériau relu par Alain Bashung et le musicien Denis Clavaizolle, avec notamment une réorchestration (voire une amplification – congas, guitares, trompettes, violons…) grandiose. Un exemple : le morceau Marilou Reggae, devenu encore plus généreux, gro

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"La Vie scolaire" de Grand Corps Malade en avant-première jeudi à Échirolles

ECRANS | Basketteur devenu slameur à la suite d’un accident, Fabien Marsaud alias Grand Corps Malade ne cesse depuis de renaître dans de nouvelles (...)

Vincent Raymond | Mardi 18 juin 2019

Basketteur devenu slameur à la suite d’un accident, Fabien Marsaud alias Grand Corps Malade ne cesse depuis de renaître dans de nouvelles disciplines. En littérature, avec la publication de Patients, qu’il porta ensuite à l’écran et réalisa avec Mehdi Idir. Le revoici derrière la caméra pour La Vie scolaire (en salle fin août), à nouveau consigné par Mehdi Idir, que tous deux viendront à point nommé présenter en avant-première jeudi 20 juin à 20h au Pathé Échirolles (soit à quelques jours des vacances) en compagnie des comédiens Soufiane Guerrab et Liam Pierron. En cas de retard, les mots d’excuses devront être visés par les surveillants.

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"Patients" : subtil et sincère Grand Corps Malade

ECRANS | de Grand Corps Malade et Mehdi Idir (Fr, 1h50) avec Pablo Pauly, Soufiane Guerrab, Nailia Harzoune…

Julien Homère | Mardi 28 février 2017

Avec Mehdi Idir, Grand Corps Malade porte à l’écran le combat d’une vie, qu’il avait déjà romancé dans le livre homonyme Patients. Le film narre sur une année l’histoire de Ben (brillant Pablo Pauly), transporté au centre de rééducation Coubert après un grave accident le laissant partiellement tétraplégique. C’est le début d’une longue lutte bardée d’amitiés, de peines et d’amour pour retrouver son autonomie. NTM et Lunatic en clins d’œil musicaux générationnels à l’appui, les réalisateurs montrent le quotidien par moment insoutenable des malades. S’ouvrant sur une vision subjective clinique, la mise en scène privilégie une forme immersive à l’opposé du format documentaire. Une absence de prétention qui rend le propos sincère et ne le fait pas tomber dans le misérabilisme. Aucune des questions sensibles n’est évitée : suis-je toujours un être humain ? Puis-je tomber amoureux ? Puis-je faire seul mes besoins ? Ai-je un avenir ? En somme, le récit arrive à être touchant sans être plombant, dur sans être dramatique, à la recherche d’un équilibre subtil entre rires et larmes.

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"Volver" : les amours "gallottiennes" d'Olivia Ruiz

Danse | Le spectacle du chorégraphe Jean-Claude Gallotta est donné à la MC2 les 3 et 4 mars.

Aurélien Martinez | Mardi 28 février 2017

Entre la chanteuse Olivia Ruiz et le chorégraphe grenoblois Jean-Claude Gallotta, c’est une histoire d’amour qui dure (ils s’étaient déjà rencontrés sur la scène de la MC2 en 2013). La première, qui vient de sortir son cinquième album, illumine ainsi la dernière création du second, dans laquelle elle danse (entourée de fidèles interprètes "gallottiens") mais surtout chante – logique. Une sorte de comédie musicale sur la vie d’une jeune immigrée espagnole (fortement inspirée de l’histoire d’Olivia Ruiz, même si l’on reste dans la fiction) où ses chansons répondent à la narration. Bien que les ficelles soient parfois trop grosses (la voix off notamment, qui veut absolument que le récit se raccroche à tous les titres chantés), il en découle un spectacle plutôt plaisant. C’est déjà ça. Volver À la MC2 vendredi 3 et samedi 4 mars

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Grand Corps Malade : « Je suis un très grand optimiste »

Interview | « L’important ce n’est pas la chute mais l’atterrissage. » Avec Mehdi Idir, Fabien Marsaud alias Grand Corps Malade raconte le combat d’êtres brisés par la vie, dans un film adapté de son livre autobiographique "Patients". Diagnostic à échelle humaine d’une jeunesse aux espoirs figés.

Julien Homère | Mardi 28 février 2017

Grand Corps Malade : « Je suis un très grand optimiste »

Comment, dans votre film Patients, vouliez-vous faire ressentir visuellement la violence psychologique du handicap ? Mehdi Idir : On a décidé de ne pas en faire un documentaire. On filme à hauteur de fauteuil et les valides sont montrés en contre-plongée : c’était notre parti pris. La réalisation a découlé du centre de rééducation, avec ses couloirs interminables et ses lignes. Pour cette raison, le début est fait de plans très serrés, comme l’introduction en vue subjective, qui jouent sur les cadrages pour ressentir l’enfermement du personnage jusqu’à ce qu’il arrive dans le fauteuil : là, l’image s’élargit. Pourquoi ne pas avoir choisi des stars pour les rôles principaux ? MI : Parce qu’avec Fabien, on se matte beaucoup de films français et les mêmes visages reviennent toujours : ça nous énerve. En faisant ce film, je cherchais de nouvelles têtes pour montrer un vivier de talents inexploités. Grand Corps Malade

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Grand Corps Malade sera mardi au Pathé Échirolles

ECRANS | Fabien Marsaud avait raconté comment un accident de piscine l’avait transformé en Grand Corps Malade (et surtout sa longue phase de rééducation) dans un récit (...)

Vincent Raymond | Mardi 8 novembre 2016

Grand Corps Malade sera mardi au Pathé Échirolles

Fabien Marsaud avait raconté comment un accident de piscine l’avait transformé en Grand Corps Malade (et surtout sa longue phase de rééducation) dans un récit titré Patients. Il a converti ce dernier en un film homonyme, cosigné par son inséparable complice Mehdi Idir qu’il vient dévoiler au public, en compagnie de son équipe de jeunes comédiens, mardi 15 novembre à 20h15 au Pathé Échirolles (la sortie officielle se fera le 1er mars 2017). Pour l’auteur-compositeur-interprète, voilà une tournée d’un nouveau genre…

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Uriage : ici les voix

MUSIQUES | Zoom sur la nouvelle édition du festival Uriage en Voix, qui s'offre notamment l'excellent H-Burns.

Stéphane Duchêne | Mardi 1 septembre 2015

Uriage : ici les voix

Bien campée sur la queue de la comète que constituent les festivals d'été dans la région, Saint-Martin-d'Uriage donne chaque année, et pour la 14e fois, de la voix avec un éclectisme non feint et à vrai dire parfois déroutant. On retrouve ainsi tous azimuts Grand Corps Malade et les Fatals Picards, aussi moqués qu'acclamés, du cabaret électro-swing avec Lamuzgueule (un nom en guise de programme) et la rockeuse Julie Bally, une fille du cru se bâtissant une solide réputation en écumant les scènes locales avec sa guitare et dont le style n'est pas sans nous rappeler – on n'est pas à une lettre près – les belles inflexions du groupe Belly de Tanya Donelly il y a une vingtaine d'année. Mais, alors que l'année dernière, c'est Jean-Louis Murat qui tint qualitativement le haut de l'affiche, c'est cette fois H-Burns (un autre local) qui risque de faire le plus de bruit. Un H-Burns dont on ne cesse ici de vous vanter les exploits, parce qu'il a du talent à revendre mais aussi, et surtout, parce qu'au fil d'une discographie impeccable, il a fait passer le rock par tous les états possibles du post-rock période Don't look back (son ancien groupe) à l'Americana pop de son dernier

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"L’Histoire du soldat / L’Amour sorcier" : mention assez bien

Spectacle | Réunir les trois directeurs des centres de création affiliés à la MC2 pour un spectacle forcément événement : voilà le projet du diptyque composé de "L’Histoire du soldat" d'Igor Stravinsky et de "L’Amour sorcier" de Manuel de Falla. Avec donc aux commandes Marc Minkowski des Musiciens du Louvre Grenoble, Jacques Osinski du Centre dramatique national des Alpes, et Jean-Claude Gallotta du Centre chorégraphique national de Grenoble. Pour une création agréable mais finalement assez convenue.

Aurélien Martinez | Jeudi 17 octobre 2013

C’est l’histoire de trois artistes (plus ou moins) installés dans les murs de la MC2, évoluant chacun dans son domaine (la musique classique pour Minkowski, la danse contemporaine pour Gallotta et le théâtre pour Osinski), livrant régulièrement de nouvelles propositions artistiques. Trois figures emblématiques d’une certaine culture grenobloise qui ont fini par bosser ensemble – une idée vieille comme le monde comme nous l’expliquait le trio en interview. Le fil directeur de leur réunion ? Un projet qui puisse laisser chacun de trois participants s’exprimer. Le choix effectué ? Un diptyque composé du ballet-opéra de chambre L’Histoire du soldat (1917) d’Igor Stravinsky et du ballet-pantomime L’Amour sorcier (1915) de Manuel de Falla, dévoilé mercredi 16 octobre à la MC2. La soirée se découpe donc en deux parties. On a d’abord droit à une Histoire du soldat tirée à quatre épingles, où l’histoire (justement) de ce soldat pactisant avec le diable se

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Les trois mousquetaires

SCENES | Casting de luxe pour le diptyque "L’Histoire du soldat" / "L’Amour sorcier". Aux commandes de ce double spectacle, qui sera dévoilé cette semaine, rien de moins que les trois artistes résidents de la MC2 : Marc Minkowski des Musiciens du Louvre Grenoble, Jacques Osinski du Centre dramatique national des Alpes, et Jean-Claude Gallotta du Centre chorégraphique national de Grenoble. Du coup, on a rencontré les trois. Propos recueillis par Aurélien Martinez

Aurélien Martinez | Vendredi 11 octobre 2013

Les trois mousquetaires

La collaboration Marc Minkowski : Réunir les directeurs des trois centres de création de la maison, c’est en discussion depuis que je suis arrivé ici, il y a 17 ans. Le projet était déjà évoqué du temps de Laurent Pelly, le prédécesseur de Jacques, mais n’a jamais abouti...Jacques Osinski : Quand je suis arrivé en 2008, l’idée est revenue, mais elle a mis du temps à se matérialiser compte tenu des agendas de chacun. Et surtout du fait que l’on devait apprendre à se connaître...Jean-Claude Gallotta : Une fois le projet lancé, j’étais sur l’idée de l’amitié, de faire quelque chose ensemble. On est partis sur ces deux pièces, mais à la limite – et c’est un peu con ce que je vais dire ! –, ils auraient proposé n’importe quoi, j’aurais quand même accepté ! L’Histoire du soldat MM : Avec Jean-Claude, on a souvent parlé de Stravinsky, et notamment du Sacre du printemps, qu’on avait imaginé faire ensemble – mais ça ne s’est pas fait. Puis Jacques est arrivé dans la boucle : j’ai alors essayé d’imaginer une œuvre qui mélange nos trois disciplines. L’Histoire du soldat

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L'union des trois

MUSIQUES | Belle ouverture symbolique : pour la première fois les trois compagnies associées à la MC2 – les Musiciens du Louvre Grenoble, le Centre Dramatique National (...)

Aurélien Martinez | Jeudi 5 septembre 2013

L'union des trois

Belle ouverture symbolique : pour la première fois les trois compagnies associées à la MC2 – les Musiciens du Louvre Grenoble, le Centre Dramatique National des Alpes et le Centre Chorégraphique national de Grenoble – se retrouveront réunis sur un même plateau. Selon leurs affinités, chacun des directeurs a pris part au projet monté autour de L'Histoire du soldat d'Igor Stravinsky et de L'Amour sorcier de Manuel de Falla. Marc Minkowski ayant proposé dans le rôle de l'ardente gitane la non moins incandescente Olivia Ruiz, c'est à Jean-Claude Gallota qu'il échoit de régler les pas de danse tandis que Jacques Osinski officie à la mise en scène des intrigues. En toile de fond, la figure du mal et de l'amour. Ainsi le ballet-opéra de chambre de L'Histoire du soldat cristallise, par le gage avec le diable d'un violon contre le livre de la fortune, la concupiscence et la perte du soldat. Quant au ballet pantomime L'amour sorcier, c'est le spectre de l'ancien amant que vient contrarier l'union de la belle Candelas à son hidalgo. RLR L'Histoire du soldat / El Amor brujo, du mercredi 16 au samedi 19 octobre, à la MC2

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100 000 volts

MUSIQUES | En 1999, sur le morceau Coccinelle, Mathias Malzieu, chanteur-pois sauteur de Dionysos, affirmait ne pas savoir conduire, « pas même un cerf-volant ». (...)

Aurélien Martinez | Jeudi 6 septembre 2012

100 000 volts

En 1999, sur le morceau Coccinelle, Mathias Malzieu, chanteur-pois sauteur de Dionysos, affirmait ne pas savoir conduire, « pas même un cerf-volant ». Plus hyperactif que cerveau lent, Malzieu a pourtant su mener à très grande vitesse et à coups de sauts de kangourou roux, sa petite troupe valentinoise au sommet de la variété-rock française. Y injectant toujours un peu plus de cet univers infantilo-comico-horrifique qui lui bouffe le cerveau – en lorgnant toutefois beaucoup du côté du trio Tim Burton, Roald Dahl ou Daniel Johnston. C'est ainsi que le groupe qui nous ravissait avec Haïku ou Western sous la neige s'est peu à peu mué en troupe de cirque multimédia (livres, films) parfois légèrement redondant dans ses thématiques. Il n'en demeure pas moins que 16 ans de carrière, et quelques projets en solo, n'ont en rien entamé l'énergie d'un groupe qui livre chacun de ses albums avec autant d'enthousiasme que s'il s'agissait du premier. Et vit chaque concert comme si c'était le dernier. Dionysos, le 7 décembre au Summum

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"L’Homme à tête de chou" : vertiges de l’amour

Danse | Un Jean-Claude Gallotta inspiré donne forme aux mots de Gainsbourg interprétés par Bashung : rien que pour le plaisir intense qu’il procure, "L’Homme à tête de chou" s’impose déjà comme l’un des spectacles de l’année. François Cau

François Cau | Lundi 9 novembre 2009

Impossible de faire abstraction de l’émotion entourant la création. Avec la responsabilité monumentale de devoir faire honneur à l’œuvre posthume d’Alain Bashung, Jean-Claude Gallotta est sous le coup d’une pression que bon nombre d’artistes doivent cela dit lui envier. Il s’en serait fallu de très peu pour que ce magnifique cadeau se transforme en héritage empoisonné – on en connaît qui auraient botté en touche, qui auraient opté pour une transposition littérale de la narration sans se poser plus de questions, s’effaçant derrière la puissance d’évocation sidérante de la bande sonore. Au fil des répétitions ayant suivi la disparition de l’icône, Gallotta a dû réviser de fond en comble ses partis pris de départ, pallier l’absence monstrueusement envahissante de son narrateur, ne pas donner à l’ineffable beauté de son enregistrement une tonalité trop sépulcrale. Gommer les aspérités, les facilités, interroger son propre style pour offrir la chorégraphie la plus harmonieuse possible. On savait le directeur du Centre Chorégraphique National de Grenoble en plein questionnement artistique, comme pouvaient en témoigner les détours t

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Derrière les larmes

SCENES | C’est l’un des événements de cette rentrée : le Centre chorégraphique national de Grenoble adapte le concept-album L’homme à tête de chou de Gainsbourg, sur une musique réarrangée par Alain Bashung avant sa disparition. Le chorégraphe Jean-Claude Gallotta nous en dévoile quelques pans. Propos recueillis par François Cau

François Cau | Vendredi 11 septembre 2009

Derrière les larmes

Comment le projet est-il né ?Jean-Claude Gallotta : Quand Alain Bashung est venu pour l’inauguration de la MC2, il a demandé au directeur Michel Orier si je pouvais chorégraphier quelque chose pour leur concert avec Christophe. Ça m’avait interpellé, mais j’ai dû refuser, je faisais My Rock en même temps. J’étais emmerdé, je pensais qu’il abandonnerait l’idée, mais il est tout de même passé voir un petit bout de My Rock, ça a dû engendrer une petite étincelle qui allait se révéler par la suite. Arrive ensuite le producteur Jean-Marc Ghenassia, qui avait vu Les Sept péchés capitaux. Il voulait monter L’homme à la tête de chou en ballet, ça lui tenait à cœur. J’ai d’abord été distant, un peu effrayé du côté showbiz, puis enthousiasmé par l’idée de travailler autour de Gainsbourg. Quand il m’a demandé à qui je pensais pour retravailler la musique et lui donner un sens scénique, pour moi, il n’y avait que Bashung – sa façon d’être, sa tronche, le fait qu’il ait fait un album avec Gainsbourg… Le producteur a douté un peu, Bashung avait déjà à l’époque une aura d’intouchable, mais il a dit oui tout de suite. Il y avait sûrement de l’étincelle qu

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Couleur rock

MUSIQUES | La quatorzième édition du festival Rocktambule se dote cette année d’une programmation à même de ravir les amateurs de headbanging, leurs grands frères plus calmes et leurs petites sœurs qui n’aiment jamais rien. voici notre sélection de concerts immanquables sous peine de regrets amers dans quelques années. Patrice Coeytaux & Aurélien Martinez

François Cau | Lundi 6 octobre 2008

Couleur rock

DIVINITÉS HELVÈTESDes Suisses qui font du rock, l’idée peut prêter à sourire pour ceux qui seraient restés sur certains stéréotypes (Stephan Eicher ?!). On n’est évidemment pas de ceux-là. Au cours de ces quelques modestes lignes, il sera ainsi question des Young Gods. Un nom presque prétentieux pour ce trio, formé il y a plus de 20 ans, à la carrière internationale. À les écouter, ça fleure bon du côté du blues et du folk, avec des sons indus par-ci par-là et du bon gros rock efficace sur certains titres plus anciens. Le concert dans le cadre de Rocktambule est prévu pour le samedi 18 octobre, à la Faïencerie. Et comme un bonheur ne vient jamais seul, en première partie, ce sera les SZ : deux frères mélangeant habilement post-rock minimaliste et electronica. GREG GILG RELOADEDC’est un joli mélange que Greg Gilg. Produit made in Grenoble rangé dans la casse fourre-tout “chanson française”, il n’en est pas moins influencé par une masse considérable d’autres courants pour un résultat très original. Celui qui a coutume de s’accompagner seul au violoncelle sera sur la scène de l’Hexagone avec sept musiciens invit

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Le monstre sacré

MUSIQUES | Attention, un monument de la chanson française posera ses valises un soir d’octobre au Summum de Grenoble, pour le concert d’ouverture du festival (...)

François Cau | Jeudi 11 septembre 2008

Le monstre sacré

Attention, un monument de la chanson française posera ses valises un soir d’octobre au Summum de Grenoble, pour le concert d’ouverture du festival Rocktambule. Avec, comme justification de sa présence, Bleu pétrole, son dernier album en date. Une œuvre magistrale, façon montagnes russes : quelques titres sympatoches ; mais surtout des sommets vertigineux, envoûtants, à l’instar de Comme un Légo, 9 minutes de pur bonheur. Un disque où l’interprète de tubes comme Gaby, oh Gaby ou Vertige de l’amour, en recherche de nouveaux espaces, s’est adjoint les services des prolifiques Gaëtan Roussel (Louise Attaque) et Gérard Manset. Aujourd’hui encore plus, on ne doute donc plus du génie du rockeur de 60 ans, qu’il soit, depuis une trentaine d’années, auteur-compositeur ou simple interprète. Une carrière monstrueuse, une œuvre prodigieuse, qui donnent envie de le (re)voir sur scène, interpréter les sublimes La nuit je mens ou Madame rêve. Oui, Alain Bashung est un grand - un des plus grands même - du paysage musical français, qui peut se permettre de reprendre en français le Suzanne de Leonard Cohen sans altérer d’un poi

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