Un festival (pas si) jeune public

ECRANS | Bien plus qu’un festival jeune public, Voir ensemble propose, quinze jours durant au Méliès, de réfléchir autour d’un cinéma qui cherche à éveiller la curiosité des spectateurs, jeunes comme moins jeunes, avec un focus pour cette deuxième édition sur le son et la musique. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 25 février 2014

Vacances scolaires obligent, les festivals de cinéma jeune public prennent leurs quartiers dans les salles françaises. Certes, depuis l'instauration du tarif unique à 4€ pour les moins de 14 ans, c'est un peu la fête tout le temps pour les jeunes spectateurs, avec ce risque d'infantiliser toute la production et – ça a commencé – de voir les écrans truster par des films animés ineptes et régressifs. D'où l'utilité de Voir ensemble, le festival proposé par Le Méliès : son ambition n'est pas de compiler la production récente et à venir pour faire tourner le tiroir-caisse, mais bien de mettre en perspective les films présentés avec des stages, des rencontres et des soirées spéciales.

Autre particularité : Voir ensemble ne cherche pas uniquement la nouveauté à tout crin, puisque cette édition n'hésite pas à proposer les copies neuves de trois classiques restaurés. D'abord Le Voyage de Chihiro, chef-d'œuvre qui consacra son auteur Hayao Miyazaki comme un des grands cinéastes de son temps grâce au Lion d'or obtenu à la Mostra de Venise – Lion qu'il a loupé, et c'est regrettable, avec son dernier et superbe Le Vent se lève, lui aussi présenté à Voir ensemble ; ensuite, Mon oncle de Jacques Tati, qui confronte la modernité bourgeoise et le "progrès" technologique avec la pipe et la mobylette de ce bon vivant de Monsieur Hulot ; enfin, Phantom of the Paradise de Brian De Palma, génial croisement entre Le Fantôme de l'opéra, Faust et la légende de l'ange noir Phil Spector.

Stars et trublions

Ces deux derniers films sont aussi emblématiques de l'axe pris par cette deuxième édition du festival : un focus sur des œuvres où le son et la musique tiennent un rôle essentiel, et que Voir ensemble a réunies dans une section "Écouter-voir". On pourra y entendre aussi un ciné-concert autour de Monte là-dessus (avec Harold Lloyd accroché aux aiguilles d'une gigantesque horloge) par le pianiste Jean-Marie Gonzales, et y voir l'avant-première des Amants électriques, le nouveau Bill Plympton, trublion anglais qui pratique une animation pas vraiment tout public…

Niveau avant-premières, le festival se montre particulièrement généreux avec les nouvelles aventures de quelques stars du cinéma pour tout-petits (Capelito, Gros pois et Petit point, ou la petite taupe) ou enfin le lauréat mystérieux du dernier festival d'Annecy, un ambitieux film de SF brésilien, Rio 2096, une histoire d'amour et de furie, qui sera à suivre de très près.

Voir ensemble
Du 1er au 15 mars, au cinéma Le Méliès

entrez votre adresse mail pour vous abonner à la newsletter

Écrans magiques

Festivals | Présente dans la programmation des festivals de cinéma Voir Ensemble, À vous de voir et Plein les yeux, l’animation japonaise jeune public n’a pas toujours profité d’une telle reconnaissance. Retour sur les raisons de ce (tardif) changement de statut et décryptage de quelques-uns des films à l’affiche ces prochains jours.

Damien Grimbert | Mardi 18 février 2020

Écrans magiques

C’est une histoire désormais bien connue. À l’origine de nombreux films remarquables depuis la fin des années 50, et bénéficiant d’une présence sur les (petits) écrans français dès la fin des années 70, l’animation japonaise jeune public a néanmoins dû attendre l’orée des années 2000 pour enfin commencer à être reconnue à sa juste valeur. S’il n’est pas le premier film d’Hayao Miyazaki à être sorti dans les salles françaises et d’une certaine reconnaissance critique (Porco Rosso, Mon Voisin Totoro et Princesse Mononoké lui avaient auparavant pavé la voie), Le Voyage de Chihiro est en revanche sans conteste celui par le biais duquel tout a changé. Immense succès public (1, 34 million d’entrées l’année de sa sortie en France), le métrage a ainsi permis à l’intégralité des productions du Studio Ghibli de s’imposer en véritables incontournables, et modifié irrémédiablement le regard porté par le grand public sur les films d’animation en provenance du Japon. Ouvrant de fait la voie, quelques années plus tard, à toute une nouvelle génération de réalisateurs (Mamoru Hosoda, Makoto Shinkai, Masaaki Yuasa, Keiichi Hara…), qui n’auraient sans doute jama

Continuer à lire

L’embarras du choix

Programmation | Au-delà de la japanimation, d’autres merveilles seront également visibles lors des trois festivals. Voir Ensemble offre ainsi, jusqu’au 1er mars, un choix (...)

Martin de Kerimel | Mardi 18 février 2020

L’embarras du choix

Au-delà de la japanimation, d’autres merveilles seront également visibles lors des trois festivals. Voir Ensemble offre ainsi, jusqu’au 1er mars, un choix élargi de films d’animation, dont quelques courts de la réalisatrice française Florence Miailhe, marraine de la manifestation. Le programme comprend d’autres propositions françaises, le premier film d’animation réalisé par une femme indienne (Bombay Rose) et des œuvres venues d’Allemagne, de Roumanie ou de Norvège, notamment. On prêtera par ailleurs un œil attentif aux films proposés en images réelles, parmi lesquels un Pinocchio signé Matteo Garrone, le très attractif Ballon d’or originaire de Guinée, et It must be heaven du Palestinien Elia Suleiman. Comme à Grenoble, La Mure joue la carte de la diversité, avec 24 films au total : du 2 au 8 mars, Plein les yeux proposera ainsi quelques inédits, plusieurs sorties encore récentes (Le voyage du docteur Dolittle, Sonic le film, Le Prince oublié…) et d’autres un peu plus anciennes (Terra Willy, Donne-moi des ailes, Shaun le Mouton…). Du côté de Saint-Égrève, du 21 au 26 février, la programmation s’annonce

Continuer à lire

"Never-Ending Man : Hayao Miyazaki" : demain, j’arrête (ou pas)

ECRANS | de Kaku Arakawa (Jap, 1h12) documentaire

Vincent Raymond | Jeudi 20 décembre 2018

En 2013, après plusieurs faux-départs, le cinéaste Hayao Miyazaki effectue l’annonce solennelle de sa retraite définitive. Peu dupe, le réalisateur Kaku Arakawa entreprend de le suivre et enregistre son incapacité à demeurer inactif : le fondateur des studios Ghibli se remet rapidement au travail… D’une insolente brièveté, ce documentaire tourné au plus près de Miyazaki (parfois sous son nez pendant qu’il déguste son bol de ramen) possède de nombreuses vertus. Dont celle de nous immiscer dans l’intimité du père de Totoro, révélant ses habitudes et ses manies (le port de la blouse, les cigarettes, les tressautements de jambes machinaux) d’un über perfectionniste conscient d’avoir, à l’instar d’un Cronos, dévoré ses enfants par crainte qu’ils lui succèdent. On pourrait croire qu’il s’agit d’une charge contre un vieux maître reclus dans son égotisme et la certitude de son indépassable excellence ; or justement, Miyazaki ne cesse de s’ouvrir à la nouveauté (ici, à la 3D) et à la jeunesse. Et quand il ose avouer vouloir réaliser dans un premier temps un nouveau court-métrage, Boro la chenille, c’est (aussi) pour goûter à cette tech

Continuer à lire

L’animation japonaise au firmament à la Cinémathèque de Grenoble

ECRANS | Rendez-vous tout le mois de décembre au cinéma Juliet-Berto pour le constater, avec la projection de pas mal de pépites (dont le mythique "Château Ambulant" de Miyazaki).

Damien Grimbert | Mardi 4 décembre 2018

L’animation japonaise au firmament à la Cinémathèque de Grenoble

Vaste continent à l’approche souvent intimidante, le cinéma d’animation japonais se dévoile à la Cinémathèque à l’occasion d’un cycle thématique de six films qui constitue une excellente entrée en matière pour le néophyte… mais pas seulement. Outre Le Serpent Blanc de Taiji Yabushita, déjà diffusé à l’heure où l’on publie ces lignes, sont ainsi proposés trois films d’auteurs contemporains largement acclamés, dont la poésie, l’intelligence, la tendresse et la charge émotionnelle ont amplement contribué à sortir l’animation japonaise du ghetto culturel auquel elle était jusqu’alors confinée. On pense bien sûr au Château Ambulant (2004) du maître incontesté Hayao Miyazaki, aux Enfants loups, Ame et Yuki (2012) de Mamoru Hosoda, nouveau mètre-étalon du genre, et au Miss Hokusai (2015) de Keiichi Hara, moins réputé mais tout aussi méritant. Œuvres plus radical

Continuer à lire

Voir Ensemble : le cinéma à hauteur d'enfant au Méliès

Festival | Le cinéma grenoblois propose du mercredi 14 au dimanche 25 février la sixième édition de son incontournable festival dédié au jeune public. On détaille le programme.

Aliénor Vinçotte | Mardi 6 février 2018

Voir Ensemble : le cinéma à hauteur d'enfant au Méliès

C’est peu dire que le cinéma le Méliès fait ce qu’il faut pour mériter son label "jeune public". Par exemple, tout au long de l’année, il accueille dans ses salles les enfants (et leurs parents) pour des séances suivies d’un débat. Et, surtout, lorsqu’arrivent les vacances de février, il organise Voir Ensemble, festival avec une trentaine de films pour jeunes spectateurs et spectatrices. Lors de cette sixième édition, où onze films tenteront de décrocher le Prix du public, neuf avant-premières seront projetées. Parmi elles, le célèbre classique américain Croc-Blanc (photo) de Jack London pour la première fois dans une adaptation animée, en présence de son réalisateur Alexandre Espigares (le film sortira fin mars). Certaines séances seront suivies d’ateliers, d’autres accompagnées par des cinéastes – comme Jean-Michel Bertrand, auteur du documentaire en compétition La Vallée des loups sorti il y a un an. Un hommage sera également rendu à la société de distribution jeune public Les Films du préau, qui

Continuer à lire

Le grand (pas si) méchant Benjamin Renner

ECRANS | L'auteur et réalisateur français, à qui l'on doit le très beau film d'animation "Ernest et Célestine" (2012), est le parrain de la nouvelle édition de Voir Ensemble, festival jeune public du cinéma le Méliès. Il ouvrira la manifestation ce mercredi 22 février.

François Cau | Mardi 21 février 2017

Le grand (pas si) méchant Benjamin Renner

« J'avais déjà essayé de l'inviter l'année dernière, sans succès » se souvient Marco Gentil, qui s'occupe du festival Voir Ensemble. Mais les années se suivent et ne ressemblent pas : en 2017, le réalisateur français Benjamin Renner, auteur en 2012 du très beau film d'animation Ernest et Célestine, sera présent. Et en parrain de l'édition, comme le veut la tradition de Voir Ensemble, il a signé l'affiche du festival. Apparu sur les écrans en 2007 avec son court-métrage La Queue de la souris, l'ancien élève de la Poudrière à Valence (« seule école française d'animation dédiée à la réalisation » selon son site) s'est rapidement imposé comme un auteur à suivre. Recourant volontiers à de grandes thématiques (comme la différence, l'acceptation, le géant face au petit), il a également fait preuve d'un flair remarquable montrant qu'il savait bien s'entoure

Continuer à lire

Ensemble, c’est tout (animé) !

Festival / Du mercredi 22 février au samedi 4 mars | Soufflant cette année ses cinq bougies, Voir Ensemble, l’excellent festival jeune public organisé par le cinéma le Méliès, s'est construit une solide réputation d'oasis poétique et éducative pour toute la famille. Le programmateur Marco Gentil nous présente son (déjà grand) "bébé".

Julien Homère | Mardi 14 février 2017

Ensemble, c’est tout (animé) !

Concevoir, rassembler, unir, découvrir, transmettre… Tels sont les termes qui reviennent le plus dans la bouche de Marco Gentil, le programmateur de Voir Ensemble, pour définir ce festival organisé par le cinéma le Méliès depuis 2013. Tout est parti d’une ambition assumée : transformer Les Rencontres cinématographiques en un “vrai” festival, intégrant une compétition et des films inédits. « L’idée première, la notion centrale, c’était “se voir ensemble” ; grâce à cette spécificité de la salle de cinéma qui permet de découvrir des films avec d’autres spectateurs et de partager des émotions. » Un projet en résonance avec la ligne éditoriale du Méliès – lequel fait partie de La Ligue de l’Enseignement de l’Isère et propose tout au long de l’année moult rendez-vous autour de l’éducation à l’image. Pour les petits et l’écran L’avénement de Voir Ensemble s’inscrit dans un contexte actuel des plus favorables pour le cinéma d’animation. Longtemps ghettoïsé, ce dernier séduit aujourd’hui séduit un public grandissant grâce à son inépuisable capacité d’émerveillement et d’intelligence : le succès dans les salles (pl

Continuer à lire

Quand Miyazaki et Takahata dessinaient des pandas

ECRANS | Ce mois-ci, le Méliès ressort "Panda, Petit Panda", suite de deux courts-métrages réalisés en 1972 par les deux maîtres japonais de l'animation, à l'époque quasi-débutants.

Vincent Raymond | Mardi 5 juillet 2016

Quand Miyazaki et Takahata dessinaient des pandas

Bien avant que le ninja Po ne promène sa ventripotente carcasse sur les écrans (dans Kung Fu Panda), deux autres ursidés avaient eu les honneurs du cinéma d’animation au Japon dans Panda, Petit Panda (1972). Mettant en scène les deux animaux farceurs et une petite fille dégourdie, Mimiko, ce programme de deux courts-métrages égaux en durée est né de la conjonction de deux talents ; deux complices fidèles devenus les parrains (ou les oncles tutélaires, pour faire moins yakuza) de l’animation nippone : Isao Takahata et Hayao Miyazaki, alors quasi-débutants. Si la technique semble parfois un peu pataude (au niveau des intervalles, légèrement saccadés), la fantaisie et l’originalité des univers annoncent à bien des égards les futures grandes œuvres des réalisateurs de Pompoko (1994) et de Mon voisin Totoro (1988). En particulier le ton malicieux, l’attention respectueuse portée à la nature et à ceux (animaux, plantes, esprits) qui y vivent ou survivent, le fantasme de la submersion, dont Miyazaki fera un thème récurrent (peut-être que la situation d’insulaire favorise-t-elle ce type de pensée ?) ; jusqu’aux mimiques exagérées du grand pa

Continuer à lire

Voir ensemble : pour les petits et l’écran

ECRANS | Le festival de cinéma consacré au jeune public en est à sa quatrième édition. On détaille son (réjouissant) programme.

Vincent Raymond | Mardi 9 février 2016

Voir ensemble : pour les petits et l’écran

En vertu de quel décret les adultes seraient-ils les seuls à profiter des joies d’un festival de cinéma ? Dévorer du film peut en effet se faire à tout âge, y compris au plus tendre. Les spectateurs du Méliès le savent d’autant mieux que la salle grenobloise propose chaque mois un film ciblé jeune public agrémenté d’une discussion, à l’occasion de son cycle Voir Ensemble… Lequel se transforme en dizaine festive durant les vacances de février. Programmant une trentaine d’œuvres dont la plupart récentes et la moitié en avant-première ou inédites, Voir Ensemble vaut autant par la qualité de sa sélection (l’art et essai est préféré au tout-venant des studios) que par la richesse des interventions attendues pour cette édition. Ouverte par son parrain Rémi Chayé, auteur de l’enthousiasmant Tout en haut du Monde, elle accueillera notamment le réalisateur-illustrateur Benjamin Renner, dont on reverra avec bonheur le tendre

Continuer à lire

Voir et revoir le cinéma jeune public

ECRANS | Le festival Voir ensemble du Méliès propose cette année encore quinze jours de films jeune public judicieusement sélectionnés parmi l’actualité du genre, mais (...)

Christophe Chabert | Mardi 3 février 2015

Voir et revoir le cinéma jeune public

Le festival Voir ensemble du Méliès propose cette année encore quinze jours de films jeune public judicieusement sélectionnés parmi l’actualité du genre, mais aussi dans son histoire, récente ou lointaine. Le parrain de cette édition n’est autre que le grand Jean-François Laguionie, un des maîtres de l’animation française, qui présentera son superbe Le Tableau ainsi que des images inédites de son prochain film, Louise en hiver, lors de l’ouverture du festival le 7 février. Ouverture qui se poursuivra avec l’avant-première du très attendu Shaun le mouton, nouvelle production des studios Aardman, reprenant le personnage de la fameuse série télé et sidekick comique d’un des plus fameux épisodes de Wallace et Gromit, Rasé de près. Des avant-premières, il y en aura d’autres au cours du festival, réunies dans une compétition où figure notamment l’excellent Spartacus et Cassandra, dont on vous parle page 4, mais aussi un inédit de Karel Zeman, le Méliès tchèque, Le Baron de Crac, tourné en 1961. Zeman sera aussi à l’honneur à travers un beau pr

Continuer à lire

Le monde moderne selon Monsieur Hulot

ECRANS | Véritable institution cinéphile, Jacques Tati n’en finit plus de revenir sur les écrans, longue panthéonisation d’un auteur qui, à l’exception d’un dernier film (...)

Christophe Chabert | Mardi 3 juin 2014

Le monde moderne selon Monsieur Hulot

Véritable institution cinéphile, Jacques Tati n’en finit plus de revenir sur les écrans, longue panthéonisation d’un auteur qui, à l’exception d’un dernier film fort mal reçu par la critique et le public, connaissait déjà de son vivant une reconnaissance quasi-unanime. Après Jour de fête, étrangement rendu à sa version originale en noir et blanc cet été, c’est Mon oncle qui a droit à une restauration soigneusement supervisée par la fille du réalisateur et par le couple Deschamps/Makeïeff, qui ont racheté les droits du catalogue Tati. Mon oncle (1958) est de fait une des œuvres majeures du cinéaste. Il y reprend son rôle de Monsieur Hulot, dont on avait suivi les Vacances cinq ans auparavant, et y développe ce qui deviendra son thème de prédilection : la déshumanisation induite par le progrès et la modernité. Tati y oppose le couple Harpel, avec sa maison design et son jardin aux motifs géométriques, à Hulot, le Parisien bohème des faubourgs. Au milieu, il y a le jeune Gérard, qui préfère la compagnie de son oncle Hulot à celle de ses parents, ce que le paternel prend plutôt mal. Si le film est une charge sans ambiguïté contre l

Continuer à lire

De Palma et les fantômes de Faust et d’Hitchcock

ECRANS | Avec "Phantom of the paradise", Brian De Palma réinventait en plein Nouvel Hollywood la comédie musicale rock, passée au prisme des films d’horreur, du queer et de son maître Hitchcock. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 26 février 2014

De Palma et les fantômes de Faust et d’Hitchcock

Alors que le piteux Passion sonnait comme un chant du cygne pour Brian De Palma, son œuvre passée n’en finit plus de ressurgir sur les écrans : après Blow out, Pulsions, Scarface et même Les Incorruptibles, c’est Phantom of the paradise qui a droit à une copie restaurée numériquement. Celui qui fut longtemps le moins fréquentable des réalisateurs nés du Nouvel Hollywood a conquis une étiquette de "classique" plutôt amusante quand on juge l’impureté des œuvres qu’il tournait à l’époque, empruntant à Hitchcock et Antonioni, mais aussi aux séries B horrifiques et au giallo italien ou, comme ici, à la comédie musicale. Dans Phantom of the Paradise, De Palma entonne déjà un chant du «cygne», du nom du producteur maléfique Swan, croisement entre Phil Spector et Elton John, incarnation à la fois du côté obscur du music business et d’une culture queer alors naissante — on nous glisse que le personnage s’inspire surtout de Claude François et de sa manière très personnelle «d’auditionner» ses Claudettes… Swan va vole

Continuer à lire

Le Vent se lève

ECRANS | Pour ses adieux au cinéma, Hayao Miyazaki propose une fable ample, adulte et très personnelle mêlant histoire du Japon et envol romanesque pour dessiner un autoportrait en créateur aveuglé par sa passion. Magnifique. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 15 janvier 2014

Le Vent se lève

Ce n’est pas la première fois qu’Hayao Miyazaki annonce sa retraite cinématographique ; c’est même devenu un sujet de plaisanterie comme furent, en leur temps, les adieux des mythiques Compagnons de la chanson… Non seulement Le Vent se lève donne un crédit évident à ce départ longtemps reporté, mais il explique aussi en creux les tergiversations du maître. Le parcours de son protagoniste, Jiro, évoque ainsi métaphoriquement celui de Miyazaki lui-même : celui d’un homme mû par une passion si exclusive qu’elle lui fait passer à côté du monde et de la vie. Ainsi, dès son plus jeune âge, Jiro s’obsède pour l’aviation, ayant trouvé un mentor imaginaire en la personne de Giovanni Caproni, pionnier italien de la construction. Devenu ingénieur, il va tout faire pour donner au Japon des modèles dignes de ceux fabriqués en Europe, et notamment dans l’Allemagne hitlérienne. Car Le Vent se lève se déroule dans une période tumultueuse de l’Histoire japonaise que Miyazaki circonscrit à deux événements : le séisme qui dévaste la région de Kanto et la participation de son pays à la Deuxième Guerre mondiale. Une dernière envolée Du premier, spectaculai

Continuer à lire

Voir (et revoir) ensemble

CONNAITRE | Début ce mercredi du festival Voir ensemble consacré au cinéma jeune public, avec une programmation témoignant d’un bel éclectisme et d’une ouverture maximale sur le monde. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Lundi 18 février 2013

Voir (et revoir) ensemble

Pour ceux qui pensent que le cinéma jeune public se résume à des grosses productions animées mais sans âme venues des studios hollywoodiens ou à des recueils de courts-métrages inégaux regroupés selon l’âge des enfants auxquels ils se destinent, le festival Voir ensemble remet les pendules à l’heure. Oui, les plus jeunes spectateurs ont aussi droit de succomber à la beauté filmique d’un Ozu, à l’humour slapstick de Jerry Lewis, au réalisme sentimental d’un Comencini et aux documentaires délicats de Nicolas Philibert. C’est tout le pari de Voir ensemble, festival qui prolonge l’action menée tout au long de l’année par le Méliès dans son programme d’éducation à l’image. Pas d’ornières donc dans la programmation, mais au contraire une ouverture maximale sur tous les âges du cinéma, pour tous les âges des spectateurs. Visions nipponnes Niveau contemporain, on ne peut que conseiller à nouveau quelques œuvres marquantes de ces derniers mois, Ernest et Célestine et

Continuer à lire