Real

ECRANS | Après "Shokuzai", Kiyoshi Kurosawa ose la fable d’anticipation tout en conservant son style intimiste, bavard et glacé, désormais pleinement maîtrisé. Dommage qu’il ne le tienne pas jusqu’au bout de ce "Real" souvent passionnant. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 25 mars 2014

À force de filmer des fantômes revenant hanter les vivants, il était presque fatal que Kiyoshi Kurosawa fasse un jour le chemin inverse. Avec Real, il montre ainsi comment un jeune homme, Koichi, va entrer en « contact » avec Atsumi, sa petite amie dessinatrice de mangas dans le coma depuis un an, en espérant la ramener à la conscience. La technologie qui lui permet de l'atteindre est pour le moins sommaire (une sorte de scanner et quelques électrodes) et le fantastique surgit à travers des idées souvent rudimentaires mélangeant trucages numériques, maquillages spéciaux et transparences obtenues sur le plateau.

C'est bien la mise en scène de Kurosawa qui permet de brouiller les frontières entre le rêve et la réalité, et il lui suffit parfois de faire légèrement varier la lumière sur le visage d'Atsumi, de plonger les rues dans une brume opaque ou de supprimer l'ambiance sonore de la ville entourant pour introduire de l'inquiétude. En cela, jamais son style si effacé, cette image sans relief et sans aspérité, n'avait autant servi sa démarche : Real magnifie cette contagion de la réalité la plus banale (y compris dans le torrent de dialogues, inutilement explicatifs comme souvent chez le cinéaste) par un outre monde fait de spectres eux aussi terriblement quotidiens.

Un Orphée japonais

Cinéaste de la suggestion, artiste cérébral et volontairement froid, Kurosawa a plus de mal à négocier les virages émotionnels de son récit. Le labyrinthe de Real prend le pas sur l'histoire d'amour façon Orphée et Eurydice qui lui sert de trame : à l'exception d'une très belle scène où Koichi retrouve le père d'Atsumi sur l'île où ils ont grandi et qu'ils ont choisi d'abandonner en y laissant leur mauvaise conscience, Kurosawa est plus fort pour créer le malaise et la peur que l'empathie.

C'est sans doute ce qui rend la dernière demi-heure si décevante : non seulement le crescendo émotionnel ne prend pas, mais Real s'aventure vers un cinéma beaucoup plus figuratif et attendu. On assiste à une greffe ratée entre l'esthétique neutre du cinéaste et des effets spéciaux dont l'ambition spectaculaire fait toc à l'écran. Kurosawa est beaucoup plus fort quand il les détourne vers de pures visions poétiques, comme dans cette image, inoubliable, d'une ville se fondant longuement en d'infinies coulées de peinture.

Real
De Kiyoshi Kurosawa (Jap, 2h07) avec Takeru Sato, Haruja Ayase…


Real

De Kiyoshi Kurosawa (Jap, 2h07) avec Takeru Sato, Haruka Ayase...

De Kiyoshi Kurosawa (Jap, 2h07) avec Takeru Sato, Haruka Ayase...

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Atsumi, talentueuse dessinatrice de mangas, se retrouve plongée dans le coma après avoir tenté de mettre fin à ses jours. Son petit-ami Koichi ne comprend pas cet acte insensé, d’autant qu’ils s’aimaient passionnément.


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Venice VR Expanded : entrez dans le film grâce à la réalité virtuelle

Expérience | Jusqu'au 19 septembre, la MC2 invite les spectateurs, dès 14 ans, à découvrir la réalité virtuelle.

Valentine Autruffe | Jeudi 9 septembre 2021

Venice VR Expanded : entrez dans le film grâce à la réalité virtuelle

Un rugissement rauque retentit au loin. Bom ! Bom ! Bom ! Soudain à gauche, surgit entre les hautes herbes un tyrannosaure pressé. Il passe juste sous notre nez, sans un regard (ouf). On regarde sa longue queue se balancer au rythme de son trot lourd, quand surgit la raison de sa fuite : un dinosaure encore plus gros et plus impressionnant. Petit bond de surprise dans la poitrine, mains crispées sur les rebords de la chaise. Comment s’appelle ce dinosaure, déjà ? Genesis, une vidéo de 13 minutes qui retrace la naissance de notre planète, jusqu’à nos jours. C'est l’une des nombreuses propositions de Venice VR Expanded, rendez-vous de la rentrée à la MC2, mis en place en lien avec la Biennale de Venise qui a créé l’événement. Plus que de simples films, c’est une véritable palette d'expériences mise à disposition du public, grâce à la réalité virtuelle. Le spectateur est invité à passer le masque/casque pour vivre toute une sélection de films et jouer à des jeux, manettes en main. De la visite de l’ISS à In The Mist, film réservé aux plus de 18 ans, chacun trouvera s

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"Au bout du monde" : Kurosawa sous le ciel de l'Ouzbékistan

ECRANS | De Kiyoshi Kurosawa (Jap.-Ouz.-Qat., 2h) avec Atsuko Maeda, Ryô Kase, Shôta Sometani…

Vincent Raymond | Mardi 22 octobre 2019

Présentatrice d’une émission japonaise de découvertes géographiques, Yoko est en reportage en Ouzbékistan. Aux nombreuses difficultés pimentant son tournage s’ajoute une mélancolie intime qui l’occupe hors caméra. Samarcande et Tashkent sont si loin de Tokyo… Tout comme les compatriotes de sa génération et des suivantes, tels Kore-eda ou Kawase, Kiyoshi Kurosawa manifeste une certaine porosité à l’Occident tranchant avec l’esprit d’insularité ordinairement attribué aux artistes nippons. Deux ans après son escapade parisienne pour Le Secret de la Chambre noire, il jette son dévolu sur l’Ouzbékistan, plus proche géographiquement du Japon mais porteur d’un exotisme mystérieux. Et même si ce film est sans le doute le plus étranger au genre fantastique qu’il ait jamais réalisé, Au bout du monde se trouve traversé par une impression de bizarrerie et de déphasage constants. Ce trouble n’a rien de surnaturel : Yoko ne parlant pas l’ouzbek, éprouvant

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"En liberté !" : les magnifiques

ECRANS | Pour compenser ses années de taule, un innocent commet des délits. Sans savoir qu’il est "couvert" par une policière, veuve de celui qui l’avait incarcéré à tort, elle-même ignorant qu’un collègue amoureux la protège… Encore un adroit jeu d’équilibriste hilarant signé Pierre Salvadori, porté par l'excellent duo Adèle Haenel – Pio Marmai.

Vincent Raymond | Lundi 29 octobre 2018

Policière, Yvonne élève son fils dans la légende de son défunt époux Santi, flic héroïque mort en intervention. Découvrant fortuitement que celui-ci était un ripou de la pire espèce, elle entreprend de réhabiliter une de ses victimes, et cause son pesant de dommages collatéraux… Après une parenthèse semi-tendre célébrant les épousailles de la carpe et du lapin (Dans la cour, avec Deneuve et Kervern), Pierre Salvadori revient à ses fondamentaux : une comédie portée par des bras cassés, émaillée d’un franc burlesque et construite autour de mensonges plus ou moins véniels. Qu’ils proviennent de mythomanes pathologiques ou d’affabulateurs·trices d’occasion, qu’ils visent à duper ou à adoucir la vie de ceux qui en sont les destinataires, les gauchissements de la vérité constituent en effet la trame régulière du cinéma salvado

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"Realive" : pas très fantastique

ECRANS | de Mateo Gil (Esp, 1h42) avec Tom Hughes, Oona Chaplin, Charlotte Le Bon…

Vincent Raymond | Mardi 5 juin 2018

Atteint d’un mal incurable, un jeune entrepreneur décide de se faire cryogéniser dans l’espoir d’être guéri dans le futur. Réveillé (et "réparé") 60 ans plus tard, il découvre un monde dans lequel il est une exception. Bien plus qu’il ne croit. Jusqu’où peut-on défier l’ordre naturel des choses ; jusqu’à quel point la science peut-elle se dépourvoir de conscience avant de voir son âme tomber en ruines ? Voilà pour les grandes questions philosophiques (et vieilles lunes de l’anticipation) portées par ce film souffrant malheureusement pour lui de similitudes trop évidentes avec Ouvre les yeux (1998) d'Alejandro Amenábar (dont Mateo Gil a été, justement, le scénariste) et d’une vision aseptisée du futur peu créative, rappelant notamment THX1138 (1973) de George Lucas ou Bienvenue à Gattaca (1997) d’Andrew Niccol. Si l’humanité avait une propension à l’ascèse et à la sobriété, comment expliquer Desigual, les coiffures de footballeurs ou Donald Trump ? Misant un peu trop sur la suresthétisation de l’image et un montage alambiqué mixant les époques afin de créer une tension ou un suspense faisant défaut

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Carine Tardieu : « Pleurer ou rire, c’est une manière d’être vivante »

ECRANS | "Ôtez-moi d'un doute", film au casting quatre étoiles (François Damiens, Cécile de France, André Wilms, Guy Marchand...), c'est la très bonne surprise de cette rentrée cinématographique. Rencontre avec sa réalisatrice.

Vincent Raymond | Lundi 4 septembre 2017

Carine Tardieu : « Pleurer ou rire, c’est une manière d’être vivante »

Avec Ôtez-moi d’un doute, vous abordez le thème du secret de famille, très fécond au cinéma… Carine Tardieu : Au fur et à mesure de l’écriture de cette histoire, je me suis rendu compte qu’il y avait énormément de famille dans lesquelles il y avait des secrets – beaucoup autour de la paternité, car on sait qui est la mère d’un enfant. On en entend davantage parler depuis que les tests ADN existent. Des gens m’ont raconté leur histoire : certains ont eu envie de chercher leur père biologique, d’autres n’ont jamais voulu savoir… Paradoxalement, découvrir que son père n’est pas son père biologique permet à votre héros de mieux connaître le premier… Absolument. J’ai eu moi-même la sensation de rencontrer mon père assez tard, alors que mon père je le connais depuis toujours. Parfois, la rencontre se fait à un moment précis de la vie : quand on devient soi-même père ou mère, on se demande quel homme et quelle femme nos parents ont été. On projette de

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"Ôtez-moi d’un doute" : mes beaux pères

ECRANS | Un démineur breton se trouve confronté à de multiples "bombes" intimes, susceptibles de dynamiter (ou ressouder) sa famille déjà bien fragmentée. Autour de François Damiens, la réalisatrice Carine Tardieu convoque une parentèle soufflante, qui a été nommée à la dernières Quinzaine des Réalisateurs cannoise.

Vincent Raymond | Lundi 4 septembre 2017

Démineur de métier, Erwan a fort à faire dans sa vie privée : il vient d’apprendre que son père l’a adopté et que sa fille (qu’il a élevée seul) est enceinte. Alors qu’il enquête en cachette sur Joseph, son père biologique, Erwan rencontre Anna dont il s’éprend. Las ! C’est la fille de Joseph. Carine Tardieu a de la suite familiale dans les idées. Depuis ses débuts avec La Tête de Maman (2007) et Du vent dans mes mollets (2012), elle s’intéresse à cette sacro-sainte famille. Un microcosme à part, connu de chacun et cependant toujours singulier, ayant surtout la particularité d’être facilement chamboulé. Tant mieux pour qui veut raconter des histoires. Plateau de fruits de père(s) Pour Ôtez-moi d’un doute, la cinéaste conserve son approche favorite consistant à observer une petite tribu de l’intérieur et à hauteur d’enfant. L’enfant a ici quelque peu grandi, puisqu’il s’agit d’un – gigantesque – adulte, en situation de devenir grand-père de surcroît. Mais le scénario le replace justement

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Lettre de Cannes #6

Festival de Cannes 2017 | Ou comment un dernier film vient relancer la compétition, et où il faut apprendre à finir.

Christophe Chabert | Lundi 29 mai 2017

Lettre de Cannes #6

Cher PB, Je t’envoie cette dernière lettre à quelques heures d’un palmarès que, comme à son habitude, la presse s’empressera de mettre en pièces. Habitude étrange, à vrai dire : qui, du cinéaste et des acteurs qui font des films et composent un jury collectif ou du critique qui se contente de les voir, est le plus apte à en juger la valeur ? Qui est le meilleur spectateur de cinéma ? Vaste question que je ne trancherai pas ici, car bon, j’ai autre chose à faire. Mais l’an dernier, quand l’agora critique hurlait à la mort après la Palme remise à Moi, Daniel Blake, estimant qu’il s’agissait d’une « mauvaise Palme », on pouvait légitimement lui rétorquer que le film ne la DÉMÉRITAIT pas, quand bien même d’autres films la méritaient tout autant, sinon plus. The Last face, le film de Sean Penn, eût été d’évidence une mauvaise palme, car personne – à part Luc Besson, c’est dire – n’a défendu la chose, la jugeant unanimement nulle et nocive pour le cinéma. De toute façon, l’envie de réécrire l’histoire d’un palmarès à l’aune de ses choix personnels tient tout autant de l’égocentrisme que de l’illusion rétrospective, ce fléau qui empêche d’accepter

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Good Bye Bye Dubaï

Concert | Projet pop-électro porté par Wendy Martinez, sa voix, son piano et sa pédale loop, Bye Bye Dubaï sera vendredi 28 avril à la Bobine pour un apéro-concert qui promet. On vous en dit plus.

Stéphane Duchêne | Mardi 25 avril 2017

Good Bye Bye Dubaï

Bye Bye Dubaï, c'est l'histoire d'une certaine Wendy que sa passion pour la musique a fini par conduire à dire bye bye non pas à Dubaï mais au dessin, à la peinture, au théâtre, à la danse... Et même à une thèse des plus prometteuses sur les liens qui relient Antonin Artaud et le butô, cette danse japonaise un peu flippante dite "du corps obscur". Mais, ne se refaisant pas, en musique aussi Wendy (Martinez) passe par tous les genres musicaux et plusieurs groupes, avant de s'isoler au contact d'une musique électro-pop lorsqu'elle découvre la pédale loop et ses possibilités – même si elle s'accordera quelques entorses collaboratives. De là, elle bâtit un univers entier qui, toujours, transcende les disciplines (costumes, univers graphique, conception des clips) accouchant en 2013 d'un EP et en 2015 d'un premier album, Real Life, projet de longue haleine. Avec son piano, sa guitare, sa pédale loop, c'est effectivement en solitaire que Wendy Martinez voyage le mieux aux commandes d'une électro-pop lo-fi où prime l'ambiance, flottante, en total contre-pied à notre époque, et la voix, entre murmure et exal

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"Le Secret de la chambre noire" : photos-souvenirs

ECRANS | De Kiyoshi Kurosawa (Fr-Bel, Jap, 2h11) avec Tahar Rahim, Constance Rousseau, Olivier Gourmet…

Julien Homère | Mardi 7 mars 2017

Jeune homme sans histoire, Jean devient l’assistant de Stéphane, photographe miné par le décès de son épouse et vivant seul dans sa propriété avec sa fille Marie. Au cours des multiples séances où elle sert de modèle, Jean réalise l’amour qu’il lui porte et la nécessité pour eux de quitter ce lieu toxique. S’entourant d’interprètes français solides comme Olivier Gourmet et Tahar Rahim, le Japonais Kiyoshi Kurosawa construit un récit non dénué de finesses psychologiques et formelles, mais qui passe après un (trop) grand héritage gothique sur le fantôme et son reflet. Le film tente de se démarquer par un point de vue plus naturaliste qui, malheureusement, s’essouffle dans le troisième acte par manque d’émotion et d’intensité. La retenue formelle empêche toute immersion et ne reste qu’en surface d’une histoire qui aurait mérité plus de passion, de rage et de désespoir.

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Soirées : une semaine avec Raito, Boston Bun et la Dynamita’s Night

MUSIQUES | Direction le Drak-Art, le Vertigo et la Belle électrique pour nos trois bons plans soirées de la semaine.

Damien Grimbert | Mardi 10 janvier 2017

Soirées : une semaine avec Raito, Boston Bun et la Dynamita’s Night

13.01.17 > Drak-Art Raito Originaire de Caen en Normandie, Raito fait partie de ces jeunes artistes qui rendent hommage dans leur musique aux heures glorieuses de la scène rave anglaise du début des années 1990 et son inimitable mélange de breakbeat, de piano-house, de samples vocaux et de proto-jungle. Membre du collectif Club 808, et auteur de productions remarquées pour des labels comme Main Course ou plus récemment Boys Noize Records (jetez une oreille à son très bon Moon Dance EP, sorti à l’automne), il sera ce vendredi l’invité de Mr Cardboard le temps d’un set qui devrait faire forte impression. ________ 13.01.17 > Vertigo Boston Bun Repéré en 2011 par le biais de deux mixtapes surprenantes pour le label suédois Discobelle (Lean House Vol 1 & 2, sur lesquelles il mixait des classiques house à une vitesse ralentie à l’extrême), Boston Bun est rapidement devenu l’un des nouveaux fers de lance du label parisien Ed Banger avec la sortie

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« Nous n’avons pas pu tourner le film en Afghanistan »

ECRANS | Jusqu’alors spécialisé dans le documentaire, Xavier Rocher a coproduit avec sa jeune société La Fabrica Nocturna "Wolf and Sheep", le très réussi premier film de Shahrbanoo Sadat. Une aventure franco-dano-suédo-tadjiko-afghane…

Vincent Raymond | Lundi 19 décembre 2016

« Nous n’avons pas pu tourner le film en Afghanistan »

Pourquoi ce film arbore-t-il autant de pavillons nationaux différents ? Xavier Rocher : La réalisatrice a porté ce projet pendant presque 7 ans. Elle est passée par plusieurs programmes de formation et plateformes de rencontres ; elle l’a notamment développé au sein de la Cinéfondation du Festival de Cannes. C’est comme cela qu’on l’a rencontrée, avec plusieurs producteurs associés danois et suédois. Une production strictement afghane était-elle inenvisageable ? Il n’y a plus vraiment de production en Afghanistan. Quant aux salles de cinéma… Elles ont à peu près disparu, transformées en parking. Les quelques lieux où l’on peut voir des films à Kaboul sont l’Institut français ou le Goethe institut. C’est pour cela qu’on est obligé de travailler en coproduction internationale : on cherche des financements destinés à soutenir ce type de cinéma. On en trouve un peu dans plusieurs pays, car il n’y en aurait pas eu assez dans un seul pour monter le budget du film. Malgré cela,

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Dancefloors estivaux

MUSIQUES | Après deux mois particulièrement riches en soirées mémorables, le rythme va commencer à fléchir drastiquement pour les noctambules grenoblois. Raison de plus pour (...)

Damien Grimbert | Lundi 6 juillet 2015

Dancefloors estivaux

Après deux mois particulièrement riches en soirées mémorables, le rythme va commencer à fléchir drastiquement pour les noctambules grenoblois. Raison de plus pour ne pas manquer la dernière soirée du bar de la Belle électrique ce vendredi 10 juillet (avec les collectifs hip-hop Paris Reality Check et Opus Crew) et encore moins la venue du Parisien Timid Boy, de son acolyte Spencer K. et de Kiko le lendemain au Drak-Art, à l’invitation de l’infatigable Mr Cardboard (qui reviendra pour sa part faire un dernier baroud d’honneur avec Agnostic, Sossmi, Apollo Powder et Spacesheep le samedi 25 juillet au même endroit). Pour le reste, outre l’incontournable Cabaret frappé au Jardin de Ville, le festival Merci Bonsoir ! à la Bifurk (qui proposera quelques DJ sets en fin de soirée du jeudi 16 au vendredi 18 juillet) ou encore le Bal des Sapeurs-Pompiers qui fera son grand retour à l’anneau de vitesse le 14 juillet, il faudra se rabattre sur les suspects habituels… En l’occurrence le Mark XIII qui continuera sa programmation nocturne t

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"Réalité" : il était une fois le cinéma

ECRANS | Un caméraman qui veut tourner son premier film d’horreur, un producteur instable, un animateur atteint d’un eczéma imaginaire, une petite fille nommée Réalité… Avec ce film somme et labyrinthique, aussi drôle que fascinant, Quentin Dupieux propulse son cinéma vers des hauteurs que seul un David Lynch a pu atteindre ces dernières années.

Christophe Chabert | Mardi 17 février 2015

Vient toujours un moment, dans la carrière d’un cinéaste digne de ce nom, l’envie de tourner son Huit et demi (film de Fellini), c’est-à-dire une grande œuvre réflexive sur la manière dont il aborde le cinéma : Truffaut avec La Nuit américaine, Almodovar avec Étreintes brisées, David Lynch avec Mulholland drive… Quentin Dupieux, qui avait déjà approché la question dans Rubber à travers des spectateurs regardant avec des jumelles le film en train de se dérouler sans caméra, ni équipe, ni projection, en fait le cœur de Réalité. Le titre lui-même est un leurre sublime : ici, la réalité est sans doute ce qu’il y a de plus incertain et fluctuant, toujours contaminée et reformulée par le cinéma et la fiction. En fait, ce n’est pas la réalité que le film cherche à capturer, mais une petite fille prénommée Réalité, que l’on filme en train de dormir et dont on veut atteindre le subconscient – autrement dit, la capacité à produire de l’imaginaire. Dans la boucle folle que le scénario finira par créer, on comprendra que cet imaginai

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L'Œil du Petit Bulletin #3

ECRANS | Chaque mois, Le Petit Bulletin vous recommande ses coups de cœur cinéma ! Au sommaire de ce troisième numéro (...)

Christophe Chabert | Lundi 2 février 2015

L'Œil du Petit Bulletin #3

Chaque mois, Le Petit Bulletin vous recommande ses coups de cœur cinéma ! Au sommaire de ce troisième numéro : Spartacus et Cassandra de Ioanis Nuguet Réalité de Quentin Dupieux Vincent n'a pas d'écailles de Thomas Salvador Birdman d'Alejandro Gonzalez Iñarritu Hungry hearts de Saverio Costanzo

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Rentrée ciné 2015 : l’Amérique au firmament…

ECRANS | Les saisons se suivent et ne se ressemblent pas : de janvier à juin, c’est le retour des super auteurs du cinéma américain avec des films qu’on dira, par euphémisme, excitants. À l’ombre de ces mastodontes vrombissants, une poignée de cinéastes d’ici devraient leur donner le change. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 6 janvier 2015

Rentrée ciné 2015 : l’Amérique au firmament…

Les Wachowski, Clint Eastwood, Alejandro Gonzalez Iñarritu, Paul Thomas Anderson, Michael Mann, Tim Burton, George Miller, à qui on ajouterait bien James Wan et Josh Whedon : le premier semestre 2015 se pose en miroir inversé du dernier semestre 2014. Fini le renouvellement générationnel, les cinéastes du monde entier qui arrivent à une forme de maturité créative, les francs-tireurs décidés à faire trembler le cinoche mainstream ou son frère jumeau, le world cinéma… Certes, il y en aura quelques-uns d’ici à fin mai ; mais ce sont bien les super-auteurs américains qui risquent de faire la pluie et le beau temps sur l’actualité cinématographique d’ici là. Après un mois de janvier en forme de tour de chauffe, ce sont donc Larry et Lana Wachowski qui ouvrent le bal avec leur Jupiter ascending le 4 février – que son distributeur français a, de manière particulièrement débile, rebaptisé Jupiter : le destin de l’univers. Après la fresque spatio-temporelle de Cloud Atlas, génial puzzle d’une a

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Akram Khan, Israel Galván et les Ballets jazz de Montréal

SCENES | Feu d’artifice Rencontre au sommet prévue du 2 au 7 juin à la MC2 entre Akram Khan et Israel Galván. Soit deux monstres sacrés de la danse contemporaine, qui (...)

Aurélien Martinez | Jeudi 9 janvier 2014

Akram Khan, Israel Galván et les Ballets jazz de Montréal

Feu d’artifice Rencontre au sommet prévue du 2 au 7 juin à la MC2 entre Akram Khan et Israel Galván. Soit deux monstres sacrés de la danse contemporaine, qui chacun à sa manière transcende un art ancestral – le kathak pour Khan, le flamenco pour Galván. Le temps fort de la fin de saison, dont on ne sait pour l’instant pas grand-chose, mais dont on attend énormément. Patience. Quand le jazz est là Les Ballets jazz de Montréal, fondés en 1972, bénéficient d’une excellente réputation. Leur envie ? « Faire vivre des émotions par une danse actuelle. » Ils seront à la Rampe mardi 25 et mercredi 26 mars avec un programme de trois pièces (Zero in on, Night Box et Harry). On ira découvrir ça avec plaisir.

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Reality

ECRANS | Entre satire de la télé réalité, comédie napolitaine façon Pietro Germi et portrait stylisé d’un individu au bord de la folie, le nouveau film de Matteo Garrone séduit par ses qualités d’écriture, de mise en scène et par la performance hallucinée de son acteur, Aniello Arena. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 26 septembre 2012

Reality

Sans révéler la fin de Reality, il faut absolument évoquer son dernier plan, fascinant zoom arrière qui part d’un détail (un homme qui rit sur un fauteuil en regardant les étoiles) et s’achève sur une vision panoramique d’un studio de télévision géant au milieu de la ville. Il faut en parler car il dit tout le projet de Matteo Garrone : répondre par l’ampleur du cinéma à l’étroitesse des dispositifs télévisuels. L’ouverture est d’ailleurs une rime inversée de cette formidable conclusion : on accompagne par un travelling aérien une calèche qui traverse les rues de Naples, avant de descendre sur terre pour découvrir qu’il ne s’agit que d’une mise en scène de mariage, celle-ci en côtoyant une autre, nettement plus vulgaire, dont l’invité principal est le gagnant du Big Brother italien. C’est la part satirique de Reality, celle qui consiste à mesurer les dégâts de la télé-réalité dans le quotidien des gens ordinaires, mais aussi sur le cinéma lui-même : on découvre ainsi que les studios de Cinecitta sont loin de Fellini, hébergeant à sa place les castings des futures émissions où des inconnus deviendront d’éphémères célébrités. La vie contre le li

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Une rentrée cinéma en apesanteur

ECRANS | De septembre à décembre, le programme de la rentrée cinéma est riche en événements. Grands cinéastes au sommet de leur art, nouveaux noms à suivre, lauréats cannois, blockbusters attendus et peut-être inattendus. Morceaux de choix à suivre… Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 29 août 2012

Une rentrée cinéma en apesanteur

Une rentrée sans palme d’or cannoise n’est pas vraiment une rentrée. Et même si, comme il y a trois ans, elle est signée Michael Haneke, il ne faudra pas rater Amour (24 octobre), tant le film est un accomplissement encore plus sidérant que Le Ruban blanc dans la carrière du cinéaste autrichien. Avec sa rigueur habituelle, mais sans le regard surplombant qui a parfois asphyxié son cinéma, Haneke raconte le crépuscule d’un couple dont la femme (Emmanuelle Riva) est condamnée à la déchéance physique et qui demande à son mari (Jean-Louis Trintignant) de l’accompagner vers la mort. C’est très dur, mais aussi très beau et puissamment universel, grâce entre autres à la prestation inoubliable des deux comédiens, au-delà de tout éloge. L’autre événement post-cannois est aux antipodes de ce monument de maîtrise et d’intelligence ; pourtant, Les Bêtes du sud sauvage (12 décembre), premier film de l’Américain Benh Zeitlin, procure des émotions et des sensations tout aussi intenses. Osant le grand pont entre un ciné

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Beaucoup d’amour, peu d’érections

ECRANS | Le 65e festival de Cannes arrive déjà à mi-parcours de sa compétition, et celle-ci paraît encore bien faible, avec ce qui s’annonce comme un match retour de 2009 entre Audiard et Haneke et une forte tendance à la représentation du sentiment amoureux. Christophe Chabert

Aurélien Martinez | Lundi 21 mai 2012

Beaucoup d’amour, peu d’érections

Serait-ce la nouvelle loi cannoise ? Pour une année de compétition passionnante, la suivante serait forcément décevante ou mineure. Le cru 2009 était exceptionnel, celui de 2010 fut cauchemardesque ; l’édition 2011 était brillante, celle de 2012 a démarré piano. Tout avait pourtant bien commencé avec un film d’ouverture extraordinaire, Moonrise kingdom de Wes Anderson, et la projection du Audiard, De rouille et d’os. Puis vint le temps des désillusions : par exemple Après la bataille de Yousri Nasrallah, qui se complait dans une forme de soap opéra ultra-dialogué alors qu’il avait manifestement l’envie de retrouver le lustre des grands mélodrames égyptiens. Évoquant la Révolution récente, le cinéaste tombe dans le piège du cinéma à sujet, didactisme balourd que l’intrigue sentimentale ne vient pas alléger, au contraire. Nasrallah veut aborder tous ses enjeux en même temps, mais oublie complètement de les mettre en scène. Catastrophe aussi avec Paradis : Amour d’Ulrich Seidl, où la misanthropie du réalisateur éclate à tous les plans. Fustigeant à la fois les vieilles Autrichiennes qui vont au Kenya pour se payer une tranche de tourisme sexuel e

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