Captain America : le soldat de l'hiver

ECRANS | Moins foireux que les derniers "Iron Man" et "Thor", ce nouveau "Captain America" séduirait presque par sa tentative de croiser son héros avec un film d’espionnage sombre et politique. Mais, comme d’hab’, ce sont les effets spéciaux et les incohérences qui l’emportent. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Dimanche 30 mars 2014

Que ferait un héros 100% patriotique comme Captain America face au scandale des écoutes de la NSA ? Prendrait-il parti pour Obama et le gouvernement américain, ou jouerait-il les contre-pouvoirs au nom d'une démocratie bafouée ? Dans le fond, ce Soldat de l'hiver ne raconte pas autre chose. Désormais bien intégré au XXIe siècle, Captain America doit faire face à un complot d'ampleur nationale dont les ficelles sont tirées par un gouverneur corrompu et dont le but est de détruire le S.H.IE.L.D. et d'éliminer son directeur, Nick Fury. Le tout repose sur l'accomplissement tardif du projet nazi Red Skull, qui formait le centre du premier volet, et qui devient ici une arme pour effectuer une drastique sélection pas naturelle du tout entre les êtres humains.

Évidemment, le scénario est proche du grand n'importe quoi, comme l'était déjà celui de Thor 2, ce qui n'est pas loin d'être un énorme problème quand on sait que tous ces films post-Avengers se posent en concurrents des séries télé et de leurs mécaniques narratives diaboliques et addictives. Sauf qu'on est au cinéma et, n'en déplaise à ceux qui ne jurent que par l'accumulation de péripéties et l'originalité d'un script — ceux-là qui passent complètement à côté du spectacle épuré de Gravity, par exemple — c'est bien la mise en scène que l'on a envie d'apprécier sur l'écran.

Sur ce point, Captain America : Le Soldat de l'hiver est plutôt une bonne surprise. Car non seulement les frères Russo — qui jusque-là s'étaient illustrés dans la comédie — suivent les pistes politiques de l'intrigue, mais ils en tirent les conséquences dans leur approche visuelle puisque le film baigne dans une ambiance sombre et froide proche de certains thrillers d'Alan Pakula. Quant aux scènes d'action, elles restent dans un premier temps solidement arrimées sur terre, dans un réalisme urbain pas si éloigné de ce que Michael Mann avait pu produire dans Heat et Miami Vice. Captain America lui-même est ramené à sa dimension de yakayo musculeux, plus héros que super-héros, c'est-à-dire presque vulnérable. Presque, car il ne faut pas pousser quand même : cela reste une des faiblesses de toute cette série Marvel, l'incapacité à trembler pour des personnages dont on sait la nature invincible — et la nécessité de les trimballer d'un film à l'autre dans une logique de franchise.

D'ailleurs, Le Soldat de l'hiver semble presque s'amuser avec la chose, tous les personnages mourant au moins une fois dans le film, pour mieux renaître quelques scènes plus loin. Là encore, c'est la faiblesse du scénario qui est à mettre en cause, mais dans une logique pop, l'idée est assez amusante. On rappellera par exemple que le premier OSS 117 avait fait du retour du meilleur ami du héros disparu pendant la guerre un de ses nombreux axes de détournement parodique… Plus ennuyeuse en revanche est l'incapacité, là aussi chronique chez Marvel, de se fixer sur un méchant emblématique, et d'en changer toutes les trente minutes. Le premier, qui s'exprime avec l'accent québécois, est le plus ridicule qu'on ait vu dans un blockbuster depuis très longtemps ; les autres sont plus intéressants, notamment Redford en politicien machiavélique, comme s'il renversait son image forgée dans les polars d'espionnage de Pollack et Pakula.

Redford ressemble au film dans ce qu'il a de meilleur : une sorte de collusion entre la nostalgie vintage pour une époque — les 70's — et la réalité industrielle du cinéma hollywoodien d'aujourd'hui qui oblige à mettre des guest-stars partout. L'image des centaines d'ordinateurs primitifs qui stockent la «mémoire» du projet Red Skull et l'esprit de son créateur — Toby Jones — sont ainsi ni plus ni moins que la reproduction des salles de rédaction immenses que l'on trouvait dans Les Hommes du Président. Sauf qu'ici, ce ne sont plus que des antiquités exotiques paumés au milieu d'une technologie qui macule l'écran à tout bout de champ…

Le Soldat de l'hiver est donc à la fois branlant et sympathique, du moins jusqu'à sa dernière demi-heure, où il est englouti par une surenchère de pyrotechnie numérique épuisante. Plus rien ne tient debout, les effets spéciaux cherchant à faire spectacle, c'est-à-dire à se substituer à la mise en scène. Un dernier mouvement complètement raté, profondément ennuyeux à force de ne pas vouloir ennuyer, qui ne tient plus aucun compte de ce qui l'a précédé et n'apporte comme réponse à la question initiale — que ferait Captain America face à la NSA — que celle-ci : il ferait tout péter, et retournerait courir 15 km en une demi-heure. Et accessoirement, il attendrait sagement de revenir dans Avengers, Age of Ultron avec le seul cinéaste capable de mettre en forme cette tambouille Marvel, Joss Whedon.


Captain America, le soldat de l'hiver

De Anthony Russo, Joe Russo (ÉU, 2h08) avec Chris Evans, Scarlett Johansson...

De Anthony Russo, Joe Russo (ÉU, 2h08) avec Chris Evans, Scarlett Johansson...

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Après les événements cataclysmiques de New York, Steve Rogers aka Captain America vit tranquillement à Washington, D.C. et essaye de s'adapter au monde moderne. Mais quand un collègue du S.H.I.E.L.D. est attaqué, Steve se retrouve impliqué dans un réseau d'intrigues...


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"Jojo Rabbit" : j’avais deux camarades

Fiction | Un garçonnet, dont le confident imaginaire est Hitler, se retrouve à sauver des nazis une orpheline juive. Taika Waititi s’essaie au burlesque dans une fable maladroite ne sachant jamais quel trait forcer. Une déception à la hauteur du potentiel du sujet.

Vincent Raymond | Mardi 28 janvier 2020

Allemagne, années 1940. Tête de turc de sa section des Jeunesses hitlériennes, le malingre et craintif Jojo trouve du réconfort auprès d’un ami imaginaire, Adolf en personne. Tout s’embrouille lorsqu’il découvre une adolescente juive cachée dans les murs de sa maison… L’accueil enthousiaste rencontré par Jojo à Toronto, doublé d’un Prix du Public, en a fait l’un des favoris dans la course à l’Oscar. Sur le papier, le postulat du film a de quoi susciter la curiosité tant il semble cumuler les transgressions volontaires. Résumons : Jojo conte tout de même la fin de la Seconde Guerre mondiale côté allemand du point de vue d’un jeune féal du Führer, en adoptant un registre absurdo-burlesque avec des stars populaires, le tout sous la direction de Taika "Ragnarok" Waititi qui s’adjuge de surcroît le rôle d’Hitler. Ça fait beaucoup, mais pourquoi pas si une cohérence supérieure gouverne les choses ? Ce n’est malheureusement pas le cas. Hitler ? Connais pas… Waititi ne sachant pas quel ton maintenir, son film apparaît violemment hétérogène. Taillant sur mesure ses séquences aux

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"Avengers : Endgame" : la fin justifie les grands moyens

ECRANS | Les Avengers s’unissent pour défaire l’œuvre destructrice de Thanos. Après un "Infinity War" en mode “demande à la poussière“, ce "Endgame" boucle (quasiment) par un grand spectacle philosophique la 3e phase de l’univers cinématographique Marvel.

Vincent Raymond | Mercredi 24 avril 2019

Après que Thanos a, grâce au gantelet orné des six Pierres d’Infinité, exterminé la moitié des êtres de l’univers, les Avengers survivants tentent de se rassembler. Il faudra attendre cinq ans que Ant-Man sorte accidentellement de l’infiniment petit quantique pour que Tony Stark accepte de joindre ses forces à leur plan fou : remonter dans le temps afin d’empêcher Thanos de s’emparer des Pierres… Où l’ensemble des fils et arcs narratifs laissés en suspens depuis 21 films et 3 phases par les différentes franchises Marvel sont appelés à se boucler. Mais de même qu’« il faut savoir finir une grève » comme disait Thorez, mettre un terme à un cycle ne s’improvise pas. Avengers : Infinity War (2018) avait laissé entrevoir une bienheureuse inflexion dans la série : à la surenchère de combats de colosses numériques entrelardés de punchlines boutonneuses (Captain America Civil War) avait succédé une dimension plus sombre, volontiers introspective grâce à l’intégration de Thanos. Un antagoniste moins manichéen qu’il y semblait, semant une mort arbitraire à des fins sélectives quasi-d

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Mercredi, le Ciné-Club diffusera le culte "Lost in Translation"

ECRANS | « Sur ce sentiment inconnu dont l'ennui, la douceur m'obsèdent, j'hésite à apposer le nom, le beau nom grave de tristesse » écrivait Françoise Sagan (...)

Vincent Raymond | Mardi 30 octobre 2018

Mercredi, le Ciné-Club diffusera le culte

« Sur ce sentiment inconnu dont l'ennui, la douceur m'obsèdent, j'hésite à apposer le nom, le beau nom grave de tristesse » écrivait Françoise Sagan en incipit de Bonjour tristesse. S’il comporte sa dose d’ennui partagé, le sentiment habitant les protagonistes du Lost in Translation (2004) de Sofia Coppola, à (re)voir mercredi 7 novembre à 20h au cinéma Juliet-Berto, a davantage à voir avec la langueur et le décalage. Soit la balade de deux désœuvrés pris au piège dans un hôtel japonais, trouvant dans leur complicité un dérivatif à leurs solitudes et leurs vies respectives, qui permit à Scarlett Johansson de quitter ses emplois d’ado boudeuse et d’accéder aux rôles de jeune femme. Et à Bill Murray de continuer à faire le Bill Murray. Ce qui n’est pas mal. Merci le Ciné-Club pour cette programmation qui ouvre un cyle "Au féminin".

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"Ghost in the Shell" : trois questions à Scarlett Johansson

ECRANS | Après "Lucy" (2013) et "Her" (2014), l'actrice incarne dans "Ghost in the Shell" de Rupert Sanders un nouveau rôle célébrant les noces de l’humanité et de la cybernétique. Propos recueillis lors de la conférence de presse.

Vincent Raymond | Mardi 28 mars 2017

Qu’est-ce qui vous attirée dans ce projet ? Scarlett Johansson : C’est difficile de dire ce qui m’a attiré de prime abord… C’est un long processus entre le moment où l’on en a parlé, et celui où l’on a tourné en Nouvelle-Zélande. Ce n’était pas très évident pour moi de comprendre au départ comment on pouvait transposer un "anime" qui est déjà un chef-d’œuvre et où trouver ma place. Le Ghost in the Shell de Mamoru Oshii est tellement introspectif et poétique, et cependant très froid. Je me suis demandée comment entrer dans ce personnage. Petit à petit, cette idée m’a hantée ; l’histoire est restée en moi. Quand j’ai rencontré Rupert Sanders, il travaillait depuis deux ans sur les visuels et on a commencé à parler. Nos conversations ont duré une année, et je me suis de plus en plus sentie investie émotionnellement dans ce personnage. Votre personnage investit un corps qui ne lui appartient pas pas. Est-ce une métaphore de votre métier d’actrice ? Lorsque l’on est actrice et que l’on joue, il y a une connexion intense entre le corps et l’esprit – c’est d’ailleurs ce

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"Ghost in the Shell" : humains, après tout

ECRANS | À l’instar de ces héros humains améliorés par les machines, ce film en prises de vues réelles s’hybride avec toutes les technologies visuelles contemporaines pour revisiter le classique anime de Mamoru Oshii (1997). Une (honnête) transposition de Rupert Sanders, davantage qu’une adaptation.

Vincent Raymond | Mardi 28 mars 2017

Dotée d’un corps cybernétique augmentant ses capacités humaines, le Major (Scarlett Johansson) a été affectée à la Section 9, une unité d’élite dépendant du gouvernement. Sa prochaine mission vise à combattre un criminel capable de pirater les esprits, mais aussi de lui révéler un passé qu’on lui a dissimulé… En s’appropriant le joyau de Oshii, Rupert Sanders touche à un tabou. Ghost in the Shell constitue en effet un jalon dans l’histoire des "anime" : il est le premier à avoir été universellement considéré comme un film "adulte" (en tout cas moins familial ou jeune public que les Takahata et Miyazake) ainsi qu’une œuvre de science-fiction visionnaire, dans la lignée des adaptations de Philip K. Dick ou Asimov. Sa narration elliptique, intriquant anticipation et tensions géopolitiques, ajoutée à son esthétique élégante et épurée, l’ont érigée en référence d’un futur dystopique… dépassé. Bien en chair Car depuis vingt ans, EXistenZ, Matrix puis la réalité virtuelle ont rattrapé certaines des projections de l’anime. Sanders et ses scénaristes l’ont donc "déshabillé", conservant l'essentie

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"Tous en scène" : music-animal animé

ECRANS | de Garth Jennings (E.-U., 1h48) animation

Vincent Raymond | Mardi 24 janvier 2017

Pour sauver son théâtre d’une ultime faillite, Buster le koala mise sur un concours de chant ouvert aux amateurs. Une succession de mésaventures lui rend la chose plus ardue que prévue, alors même qu’il a réuni une troupe de talents hors du commun… Les studios Illumination (incubateurs des Minions) savent souffler le froid et le chaud avec les animaux : au consternant Comme des bêtes sorti l’été dernier succède ici en effet une efficace et entraînante comédie, bien moins bébête et puérile que le cadre référentiel (l’engouement autour des télé-crochets musicaux) ne le laissait craindre. L’absence de clins d’œil à outrance, d’un trop-plein de parodies ou d’allusions à des demi-stars vaguement dans l’air du temps contribue à la réussite de l’ensemble, qui tire avant tout parti de ses ressources propres : son intrigue et ses personnages, aux caractéristiques adroitement dessinés. Même les voix françaises font preuve d’une tempérance bienvenue ! Cela dit, il n’y a pas de quoi être étonné : un film encadré pa

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Tokyo spleen pour Sofia Coppola

ECRANS | À la sortie de Lost in translation, Sofia Coppola n’était encore que la fille de son père et la réalisatrice d’un premier long prometteur, Virgin Suicides. (...)

Christophe Chabert | Mardi 20 janvier 2015

Tokyo spleen pour Sofia Coppola

À la sortie de Lost in translation, Sofia Coppola n’était encore que la fille de son père et la réalisatrice d’un premier long prometteur, Virgin Suicides. Tout va changer ensuite, au point de faire naître, comme c’est souvent le cas, des préjugés difficiles à décoller sur son cinéma qui, de Marie-Antoinette à The Bling ring, ne cessera de décevoir ses admirateurs. Raison de plus pour retourner aux sources du malentendu et ce grâce à une nouvelle séance des "Traversées urbaines" de la Cinémathèque. Dans Lost in translation, Coppola suit les pas de Bob, comédien américain en pleine dépression, venu à Tokyo tourner une pub pour un whisky. Ce comédien, c’est Bill Murray, qui grâce à ce rôle passera du statut d’acteur comique culte à celui d’égérie de la vague hipster du cinéma américain. En plein "jet lag" et paumé dans une ville dont il ne comprend ni la langue, ni les codes, Bob rencontre la jeune Charlotte qui, en attendant que son photographe de mari ne rentre à son hôtel, traîne son spleen et son ennui. Ensemble, ils

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Rentrée ciné 2015 : l’Amérique au firmament…

ECRANS | Les saisons se suivent et ne se ressemblent pas : de janvier à juin, c’est le retour des super auteurs du cinéma américain avec des films qu’on dira, par euphémisme, excitants. À l’ombre de ces mastodontes vrombissants, une poignée de cinéastes d’ici devraient leur donner le change. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 6 janvier 2015

Rentrée ciné 2015 : l’Amérique au firmament…

Les Wachowski, Clint Eastwood, Alejandro Gonzalez Iñarritu, Paul Thomas Anderson, Michael Mann, Tim Burton, George Miller, à qui on ajouterait bien James Wan et Josh Whedon : le premier semestre 2015 se pose en miroir inversé du dernier semestre 2014. Fini le renouvellement générationnel, les cinéastes du monde entier qui arrivent à une forme de maturité créative, les francs-tireurs décidés à faire trembler le cinoche mainstream ou son frère jumeau, le world cinéma… Certes, il y en aura quelques-uns d’ici à fin mai ; mais ce sont bien les super-auteurs américains qui risquent de faire la pluie et le beau temps sur l’actualité cinématographique d’ici là. Après un mois de janvier en forme de tour de chauffe, ce sont donc Larry et Lana Wachowski qui ouvrent le bal avec leur Jupiter ascending le 4 février – que son distributeur français a, de manière particulièrement débile, rebaptisé Jupiter : le destin de l’univers. Après la fresque spatio-temporelle de Cloud Atlas, génial puzzle d’une a

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Under the skin

ECRANS | Le corps extraterrestre de Scarlett Johansson arpente l’Écosse à bord d’un 4X4 pour y lever des quidams et les faire disparaître dans une étrange matière noire : pour son troisième long métrage, Jonathan Glazer ouvre grand la porte d’un cinéma sensoriel, expérimental, énigmatique, sidérant et résolument contemporain. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 24 juin 2014

Under the skin

Un œil s’ouvre sur l’écran, comme la conséquence d’un mystérieux alignement de cercles qui renvoient autant à des planètes en révolution qu’à des éclats lumineux, pendant que la bande son bourdonne en boucles entêtantes et en stridences de cordes. Quelque chose s’incarne donc lors du prologue abstrait d’Under the skin et la séquence suivante, celle qui va vraiment ouvrir le récit et lui donner son élan, en est l’expression immédiate : sur fond blanc, une femme nue en déshabille une autre avant d’enfiler ses vêtements. La silhouette, découpée en ombre chinoise soulignant sa plastique parfaite, se fait personnage en trouvant son costume, mais ce corps au-delà du réel s’est imprimé dans la rétine du spectateur comme un effet d’optique, donnant un sens concret à l’expression "enveloppe charnelle". Sous la peau, dans la peau Ce corps, c’est celui de Scarlett Johansson et, dans Under the skin, il vient effectivement d’ailleurs. Le film, avare en explications (et en dialogues), ne dira jamais où est cet ailleurs, mais l’alien, épaulée par un mystérieux motard, semble être venue sur terre dans un but aussi précis qu’intrigant : attirer des hommes seul

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Her

ECRANS | En racontant l’histoire d’amour entre un homme solitaire et une intelligence artificielle incorporelle, Spike Jonze réussit une fable absolument contemporaine, à la fois bouleversante et effrayante, qui dresse un état des lieux de l’humanité d’aujourd’hui du point de vue du surhumain. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 18 mars 2014

Her

Imaginez le monolithe de 2001 l’odyssée de l’espace apparaissant de nos jours dans un Apple store et donnant naissance à des milliers d’Hal 9000 domestiques qui essaimeraient dans les processeurs de nos téléphones portables et adopteraient la voix de la femme ou de l’homme de nos rêves… C’est peu ou prou ce qui arrive dans Her, le nouveau film d’un Spike Jonze en pleine maturité créative. Son héros, Theodore Twombly – un nom sans doute choisi en référence au peintre et photographe Cy Twombly – y traîne une déprime tenace suite à une rupture amoureuse. Il travaille dans un open space dont les murs sont des aplats colorés façon Pantone où il rédige des lettres d’amour pour les autres, avant de rentrer tristement dans son appartement hi-tech jouer à des jeux vidéo et pratiquer le sexe on line avec des inconnues. Jonze fait de lui le prototype de l’homme ordinaire du XXIe siècle : celui qui ne converse plus guère qu’avec son oreillette, c’est-à-dire, d’un point de vue extérieur, qui parle seul dans les rues d’une ville anonyme à l’architecture écrasante – en fait, un croisement invisible entre Los Angeles et Shanghaï. Lorsque sort un nouvel

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Snowpiercer

ECRANS | Après "The Host" et "Mother", Bong Joon-ho frappe à nouveau très fort avec cette adaptation cosmopolite d’une bande dessinée française des années 80, récit de SF se déroulant dans un train tournant sans fin autour d’un monde rendu à l’ère glaciaire. Épique et politique, une fable très sombre d’une grande intelligence dans son propos comme dans sa mise en scène. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Jeudi 24 octobre 2013

Snowpiercer

Même après sa fin, le monde continue de tourner. Enfin, pas exactement, car ce sont plutôt les humains qui le peuplent, derniers survivants d’une hasardeuse expérience scientifique ayant plongé la planète dans une nouvelle ère glaciaire, qui en sont réduits à faire des révolutions à bord d’un train-arche en mouvement perpétuel. La révolution, à l’autre sens du terme, couve dans les wagons de queue, où sont stockés dans des conditions de salubrité dégradantes les miséreux, à qui l’on enlève leurs enfants pour les emmener dans les wagons de tête, ceux des nantis. Bong Joon-ho, génial cinéaste sud-coréen de The Host et de Mother, a trouvé dans Le Transperceneige, BD française culte parue dans les années 80, cette cruelle métaphore d’une lutte des classes qui survit à l’apocalypse, repensant l’habituelle distribution verticale des rôles (les riches en haut, les pauvres en bas) dans une habile horizontalité. C’est à peu près tout ce qu’il a gardé du récit original, se laissant toute liberté créative p

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Hitchcock

ECRANS | Quand il entreprend de tourner Psychose, Alfred Hitchcock sort du triomphe de La Mort aux trousses, un projet qu’il a longuement mûri et qui marque (...)

Christophe Chabert | Mercredi 30 janvier 2013

Hitchcock

Quand il entreprend de tourner Psychose, Alfred Hitchcock sort du triomphe de La Mort aux trousses, un projet qu’il a longuement mûri et qui marque l’apogée de son style des années 50. Craignant de se répéter – et donc de lasser le public – il voit dans l’adaptation du roman de Robert Bloch, lui-même inspiré de l’histoire vraie du serial killer Ed Gein, un nouveau territoire à explorer, plus cru, plus choquant et plus viscéral. C’est ce cinéaste, finalement plus occupé par le désir des spectateurs que par sa propre postérité, que croque Sacha Gervasi au début de Hitchcock, et c’est sa grande qualité – en plus de la légèreté gracieuse de la mise en scène : refusant les habituelles tartes à la crème sur le génie et son inspiration, il montre un metteur en scène pragmatique, calculateur et prêt à défier studios et censeurs. Dans le film, Hitchcock a un double : son épouse Alma, véritable collaboratrice artistique qui, lassée de vivre dans l’ombre de son mari, entreprend de prêter son talent à un scénariste bellâtre. Tout cela est très juste historiquement – la bio de MacGilligan en avait fait un de ses angles – mais se révèle plus

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Avengers

ECRANS | La réunion des super-héros Marvel, pas toujours très bien servis séparément lors de leurs aventures individuelles, trouve en Joss Whedon l’homme de la situation : un amoureux des récits multiples et des comics, un cinéaste à la fois efficace, intelligent et élégant. Une vraie réussite. Christophe Chabert

Aurélien Martinez | Jeudi 26 avril 2012

Avengers

C’était une gageure : comment faire tenir dans un seul film de 2h20 cinq héros de comics ayant donné chacun un ou plusieurs films autonomes, sans tomber dans le zapping frénétique dicté par leur temps de présence à l’écran ? Avengers y répond sur la fin par un plan qui fait figure de déclaration d’intention : au beau milieu d’une bataille épique, monstrueuse, où les super-héros affrontent des centaines d’aliens, Joss Whedon s’offre un looping visuel magistral où il relie, par la grâce du numérique, chacun d’entre eux luttant à sa façon contre les envahisseurs. Le plaisir n’est pas que celui de la virtuosité technique : il tient aussi à ce prodige enfin accompli, qui consiste à leur donner l’épaisseur nécessaire — et l’iconisation qui va avec —  pour qu’aucun ne puisse bénéficier des faveurs du spectateur. Tous égaux, tous unis ; tous respectés par le cinéaste, qui cherche avant tout à prendre au sérieux (même si le film ne s’interdit ni l’humour, ni l’ironie) les figures qu’il déploie à l’écran. Esprit de sérieux Pour en arriver là, Whedon commence par installer patiemment les diverses lignes de son récit. Une scène très réussie lui permet notamment de

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Nouveau départ

ECRANS | Un père de famille endeuillé achète un zoo pour offrir une nouvelle vie à ses enfants et se retrouve à la tête d’une communauté en souffrance. Superbe sujet à la Capra, que Cameron Crowe transforme en fable émouvante où l’on apprend à rêver les yeux ouverts et les pieds sur terre. Christophe Chabert

François Cau | Vendredi 13 avril 2012

Nouveau départ

Et si on en finissait avec le cynisme, le second degré, la misanthropie light du temps présent ? Après Spielberg et son magnifique Cheval de guerre, c’est au tour de Cameron Crowe, qui signe ici son meilleur film depuis Presque célèbre, de travailler à recréer l’espoir naïf d’un monde où la mort et la crise sont surmontées non par l’ironie, mais par un optimisme lucide. C’est de cela dont il est question dans Nouveau départ (réglons une bonne fois pour toutes le sort de ce titre français pourri : le film s’appelle We bought a zoo, On a acheté un zoo). Benjamin Mee (Matt Damon, excellent, et à nouveau surprenant après The Informant, True Grit, Contagion…), reporter casse-cou qui a bravé bien des épreuves sauf une, la mort de sa femm

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"Vicky Cristina Barcelona" : sous l'espagnolade, la vérité sociale

ECRANS | En visite à Barcelone, Woody Allen propose une nouvelle variation, faussement convenue, autour de ses thèmes favoris : le couple et la fatalité culturelle.

Christophe Chabert | Jeudi 2 octobre 2008

Deux amies américaines sont en visite estivale à Barcelone, l’une pour ses études, l’autre pour se remettre de son énième déconfiture sentimentale. La brune Vicky (Rebecca Hall), solidement assise sur ses principes, est promise au mariage avec un jeune cadre new-yorkais ; la blonde Cristina (Scarlett Johansson) se cherche quelque part entre cinéma et photographie, célibataire par indécision plus que par choix. Woody Allen, après une trilogie londonienne au propos social détonnant, semble avoir mis le cap vers l’Espagne pour des raisons similaires à celles de ses héroïnes : s’offrir un break ensoleillé et touristique (de Gaudí à la guitare au clair de lune, les clichés sont à la fête), le temps de retrouver ses thèmes de prédilection : l’incertitude sentimentale et les aléas du couple. Avec un classicisme très sage, la première partie de Vicky Cristina Barcelona se pose en comédie romantique sans réel enjeu, notamment quand Juan Antonio (Javier Bardem), peintre bohème assumant son désir pour les deux demoiselles, sort le grand jeu et emballe toutes les pistes lancées par le récit. Niv

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