Joe

ECRANS | De David Gordon Green (ÉU, 1h57) avec Nicolas Cage, Tye Sheridan…

Christophe Chabert | Mardi 29 avril 2014

Joe aurait dû être le film d'une double renaissance : celle d'un auteur américain un peu égaré dans des commandes foireuses (David Gordon Green) et celle d'un acteur en roue libre dans des nanars que seuls quelques critiques français en mal de notoriété prennent encore au sérieux (Nicolas Cage).

C'est pourtant l'inverse : cette adaptation d'un bouquin de Larry Brown, où un adolescent rompt avec son ère alcoolique pour se rapprocher d'un mentor ambivalent, est totalement ratée, plombée par une narration incohérente où l'on change sans cesse de point de vue et de registre (chronique sociale, film noir, récit d'apprentissage) tout en tournant en rond dans un pré carré de personnages dont les rencontres "fortuites" sentent le mauvais storytelling. Stylistiquement, Gordon Green hésite entre naturalisme et élégie à la Terrence Malick – mélange fatalement voué à l'échec. Quant à Cage, il ne sait trop s'il doit se racheter une virginité en cherchant la sobriété ou s'il doit se lancer dans son habituel cabotinage. Un gâchis spectaculaire.

Christophe Chabert


Joe

De David Gordon Green (ÉU, 1h57) avec Nicolas Cage, Tye Sheridon...

De David Gordon Green (ÉU, 1h57) avec Nicolas Cage, Tye Sheridon...

voir la fiche du film


Dans une petite ville du Texas, l’ex-taulard Joe Ransom essaie d’oublier son passé en ayant la vie de monsieur tout-le-monde : le jour, il travaille pour une société d’abattage de bois. La nuit, il boit.


entrez votre adresse mail pour vous abonner à la newsletter

"Contes et légendes" : portraits robots par Joël Pommerat

Théâtre | Après l’immense réussite "Ça ira (1) Fin de Louis" passée par Grenoble en 2016, la MC2 accueille de nouveau le metteur en scène Joël Pommerat avec son "Contes et légendes" créé l’an passé. Un titre faussement doux pour un spectacle qui s’intéresse autant à l’adolescence comme période de construction violente qu’à notre monde contemporain déshumanisé. Une immense réussite qui prouve une fois de plus, s’il en était encore besoin, que Joël Pommerat est un artiste qui fera date dans l’histoire du théâtre français.

Aurélien Martinez | Mardi 20 octobre 2020

Nous avons de la chance, nous pauvres êtres du début du XXIe siècle qui glorifions notre passé théâtral avec, parfois, une nostalgie mortifère, de pouvoir suivre de près la carrière d’un homme de théâtre comme Joël Pommerat. Un metteur en scène qui, depuis trente ans, développe un langage artistique singulier, à la fois contemporain (il écrit ses textes, lui l’« écrivain de spectacle »), engagé (il questionne sans cesse notre monde, avec finesse) et, ce qui n’est pas la moindre des qualités, populaire. Il n’y a qu’à empiriquement faire le test en amenant à l’une de ses représentations une personne qui penserait que le théâtre n’est pas pour elle : c’est presque gagnant à coup sûr ! Un savoir-faire de plus en plus affirmé avec le temps (et le succès) qui transparaît une nouvelle fois dans son dernier spectacle en date, Contes et légendes. Un Pommerat pur jus, notamment visuellement (quel travail sur les clairs-obscurs !), mais tout de même surprenant dans son propos… Humain après tout Il était une fois notre société ultratechnologique, presque déshumanisée. C’est en son sein que Joël Pommerat va d

Continuer à lire

Voici 23 spectacles pour une saison théâtrale grenobloise variée

Panorama de rentrée culturelle 2020/2021 | Les théâtres de Grenoble et de l'agglomération ont de nouveau dégainé des programmations bourrées de propositions qu'on avait envie de défendre. Suivez-nous ! Par Aurélien Martinez et Nadja Pobel

La rédaction | Mercredi 14 octobre 2020

Voici 23 spectacles pour une saison théâtrale grenobloise variée

Western ! À Grenoble et aux alentours (ce que l’on appelle de par chez nous le Dauphiné), Serge Papagalli est une légende qui foule les scènes de la région depuis maintenant 50 ans. Pour célébrer cet anniversaire comme il se doit, et avant de le croiser fin novembre sur grand écran dans le film Kaamelott (le fameux Guethenoc le paysan, c’est lui) d’Alexandre Astier, notre homme se lance dans le western-spaghetti et théâtral, lui qui revendique fièrement ses origines italiennes. Avec une douzaine de comédiennes et comédiens à ses côtés (dont pas mal de fidèles de chez fidèles toutes générations confondues), son Western ! était forcément très attendu par un paquet de monde. Dont nous. AM À la MC2 du mardi 13 au jeudi 22 octobre Au Théâtre Jean-Vilar (Bourgoin-Jallieu) vendredi 6 et samedi 7 novembre Au

Continuer à lire

Hypercult : danser, rêver, planer

MUSIQUES | Le duo est à l'affiche de la Bobine vendredi 13 au soir. C'est d'autant plus prometteur qu'il sera (bien) accompagné.

Damien Grimbert | Mardi 10 décembre 2019

Hypercult : danser, rêver, planer

Entre la Bobine et Bongo Joe Records, c’est de toute évidence une histoire d’amour qui marche. On sera bien les derniers à s’en plaindre, tant l’écurie du label de Genève regorge d’excellentes surprises musicales en tout genre. Prenez Hyperculte, par exemple, duo composé de Simone Aubert (de Massicot) et de Vincent Bertholet (de l’Orchestre Tout Puissant Marcel Duchamp) déjà passé nous rendre visite il y a quelques années. Sur le papier, leur tentative de concilier les expérimentations rythmiques hypnotiques du krautrock allemand à une certaine tradition pop surréaliste chantée en français remontant aux années 60, avait, a priori, toutes les raisons de se casser la gueule. Sur album pourtant (comme en témoigne Massif Occidental, leur deuxième opus sorti au printemps dernier), et, on l’imagine, plus encore sur scène (ils joueront vendredi 13 décembre à 20h30 aux côtés du duo punk-funk anglais Sink Ya Teeth), la formule fonctionne à la perfection, et aboutit à un résultat aussi inattendu qu’emballant.

Continuer à lire

"Little Joe" : graine de malheur

Cinema | Et si le bonheur de l’humanité se cultivait en laboratoire ? Jessica Hausner planche sur la question dans une fable qui, à l’instar de la langue d’Ésope, tient du pire et du meilleur. En témoigne son interloquant Prix d’interprétation féminine à Cannes pour Emily Beecham.

Vincent Raymond | Mardi 12 novembre 2019

Amy travaille dans un laboratoire de phytogénétique sur le projet Little Joe, une plante rendant ses possesseurs heureux. Mais à la suite d’une série de dysfonctionnements, le "prototype" contamine son fils et certains chercheurs, qui commencent à agir étrangement… Sur le papier, Little Joe aguiche plus qu’il ne promet tant ce conte moral paraît en phase avec des préoccupation sociétales, éthiques, biologiques et écologiques. Jessica Hausner, la réalisatrice, coche toutes les cases en abordant autant les dangers encourus par la manipulation du vivant que le désir illusoire de fabriquer un bonheur universel… mais totalement artificiel – sur ce chapitre, la science n’est pas la seule concernée par cette philippique filmique : les religions affirment à leurs adeptes que leurs doctrines aspirent aux mêmes résultats. Cette promesse de mieux vivre ne peut qu’aboutir à une catastrophe, au nom de l’adage « le mieux est l’ennemi du bien » : le pollen de Little Joe transforme ceux qui le respirent en monstres dépourvus d’empathie. À cette fable effrayante, la cinéaste ajoute une dimension plastique stupéfian

Continuer à lire

Théâtre : quinze pièces pour une saison parfaite

Panorama de rentrée culturelle 2019/2020 | Des créations très attendues, des succès enfin à Grenoble, des découvertes... Suivez-nous dans les salles grenobloises et de l'agglo.

La rédaction | Mardi 17 septembre 2019

Théâtre : quinze pièces pour une saison parfaite

La Buvette, le tracteur et le curé Et voici la nouvelle pièce de l’inénarrable humoriste dauphinois Serge Papagalli, qui sera créée début octobre et tournera ensuite dans pas mal de villes autour de Grenoble. Avec toujours cette fameuse famille Maudru, dont Aimé, le chef de famille (Papagalli lui-même, parfait), et Désiré, le neveu un peu attardé (Stéphane Czopek, grandiose). Où cette fois, visiblement, il sera question d’une énième reconversion de cet agriculteur à la retraite, mais aussi d’un curé un peu strict nouvellement venu. Vivement les retrouvailles ! À partir d’octobre dans de nombreuses villes de l’Isère Tournée complète sur www.papagalli.fr Incertain Monsieur Tokbar

Continuer à lire

"Joel, une enfance en Patagonie" : un village pas très classe

ECRANS | de Carlos Sorín (Arg, 1h39) avec Victoria Almeida, Diego Gentile, Joel Noguera…

Vincent Raymond | Mercredi 3 juillet 2019

Cecilia et Diego ont enfin reçu une réponse favorable à leur demande d’adoption. L’enfant qu’on leur propose a 9 ans, et un passé chargé qui l’a traumatisé. Si eux l’acceptent avec amour, il n’en va pas de même pour le petit village glacial de Patagonie où ils viennent d’emménager… Est-ce le fait, pour le moins inhabituel, de voir une population sud-américaine évoluer dans un décor digne des pays nordiques (pourtant, c’est cela la Patagonie) ? Toujours est-il que ce film donne une impression de décalage, comme si l’histoire ne se déroulait pas au bon endroit. Un sentiment à prendre avec des pincettes car il peut tout aussi bien signifier que le potentiel de Joel… sera pleinement développé lorsque le film sera transposé dans un autre contexte à l’occasion d’un remake nord-américain ou européen (vu la trame, les possibilités sont hélas infinies). Ou bien que le malaise suscité par l’enfant, issu d’une famille marginale, a par capillarité diffusé dans tout le film. Car même si Joel… paraît un peu bancal, avec son développement un peu lent, l’essentiel est ailleurs : la description d’une exclusion banale, avec u

Continuer à lire

Joe Smooth : Chicago, terre promise

Soirée | Vendredi 24 mai, le Vieux Manoir accueille une véritable légende de la house music. On vous en dit un peu plus.

Damien Grimbert | Mardi 21 mai 2019

Joe Smooth : Chicago, terre promise

Musicien autodidacte originaire des quartiers Sud de Chicago et DJ résident dès l’âge de 18 ans de quelques-uns des clubs les plus influents de la ville, Joe Smooth n’en reste pas moins avant tout connu comme l’auteur de l’inoubliable tube de 1987 Promised Land, sans doute l’un des morceaux les plus emblématiques de toute l’histoire de la house music. L’un de ceux, également, dont le succès permettra de sortir le genre des clubs underground de Chicago pour conquérir les dancefloors du monde entier. Avec ses rythmes syncopés, ses mélodies envoûtantes et ses paroles fédératrices porteuses d’espoir, Promised Land n’est en effet pas juste un simple héritier synthétique des tubes soul de la Motown : il est l’hymne de toute les minorités laissées pour compte au sein desquelles s’est développée cette musique longtemps mal-aimée, avant de devenir ensuite incontournable. Autant de raisons d’accueillir avec ferveur son auteur à l’occasion de son passage exceptionnel au Vieux Manoir vendredi 24 mai aux côtés des locaux Sinnermen et Thomas Villard.

Continuer à lire

"Avengers : Endgame" : la fin justifie les grands moyens

ECRANS | Les Avengers s’unissent pour défaire l’œuvre destructrice de Thanos. Après un "Infinity War" en mode “demande à la poussière“, ce "Endgame" boucle (quasiment) par un grand spectacle philosophique la 3e phase de l’univers cinématographique Marvel.

Vincent Raymond | Mercredi 24 avril 2019

Après que Thanos a, grâce au gantelet orné des six Pierres d’Infinité, exterminé la moitié des êtres de l’univers, les Avengers survivants tentent de se rassembler. Il faudra attendre cinq ans que Ant-Man sorte accidentellement de l’infiniment petit quantique pour que Tony Stark accepte de joindre ses forces à leur plan fou : remonter dans le temps afin d’empêcher Thanos de s’emparer des Pierres… Où l’ensemble des fils et arcs narratifs laissés en suspens depuis 21 films et 3 phases par les différentes franchises Marvel sont appelés à se boucler. Mais de même qu’« il faut savoir finir une grève » comme disait Thorez, mettre un terme à un cycle ne s’improvise pas. Avengers : Infinity War (2018) avait laissé entrevoir une bienheureuse inflexion dans la série : à la surenchère de combats de colosses numériques entrelardés de punchlines boutonneuses (Captain America Civil War) avait succédé une dimension plus sombre, volontiers introspective grâce à l’intégration de Thanos. Un antagoniste moins manichéen qu’il y semblait, semant une mort arbitraire à des fins sélectives quasi-d

Continuer à lire

"Alex, le destin d'un roi" : coup d’épée dans l’eau

ECRANS | De Joe Cornish (GB, 2h01) avec Louis Serkis, Tom Taylor, Rebecca Ferguson…

Vincent Raymond | Mardi 9 avril 2019

Élevé par une mère seule, tête de turc du collège avec son copain Bedders, Alex trouve dans un terrain vague une épée fichée dans un roc qu’il parvient à dégager. Signe qu’il est le nouveau roi désigné pour combattre l’odieuse fée Morgane, libérée de sa prison par le chaos mondial… Comme tous les grands contes ou récits traditionnels épiques, les légendes arthuriennes sont des fils avec lesquels on peut tisser des étoffes fort dissemblables : Excalibur, Perceval le Gallois ou Merlin l’Enchanteur ont en effet bien peu en commun. Toute variation est sur le principe recevable si elle abrite un univers propre ou une forme suffisamment originale : voyez Alexandre Astier, qui tourne justement sa propre version grand écran de Kaamelott, où Arthur pourrait presque être considéré comme un prétexte tant l’auteur Astier imprime sa marque, son cosmos. Pour cet Alex-ci, la situation est hélas bien différente : nous voici face à un "teenage movie" façon Goonies tentant, comme jadis Le Monde de Narnia ou La Croisée des mondes, de

Continuer à lire

"Boy Erased" : au non du père

ECRANS | De Joel Edgerton (ÉU, 1h55) avec Lucas Hedges, Nicole Kidman, Russell Crowe…

Vincent Raymond | Mardi 26 mars 2019

Victime d’un viol à l’université, Jared se trouve contraint de dévoiler son homosexualité à sa famille. Pasteur de leur petite communauté, son père l’oblige à suivre un stage visant à le "guérir" de son orientation sous la houlette de Victor Sykes, un illuminé religieux pervers et nocif… On se souvient que la réalisatrice Desiree Akhavan avait l’an passé, dans Come As You Are, abordé ce même sujet des pseudo-thérapies de conversion, colonies sectaires où les familles à la limite de l’intégrisme placent leur enfant gay dans l’espoir que des gourous vomissant des versets de la Bible (tout en usant de tortures psychologiques et/ou physiques) les transforment en bons petits hétéronormés. Résultat ? Un taux de suicide hors norme. Le comédien-cinéaste australien Joel Edgerton reprend cette trame – et cette dénonciation – en lui donnant fatalement plus de lumière : d’une part parce qu’il adapte un fait divers (ne manquez pas à ce titre le carton de fin, d’un rare tragi-comique), de l’autre en conférant à des

Continuer à lire

Féerie vénitienne à Saint-Martin-d'Hères avec les Ineffables (qui ont 30 ans)

Événement | En cette fin d'année, Les Ineffables, fameux atelier d’arts plastiques martinérois qui créé des objets à partir de matériaux de récupération, fêtent ses 30 ans. Et propose des événements dans quatre lieux de Saint-Martin-d'Hères. L’occasion de revenir avec Joëlle Charpentier, la présidente de l'asso, sur le concept et, bien sûr, le programme des festivités.

Alice Colmart | Mardi 30 octobre 2018

Féerie vénitienne à Saint-Martin-d'Hères avec les Ineffables (qui ont 30 ans)

« L’idée est de faire découvrir ou redécouvrir notre atelier destiné à tous les publics. Car pour nous, la création est ouverte à tous, il suffit de se l’approprier. » Voilà comment Joëlle Charpentier présente l’association martinéroise Les Ineffables qu’elle préside, et qui fête ses 30 ans. Un anniversaire étalé sur un mois et demi qui commencera le lundi 5 novembre à la salle René Proby par « une journée de réflexion, avec notamment un débat sur l’art de la récupération. Depuis 5 ans, on parle beaucoup plus de recyclage qu’avant. Mais nous on en fait depuis 30 ans ! » Toute la particularité de l’atelier est, en effet, que ses participants fabriquent masques, machines et autres accessoires à partir de matériaux recyclés en tous genres comme des cordes à piano ou, même, des éponges… Biennale de la danse et Carnaval de Venise Ces techniques, la soixantaine d'adhérents de l’association les a notamment apprises grâce à leurs plasticiennes. « D’abord Anne-Marie Naudin,

Continuer à lire

Errances musicales à la Bastille avec Bégayer

Concert | Rendez-vous samedi 20 octobre.

Damien Grimbert | Mercredi 17 octobre 2018

Errances musicales à la Bastille avec Bégayer

C’est rien de moins qu’un triple retour qui nous attend ce samedi 20 octobre à 20h30. Celui des concerts au Centre d’art Bastille tout d’abord, cadre aussi singulier qu’idéal pour accueillir des groupes musicaux aux horizons différents. Celui de l’association Plege ensuite, de retour aux affaires après une longue pause estivale. Et celui de Bégayer enfin (photo), trio alternatif unique en son genre qui viendra dévoiler ses « tristes poèmes bruyants » à l’occasion de la sortie de son très attendu premier album Terrain à mire. Une maison rétive. Contrainte par le toit, coproduit par Les Disques Bongo Joe et le label Le Saule. On ne peut malheureusement pas vous en dire beaucoup plus au stade actuel (seul deux des neuf titres de l’album ont été dévoilés à l’heure où l’on écrit ces lignes), si ce n’est qu’au vu des précédentes prestations du groupe, et de la très bonne formation pop folk qui les accompagne pour l’occasion (les Lyonnais de GHST), tout ça s’annonce sous les meilleurs augures.

Continuer à lire

Avec The Overdrive Conspiracy, le punk est dans tous ses états

Documentaire + concerts | L'association grenobloise investira l'Engrenage vendredi 5 octobre pour une soirée concerts et projection.

Damien Grimbert | Mardi 2 octobre 2018

Avec The Overdrive Conspiracy, le punk est dans tous ses états

Association grenobloise spécialisée dans l’organisation de concerts punk, harcore et noise, The Overdrive Conspiracy peut se vanter d’un joli bilan en l’espace de cinq années et quelques d’existence : 44 concerts organisés entre Grenoble, Lyon, Albertville et Saint-Étienne, et 90 groupes invités originaires de 13 pays différents. D’où l’idée de fêter ça comme il se doit par le biais d’une soirée pluridisciplinaire un peu hors norme à l’Engrenage. Au programme, une exposition rétrospective des cinq années d’existence de l’asso réunissant affiches et photographies de concerts, et la projection d’un documentaire inédit de David Basso, Diesel, en présence du réalisateur. Prenant la forme d’un « road movie documentaire et musical » condensant plus d’une centaine d’heures d’interviews et de captations live, Diesel dresse en creux le portrait de la scène punk-rock des années 1990 et 2000, et son évolution en marge de l’industrie du disque mainstream. À ne pas manquer enfin, le folk-rock acoustique de Forest Pooky (en photo), également membre du trio pop punk Sons of Buddha, et la surf music incandescente de l’Italien Surfe

Continuer à lire

The Mauskovic Dance Band : Amsterdam sous les tropiques

Concert | Jeudi 4 octobre, « le Mauskovic Dance Band viendra proposer à la Bobine sa puissante synthèse d'afro-beat, de cumbia, de no-wave et de psychédélisme » nous assure la salle. On vous en dit plus.

Damien Grimbert | Mardi 2 octobre 2018

The Mauskovic Dance Band : Amsterdam sous les tropiques

Dans la famille des jeunes musiciens hollandais surdoués passionnés de groove vintage, de psychédélisme planant et d’influences venues d’ailleurs, on connaissait déjà des pointures comme Jacco Gardner ou encore Jasper Verhulst, fondateur de l’explosive formation Altin Gün. Reprenant, aux côtés de musiciens et vocalistes d’origine turque, les plus grands standards de la formidable scène folk-rock anatolienne des années 1960 et 1970, le groupe s’était en effet brillamment illustré à l’occasion de deux passages remarqués cette année à Grenoble – à la Bobine et au Cabaret frappé. Mais l’heure est désormais venue de faire la place à Nicola Mauskovic, collaborateur de longue date de Verhulst (au sein des précités Altin Gün) et de Gardner (avec lequel il forme le duo post-tropical Bruxas), qui vient nous présenter à son tour une formation de sa confection : le Mauskovic Dance Band. Auteur de deux 45 tours haut de gamme pour l’excellent label suisse Bongo Joe ainsi que d’un premier EP sorti chez Soundway, ce projet d’abord né en st

Continuer à lire

Joey le soldat, le rap engagé version Ouaga

Concert | Rendez-vous à la Bobine ce jeudi 22 mars pour le constater.

Damien Grimbert | Mardi 20 mars 2018

Joey le soldat, le rap engagé version Ouaga

On avait découvert il y a quelques années le flow véhément de Joey Le Soldat, rappeur burkinabè du quartier de Tanghin à Ouagadougou, sur un morceau d’une efficacité redoutable : Burkin Bâ. Le rappeur venait alors de sortir son deuxième album, sur le label Akwaaba Music, et commençait tout juste à percer en dehors de son pays natal. S’il est désormais une figure installée au point de tourner aujourd’hui à travers la France (il sera en concert à la Bobine ce jeudi 22 mars), force est de reconnaître que Joey le Soldat n’a pas mis d’eau dans son vin pour autant : petit-fils de tirailleur et fils d’un militant indépendantiste à l’époque de Thomas Sankara, il reste l’auteur d’un hip-hop toujours aussi ouvertement engagé et politique. Ce qui ne l’empêche pas pour autant de rapper à l’occasion sur des instrumentaux d’une surprenante modernité, empreints d’influences électroniques, bass music et dancehall. Un cocktail détonnant où la forme se met au service du fond, pour en renforcer encore plus l’impact.

Continuer à lire

Body & Soul : pour l'amour de la house

Soirée | Samedi 20 janvier, on a rendez-vous à la Belle électrique avec les fondateurs de soirées new-yorkaises cultes.

Damien Grimbert | Lundi 15 janvier 2018

Body & Soul : pour l'amour de la house

La house music a longtemps suscité une certaine incompréhension en France. Alors que la techno et les raves ont rapidement été assimilées à un prolongement légitime des différents courants musicaux alternatifs les ayant précédées, la house, plus suave, moins agressive, a quant à elle été associée à l’univers des boîtes de nuit ostentatoires, de la jet-set et de la bourgeoisie. Un contresens total pour peu que l’on se penche sur ses racines cosmopolites et inclusives, dans les grandes villes américaines comme Chicago ou New York o elle est née et s'est et se développée. Fondées en 1996 dans le quartier de Tribeca par François K, Joe Claussell et Danny Krivit, trois vétérans chevronnés de la scène club new-yorkaise des années 1970 et 1980, les soirées Body & Soul sont rapidement devenues un véritable étendard des valeurs originelles du mouvement : hédonisme, tolérance et diversité. Organisées tous les dimanches de 16h à minuit, elles rassemblaient une foule hétéroclite venue se déhancher sur un savant mélange de disco, funk, soul, jazz et de rythmes afro, latins, et brésiliens. Devenues itinérantes suite à la fermeture du club qui

Continuer à lire

"Loving" : et ils vécurent (difficilement) heureux...

ECRANS | De 1958 à 1967, le parcours de la noire Mildred et du blanc Richard, pour faire reconnaître la légalité de leur union à leur Virginie raciste. Histoire pure d’une jurisprudence contée avec sobriété par une voix de l’intérieur des terres, celle du prolifique Jeff Nichols.

Vincent Raymond | Mardi 14 février 2017

Pour mesurer à quel point des facteurs extrinsèques peuvent influer sur la perception ou la réception d’un film, replongez-vous quelques mois en arrière ; lorsque, dans la foulée des attentats de Paris et de Nice, Made in France de Nicolas Boukhrief puis Bastille Day de James Watkins virent leur carrière en salle avortée, par crainte d’une mauvaise interprétation du public. Un contexte certes différent a présidé à la naissance de Loving. Présenté en mai dernier sur la Croisette, le nouveau Jeff Nichols a pu apparaître comme un biopic édifiant sur les tracasseries humiliantes subies par le premier couple mixte légalement marié dans la ségrégationniste Virginie. Mais s’il rappelait que les pratiques discriminatoires n’appartenaient pas forcément au passé, dans un pays marqué par des tensions violentes et répétées entre les communautés (émeutes de Ferguson en 2014, puis de Baltimore en 2015), il prend à présent un sens supplémentaire, alors que Donald Trump a accédé au p

Continuer à lire

"Un jour dans la vie de Billy Lynn" : Post trauma, luxe

ECRANS | De ses dommages collatéraux en Irak à ses ravages muets sur un soldat texan rentré au bercail pour y être exhibé comme un héros, la guerre… et tout ce qui s’ensuit. 24 h de paradoxes étasuniens synthétisés par un patron du cinéma mondial, le polyvalent Ang Lee.

Vincent Raymond | Mardi 31 janvier 2017

Suggérant à la fois un roman de Zweig et une chanson des Beatles, le titre français de Billy Lynn's Long Halftime Walk ne trahit pas, loin s’en faut, l’esprit du film de Ang Lee. Son apparente banalité le contient en effet dans son entier, respectant l’unité de temps en dessinant une perspective plus vaste. Tout se déroule durant la journée particulière de Thanksgiving : ayant accompli un acte héroïque en Irak, le jeunot Billy Lynn bénéficie d’une permission exceptionnelle au Texas afin, notamment, de parader au sein de son unité durant le spectacle de mi-temps d’un match de football américain. Avant de participer à cette mise en scène aussi grotesque qu’obscène - censée galvaniser ou distraire, on ne sait guère, une populace déconnectée de la réalité du terrain -, le troufion aura essuyé les suppliques de sa sœur l’incitant à se faire réformer, découvert la béance entre l’image que se font les civils du front et la réalité, mais surtout été bombardé intérieurement d’envahissants souvenirs constitutifs d’un traumatisme latent. Full frontal, Foule frontale Ang Lee montre dans ce stupéfiant raccourci la germination progressive du trauma à travers s

Continuer à lire

Éric Piolle et Corinne Bernard répondent à Joël Pommerat

ACTUS | Le jeudi 2 juin, le quotidien Libération publiait une tribune du metteur en scène Joël Pommerat baptisée « Grenoble, la déception de l’écologie culturelle ». Un (...)

Aurélien Martinez | Lundi 13 juin 2016

Éric Piolle et Corinne Bernard répondent à Joël Pommerat

Le jeudi 2 juin, le quotidien Libération publiait une tribune du metteur en scène Joël Pommerat baptisée « Grenoble, la déception de l’écologie culturelle ». Un texte qui avait fait grand bruit à Grenoble. On attendait donc la réponse du maire de Grenoble Éric Piolle et de son adjointe aux cultures Corinne Bernard, directement visés par le metteur en scène. C’est chose faite depuis ce dimanche 12 juin (même si Éric Piolle s’était rapidement exprimé le 3 juin sur France Culture), avec une tribune là aussi publiée par Libération et intitulée « À Grenoble, une culture ni populiste ni libérale ». Les deux élus reviennent notamment sur les dossiers polémiques – la MC2, les Musiciens du Louvre, le Tricycle, le Ciel – évoqués par Pommerat. On vous laisse

Continuer à lire

Politique culturelle : Pommerat attaque la Ville de Grenoble

ACTUS | Le metteur en scène qui vient de présenter son fabuleux "Ça ira (1) Fin de Louis" à la MC2 (c'était notre une du numéro du 18 mai) publie une tribune dans le quotidien "Libération". Son titre ? « Grenoble, la déception de l’écologie culturelle ». L'action du maire Éric Piolle et de son adjointe aux cultures Corinne Bernard est directement visée.

Aurélien Martinez | Jeudi 2 juin 2016

Politique culturelle : Pommerat attaque la Ville de Grenoble

Son spectacle Ça ira (1) Fin de Louis, tout juste présenté à Grenoble (et tout juste "molièrisé"), est d'une intelligence folle. L'homme l'est également, comme on peut s'en rendre compte depuis vingt-cinq ans avec ses textes ciselés et ses créations percutantes auscultant le monde d'aujourd'hui comme celui d'hier (la Révolution française dans Ça ira). Alors quand il prend la parole sur la situation grenobloise, et plus particulièrement sur la politique culturelle menée par l'équipe Piolle aux commandes de la Ville depuis deux ans, c'est forcément avec un long texte argumenté (sur les Musiciens du Louvre, sur

Continuer à lire

Grenoble ramène sa science

ACTUS | À l’occasion du festival Pint of Science organisé du 23 au 25 mai dans vingt villes françaises, on se demande où se pense la science à Grenoble. Echosciences, la Casemate, le projet des Grands Moulins de Villancourt… : on a trouvé plusieurs réponses prometteuses pour l’avenir.

Tiphaine Lachaise | Mardi 17 mai 2016

Grenoble ramène sa science

Au regard de l’agenda de la semaine, la culture scientifique ne saute pas forcément aux yeux à Grenoble et dans l’agglo, alors que la capitale des Alpes est réputée pour être à la pointe dans ce domaine. Un constat qui n’a pas effrayé Élise Delaforge, jeune docteure en biophysique qui a décidé d’importer l’événement Pint of Science à Grenoble : des rencontres avec des scientifiques autour de thèmes précis et dans un bar, pour désacraliser la chose. Le festival entame sa seconde édition grenobloise. « À Grenoble, les gens ont l’habitude d’être curieux » explique-t-elle. Un point de vue que partage Gilles Grand, des Cafés sciences et citoyens de l’agglomération grenobloise, même si selon lui il reste « une certaine défiance du public envers la science ». D’où son envie de « faire le lien entre les citoyens et les scientifiques ». Sur le même principe de rencontres, son association œuvre depuis 10 ans pour la vulgarisation et a su fédérer une communauté – « entre 40 et 80 personnes minimum à chacune de nos rencon

Continuer à lire

So Long, Slow Joe (& The Ginger Accident)

MUSIQUES | Au faîte d'une carrière entamée à 64 ans par la grâce d'une belle rencontre avec un musicien lyonnais, le chanteur indien Slow Joe s'est éteint le 1er mai dans sa huitième décennie. Son groupe, The Ginger Accident, rend ce vendredi à Herbeys un concert hommage à ce grand petit homme et grand chanteur tout court, attachant autant qu'énigmatique, qui manquera beaucoup à ceux qui l'ont croisé, vu et surtout écouté chanter.

Stéphane Duchêne | Mardi 17 mai 2016

So Long, Slow Joe (& The Ginger Accident)

Joseph Manuel Rocha, c'est le paradoxe de mille vies indiennes (entre petits boulots et addictions, Bombay et Goa) terminées en France, d'une vie entière passée à chanter mais d'une carrière débutée à 64 ans. Soit quand le musicien Cédric de La Chapelle a repéré ce vieil homme à la voix de crooner sur une plage de Goa et décidé de l'emmener dans ses bagages, donnant par là-même naissance à Slow Joe (le surnom de Joseph) & the Ginger Accident. Concerts en pagaille, important buzz médiatique porté par cette belle histoire et, surtout, succès inattendu comme résultat de cet accident musical (un groupe de rock percute un crooner, un peu punk) qui accouchera aussi de deux albums, Sunny Side Up et Lost for love – le troisième était, selon Cédric de la Chapelle, en cours de finalisation. Naturellement, comme on change de rue (quelques péripéties en plus), Joe est venu s'installer à Lyon pour de bon avec ses nouveaux camarades, pour faire carrière donc, et s'est fondu dans le décor. Au point que voir ou avoir vu Slow Joe sur scène, l'avoir écouté sur disque, délivrer le feu de rock et de soul qui sommeillait en lui depuis toujours, puis le croiser, petit

Continuer à lire

Joël Pommerat fait sa Révolution avec "Ça ira (1) Fin de Louis"

SCENES | À force d’ausculter le travail, les rapports de hiérarchie et les questions de libre arbitre, il fallait bien qu’un jour l’auteur et metteur en scène Joël Pommerat ose affronter les prémices de la liberté et de l’égalité des droits. En 4h30, il revient aux origines de la Révolution française avec "Ça ira (1) Fin de Louis". Un exceptionnel moment de théâtre.

Nadja Pobel | Mardi 17 mai 2016

Joël Pommerat fait sa Révolution avec

« Il n’y a pas de point de vue » reprochent à Ça ira (1) Fin de Louis les rares qui osent critiquer aujourd’hui Joël Pommerat, devenu en quinze ans une figure absolument singulière et, pour tout dire, monumentale du théâtre français actuel, de surcroît plébiscitée par les spectateurs partout sur le territoire. À Nanterre, où il est artiste associé, il a affiché complet durant tout novembre et les malchanceux dont la représentation tombait sur les deux jours d’annulation post-attentats ont dû jouer sévèrement des coudes pour rattraper au vol des billets sur Le Bon Coin. Cette supposée absence de point de vue – aucun personnage n’étant désigné comme bon ou mauvais – est en fait la preuve qu’il y en a une multitude. Tout le monde s’exprime au cours de cet épisode de l’Histoire dont le choix constitue en lui-même un acte politique fort – Pommerat en signe depuis ses débuts. Comme il le précise souvent, « il ne s’agit pas d’une pièce politique mais dont le sujet est la politique », soit la vie de la cité, selon l’étymologie du mot. Plutôt que de proposer un manifeste, Pommerat amène à mieux comprendre la naissance de la Révolution et même

Continuer à lire

Laurent Gauriat et Joël Cuoq : this is the radio

CONNAITRE | Rencontre avec les auteurs de "Journaliste radio – Une voix, un micro, une écriture" samedi 9 avril à partir de 16h30 à la librairie Arthaud

Charline Corubolo | Mardi 5 avril 2016

Laurent Gauriat et Joël Cuoq : this is the radio

Si on rembobine l'oreille jusqu'en 1979, Video killed the radio star assène le groupe anglais The Buggles. Une funeste prédiction que les stars de la radio ont su chasser des antennes pour continuer à faire vibrer, des ondes hertziennes jusqu'aux numériques, l'auditeur avide d'informations et féru d'histoires (surtout celles de Pierre Bellemare). Laurent Gauriat, rédacteur en chef de France Bleu Gard-Lozère, et Joël Cuoq, ancien rédacteur en chef de France Bleu Drôme-Ardèche, livrent les secrets de cette réussite vocale collective dans Journaliste radio – Une voix, un micro, une écriture. Destiné aux étudiants en journalisme mais s'adressant à tous les amoureux/curieux de la bande FM, l'ouvrage balaie l'histoire, l'évolution et la construction du premier média de confiance en France (selon un sondage réalisé par TNS Sofres en 2013) à travers une approche didactique (exercice, témoignage, glossaire). Les deux auteurs seront ce samedi 9 avril à partir de 16h30 à la librairie Arthaud pour une séance de dédicace, en stylo et en voix.

Continuer à lire

Tout pour être heureux

ECRANS | de Cyril Gelblat (Fr., 1h37) avec Manu Payet, Audrey Lamy, Aure Atika, Joe Bel…

Vincent Raymond | Mardi 12 avril 2016

Tout pour être heureux

Ses yeux de cocker l’ont conduit à prêter sa voix au chien Bill ; sa barbe de trois jours et son poil grisonnant semblent le condamner à des emplois d’épave en rupture de famille, de copine, de boulot (mais qui arrivera bien par s’en sortir, allez) assistant à leur propre déchéance avec une fatalité lasse… Peut-être que Manu Payet devrait envisager le rasage de près pour accéder à des rôles différents, ne tournant pas autour du nombril d’un quadra bobo exprimant son ressenti de victime d’une précarité sournoise, tout ça parce qu’il a craqué le lacet de sa Stan Smith droite – sa préférée. Ce n’est en tout cas pas avec cette comédie fatiguée sur un père incapable d'assumer son rôle, espérant sans doute se parer de l’épithète “dramatique” parce qu’elle ne se boucle pas totalement en faveur du héros, qu’il sort de sa zone de confiance. Dommage pour Audrey Lamy qui, elle, arrive à faire quelque chose de son maigre personnage. VR

Continuer à lire

Notre sélection de Noël : le cadeau à offrir à…

ACTUS | À Noël, tout le monde pense à mettre sous le sapin le dernier gadget technologique à la mode ou la bonne et rassembleuse bouteille de vin. Et si on misait sur un spectacle ou un concert, comme ça, pour changer un peu ? Le PB s’est donc lancé dans une sélection thématique : si vous suivez bien nos recommandations, on parie sur un taux de satisfaction de 100%. Oui, on est optimistes. La rédaction

Aurélien Martinez | Mardi 8 décembre 2015

Notre sélection de Noël : le cadeau à offrir à…

Ceux qui ne voient pas d’inconvénient à rire souvent Celui qui campe une Catherine hilarante dans la pastille quotidienne du Petit Journal Catherine et Liliane est également l’auteur et l’interprète d’un one-man-show épatant et très théâtral à placer tout en haut dans la vaste catégorie humour. Sur scène, Alex Lutz est une ado en crise, Karl Lagerfeld ou un directeur de casting odieux : des personnages plus vrais que nature pour un comédien remarquable. Alex Lutz, samedi 9 avril au Grand Angle (Voiron). De 31 à 37€. Ceux qui aiment autant la danse que le rire Tutu, c’est un petit ovni savoureux. Six danseurs jouent sur les codes de la danse (la classique, la contemporaine, l’acrobatique…) en une vingtaine de tableaux pour un spectacle solidement construit et, surtout, très drôle. Car jamais les interprètes au physique d’Apollon (d’où un rendu très queer) ne se prennent au sérieux, au contraire – en même temps comment rester sérieux dans un costume de cygne ? Même si, paradoxalement, leur maîtrise technique est éclatante.

Continuer à lire

Le Pont des espions

ECRANS | Quand deux super-puissances artistiques (les Coen et Steven Spielberg) décident de s’atteler à un projet cinématographique commun, comment imaginer que le résultat puisse être autre chose qu’une réussite ?

Vincent Raymond | Mardi 1 décembre 2015

Le Pont des espions

Voir côte à côte les noms des Coen et celui de Spielberg fait saliver l’œil avant même que l’on découvre leur film. Devant l’affiche aussi insolite qu’inédite, on s’étonne presque de s’étonner de cette association ! Certes, Spielberg possède un côté mogul discret, façon "je suis le seigneur du château" ; et on l’imagine volontiers concevant en solitaire ses réalisations, très à l’écart de la meute galopante de ses confrères. C’est oublier qu’il a déjà, à plusieurs reprises, partagé un générique avec d’autres cinéastes : dirigeant Truffaut dans Rencontres du troisième type (1977) ou mettant en scène un scénario de Lawrence Kasdan/George Lucas/Philip Kaufmann pour Les Aventuriers de l’arche perdue (1981) voire, bien entendu, de Kubrick dont il acheva le projet inabouti A.I. Intelligence artificielle (2001). Et l’on ne cite pas le Steven producteur, qui avait proposé à Scorsese de réaliser La Liste de Schindler, avant que Marty ne le convainque de le tourner lui-même. Bref, Spielberg s’avère totalement compatible avec ceux chez qui vibre une fibre identique à la sienne. Drôles de cocos Avec les C

Continuer à lire

Une soirée dantesque au Pathé avec les Gremlins

ECRANS | Rendez-vous le vendredi 18 septembre pour un double programme consacré à Joe Dante.

Vincent Raymond | Mardi 15 septembre 2015

Une soirée dantesque au Pathé avec les Gremlins

Passé par la pépinière Roger Corman comme Coppola, Scorsese ou Jonathan Demme, Joe Dante n’a pas connu le même destin que ses glorieux camarades, sa carrière ayant été torpillée par de cuisants échecs commerciaux. Elle s’était pourtant bien engagée dans la voie du néo-cinéma d’horreur à la John Landis, avec Piranhas et Hurlements, avant d’atteindre son climax grâce à Gremlins (1984), qui fait l’ouverture d’une jolie soirée composée par le Pathé Chavant. Conte fée moderne ressemblant à ce que l’on obtiendrait si l’on passait Cendrillon, Barbe bleue, le Croquemitaine et la boîte de Pandore dans un mixer, Gremlins est une nouvelle variation sur le thème de l’interdit transgressé. Mais aussi une critique réjouissante et révélatrice d’un inquiétant subconscient de l’Amérique. Sous des dehors de grosse peluche réconfortante, le Mogwaï possède un caractère dévastateur ne demandant qu’à s’exprimer, dès lors que son propriétaire omet de respecter les règles de bases (ne pas le nourrir après minuit, ne pas l’exposer à la lumière et ne pas l’asperger

Continuer à lire

Théâtre : les dix pièces à voir cette saison

SCENES | Du théâtre contemporain, du classique ; des metteurs en scène stars, des plus confidentiels ; des pièces avec plein de comédiens, d'autres avec beaucoup moins de monde... Voici les coups de cœur et les attentes du "PB" pour cette saison 2015/2016.

Aurélien Martinez | Vendredi 18 septembre 2015

Théâtre : les dix pièces à voir cette saison

L’Avare Dans le très vaste répertoire théâtral français, Molière est l’un des auteurs qui a écrit les plus efficaces machines à jouer. D’où le fait que ses pièces soient si souvent montées. Le metteur en scène Ludovic Lagarde, directeur de la comédie de Reims, a décidé de se confronter à l’efficace Avare, où il est question d’un vieux père qui n’a pas que des qualités – il est on ne peut plus proche de ses sous ! Un rôle monstre que Lagarde a décidé de confier à son comédien fétiche : le fascinant et explosif Laurent Poitrenaux, qui marque de sa présence chaque mise en scène, au risque qu’on ne voie que lui. Ça tombe bien, c’est ce que le rôle veut – au cinéma, Louis de Funès l’avait aussi très bien compris. On espère donc passer un bon moment devant cet Avare rajeuni (Poitrenaux n’a même pas 50 ans) que nous n’avons pas pu découvrir avant sa venue à Grenoble, mais dont on a eu plein de bons échos. AM Du mardi 17 au samedi 21 novembre à la MC2 La Liste de mes envies

Continuer à lire

Muséum de Grenoble : « On conserve du témoignage »

ARTS | L’exposition "Troisième Vie" lève le voile sur le fonctionnement du Muséum de Grenoble en revenant sur vingt ans d’acquisitions de minéraux, d’animaux naturalisés et de plantes. Rencontre avec Joëlle Chiche et Pascal Decorps, les deux commissaires de l’exposition. Propos recueillis par Nathan Chaudet

Nathan Chaudet | Mardi 7 juillet 2015

Muséum de Grenoble : « On conserve du témoignage »

Pourquoi une exposition sur « vingt-cinq ans d’enrichissement des collections du Muséum » ? Pascal Decorps : L’idée était de montrer aux Grenoblois la qualité de leur patrimoine. On a quelques merveilles dans les réserves, des trésors du patrimoine naturel. Nous souhaitions rendre au public ce qui avait été acquis sous forme d’achats ou de dons par le Muséum depuis 25 ans, que ce soit des animaux, des roches ou des plantes. Voir du beau mais aussi du scientifique, le tout rassemblé en un seul lieu. Joëlle Chiche : Le but était aussi de pouvoir expliquer l’intérêt des missions des musées et des muséums en particulier : pourquoi on acquiert ? À quoi ça sert ? On ne se contente pas de récupérer des pièces pour les récupérer, on conserve du témoignage. Nous sommes tenus, entre autres, d’assurer la conservation du patrimoine en conservant des pièces d’importance historique, scientifique. On a un rôle pédagogique. D’où viennent tous ces trésors ?

Continuer à lire

Exodus : gods and kings

ECRANS | Ridley Scott réussit là où Darren Aronofsky avait échoué avec "Noé" : livrer un blockbuster biblique où la bondieuserie est remplacée par un regard agnostique et où le spectacle tient avant tout dans une forme de sidération visuelle. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 23 décembre 2014

Exodus : gods and kings

2014 restera l’année où les artistes agnostiques et athées se sont penchés sur les textes religieux pour en offrir une lecture rationnelle, intime ou réaliste. L'écrivain Emmanuel Carrère dans Le Royaume, le cinéaste Alain Cavalier dans Le Paradis et aujourd’hui Ridley Scott avec Exodus empoignent chacun à leur façon cette matière comme une source féconde de romanesque et de spectacle, tout en maintenant la distance avec leur caractère sacré. Dans le cas de Scott, c’est rien moins que les épisodes-clés de la Bible où Moïse choisit de libérer le peuple juif et de le conduire jusqu’à la terre promise qui forment le cœur de son blockbuster. Dans un premier temps, le récit dessine un trajet au personnage qui rappelle celui du général Maximus dans Gladiator : frère d’arme du futur pharaon Ramses (Joel Edgerton, looké façon Brando période Kurtz / Apocalypse now), Moïse (Chris

Continuer à lire

Joe cool

MUSIQUES | Aux commandes de "Lost for Love", leur deuxième véritable album, Slow Joe & the Ginger Accident font plus que transformer l'essai d'une histoire incroyable qui aurait pu atteindre rapidement ses limites. En livrant justement un album qui voit grand et loin, sans vendre l'âme de toute façon déjà mille fois damnée de leur incroyable chanteur. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Mardi 14 octobre 2014

Joe cool

C'est une histoire d'amour musical qui aurait pu ne durer que le temps d'une lune de miel tant le coup de foudre fut fulgurant. Celle, on la rappelle pour la forme, d'un vieil indien de Goa vaguement guide touristique nommé Joseph Rocha, dit "Joe le Lent", croonant à la cantonade dès qu'il le peut, et d'un touriste musicien en goguette, Cédric de la Chapelle. Choc frontal entre deux mondes, entre deux âges ; maquettes, "rapatriement", buzz éclair, storytelling obligé, claques live (des Transmusicales 2009 changées en transe musicale) et tour de Grand 8, grand numéro présenté par un frontman qui détient sans doute le record du début de carrière le plus tardif de l'Histoire du rock.   Tout cela, la surprise passée, le reste épuisé, aurait pu partir en fumée, la lassitude gagner la troupe ou le chanteur (71 ans au compteur). Et nous voilà à écouter ce second véritable album baptisé Lost for love. Perdu pour l'amour. Mais pas perdu pour tout le monde. Car même à l'âge canonique de Joe, on continue de se bonifier, profitant sans doute au passage de la cure de jouvence délivrée

Continuer à lire

Soul Joe

MUSIQUES | L'Histoire qui a contribué à faire connaître Joe le Lent a été maintes fois rabâchée. Mais il y a peut-être encore des spectateurs potentiels qui l'ignorent. En (...)

Stéphane Duchêne | Mardi 9 septembre 2014

Soul Joe

L'Histoire qui a contribué à faire connaître Joe le Lent a été maintes fois rabâchée. Mais il y a peut-être encore des spectateurs potentiels qui l'ignorent. En vacances en Inde, le Lyonnais Cédric de La Chapelle, rockeur plutôt noise, tombe – quasi littéralement et par hasard – sur un vieux crooner édenté, vaguement rabatteur pour quelques restaurants locaux. Le type un peu à la ramasse que tout le monde appelle Slow Joe n'a l'air de rien, mais dès qu'il chante – et il chante tout le temps, avec un répertoire immense – il désarçonne. De la Chapelle le prend sous son aile et après quelques mois naît Slow Joe & The Ginger Accident. Si l'on a pu croire que le conte de fées tournerait court après disons un album, une fois épuisé le pouvoir du storytelling, il n'en a rien été. Slow Joe & The Ginger Accident est ainsi en passe de sortir son troisième album. Au programme notamment, un duo avec Yaël Naïm littéralement plombé de violons dingues et un Slow Joe – 70 ans bien tapés – toujours aussi... soul.

Continuer à lire

Cabaret frappé – jour 5 : girl power ?

MUSIQUES | La dernière soirée payante du Cabaret frappé était sympathique, avec Lou Marco et As Animals. Sachant que tout avait très bien commencé avec Joe Bel.

Aurélien Martinez | Samedi 26 juillet 2014

Cabaret frappé – jour 5 : girl power ?

Vendredi au Cabaret, c'était une prog filles, avec Joe Bel sous le kiosque à 19h, puis Lou Marco et As Animals (un groupe avec une chanteuse) sous le chapiteau dès 21h. Un constat, utilisé par beaucoup pour résumer la soirée, qui illustre implicitement le fait que la parité dans le monde culturel, malgré des prises de conscience réelles, c'est pas encore ça. Personne n'a ainsi parlé de la soirée de jeudi comme d'une soirée mecs, comme si tout ceci était normal. Sinon, on a donc commencé nos pérégrinations musicales avec Joe Bel sous le kiosque, musicienne que l'on défend amoureusement au Petit Bulletin (oui, on a des cœurs d’artichaut à la rédaction !) et qui a magnifiquement ouvert la soirée. Pour ceux qui voudraient en savoir plus, on vous renvoie sur

Continuer à lire

Cabaret frappé : juillet musical

MUSIQUES | Le Cabaret frappé sera le temps fort de l’été grenoblois. Zoom sur cinq artistes issus de la programmation de cette seizième édition. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Mardi 15 juillet 2014

Cabaret frappé : juillet musical

La compagne créole On ne soulignera jamais assez le talent de caméléon de Rosemary Standley. L'horizon obscurci par son succès country folk initial – et mérité – d'avec Moriarty, on en oublierait presque que la jeune femme est capable de tout chanter. Elle le démontre sur chacun de ses nouveaux projets, à chacune de ses nouvelles prestations, montrant un insatiable appétit de trésors en tout genre pourvu qu'ils se chantent. On a ainsi pu le constater lors de son spectacle de music hall A Queen of Heart ; lors de la tournée Birds on a wire (qui passera par la MC2 à la rentrée) avec la violoncelliste et chanteuse brésilienne Dom La Nena, petit précis de reprises étalées sur cinq siècles ; et même encore, comme un écho, sur Fugitives, le dernier disque de Moriarty – là encore un album de reprises. C'est d'ailleurs avec son groupe que Rosemary retourne à la rencontre d'une personnalité qui l'a durablement marquée : Christine Salem, chanteuse réunionnaise et emblème du maloya, le blues local. Une Salem qui a redoublé le goût de Rosemary pour la créolisation – au sens où l'entendait Édouard Glissant – musicale. Et dont ce c

Continuer à lire

Pommerat refait les contes

SCENES | Plus de deux ans après sa création, "Cendrillon" passe enfin par Grenoble. Pièce maîtresse de l’œuvre de Joël Pommerat, ce conte, ici plus fantastique que merveilleux, décline ce qui intéresse tant l’incontournable metteur en scène : tenter d’être soi dans un monde hostile. Une réussite totale et inoubliable. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Mardi 8 avril 2014

Pommerat refait les contes

« Ta mère est morte. Ta mère est morte. Comme ça maintenant tu sais et tu vas pouvoir passer à autre chose. Et puis ce soir par exemple rester avec moi. Je suis pas ta mère mais je suis pas mal comme personne. J’ai des trucs de différent d’une mère qui sont intéressants aussi. » Voilà ce que se racontent Cendrillon et le jeune prince lorsqu’ils se rencontrent. Pour le glamour, la tendresse et les étoiles dans les yeux, Joël Pommerat passe son tour. Tant mieux : en ôtant toute mièvrerie au conte originel, en le cognant au réel, il le transforme en un objet totalement bouleversant qui, lors de sa création, a laissé les yeux humides à plus de la moitié de salle. « Écrivain de spectacles » comme il aime se définir, Pommerat connaît depuis plus de dix ans un succès inédit dans le théâtre français, jouant à guichet fermé partout où il passe. Et il passe partout. Le seul cap qu’il s’était d'ailleurs fixé en renonçant à faire du cinéma, constatant qu’il ne pourrait jamais faire comme son héros David Lynch, était de créer une pièce par an et de la faire jouer à chaq

Continuer à lire

Captain America : le soldat de l’hiver

ECRANS | Moins foireux que les derniers "Iron Man" et "Thor", ce nouveau "Captain America" séduirait presque par sa tentative de croiser son héros avec un film d’espionnage sombre et politique. Mais, comme d’hab’, ce sont les effets spéciaux et les incohérences qui l’emportent. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Dimanche 30 mars 2014

Captain America : le soldat de l’hiver

Que ferait un héros 100% patriotique comme Captain America face au scandale des écoutes de la NSA ? Prendrait-il parti pour Obama et le gouvernement américain, ou jouerait-il les contre-pouvoirs au nom d’une démocratie bafouée ? Dans le fond, ce Soldat de l’hiver ne raconte pas autre chose. Désormais bien intégré au XXIe siècle, Captain America doit faire face à un complot d’ampleur nationale dont les ficelles sont tirées par un gouverneur corrompu et dont le but est de détruire le S.H.IE.L.D. et d’éliminer son directeur, Nick Fury. Le tout repose sur l’accomplissement tardif du projet nazi Red Skull, qui formait le centre du premier volet, et qui devient ici une arme pour effectuer une drastique sélection pas naturelle du tout entre les êtres humains. Évidemment, le scénario est proche du grand n’importe quoi, comme l’était déjà celui de Thor 2, ce qui n’est pas loin d’être un énorme problème quand on sait que tous ces films post-

Continuer à lire

Fargo, du sang sur la neige

ECRANS | On continue cette semaine notre rétrospective "20 ans de PB, 20 ans de ciné" en se téléportant en 1996, mais surtout en rendant hommage à un tandem de cinéastes (...)

Christophe Chabert | Mardi 3 décembre 2013

Fargo, du sang sur la neige

On continue cette semaine notre rétrospective "20 ans de PB, 20 ans de ciné" en se téléportant en 1996, mais surtout en rendant hommage à un tandem de cinéastes régulièrement loués dans nos colonnes : Joel et Ethan Coen. Fargo leur permet de revenir sur leurs terres natales, le Minnesota froid et enneigé, où un fait divers sordide se transforme devant leur caméra en tragédie de la bêtise et de la cupidité. Jerry Lundegaard (William H. Macy), médiocre vendeur de voitures, paie deux tueurs dégénérés, l’un (Steve Buscemi) volubile et agité, l’autre (Peter Stormare) peu loquace et impassible, pour enlever sa propre femme et demander une rançon à son beau-père blindé mais radin. Bien sûr, le plan tourne au cauchemar et seule une femme flic enceinte (Frances McDormand) tente de résister à cette spirale de violence. Le génie des Coen éclate à tous les étages de Fargo : le dialogue, vertigineux, la construction scénaristique, particulièrement audacieuse avec ses digressions imprévisibles – notamment via un personnage de Japonais dépressif et mythomane – et bien sûr la mise en scène, fabuleuse. En pleine symbiose avec leur chef opérateur Roger Deakins, les Coen

Continuer à lire

Inside Llewyn Davis

ECRANS | Nouvelle merveille des frères Coen, l’odyssée d’un chanteur folk raté des années 60 qui effectue une révolution sur lui-même à défaut de participer à celle de son courant musical. Triste, drôle, immense… Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 30 octobre 2013

Inside Llewyn Davis

Les dernières répliques de Burn after reading valent définitivement comme maxime du cinéma des frères Coen. Llewyn Davis, leur dernier anti-héros, n’échappe pas à cette loi : au terme d’un cycle narratif étourdissant, il n’a rien appris, sinon qu’il ne le refera pas – mais cet éternel retour laisse entendre qu’en fait si, il se fourvoiera dans la même impasse sombre… Llewyn Davis n’est pas un mauvais chanteur folk : les Coen le prouvent en le laissant interpréter en ouverture un de ses morceaux dans son intégralité, et c’est effectivement très beau. Mais le talent ne garantit pas le succès et Llewin collectionne surtout les déconvenues. Ses disques ne se vendent pas, son manager le fait tourner en bourrique – scène admirablement écrite où la surdité du vieux grigou devient paravent à sa pingrerie – il met enceinte la copine d’un autre chanteur, qui lui répète en boucle son statut de loser. Et il n’est même pas foutu de veiller sur le chat de ses hôtes, fil rouge d’un premier acte d’une éton

Continuer à lire

Prince of Texas

ECRANS | De David Gordon Green (ÉU, 1h34) avec Paul Rudd, Emile Hirsch…

Christophe Chabert | Lundi 28 octobre 2013

Prince of Texas

Après trois comédies graduellement décevantes, Prince of Texas marque le retour en forme de David Gordon Green, dont on avait tant aimé L’Autre rive. Retour discret toutefois : ce road movie minimaliste où deux hommes tracent une route au milieu de nulle part séduit par sa nonchalance, son humour pince-sans-rire et son goût des creux dramatiques. Il ne s’y passe donc pas grand chose, et lorsque des événements importants arrivent aux personnages, c’est hors de leur périmètre, méticuleusement respecté. Le film ne quitte donc jamais cette route sans début ni fin, mais y fait transiter des lettres, des anecdotes et des fantômes, le temps de séquences suspendues où les caractères vacillent peu à peu – le psychorigide comprend la vacuité de son existence, le chien fou se découvre doué d’une forme insoupçonnée de compassion. Petit film donc, parfait pour patienter avant le prochain David Gordon Green, Joe, avec Nicolas Cage. Christophe Chabert

Continuer à lire

Top of the pops

SCENES | Ce n’est certainement pas très original vu l'acceuil dithyrambique déjà reçu par le sepctacle, mais l'une des propositions que l’on place tout en haut de la (...)

Nadja Pobel | Jeudi 5 septembre 2013

Top of the pops

Ce n’est certainement pas très original vu l'acceuil dithyrambique déjà reçu par le sepctacle, mais l'une des propositions que l’on place tout en haut de la liste des conseils de rentrée est signée Joël Pommerat, qui revient à Grenoble avec une pièce de son répertoire des contes (et non avec un de ses textes pour adultes qu’il écrit de A à Z). Mais attention, il a tant modelé ce Cendrillon à sa convenance que l'œuvre de Perrault s’est endurcie et actualisée. Finalement, ce n’est pas que pour les enfants : ça fume, ça jure et ça berce aussi. La jeune fille, rebaptisée Cendrier, n’a pas bien entendu les derniers mots prononcés par sa mère avant de mourir et croit qu’elle doit penser à elle tout le temps. Sa montre à quartz 80’s sonne donc sans cesse sur les notes de Ah ! vous dirai-je, maman et voilà la gamine entravée voire étouffée par cette mémoire à porter, sa marâtre de belle-mère et son père inerte (tenus par des comédiens époustouflants dans un décor parfait). Jusqu’au face-à-face avec un prince charmant qui n’a rien de charmant, gosse paumé comme elle. Leur

Continuer à lire

In the Mud for love

ECRANS | Dès son troisième long-métrage, Jeff Nichols s’inscrit comme un des grands cinéastes américains actuels : à la fois film d’aventures, récit d’apprentissage et conte aux accents mythologiques, "Mud" enchante de sa première à sa dernière image. Critique et entretien. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 23 avril 2013

In the Mud for love

Il aura donc fallu près d’un an depuis sa présentation cannoise pour que Mud atteigne les écrans français. C’est long, certes, mais les spectateurs qui vont le découvrir – parions que, toutes générations et tous goûts cinématographiques confondus, ils en sortiront éblouis – verront ce que le critique pris dans la tempête festivalière ne faisait que deviner à l’époque : Jeff Nichols a signé ici une œuvre hors du temps, un film classique dans le meilleur sens du terme qui s’inscrit dans une tradition essentielle au cinéma américain, reliant Moonfleet, La Nuit du chasseur, E.T., Un monde parfait ou le True Grit des frères Coen. Des films qui parlent de l’Amérique à hauteur d’enfants, avec ce que cela implique d’émerveillement et de désillusions. Des films qui font grandir ceux qui les regardent en même temps qu’ils regardent grandir leur héros. C’est dire l’ambition de Jeff Nichols : Shotgun stories et

Continuer à lire

Splendeur et misère d’un beauf extraordinaire

CONNAITRE | À la question : « qu’est-ce qu’un beauf ? », Joël Séria et Jean-Pierre Marielle répondaient de manière définitive en 1977 dans Comme la lune, apothéose de leur (...)

Christophe Chabert | Mardi 2 avril 2013

Splendeur et misère d’un beauf extraordinaire

À la question : « qu’est-ce qu’un beauf ? », Joël Séria et Jean-Pierre Marielle répondaient de manière définitive en 1977 dans Comme la lune, apothéose de leur collaboration après Les Galettes de Pont-Aven. Encore plus abouti que le précédent, il est pourtant méconnu et on ne peut que saluer l’initiative du cinéma de quartier des Barbarins fourchus qui le programme en compagnie d’un péplum culte de Cottafavi, Hercule à la conquête de l’Atlantide, dans le cadre d’une « carte blanche à Jean-Pierre Marielle ». Revenons à Comme la lune : Marielle y incarne Roger Pouplard, que l’on découvre aux crochets de sa maîtresse, belle plante qu’il astique avec le même soin que sa bagnole adorée. Les dialogues grandioses et outranciers, le premier degré absolu de Marielle et la description d’une France bien rance créent un effet de distance envers le personnage que la suite ne fera qu’intensifier. Qu’est-ce qu’un beauf, donc ? D’abord un individu autosatisfait – « J’suis bien » répète Pouplard à l’envie et en toutes circonstances –

Continuer à lire

Une chanson pour ma mère

ECRANS | De Joël Franka (Fr, 1h35) avec Sylvie Testud, Patrick Timsit, Dave

Aurélien Martinez | Lundi 25 mars 2013

Une chanson pour ma mère

Survivant d'une époque plus lointaine mais qui ne fait pas plus rêver que celle de l'affreux Stars 80, Dave avait su résister jusque-là à la réhabilitation par voie cinématographique ; sa présence sur les canaux télé et son aura plus mineur justifiant aussi sans doute l'absence de nécessité. Son nom au générique d'Une chanson pour ma mère, comédie à l'anglaise réunissant une famille de bras cassés kidnappant le fameux chanteur pour faire plaisir à leur maman malade et en sursis, avait de quoi faire peur. Si le film ne fait pas de miracles, s'évertuant à enchaîner des situations un peu trop improbables et pataudes aux moyens de personnages commodément stupides, Dave se révèle de loin le meilleur acteur du casting et une vraie surprise. Sans sombrer dans la complaisance kitsch, Joël Franka observe avec une réelle affection un Dave attachant qui, transformé malgré lui en levier d'une grande réconciliation familiale, devient un joli héros ordinaire.

Continuer à lire

Skins à la grenobloise

CONNAITRE | La deuxième édition de la Scène ouverte cinématographique se déroulera ce jeudi 18 octobre, au cinéma Mon Ciné de Saint-Martin-d’Hères. Au cours de l’événement, on (...)

Aurélien Martinez | Lundi 15 octobre 2012

Skins à la grenobloise

La deuxième édition de la Scène ouverte cinématographique se déroulera ce jeudi 18 octobre, au cinéma Mon Ciné de Saint-Martin-d’Hères. Au cours de l’événement, on pourra découvrir quelques épisodes de Black out, la websérie grenobloise créée par Rémy Adriaens et réalisée par Joe Bocaccio. L’histoire ? Trois étudiants essaient de comprendre ce qu’il a bien pu se passer la veille lors de la soirée d’anniversaire de l’un d’eux pour qu’ils se retrouvent dans cet état. Qui dit websérie dit donc web, les épisodes étant lâchés au compte-gouttes. Un projet ambitieux qui, dans une moindre mesure, rappelle la série Skins, fameuse pour avoir réussi à retranscrire avec brio le côté débauche d’une certaine jeunesse anglaise. Black out, qui n’en est qu’à sa première saison, n’est pas sans défauts (notamment niveau son, ou compréhension de l’intrigue). Ses créateurs cherchent encore leur ton, mais l’idée, originale, est là. Affaire à suivre, notamment sur http://www.blackout-lawebserie.com

Continuer à lire

God bless America

ECRANS | De Bobcat Goldthwait (ÉU, 1h40) avec Joel Murray, Tara Lynn Barr…

Christophe Chabert | Lundi 8 octobre 2012

God bless America

Exaspéré par la connerie américaine ambiante, largué par sa femme, viré de son travail et atteint d’une tumeur inopérable, Frank décide de mettre son pays face à sa monstruosité : il prend les armes et, aidé par une gamine aussi révoltée que lui, décide de buter stars de la télé-réalité, membres des Tea Party, adolescents indélicats et éditorialistes réacs. On se pince un peu pour le croire : contre la bêtise contemporaine, le fascisme ultra-violent serait donc la solution pour restaurer l’intelligence. Certes, de sa mise en scène à ses nombreuses nuances scénaristiques, Goldthwait cherche à atténuer cette radicalité idéologique en la nimbant d’un parfum de comédie noire. Mais il ne gomme ni la misanthropie de son personnage, ni l’impression fâcheuse qu’il s’en sert pour déverser à travers lui sa propre aigreur envers l’Amérique. La provocation vise à faire réagir ; curieusement, le film le fait moins bien que le génial Idiocracy, qui extrapolait cette déchéance intellectuelle jusqu’à son point de non-retour, mais envisageait une issue optimiste et humaniste – utopique ? – pour endiguer ce triomphe de la vulgarité inculte. Christophe Chabert

Continuer à lire

Les Seigneurs

ECRANS | D’Olivier Dahan (Fr, 1h37) avec José Garcia, Jean-Pierre Marielle, Ramzy, JoeyStarr, Gad Elmaleh, Franck Dubosc…

Christophe Chabert | Jeudi 20 septembre 2012

Les Seigneurs

Typique du cinéma industriel qui se développe en ce moment dans l’Hexagone, Les Seigneurs est avant tout un film de producteur, en l’occurrence l’ancien comédien Isaac Sharry. Olivier Dahan, certes réalisateur de La Môme mais qu’il avait tourné juste après une commande déjà bien foireuse pour Luc Besson (Les Rivières pourpres 2), ne vient donc qu’apporter sa griffe à un récit archi-calibré (en gros, un entraîneur à la dérive est engagé pour s’occuper d’une équipe de dernière zone sur l’île de Molène, Bretagne, et convainc tous ses anciens camarades de renfiler les gants pour défendre l’usine menacée de fermeture). Le problème, c’est que Dahan est plus une erreur de casting qu’un atout : il ne sait manifestement pas mettre en scène de la comédie, sinon en surdécoupant le jeu de ses comédiens ou en les cadrant large quand ils font leur numéro, et en jouant sur des effets qui rappellent rien moins que Les Fous du stade avec Les Charlots. Quant au foot, n’en parlons même pas – de toute façon, seul Carlos Reygadas a su le filmer dans Batalla en el cielo. Dès qu’il esquisse un pas de côté vers la chronique sociale ou l’émotion, on s

Continuer à lire

Ricochets d’Italie

ARTS | Deux monstres de plastique ont creusé leur nid dans la crypte du Musée archéologique de Grenoble (MAG). Un cocon blanc éclairé par la lumière de l’entrée, un autre (...)

Aurélien Martinez | Vendredi 14 septembre 2012

Ricochets d’Italie

Deux monstres de plastique ont creusé leur nid dans la crypte du Musée archéologique de Grenoble (MAG). Un cocon blanc éclairé par la lumière de l’entrée, un autre rouge dans l’obscurité de la chapelle, comme deux nouvelles sépultures revisitées et ressuscitées par Joël Negri à l’occasion de l’exposition Work2012 et du festival « mon voisin est un artiste italien ». Cet événement rassemble les travaux de plasticiens transalpins : c’est le cas du travail de Joël Négri, à voir jusqu’à la fin du mois de décembre au MAG, ou de Jean-Pierre Malandrino qui lui s’installe jusqu’au 23 septembre à la Casemate. A découvrir, une sculpture ludique au centre de l’exposition : un cube de verre aux faces translucides, colorées ou réfléchissantes dans lequel est posée une torsade de piques de glace. Niveau pictural, malheureusement moins de bonnes surprises sur le parcours du festival… LP

Continuer à lire

Killer Joe

ECRANS | Avec ce Killer Joe à la rage juvénile, William Friedkin, 77 ans, est de retour au sommet. Bug montrait déjà une hargne retrouvée, mais aussi des limites par (...)

Christophe Chabert | Vendredi 31 août 2012

Killer Joe

Avec ce Killer Joe à la rage juvénile, William Friedkin, 77 ans, est de retour au sommet. Bug montrait déjà une hargne retrouvée, mais aussi des limites par rapport au matériau théâtral qu’il se contentait de transposer sagement à l’écran. L’auteur, Tracy Letts, est aussi celui de la pièce qui a inspiré Killer Joe ; cette fois, il a pris le temps de bosser avec Friedkin une vraie adaptation cinématographique, aérée et fluide. Choix plus que payant : le dialogue brillant de Letts trouve dans la mise en scène de Friedkin un allié de poids, le cinéaste étant trop content d’aller en découdre avec son thème de prédilection : l’omniprésence du mal. Killer Joe montre une famille de Texans dégénérés vivant dans un mobile home insalubre : le père apathique, la belle-mère nympho, le fils magouilleur et la fille candide, Dottie. Complètement fauchés, ils décident de mettre à mort la mère pour toucher son assurance-vie. Comme ils sont aussi lâches que méchants, ils font appel à un flic pourri pour commettre l’irréparable. Joe pose une condition : la virginité de Dottie en guise de caution. Si l’innocente Dottie devient naturellement la victime de la cupid

Continuer à lire

Big Mac

ECRANS | Avec quatre films à l’affiche entre août et décembre, Matthew McConaughey est incontestablement la star de cette rentrée cinéma. Pourtant, qui aurait parié un kopeck sur cet ex-jeune premier romantique, Texan pure souche perdu à Hollywood où la valeur d’un acteur flambe plus vite que les cours de bourse ? Récit d’une métamorphose… Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 29 août 2012

Big Mac

«Tout ce que je connais, c’est le Texas !» C’est ainsi que les frères Coen ouvraient leur premier film, Blood simple. Cette maxime, Matthew McConaughey pourrait la faire sienne. Le Texas, il y est né, et sa première apparition marquante sur les écrans français le montrait en shérif d’un patelin texan dans le Lone star de John Sayles. Quinze ans plus tard, après bien des détours, c’est le Texas qui l’appelle à nouveau et lui permet d’endosser ce qui est sans conteste un de ses plus grands rôles à ce jour : le flic pourri qui arrondit ses fins de mois en jouant les tueurs à gage dans Killer Joe (en salles le 5 septembre), dernier film choc de William Friedkin. Mais que ce soit dans l’excellent Magic Mike de Steven Soderbergh en patron d’un club de strip-tease à Tampa, dans la tambouille érotico-policière The Paperboy (le 19 octobre) de Lee Daniels en journaliste gay revenant dans

Continuer à lire