Une Sitcom gore et trash

Christophe Chabert | Lundi 31 mars 2014

Notre bel et long anniversaire (20 ans!) se poursuit cette semaine du côté du Club avec une séance spéciale en association avec Vues d'en face, festival international du film gay et lesbien de Grenoble – qui en profite pour anticiper le lancement de sa 14e édition, dont on reparlera la semaine prochaine. Notre choix s'est porté sur Sitcom, premier long-métrage de François Ozon sorti en 1998.

Les Grenoblois connaissaient déjà le nom du réalisateur puisqu'il avait réussi l'exploit – unique, pour l'instant – de rafler deux années de suite le grand prix du festival du court avec La Petite mort et Une robe d'été. Après un moyen-métrage provoquant et polanskien (Regarde la mer), Ozon faisait une entrée fracassante dans la cour des grands avec cet ovni cinématographique.

Détournant l'esthétique des sitcoms façon AB Productions qui à l'époque faisaient florès sur TF1, le réalisateur décrit une famille de bourgeois bien sous tous rapports – père ingénieur, mère au foyer, enfants sages comme des images et très propres sur eux. Il suffit que le paternel ramène un rat blanc dans leur pavillon pour que tout se détraque : coming out, sado-masochisme, inceste, tous les désirs réprimés et enfouis s'étalent au grand jour, et la famille en or va se transformer en famille en sang, dans un jeu de massacre qui n'est pas sans évoquer les excès d'un John Waters ou d'un Pedro Almodovar période Movida.

Sitcom marque aussi le début d'un malentendu critique autour d'Ozon : tourné rapidement avec des acteurs qu'il connaît bien – dont Marina De Van, future réalisatrice de Dans ma peau et Dark touch, et camarade de promo Fémis du cinéaste –, cette comédie noire bouscule radicalement les lignes établies du cinéma d'auteur français. Ozon ira encore plus loin avec le très mal reçu Les Amants criminels puis le génial Gouttes d'eau sur pierres brûlantes. Il devra attendre Sous le sable, beau film mais nettement plus "acceptable", pour obtenir enfin une reconnaissance méritée – même si son œuvre est depuis indéniablement inégale.

Sitcom
De François Ozon (1998, Fr, 1h30) avec François Marthouret, Marina De Van…
Lundi 7 avril à 20h30, au Club


Sitcom

De François Ozon (Fr, 1998, 1h25) avec François Marthouret, Stéphane Rideau, Marina De Van...

De François Ozon (Fr, 1998, 1h25) avec François Marthouret, Stéphane Rideau, Marina De Van...

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Le père est ingénieur, la mère partage son temps entre ses cours de gym et ses séances de psychothérapie, le fils est un étudiant en droit fort sérieux, la fille est artiste et la femme de ménage un peu fofolle. Bref, une famille ordinaire. Toute cette apparente harmonie va éclater avec l'arrivée d'un personnage inattendu : un rat.


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André Dussollier - François Ozon : « J’aime les défis, les choses un peu extrêmes »

Tout s’est bien passé | Comme toujours impressionnant dans le rôle d’un vieil homme diminué par un AVC demandant à sa fille de l’aider à mourir (et odieux), André Dussollier est au centre du nouveau film de François Ozon. Tout sauf mortifère, ce voyage au cœur d’une pure névrose familiale, traversé d’éclats franchement burlesques, est adapté du récit d’une ancienne coscénariste du cinéaste, Emmanuèle Berhneim. Rencontre avec le réalisateur et son acteur.

Vincent Raymond | Mercredi 22 septembre 2021

André Dussollier - François Ozon : « J’aime les défis, les choses un peu extrêmes »

Vous avez hésité avant d’adapter le livre d’Emmanuèle Bernheim… François Ozon : En 2013, elle m’avait envoyé les épreuves son livre en me demandant si ça m’intéressait parce que plusieurs réalisateurs voulaient l’adapter. Je l'ai lu et l’ai trouvé très beau — elle m’avait raconté un peu l’histoire de son père. Mais je lui avais que je me sentais pas capable de raconter son histoire : c’était tellement personnel, tellement intime… Et la connaissant, je ne voyais pas trop où trouver ma place. J’ai passé mon tour. Là-dessus, Alain Cavalier a voulu faire un film avec elle (comme Pater avec Vincent Lindon) où elle jouait son propre rôle, elle a dit OK, et là elle a développé un cancer assez fulgurant dont elle est décédée. Le film de Cavalier s’est alors transformé en documentaire, Être vivant et le savoir. Après sa mort, j’ai relu le livre et tout d’un coup, je n’ai plus vu ce m’avait fait peur en 2013 — le sujet, la fin de vie, le suicide assisté — mais autre chose : la famille, son rapport à son père, la responsabilité d’organiser qu

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"Vues d'en face", 21e édition du Festival international du film LGBT+

Festival | À l’instar de nombreuses manifestations printanières vitrifiées par la crise sanitaire, le Festival International du Film LGBT+ de Grenoble a refusé (...)

Vincent Raymond | Mardi 21 septembre 2021

À l’instar de nombreuses manifestations printanières vitrifiées par la crise sanitaire, le Festival International du Film LGBT+ de Grenoble a refusé l’hypothèse d’une année blanche et s’est repositionné cet automne. Bien lui en a pris : il bénéficie d’un boulevard en cette rentrée, ainsi que d’œuvres libérées de leurs exclusivités — comme la récente et très réussie Queer Palm cannoise, La Fracture de Catherine Corsini, gros plan sur une nuit aux urgences durant le mouvement des gilets jaunes. Précédé le mercredi 22 septembre par une sélection de courts métrages, mais débutant officiellement le 30 septembre par A Good Man de Marie-Castille Mention-Schaar (en sa présence), Vues d’en face attaque les débats par un film doté du "label Cannes 2020" mais clivant. Il a en effet beaucoup été reproché à Noémie Mertant qu’elle interprète le rôle d’un personnage transgenre — en sous-entendant de fait que les acteurs ou act

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Vingt ans pour Vues d’en face

ECRANS | Festival / Sorti des radars au printemps, Vues d'en face est de retour dans quelques jours. Heureuse nouvelle !

Vincent Raymond | Mardi 8 septembre 2020

Vingt ans pour Vues d’en face

Qui s’apprête à souffler ses 20 bougies aujourd’hui est doublement embarrassé. D’une part parce que l’acte en lui-même d’éteindre par l’air expiré, si symbolique pourtant, est désormais proscrit pour des raisons prophylactiques ; de l’autre à cause d’une fameuse sentence de Paul Nizan certifiant de toute son aigreur (ou jalousie d’homme mûr ?) : « J'avais vingt ans et je ne laisserai personne dire que c'est le plus bel âge de la vie. » Vous parlez d’un accueil ! Considérons plutôt le verre bien rempli, car il n’est hélas pas donné à tout un chacun d’atteindre la double dizaine, et notamment aux festivals. Vues d’en face peut en témoigner : quand il ne s’agit pas d’une baisse (ou coupe) de subventions, c’est un coronavirus qui vient s’en mêler. Mais à 20 ans, il est aussi capable de rebondir pour transformer son édition printanière en rendez-vous automnal. Plus ramassée sur un week-end, la programmation ne perd rien de ses multiples identités LGBT+, ni de sa propension à voir du pays : le Portugais L'ange gardien, l’Étasunien Tell it to the bees, l’Italien

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François Ozon : « Il n’y a pas une manière pour diriger les acteurs »

Été 85 | Dans la sélection officielle du Festival de Cannes 2020, en compétition au Festival de San Sebastien, Été 85 séduit… Sans doute parce qu’il parle de séduction et renvoie à l’adolescence des spectateurs. En tout cas, à celle de son auteur, François Ozon. Rencontre.

Vincent Raymond | Mardi 7 juillet 2020

François Ozon : « Il n’y a pas une manière pour diriger les acteurs »

La réalisation de ce film a-t-elle été pour vous une manière d’exécuter un pacte que vous auriez contracté avec vous-même, lecteur de 17 ans découvrant le roman de Aidan Chambers ? François Ozon : Quand j’ai lu le livre, je n’étais pas encore cinéaste, c’est vrai, j’étais lycéen rêvant de faire du cinéma et je me suis dit que j’adorerais faire ce film, raconter cette histoire… En même temps, j’avais presque plus envie d’en être le spectateur. Peut-être que, déjà, je me sentais trop proche des personnages, je n’aurais pas été capable de raconter l’histoire. J’étais quasiment sûr d’ailleurs qu’un réalisateur comme Gus Van Sant, John Hughes ou Rob Reiner aurait pu s’en emparer et faire un teen movie à l’américaine. Mais ça c’est jamais fait. Quand j’en ai parlé à Aidan Chambers, qui a 85 ans aujourd’hui, il m’a dit que trois réalisateurs avaient essayé de l’adapter pendant toute cette période, sans succès. Après Grâce à Dieu — qui avait été un film un peu compliqué, vous vous doutez pourquoi — j’avais env

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"Eté 85" : cherchez le garçon

ECRANS | Généalogie d’une histoire d’amour entre deux garçons à l’été 85 qui débouchera sur un crime. François Ozon voyage dans ses souvenirs et lectures d’ado et signe son Temps retrouvé. Sélection officielle Cannes 2020.

Vincent Raymond | Mardi 7 juillet 2020

Normandie, été 1985. David sauve Alexis d’un naufrage. Très vite, une amitié profonde se noue entre les deux adolescents, qui se mue en romance passionnée. Mais les amours d’été sont souvent éphémères et celle-ci débouchera sur un drame ainsi que sur un crime… Nul ne guérit jamais de son enfance et encore moins de son adolescence. L’une comme l’autre laissent une marque indélébile et invisible sous la peau adulte, pareille à une scarification intérieure. D’aucuns apprennent à apprivoiser leurs cicatrices en les caressant quand d’autres les torturent en les creusant ; tous les conservent néanmoins à portée de main. Ou d’inspiration lorsqu’il s’agit d’artistes. François Ozon ne fait évidemment pas exception. En adaptant La Danse du coucou, un roman découvert en 1985 alors qu’il avait peu ou prou l’âge des protagonistes, le cinéaste effectue une sorte “d’autobiographie divergée”. Non qu’il s’agisse ici de raconter au premier degré son propre vécu d’ado, mais plutôt d’user du substrat de l’intrigue écrite par Aidan Chambers pour concaténer et agréger l’essence de l’époque, p

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Longues-vues au festival Vues d'en face

ECRANS | Zoom sur la nouvelle édition du festival international du film LGBT+ prévue du vendredi 15 au mardi 19 mars au Club.

Aurélien Martinez | Mardi 12 mars 2019

Longues-vues au festival Vues d'en face

Dix-neuvième édition déjà pour Vues d’en face, le « festival international du film LGBT+ » dont le cœur battant se déroule au Club, mais qui essaime également ici (des bibliothèques par exemple) et là (dans des lieux d’exposition) histoire de toucher un maximum de public. Et de lui donner à voir des propositions centrées sur les questions LGBT, encore trop secondaires dans le cinéma mainstream – au pif, combien de personnages homosexuels dans les films qui sortent chaque semaine en salle ? Alors si, au fil des ans, le festival a réduit la voilure (on est maintenant sur cinq jours de projection au Club) et crée de facto moins l’événement, il reste tout de même un temps fort de la vie culturelle locale, notamment parce qu’il donne à voir des longs-métrages étrangers souvent difficilement visibles. Comme celui qui fera l’ouverture au Club : Kanarie de Christiaan Olwagen, sur un jeune homme blanc en Afrique du sud qui va se découvrir… et surtout découvrir ce à quoi il participe implicitement. Ou encore celui qui, présenté en clôture, a reçu le Queer Lion lors d

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"Grâce à Dieu" : la voix est libre

ECRANS | D’une affaire sordide saignant encore l’actualité de ses blessures, François Ozon tire l’un de ses films les plus sobres et justes, explorant la douleur comme le mal sous des jours inattendus. Réalisation au cordeau, interprétation à l’avenant. En compétition à la Berlinale 2019.

Vincent Raymond | Mardi 12 février 2019

Lyon, années 2010. Fervent chrétien de quarante ans, Alexandre (Melvil Poupaud) découvre qu’un prêtre ayant abusé de lui lorsqu’il était jeune scout est encore au contact de mineurs. Il saisit donc la hiérarchie épiscopale et le cardinal Barbarin afin que le religieux soit écarté. Un long combat contre l’hypocrisie, l’inertie et le secret s’engage, révélant publiquement un scandale moral de plusieurs décennies… Il faut en général une raison impérieuse pour qu’un cinéaste inscrive à sa filmographie une œuvre résonant avec l’histoire immédiate. Surtout si l’originalité de son style, sa fantaisie naturelle et ses inspirations coutumières ont peu à voir avec la rigueur d’une thématique politique, sociétale ou judiciaire. De même que Robert Guédiguian avait fait abstraction de son cosmos marseillais pour Le Promeneur du Champ-de-Mars sur François Mitterrand, François Ozon pose son bagage onirique afin d'affronter un comportement pervers

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Melvil Poupaud : « Dans "Grâce à Dieu", c’est plus l’institution qui est mise en cause que les personnes »

ECRANS | Dans le film de François Ozon "Grâce à Dieu", il incarne celui grâce auquel le scandale éclate enfin. Riche d’une carrière de plus de trente ans dans le cinéma (mais pas seulement), Melvil Poupaud enchaîne les partitions exigeantes et variées sans jamais se diluer. Conversation avec un comédien si précieux qu’il en devient indispensable…

Vincent Raymond | Mardi 12 février 2019

Melvil Poupaud : « Dans

Dans Grâce à Dieu, François Ozon a fait appel à vous pour la troisième fois. C’est toujours dans ses drames les plus réalistes. Est-ce le fait du hasard, ou bien discutez-vous ensemble de la manière dont il vous emploie ? Melvil Poupaud : Je ne sais pas, je serais effectivement curieux de savoir pourquoi il pense à moi pour des rôles toujours assez dramatiques. Dans ma carrière, je n’ai pas fait énormément de franches comédies – plutôt des comédies romantiques. Peut-être qu’il sent en moi un potentiel de tragédien… Mais je ne peux pas me plaindre : ce sont des rôles qui ont toujours marqué. Le Refuge [2010] était plus petit, mais Le Temps qui reste [2005] ou celui-ci marquent ma filmographie et mon expérience d’acteur. Je ne vais pas lui demander de changer de registre (sourire), ça me réussit plutôt pas mal. À tous les deux, d’ailleurs. Votre liberté dans le cinéma français est très singulière : vous épousez des rôles forts (prêtre suborneur chez

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Un peu de Baston et beaucoup d’amour pour la soirée de clôture de Vues d'en face

Soirée | Avec une programmation pour le moins atypique et audacieuse à base notamment de Liza Monet et Supermusique.

Damien Grimbert | Lundi 12 mars 2018

Un peu de Baston et beaucoup d’amour pour la soirée de clôture de Vues d'en face

Pour fêter en beauté la clôture de sa 18e édition, l’équipe de Vues d'en face, festival du film LGBT de Grenoble, n’a pas fait dans la demi-mesure. Confiée aux bons soins de l’équipe parisienne Baston, la programmation joue la carte de l’outrance, du kitsch assumé et de la déconne décomplexée. Pour ce que ça vaut, on est pour notre part ravis de voir un line-up qui tranche aussi radicalement avec ce que l’on a l’habitude de voir sur Grenoble, et n’hésite pas à mélanger les genres les plus divers sans souci du qu’en-dira-t-on. En tête d’affiche, on retrouvera ainsi Liza Monet (photo), inoubliable interprète de Yaourt aux fruits et reine autoproclamée du trap/R’n’B option variété (on vous recommande au passage la vision de l’excellent documentaire Cagole Forever, dans lequel elle apparaît). Toujours en live, le non moins divisif duo Supermusique

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Vues d'en face, un festival pour « comprendre les manières différentes de voir la vie »

ECRANS | Si, cette année, le festival Vues d’en face a été avancé d’un mois (pour, selon l’équipe, éviter d’être en concurrence frontale avec trop de manifestations culturelles grenobloises), son esprit reste évidemment le même : à savoir défendre un cinéma peu vu sur les écrans et, surtout, centré sur les questions liées aux LGBT (lesbiennes, gays, bisexuels et transgenres). On en parle avec sa présidente Émilie Gonnot.

Aurélien Martinez | Mardi 6 mars 2018

Vues d'en face, un festival pour « comprendre les manières différentes de voir la vie »

Certes, la dix-huitième édition de Vues d’en face, festival international du film LGBT de Grenoble, a débuté le 2 mars avec un "before" éparpillé dans la ville ; mais c’est bien à partir du vendredi 9 mars qu’il va s’installer au Club, son QG historique, et ce pour cinq jours. Avec toujours une ligne double : présenter des films dont les personnages sont issus de la communauté LGBT, et défendre des enjeux de société contemporains (les familles homoparentales, la procréation médicalement assistée, le changement de sexe, le féminisme…) via des documentaires et des fictions. « C’est ça mais pas que » selon Émilie Gonnot, présidente de Vues d’en face que l’on a interrogée. « Certes, l’historique du festival fait que l’on est sur ces questions, mais l’idée plus large qui nous guide est le vivre ensemble, le fait de comprendre les manières différentes de voir la vie. D’où peut-être un troisième axe, qui serait celui de la lutte contre les discriminations au sens large du terme. » Vues d’en face est une manifestation engagée ? « Oui, car on ne choisit pas for

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"Transit Havana" : corps de rêve

ECRANS | Vues d'en face, le festival du film gay et lesbien de Grenoble, propose mardi 19 décembre, dans le cadre de ses séances mensuelles au Club, l'avant-première d'un documentaire sur la communauté transexuelle cubaine.

Aurélien Martinez | Mardi 12 décembre 2017

C’est l’histoire d’Odette, Juani ou encore Malú. Des transexuel.le.s qui, à Cuba, attendent de vivre (et surtout s’épanouir) dans le corps qui leur correspond. Sauf que, pour utiliser des termes bassement matériels, la demande est plus importante que l’offre : chaque année, des chirurgiens européens débarquent sur l’île pour mener seulement cinq opérations. Celles et ceux qui n’ont pas été retenus n’auront qu’à patienter douze mois de plus… Dans Transit Havana, le documentariste néerlandais Daniel Abma suit ces protagonistes touchants dans leur combat parfois titanesque contre l’administration mais aussi contre leur entourage et contre une partie de la société. Il les filme avec retenue (même s’il les questionne parfois frontalement) et arrive du coup à capter quelques moments de vérité forts. Un film au plus près de ces hommes et ces femmes, mais également au plus près d’une société cubaine en plein changement depuis la fin de l'embargo américain… Inédit en France, ce documentaire sera présenté en séance unique au Club grâce à Vues d'en face, le festival du film gay et lesbien de Grenoble qui a lieu

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"L’Amant double" : maux comptent double pour Ozon

ECRANS | Une jeune femme perturbée découvre que son ancien psy et actuel compagnon mène une double vie. Entre fantômes et fantasmes, le nouveau François Ozon transforme ses spectateurs en voyeurs d’une œuvre de synthèse. En lice à Cannes 2017.

Vincent Raymond | Samedi 27 mai 2017

Conseillée par sa gynécologue, Chloé, une jeune femme perturbée, entame une psychanalyse auprès de Paul Meyer. Mais après plusieurs séances, la patiente et le thérapeute s’avouent leur attirance mutuelle. Le temps passe et ils s’installent ensemble. C’est alors que Chloé découvre que Paul cache d’étranges secrets intimes, dont une identité inconnue… L’an dernier sur la Croisette, c’est Elle de Paul Verhoeven qui avait suscité une indignation demi-molle en sondant les méandres obscurs du désir féminin et en démontant sa machinerie fantasmatique — sans pleinement convaincre, pour X ou Y raison. Au tour de François Ozon de s’y employer, dans le même registre élégamment sulfureux et chico-provocateur. Car l’on sait, à force, que le réalisateur adore frayer avec les tabous, s’amusant à les titiller sans jamais outrepasser les frontières de la bienséance : courtiser le scandale est à bien des égards plus excitant (et moins compromettant) que d’accepter de baiser sa rouge bouche offerte.

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Vues d'en face : regardez-nous, encore et encore

Festival | Zoom sur la nouvelle édition (un brin réduite par rapport aux précédentes) du festival international du film gay et lesbien de Grenoble prévue principalement au cinéma Le Club. Une manifestation on ne peut plus nécessaire.

Julien Homère | Lundi 3 avril 2017

Vues d'en face : regardez-nous, encore et encore

Le printemps arrive, l’heure d’hiver passe et Vues d’en face revient. Du haut de ses 17 ans, en dépit d'une baisse drastique des subventions départementales et régionales qui l'a contraint à réduire la voilure, le Festival international du film gay et lesbien de Grenoble fait tout pour devenir majeur. Et prouve une nouvelle fois sa nécessité à ceux qui en douteraient. Cruelle époque, cruels films… Dans une société qui cloisonne et compartimente les sexualités, les œuvres sélectionnées montrent ainsi la place difficile de l’homosexualité dans la maladie (le court-métrage P*to F*ggot), la famille (le drame Plus jamais seul, en ouverture), l’exode (le très alambiqué Fronteras) ou le monde adolescent (Heartstone, film islandais éveillant la curiosité… mais il faudra attendre la clôture pour le découvrir). Kiki, documentaire de Sara Jordenö s

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Une nouvelle amie

ECRANS | De François Ozon (Fr, 1h47) avec Romain Duris, Anaïs Demoustier, Raphaël Personnaz…

Christophe Chabert | Mardi 4 novembre 2014

Une nouvelle amie

Argument de vente déjà bien calé en une des magazines, la transformation de Romain Duris en femme dans le nouveau film de François Ozon est son attraction principale. Il faut prendre le mot "attraction" au pied de la lettre : non seulement un phénomène freak plutôt réussi (Duris a souvent joué sur son côté féminin, mais le film se plaît à mettre en scène ce grand saut d’abord comme un apprentissage maladroit, puis comme une évidence naturelle) mais aussi le centre d’une névrose obsessionnelle qui saisit Claire (formidable Anaïs Demoustier, aussi sinon plus troublante que son partenaire) lorsqu’elle découvre que le mari de sa meilleure amie choisit de se travestir après le décès de son épouse. Embarrassée, troublée et finalement séduite, elle accompagne sa mue tout en la guidant pour des motifs opaques – voit-elle en lui une « nouvelle amie » prenant la place de la précédente ou un pur objet de désir ? Autant de pistes formidables qu’Ozon ne fait qu’ébaucher, préférant jouer à l’auteur démiurge épuisant les possibles de son scénario. On passe ainsi sans transition de Vertigo à La Cage aux folles, de Chabrol à Mocky, de la peinture ironique à la

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Vues d’en face fête les 20 ans du PB!

ECRANS | La nouvelle édition du Festival international du film gay et lesbien de Grenoble aura lieu du vendredi 11 au samedi 19 avril, principalement au cinéma Le (...)

Aurélien Martinez | Vendredi 21 mars 2014

Vues d’en face fête les 20 ans du PB!

La nouvelle édition du Festival international du film gay et lesbien de Grenoble aura lieu du vendredi 11 au samedi 19 avril, principalement au cinéma Le Club. Au programme, quelques films alléchants qu’on va s’empresser de voir avant leur diffusion pour vous en causer en temps voulu. À noter que le festival organise aussi, comme chaque année, des séances avant et après l’événement. Avec notamment, le lundi 7 avril au Club, la projection de Sitcom, l’excellent premier film de François Ozon sorti en 1998. Un choix qui vient de nous, cette projo étant organisée dans le cadre des 20 ans du journal. Merci Vues d'en face!

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Dark touch

ECRANS | De Marina De Van (Fr-Irl, 1h30) avec Missy Keating, Marcella Plunkett…

Christophe Chabert | Vendredi 28 mars 2014

Dark touch

Après l’échec sans appel de Ne te retourne pas – et une dépression qu’elle évoquait dans son "roman" Passer la nuit – Marina De Van effectue un sursaut spectaculaire grâce à ce Dark touch tourné en Irlande, où elle consomme pour de bon son flirt avec le cinéma d’horreur. Tout en respectant les codes du genre et en installant un climat de terreur où suggestion et images chocs sont habilement dosées, De Van développe un propos particulièrement dérangeant sur les violences familiales et la résilience impossible. On comprend très vite – peut-être un peu trop – que Neve, 11 ans, est victime de maltraitance de la part de ses parents et que son "don" (elle déplace les objets lors de ses crises d’angoisse) est le véritable responsable de l’incendie qui a ravagé sa maison. Cousine lointaine de la Carrie de Stephen King, Neve va se transformer en ange vengeur qui va faire payer aux adultes les abus commis sur les enfants. De Van prend clairement le parti de sa jeune héroïne, ne la diabolise jamais et cherche à comprendre par quel mécanisme terrible elle s’avère incapable de discerner les preuves de tendresse d’un potentiel assaut sexuel. Sans com

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« L’essence d’un réalisateur est d’être un voyeur »

ECRANS | Rencontre avec François Ozon, réalisateur de "Jeune & Jolie", quatorzième long-métrage d’une œuvre qui se réinvente sans cesse, inégale mais toujours surprenante. Propos recueillis par Christophe Chabert

Christophe Chabert | Vendredi 12 juillet 2013

« L’essence d’un réalisateur est d’être un voyeur »

Dans vos derniers films, vous vous aventuriez vers des choses inédites chez vous. Dans Jeune & Jolie, vous reprenez les choses là où vous les avez laissées avec 5X2 : un concept très fort, la question du désir qui redevient centrale…François Ozon : L’envie première était de reparler de l’adolescence. Je me suis rendu compte que je n’avais pas parlé de l’adolescence depuis Sous le sable, qui est un film important car c’est là que j’ai rencontré Charlotte Rampling. J’ai ensuite fait beaucoup de films avec des personnages nettement plus matures, et le fait de travailler avec les deux jeunes acteurs de Dans la maison m’a donné envie de retourner vers l’adolescence. Je ne pense pas tellement à mes films d’avant, mais disons que ça me ramenait à mes premiers courts-métrages. Je pouvais reparler de l’adolescence et du désir adolescent mais avec mon regard d’aujourd’hui, une distance que je n’avais pas à l’époque. Chaque film est un peu une expérimentation, je voulais voir ce que ça donnerait. Sur le côté formel, oui,

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Jeune & jolie

ECRANS | Avec ce portrait d’une adolescente qui découvre le désir et brave les interdits, François Ozon prouve sa maîtrise actuelle de la mise en scène, mais ne parvient jamais à dépasser le regard moralisateur qu’il porte sur son héroïne. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 10 juillet 2013

Jeune & jolie

Jeune & jolie : un titre qui est autant une référence au magazine pour adolescentes qu’une mise au point de la part de François Ozon. Il ferme ainsi sa longue parenthèse d’actrices vieillissantes et revient à la jeunesse érotisée de ses premières œuvres, courtes ou longues. L’introduction tient lieu d’énorme clin d’œil : sur une plage déserte, Isabelle, 16 ans – prometteuse Marine Vacth, sorte de Laetitia Casta en moins voluptueuse –, retire le haut de son maillot de bain, se pensant à l’abri des regards. En fait, la scène est vue depuis les jumelles de son petit frère et en deux plans, trois mouvements, Ozon s’offre un digest de son premier âge de cinéaste : la plage comme lieu de fantasmes, ses alentours comme repère des désirs troubles. Clin d’œil donc, mais trompe l’œil aussi : ce voyeurisme-là n’est qu’une fausse piste. Et même si par la suite tous les regards se tourneront vers Isabelle pour percer son inexpliquée conversion à la prostitution, Ozon ne cherche jamais à créer de suspens malsain autour de ses activités : au contraire, c’est l’évidence frondeuse avec laquelle elle découvre son désir qui l’intéresse, et qu’il filme sans pincette par

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Début octobre dans la maison Ozon

ECRANS | Pendant longtemps, François Ozon se méfiait de la presse, des interviews et de la nécessité d’expliquer ses films. Depuis "Potiche", on le sent plus détendu, plus sûr de lui et prêt à rentrer dans les méandres de son œuvre avec humour et malice. La preuve avec cet entretien. Propos recueillis par Christophe Chabert

Christophe Chabert | Lundi 8 octobre 2012

Début octobre dans la maison Ozon

On se dit en voyant Dans la maison que c’est le film où vous répondez le plus ouvertement aux reproches adressés à votre cinéma mais aussi où vous le définissez par rapport à la littérature, comme une théorie de votre pratique…François Ozon : Au départ, c’est une pièce de théâtre, ce n’est pas moi qui l’ai écrite. Mais quand on fait une adaptation, c’est qu’on s’y retrouve, qu’il y a des choses qui vous plaisent. Ce qui m’a plus, c’est la relation prof-élève et que ce ne soit pas dans un seul sens, qu’il y ait une interactivité, que le gamin apporte autant au prof que le prof au gamin, cette idée de la transmission. Quant à répondre exactement à ce qu’on me reproche, c’est vous qui le dites, je ne l’ai pas théorisé. Il y a quand même des dialogues qui évoquent le fait d’aimer ses personnages ou de les regarder de haut…Ah ! Ce qui m’amusait dans tous ces trucs théoriques que dit le prof, c’est que ça me rappelait ces gens qui veulent donner des cours sur le scénario, ces théoriciens venus des États-Unis. Je lis ça et je n’arrive jamais à rentrer dans ce moule, cette méthode. Je sais que ce sont des co

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Dans la maison

ECRANS | De François Ozon (Fr, 1h45) avec Fabrice Luchini, Kristin Scott-Thomas, Emmanuelle Seigner…

Christophe Chabert | Jeudi 4 octobre 2012

Dans la maison

Germain Germain (bonjour Nabokov !) est un prof de français désespéré par la nullité de ses élèves. Alors qu’il lit leurs médiocres rédactions à sa femme qui, elle, tient une galerie d’art contemporain sur le thème sexe et pouvoir (bonjour Sade !), l’une d’entre elles sort du lot. L’élève y raconte son envie de s’introduire dans la maison de l’un de ses camarades pour s’approcher de cette vie bourgeoise, avec une mère archétypale des « femmes de la classe moyenne » (bonjour Flaubert !). Germain pense qu’il y a là un talent à canaliser, sans savoir qu’il met le doigt dans un dispositif dangereux : celui qui brouille la frontière entre la réalité et la fiction, mais aussi celui de François Ozon, qui déroule ici une mécanique ludique où l’on ne sait jamais si ce que l’on nous raconte est le fruit d’une narration objective, si celle-ci a été influencée par les conseils de Germain ou encore si elle n’est que le reflet de l’imagination de son élève. Le voyeurisme littéraire de l’un rencontre le voyeurisme réel de l’autre, et tout le monde finit par vivre son fantasme (d’auteur frustré, d’adolescent orphelin, de femme délaissée) par procuration. Ozon s’amuse manifestement – et

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Pour quelques courts de plus

ECRANS | Le mercredi 21 décembre, jour du solstice d’hiver, est donc le plus court de l’année. Profitant de l’absence de toute prophétie maya à l’horizon, un comité de (...)

François Cau | Lundi 19 décembre 2011

Pour quelques courts de plus

Le mercredi 21 décembre, jour du solstice d’hiver, est donc le plus court de l’année. Profitant de l’absence de toute prophétie maya à l’horizon, un comité de pilotage regroupant une flopée de structures audiovisuelles nationales encourage les volontaires à travers le pays à organiser des événements liés à la diffusion de courts-métrages. Sur Grenoble, deux établissements ont répondu présents et se sont même fédérés pour l’occasion : la Cinémathèque et le Magasin, Centre National d’Art Contemporain. La première, fer de lance local de la promotion de cette discipline cinématographique, proposera toute la journée un programme constitué de lauréats de son Festival du Court-Métrage en Plein Air, de trésors issus de son fonds (ne manquez pas Une robe d’été de François Ozon et L’Amour existe de Maurice Pialat), et conclura sa sélection par une série de films érotiques “historiques“, dont le légendaire Sœur Vaseline (1925). Le Magasin accueillera quant à lui, sur présentation du ticket d’accès aux expositions, une sélection de courts choisis par la Cinémathèque, puis projettera les films des artistes retenus pour son Exposition de Noël.FC Le jour le plus court, mercredi 2

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Les amants éternels du cinéma français

ECRANS | Acteurs / Le cinéma de François Ozon affiche ouvertement son fétichisme cinéphile ; chez lui, la citation doit être littérale, incarnée, et les acteurs doivent (...)

François Cau | Jeudi 4 novembre 2010

Les amants éternels du cinéma français

Acteurs / Le cinéma de François Ozon affiche ouvertement son fétichisme cinéphile ; chez lui, la citation doit être littérale, incarnée, et les acteurs doivent arriver sur l’écran avec le passé de leurs rôles précédents (Jérémie Rénier dans Les Amants criminels, Jeanne Moreau dans Le Temps qui reste, etc.). Dans Potiche, il reforme le couple mythique Catherine Deneuve / Gérard Depardieu, sept films ensemble en trente ans. Deneuve le fait justement remarquer, elle n’a jamais été que l’amante de Depardieu, jamais sa femme à l’écran ; c’est donc un couple illégitime marqué par un décalage initial qui empêche l’accomplissement de la romance. Dans Le Dernier métro (1980), Truffaut fait de Deneuve une comédienne populaire qui devient par la force des choses le lien entre son mari juif caché dans la cave du théâtre pendant l’occupation et le monde extérieur. Depardieu, lui, est un jeune acteur qui doit être son partenaire à la scène et devient son amant en coulisses. Deneuve est alors une star ; Depardieu est en passe de l’être et le film se nourrit de ce décalage de notoriété en le reproduisant à l’écran. Corneau dans Le Choix de

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«Fidèle à la réalité»

ECRANS | Entretien / François Ozon, réalisateur de Potiche. Propos recueillis par CC

François Cau | Jeudi 4 novembre 2010

«Fidèle à la réalité»

Petit Bulletin : Potiche a ceci de nouveau dans votre œuvre : il parle frontalement de politique…François Ozon : C’est venu naturellement de la pièce originale que je connaissais depuis l’époque où j’avais tourné 8 femmes. Ce qui a déclenché mon envie de l’adapter, c’est la campagne présidentielle de 2007, où une vraie misogynie s’est déchaînée de la part des hommes politiques, y compris dans le camp socialiste, mais aussi des femmes, envers Ségolène Royal. À cette occasion, j’ai relu la pièce, et je l’ai trouvée très actuelle. Dans le même temps, j’ai reçu une proposition de mes producteurs, Mandarin, pour tourner un film sur Nicolas Sarkozy. Ça ne me branchait pas tellement. À la place, je leur ai proposé Potiche en leur disant que c’était aussi un film politique. Mais ils ne s’attendaient pas à ce que ce soit une comédie ! 8 femmes était aussi l’adaptation d’une pièce de théâtre populaire, mais Potiche est moins théâtral, plus aéré…8 femmes était un whodunit à la théâtralité assumée, un huis clos que j’avais tiré vers une réflexion sur les actrices. Potiche est plus au premier degré, il était important de

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Politique de la potiche

ECRANS | Cinéma / Pour son déjà douzième long-métrage, l’insaisissable François Ozon s’empare d’une pièce de boulevard signée Barillet et Grédy, pour en tirer une adaptation très libre, politique, drôle et mélancolique, au casting parfait et à la mise en scène fluide et élégante. Christophe Chabert

François Cau | Jeudi 4 novembre 2010

Politique de la potiche

Un mot d’abord sur l’étrange carrière de François Ozon. Peu de cinéastes français contemporains ont été aussi prolifiques (un film par an depuis 1998), aussi éclectiques et aussi inégaux. Impossible à partir de sa déjà imposante filmographie de faire des généralités : il a fait de grands films intimistes (5X2, Le Temps qui reste) mais en a raté à peu près autant (Swimming Pool, Le Refuge) ; avec des sujets plus conséquents, les fortunes sont aussi diverses, du baroque provocateur Les Amants criminels au romanesque neurasthénique d’Angel ; quand il adapte du théâtre, cela peut donner un film poussif comme 8 femmes, mais aussi une bonne claque comme Gouttes d’eau sur pierres brûlantes. Potiche rajoute encore du paradoxe : d’abord, il sort la même année que ce qui est sans doute le pire film d’Ozon (Le Refuge) ; ensuite, il s’apparente à une commande ouvertement grand public façon 8 femmes ; enfin, il s’agit d’une comédie, genre qui a peu réussi à Ozon depuis son initial Sitcom. Pourtant, le cinéaste est ici à son meilleur, et si Potiche est avant tout un excellent divertissem

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Le Refuge

ECRANS | De François Ozon (Fr, 1h30) avec Isabelle Carré, Louis-Ronan Choisy…

François Cau | Jeudi 21 janvier 2010

Le Refuge

Le Refuge plonge tête la première dans ce qui guette le cinéma de François Ozon : son côté Patrice Leconte auteuriste où un film=une idée+un casting. C’était le cas de Swimming pool, son plus mauvais film à ce jour, ça l’est encore plus ici car Ozon y rajoute une donnée intenable : un discours sournoisement planqué derrière son récit. Soit un couple de junkies ; le mec (Melvil Poupaud) meurt et la fille (Isabelle Carré) tombe enceinte. Elle trouve refuge dans une maison au bord de l’océan, où le frère gay de son amant la rejoint. Elle décide de garder l’enfant, et découvre dans ce frère en rupture avec sa famille bourgeoise un père de substitution possible. La fin viendra enfoncer le clou : oui, les homos peuvent être d’excellents pères, meilleurs que certains hétéros. Soit. Mais la démission totale de Ozon en tant que scénariste (le film n’est qu’accumulation de dialogues dignes de Plus belle la vie) et cinéaste (il n’y a rien à regarder dans les plans, plats comme un téléfilm) donne le sentiment que Le Refuge n’est qu’un prétexte pour un futur débat sur la question.CC

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Ricky

ECRANS | De François Ozon (Fr, 1h30) avec Alexandra Lamy, Sergi Lopez…

François Cau | Vendredi 6 février 2009

Ricky

Après le ratage d’Angel, François Ozon revient à un cinéma modeste proche de ses premières œuvres avec ce très curieux Ricky. La première demi-heure est une belle surprise : Ozon s’y frotte au quotidien d’une ouvrière dans une usine de produits chimiques (Alexandra Lamy, tout à fait crédible et assez épatante), mère célibataire nouant une relation avec un autre ouvrier (Sergi Lopez, très bon lui aussi). Le réalisme de cette ouverture ne se dépare pas d’une sècheresse de trait et d’un sens de l’inquiétude qui laissent penser que le cinéaste signe ici son retour en forme et en force. Mais tout cela ne fait que préparer le twist énorme qui est en fait le vrai sujet du film : la naissance d’un bébé ailé, que l’on cache puis que l’on tente maladroitement d’exhiber au monde, avant de le laisser s’envoler comme dans un conte pour enfants. Ozon nous supplie de croire à l’impossible, mais avec des effets spéciaux de téléfilm et des séquences franchement foirées (la scène du supermarché avec ses figurants aux taquets !), c’est beaucoup demander au spectateur. Il est lui-même trop conscient de ce qu’il raconte, notamment des sous-textes évidents charriés par son histoire,

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