De Palma et les fantômes de Faust et d'Hitchcock

ECRANS | Avec "Phantom of the paradise", Brian De Palma réinventait en plein Nouvel Hollywood la comédie musicale rock, passée au prisme des films d’horreur, du queer et de son maître Hitchcock. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 26 février 2014

Alors que le piteux Passion sonnait comme un chant du cygne pour Brian De Palma, son œuvre passée n'en finit plus de ressurgir sur les écrans : après Blow out, Pulsions, Scarface et même Les Incorruptibles, c'est Phantom of the paradise qui a droit à une copie restaurée numériquement. Celui qui fut longtemps le moins fréquentable des réalisateurs nés du Nouvel Hollywood a conquis une étiquette de "classique" plutôt amusante quand on juge l'impureté des œuvres qu'il tournait à l'époque, empruntant à Hitchcock et Antonioni, mais aussi aux séries B horrifiques et au giallo italien ou, comme ici, à la comédie musicale.

Dans Phantom of the Paradise, De Palma entonne déjà un chant du «cygne», du nom du producteur maléfique Swan, croisement entre Phil Spector et Elton John, incarnation à la fois du côté obscur du music business et d'une culture queer alors naissante — on nous glisse que le personnage s'inspire surtout de Claude François et de sa manière très personnelle «d'auditionner» ses Claudettes… Swan va voler sa musique à un compositeur-interprète au cœur pur, Winslow, en l'envoyant à Sing-Sing (jeu de mots), puis en lui broyant le visage dans une presse à vinyle. Devenu monstrueux, il revient casqué et vengeur pour accomplir sa symphonie, sans savoir qu'il ne fait qu'aboutir le plan diabolique de Swan…

Sans Faust notes

Ceux qui ont vu, sur nos conseils, le formidable documentaire Twenty feet from stardom, savent que ce genre de pratiques était monnaie courante dans l'industrie musicale des années 60-70. Pour De Palma, au-delà de tout réalisme ou crédibilité, il s'agit de revisiter le mythe de Faust en faisant de l'âme une partition et de l'éternelle jeunesse une voix rendue à sa beauté originelle par un système sophistiqué de synthétiseurs — à l'époque, pas d'Autotune disponible, ni de Daft punk couronné de Grammy Awards…

Surtout, le cinéaste en profite pour expérimenter encore et toujours des variantes hallucinées autour d'Hitchcock, d'une scène de la douche qui se conclut non par des coups de couteaux mais par un coup de ventouse, où cette bombe dans une voiture dont le suspense autour de l'explosion renvoie à Sabotage, même si De Palma la met en scène avec un effet d'écrans partagés purement contemporain. Ce jeu de références ne nuit en rien au plaisir immédiat ressenti face à Phantom of the Paradise, dont même les chansons n'ont pas pris une ride — ou alors c'est la nostalgie qui a bien fait son boulot…

Phantom of the paradise
De Brian De Palma (1974, ÉU, 1h32) avec Paul Williams, William Finley…


Phantom of the paradise

De Brian De Palma (ÉU, 1974, 1h32) avec Paul Williams, William Finley, Jessica Harper...

De Brian De Palma (ÉU, 1974, 1h32) avec Paul Williams, William Finley, Jessica Harper...

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Winslow Leach, jeune compositeur inconnu, tente désespérément de faire connaître l'opéra qu'il a composé. Swan, producteur et patron du label Death Records, est à la recherche de nouveaux talents pour l'inauguration du Paradise, le palais du rock qu'il veut lancer. Il vole la partition de Leach, et le fait enfermer pour trafic de drogue. Brisé, défiguré, ayant perdu sa voix, le malheureux compositeur parvient à s'évader. Il revient hanter le Paradise...


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Un festival (pas si) jeune public

ECRANS | Bien plus qu’un festival jeune public, Voir ensemble propose, quinze jours durant au Méliès, de réfléchir autour d’un cinéma qui cherche à éveiller la curiosité des spectateurs, jeunes comme moins jeunes, avec un focus pour cette deuxième édition sur le son et la musique. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 25 février 2014

Un festival (pas si) jeune public

Vacances scolaires obligent, les festivals de cinéma jeune public prennent leurs quartiers dans les salles françaises. Certes, depuis l’instauration du tarif unique à 4€ pour les moins de 14 ans, c’est un peu la fête tout le temps pour les jeunes spectateurs, avec ce risque d’infantiliser toute la production et – ça a commencé – de voir les écrans truster par des films animés ineptes et régressifs. D’où l’utilité de Voir ensemble, le festival proposé par Le Méliès : son ambition n’est pas de compiler la production récente et à venir pour faire tourner le tiroir-caisse, mais bien de mettre en perspective les films présentés avec des stages, des rencontres et des soirées spéciales. Autre particularité : Voir ensemble ne cherche pas uniquement la nouveauté à tout crin, puisque cette édition n’hésite pas à proposer les copies neuves de trois classiques restaurés. D’abord Le Voyage de Chihiro, chef-d’œuvre qui consacra son auteur Hayao Miyazaki comme un des grands cinéastes de son temps grâce au Lion d’or obtenu à la Mostra de Venise – Lion qu’il a loupé, et c’est regrettable, avec son dernier et superbe

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Passion

ECRANS | Vaine tentative de Brian De Palma pour réactiver les fondamentaux de son cinéma, ce remake de "Crime d’amour" se traîne entre esthétique de feuilleton télé teuton et auto parodie sans queue ni tête. Catastrophe ! Christophe Chabert

Christophe Chabert | Vendredi 15 février 2013

Passion

Il faut d’abord se pincer pour croire que Brian De Palma est bien derrière la caméra de ce Passion. Les premières scènes, en effet, laissent plutôt penser que Claude Chabrol avait laissé en guise de testament ce remake du dernier film d’Alain Corneau. On retrouve la même désinvolture filmique, la même direction artistique ingrate, la même platitude visuelle que dans ses opus tardifs. En tout cas, pas trace du grand style De Palma ; juste des dialogues tiédasses, des intérieurs design cheap, des bureaux blancs sur blancs et deux actrices (Rachel MacAdams et Noomi Rapace) qui récitent sans conviction une partition il est vrai très faible. Même la musique du revenant Pino Donaggio ressemble plus aux compositions derrickiennes de Mathieu Chabrol qu’à celles d’un Bernard Hermann. Viral bol L’intrigue (mal) posée, où une ambitieuse chef d’agence de pub à Berlin (MacAdams) trahit sans vergogne son assistante (Rapace) pour obtenir une promotion new-yorkaise, tandis que ladite assistante, guère plus scrupuleuse, entame une liaison avec l’amant de sa patronne, De Palma y ajoute un sous-texte théorique qui relève du cache-misère cynique. Ici, tout le mon

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