La Voie de l'ennemi

ECRANS | De Rachid Bouchareb (Fr-ÉU, 1h58) avec Forest Whitaker, Harvey Keitel, Brenda Blethyn…

Christophe Chabert | Mardi 6 mai 2014

Remake contemporain de Deux hommes dans la ville de José Giovanni, La Voie de l'ennemi remplace la ville française par un désert américain à la frontière mexicaine et ne s'intéresse qu'à un homme sur deux, un prisonnier condamné pour le meurtre d'un Marshall qui, à sa libération, tente de retrouver le droit chemin guidé par sa conversion à la religion musulmane. Mais, dans ce sud de l'Amérique frileux entre lutte contre l'immigration clandestine, économie mafieuse et trauma post-11 septembre où l'Islam est le nouvel ennemi d'une Nation en guerre, le criminel repenti devient suspect désigné d'un shérif rancunier.

Bouchareb avance donc sa thèse avec une lourdeur éléphantesque et un académisme plombant où chaque scène est annexée au propos développé, laissant de côté toute tension dramatique. Le cinéaste n'a par ailleurs aucun sens du contre-emploi, chaque acteur venant faire peu ou prou ce qu'on attend de lui – Whitaker joue la victime, Keitel le flic obsédé, Blethyn la bonne âme désarçonnée, Guzman le bad guy latino… On se croirait face à un vieux téléfilm rempli de clichés et de chromos sur une Amérique que Bouchareb investit pour mieux lui cracher son venin à la gueule, ce qui n'est pas de prime élégance.

Christophe Chabert


La Voie de l'ennemi

De Rachid Bouchareb (Fr, 1h58) avec Forest Whitaker, Harvey Keitel...

De Rachid Bouchareb (Fr, 1h58) avec Forest Whitaker, Harvey Keitel...

voir la fiche du film


Garnett, ancien membre d’un gang du Nouveau Mexique vient de passer 18 ans en prison pour meurtre. Avec l’aide de l’agent, Emily Smith, policière chargée de sa mise à l’épreuve, il tente de se réinsérer et de reprendre une vie normale.


entrez votre adresse mail pour vous abonner à la newsletter

"The Grand Budapest Hotel" : Wes Anderson à tous les étages

ECRANS | Avec "The Grand Budapest Hotel", Wes Anderson transporte son cinéma dans l’Europe des années 30, pour un hommage à Stefan Zweig déguisé en comédie euphorique. Un chef-d’œuvre génialement orchestré, aussi allègre qu’empreint d’une sourde inquiétude.

Christophe Chabert | Mardi 25 février 2014

The Grand Budapest Hotel, au départ, c’est un livre, lu par une jeune fille blonde sur un banc enneigé de la ville de Lutz, à côté de la statue de son auteur. Ce livre raconte l’histoire du Grand Budapest Hotel telle qu’elle fut rapportée à l’écrivain lors d’un séjour dans ses murs au cours des années 1960 par le propriétaire de l’hôtel, Zéro Moustapha. Cette histoire est aussi celle de Mr Gustave, concierge du Grand Budapest du temps de sa splendeur dans les années 1930, juste avant le début de la guerre, mentor et ami de Zéro. Le Grand Budapest Hotel était alors un bastion du luxe et du raffinement au cœur de l’Europe, dans la République de Zubrowka. À l’arrivée, The Grand Budapest Hotel est un film de Wes Anderson, autrement dit une pure création : rien de tout cela n’existe, tout a été réinventé par l’imaginaire du cinéaste. Mais ce monde fantaisiste laisse deviner en transparence la véritable Histoire européenne, du temps de ses heures les plus tragiques. Partition virtuose La narration en poupées russes qui lance le film – un récit à l’intérieur d’un récit à l’intérieur d’un récit –, redoublé par les const

Continuer à lire

Le Congrès

ECRANS | Ari Folman va là où on ne l’attendait pas après "Valse avec Bachir" : une fable de science-fiction qui interroge le futur du cinéma et mélange prises de vue réelles et animation vintage. Ambitieux, inégal mais souvent impressionnant, "Le Congrès" est aussi un formidable hommage à son actrice, Robin Wright. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 3 juillet 2013

Le Congrès

La mort du cinéma, annoncée depuis maintenant trois décennies, produit ce curieux paradoxe : chaque fois qu’un metteur en scène s’empare du sujet, il en tire une œuvre qui, à l’inverse, semble célébrer ses capacités de résistance. On se souvient du Holy motors de Carax, mais c’est aussi le cas du Congrès d’Ari Folman. Pas d’ambiguïté sur le discours du film : ce monde où les studios proposent aux acteurs de signer le «dernier contrat de leur carrière», avant de les scanner intégralement puis d’utiliser leur image dans des productions sur lesquelles ils n’ont plus aucun droit de regard, ressemble à une extrapolation cauchemardesque du passage au numérique actuel. C’est ce que décrit le premier acte du film, très impressionnant : Robin Wright, dans son propre rôle, est pressée par son agent (Harvey Keitel) et par le chef particulièrement odieux et inculte du studio Miramount (Danny Huston) de mettre un terme au lent calvaire qu’est devenu son parcours de comédienne en acceptant ce deal à la fois monstrueux et salvateur. Le choix de Robin W

Continuer à lire

Hors-la-loi

ECRANS | De Rachid Bouchareb (Fr-Alg, 2h18) avec Roschdy Zem, Djamel Debbouze, Sami Bouajila…

François Cau | Vendredi 17 septembre 2010

Hors-la-loi

Hors-la-loi cherche, à la manière d’Il était une fois en Amérique de Sergio Leone ou de L’Armée des ombres de Melville, à raconter la naissance du FLN à travers le parcours de trois enfants ayant connu le massacre de Sétif le 8 mai 1845. Bouchareb, qui avait réussi à marier épique et grand sujet dans Indigènes, n’arrive ici qu’à un résultat péniblement académique. Les personnages n’ont aucune liberté, pieds et poings liés au discours du film ; quand ils ouvrent la bouche, c’est pour faire une grande phrase sentencieuse. Et encore, les hommes ont le droit de l’ouvrir, car les femmes, elles, sont réduites à un silence assourdissant… La reconstitution est tout aussi empesée, entre costumes sentant encore le loueur et bidonvilles géants survolés avec une overdose de plans à la grue. Même la musique n’est qu’un plagiat ridicule de celle de Dark Knight. Les acteurs s’expriment avec des accents arabes qui sonnent faux, les scènes d’action sont illisibles, les rebondissements téléphonés et l’ensemble tire vers un manichéisme assez choquant au nom des codes du genre (la police française torture, point). Le plus embarrassant, c’est quand Bouchareb fait de gros clins d’œil à l’actualité, c

Continuer à lire