The Best offer

ECRANS | Le réalisateur de "Cinema Paradiso" s’engouffre dans une production à visée culturelle internationale qui séduit par son storytelling efficace mais déçoit par son absence d’émotion et la sagesse compassée de sa mise en scène. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 15 avril 2014

Production de prestige tournée en Anglais par un cinéaste italien "patrimonial" au possible – Giuseppe "Cinema Paradiso" Tornatore –, The Best offer possède un atout indéniable : son sens du storytelling extrêmement fluide et efficace.

Un commissaire-priseur (Geoffrey Rush, symbole de ce cinéma international, culturel et chic depuis le triomphe du Discours d'un roi) aussi célèbre que misanthrope, est l'agent, avec son complice de toujours (papy Donald Sutherland, en balade européenne) d'une grande escroquerie visant à récupérer d'inestimables œuvres d'art pour les contempler seul dans une pièce secrète de sa maison. À la faveur d'une liquidation au sein d'une grande famille, il tombe amoureux d'une femme énigmatique, recluse et invisible, dépressive et phobique, qui va le pousser à sortir de ses habitudes et à se mettre en danger.

Ce récit-là tient en haleine d'un bout à l'autre, notamment grâce à une série de twists brillamment orchestrés qui relancent sans cesse l'intérêt du spectateur. The Best offer s'inscrit ainsi dans une longue liste de films d'arnaque, et surclasse même un des derniers rejetons du genre, le très surestimé American Bluff de David O'Russell.

Museo paradiso

En revanche, Tornatore n'arrive jamais à dépasser le stade de l'illustration précieuse et maniaque dans sa mise en scène, réalisant un beau livre d'images en clair obscur et sfumato tanto italiano. On aimerait qu'à l'instar de son héros esthète brusqué puis sali par la découverte de sentiments qui le rendent à la fois humain et vulnérable à la mesquinerie alentour, le cinéaste quitte sa posture de grand ordonnateur d'une mécanique bien huilée (l'automate est la figure clé du film) pour faire vibrer un peu plus ses cadres et ses mouvements d'appareil. Bref, que la vie entre dans ce petit musée cinématographique – jusque dans la musique d'un Morricone recyclant sans vergogne ses partitions les plus célèbres – pas déplaisant à visiter, mais où l'émotion est régulièrement reléguée au second plan d'une adresse scénaristique et d'un savoir-faire technique en définitive très superficiels.

The Best offer
De Giuseppe Tornatore (It, 2h11) avec Geoffrey Rush, Jim Sturgess, Sylvia Hoeks…


The Best Offer

De Giuseppe Tornatore (Ita, 2h11) avec Geoffrey Rush, Jim Sturgess...

De Giuseppe Tornatore (Ita, 2h11) avec Geoffrey Rush, Jim Sturgess...

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Un expert d’art et commissaire priseur de renom, adulé et redouté de tous, tombe amoureux d’une cliente atteinte d’un mal étrange. Il ne lui parle qu’au téléphone et tombe sous son charme quand il la voit pour la première fois…


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"Millénium : ce qui ne me tue pas" : dure à cuire (et tant mieux)

ECRANS | de Fede Alvarez (ÉU, avec avert, 1h57) avec Claire Foy, Sverrir Gudnason, Sylvia Hoeks…

Vincent Raymond | Mardi 13 novembre 2018

Quand elle ne "corrige" pas les hommes trop violents avec leur épouse, Lisbeth Salander fait commerce de son génie du hacking. Or, l’une de ses missions va très mal tourner : il faut dire qu’elle a piraté la NSA pour récupérer un logiciel capable de déclencher le feu nucléaire… Extra-ordinaire à bien des égards, la saga littéraire Millénium a trouvé en David Lagercrantz un prolongateur zélé qui l’a développée autour de son atout majeur : le personnage de Salander. Moins lisse et plus intrigant que le héros théorique Mikael Blomkvist, la pirate tatouée et surdouée est, dans son genre, un fameux modèle féminin. En inversant les rôles, c’est-à-dire en plaçant ici Lisbeth au premier plan et Blomkvist en force d’appoint, Millénium prendrait-il un virage féministe ? En apparence seulement : si on le soumet au test de Bechdel, on s’aperçoit vite que les rares femmes donnant la réplique (ou faisant face) à Lisbeth ont un homme au centre de leurs conversations – quand il ne niche pas dans leur passif commun. Voire, plus retors, qu’elles se substituent à des figures masculines sous leu

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Cloud Atlas

ECRANS | Projet épique, pharaonique et hors des formats, Cloud Atlas marque la rencontre entre l’univers des Wachowski et celui du cinéaste allemand Tom Tykwer, pour une célébration joyeuse des puissances du récit et des métamorphoses de l’acteur. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 13 mars 2013

Cloud Atlas

Qu’est-ce que cette «cartographie des nuages» qui donne son titre au nouveau film des Wachowski ? Stricto sensu, c’est une symphonie qu’un jeune ambitieux (et accessoirement, homosexuel) va accoucher de l’esprit d’un vieux musicien reclus qui fait de lui son assistant. Métaphoriquement, mais toujours dans le film, c’est cette comète, marque de naissance qui relie les personnages principaux par-delà les lieux et les époques, dessinant peu à peu le plan du dédale narratif qui se déroule sous nos yeux (ébahis). Plus symboliquement encore, on sent ici que Lana et Andy Wachowski ont trouvé dans le best seller qu’ils adaptent une matière à la hauteur de leurs ambitions, un film qui se voudrait total, englobant le ciel et la terre, le passé, le présent et le futur. Mégalomanes mais conscients de l’ampleur du projet, ils ont su délégué une part de la tâche à l’excellent cinéaste allemand Tom Tykwer, donnant une singularité supplémentaire à Cloud Atlas, qui n’en manquait déjà pas : celle d’une œuvre absolument personnelle signée par des personnalités extrêmement différentes. Partouze des genres Or, justement, Cloud Atlas

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Le Discours d’un Roi

ECRANS | De Tom Hooper (Ang-Austr-ÉU, 1h58) avec Colin Firth, Geoffrey Rush, Helena Bonham Carter…

François Cau | Mercredi 26 janvier 2011

Le Discours d’un Roi

La razzia effectuée par Le Discours d’un Roi sur les nominations aux Oscars n’a rien d’étonnant ; le film semble calibré pour séduire l’Académie, répondant au cahier des charges du cinéma historico-culturel. Il y a un sujet, véridique — l’accession, contrainte et forcée, au trône de Grande-Bretagne du Roi Georges VI et ses déboires oratoires liés à un bégayement intempestif ; des numéros d’acteurs au cabotinage gênant — on a vu Colin Firth meilleur qu’ici, même s’il en fait moins que Bonham Carter en précieuse ridicule. Et il y a une forme, emphatique et arty, un surfilmage constant fait de décadrages voyants et de courtes focales sur des décors sans profondeur, qui donne parfois l’impression de regarder autant les tapisseries que les acteurs. Le film hurle si fort sa subtilité qu’il en devient lourd, notamment dans des dialogues qui ne ratent jamais l’occasion de récapituler avec des grandes sentences théâtrales le propos et les états d’âme des personnages. Les séquences de rééducation sont censées fournir un contrepoint comique à cette grandiloquence ; mais voir le futur Roi éructer tel un malade de la Tourette des «fuck» et des «shit» est amusant une fois, pas dix. On regrett

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