Cannes par la bande (de filles)

ECRANS | Premier bilan à mi-parcours d’un festival de Cannes pour le moins insaisissable : les filles y ont pris le pouvoir, à commencer par celles de Céline Sciamma, événement de la Quinzaine des réalisateurs, qui pour l’instant éclipse la sélection officielle. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 20 mai 2014

On ne sait vraiment pas par quel bout prendre ce drôle de festival de Cannes, compressé à cause des futures élections européennes, et dans lequel se télescopent en compétition gros films longs et parfois assez lourds à digérer et cinéma daté et has been, sinon carrément inepte. Pour l'instant, ami lecteur, réjouis-toi, les deux meilleurs films vus sont aussi ceux qui sortent cette semaine dans les salles françaises : Deux jours, une nuit et Maps to the stars. Il faut reconnaître toutefois qu'en ouvrant sa sélection avec ce navet indiscutable qu'est Grace de Monaco, déjà mort et enterré une semaine seulement après son arrivée sur les écrans, Thierry Frémaux n'a pas vraiment fait démarrer le festival du pied droit… On reviendra donc en détails la semaine prochaine sur la compétition, et on préfèrera lister ici les quelques découvertes faites au gré des sélections parallèles.

Les combattantes

Lesdites découvertes ont été marquées par l'émergence de figures féminines fortes et absolument contemporaines, comme dans la formidable comédie Les Combattants de Thomas Cailley, dont l'accueil enthousiaste lui promet déjà une belle carrière lors de sa sortie en salles en août. On y voit un jeune puceau, Arnaud, qui passe ses vacances à travailler pour le business familial de charpenterie, tomber raide dingue de Madeleine, la fille chez qui il effectue des travaux. Celle-ci, après des études en macro-économie, a décidé d'entrer dans l'armée pour y apprendre la « survie » dans un monde dont elle estime qu'il va, tôt ou tard, partir en sucette. Madeleine, c'est Adèle Haenel, qui démontre ici une nature comique insoupçonnée et irrésistible au sein d'un film rappelant l'humour d'un Riad Sattouf, tout en portant, l'air de rien, un regard singulier et juste sur notre époque, entre jeunesse désœuvrée et repli anxieux.

Beau portrait de femme aussi dans le nouveau Gregg Araki, White bird in a blizzard (date de sortie non communiquée), curieusement écarté de la sélection officielle et qui se retrouvait au Marché du film pour quelques projections assez courues. C'est un joli film mineur mais entêtant, qui raconte comment une adolescente doit faire face à la disparition mystérieuse de sa mère (Eva Green) et tenter tant bien que mal de se construire entre romance avec son voisin d'en face et discussion à la cave avec sa copine black obèse et son pote pédé. Des flashbacks racontant la vie en trompe-l'œil de ses parents, couple mal assorti où la femme est rendue à son statut d'épouse domestique et frustrée, aux séquences oniriques matérialisant les doutes de l'héroïne, Araki déploie à nouveau son sens d'un cinéma pop où trône, souveraine, la révélation Shailene Woodley, aussi torride et naturelle ici qu'elle était virile et énergique dans Divergente – une future star, à n'en point douter.

Girls, girls, girls

Dans Party girl (sortie en septembre) d'un trio de cinéastes venus de l'école de cinéma parisienne la Fémis (Marie Amachoukeli, Claire Burger et Samuel Theis), on suit Angélique, danseuse de cabaret sexagénaire sur le point de se ranger des voitures et de se marier avec Michel, sympathique et bourru retraité. À la frontière franco-allemande, ce couple va devoir mettre de l'ordre dans leur vie respective, et notamment Angélique. Elle a laissé son rôle de mère partir à vau-l'eau et doit donc convoquer un par un ses enfants pour leur annoncer la nouvelle, tout en essayant de surmonter ses doutes et ses envies irrépressibles de liberté. Beau personnage, d'autant plus beau qu'il n'est pas un personnage de fiction : Angélique est Angélique, dans cette œuvre un poil trop maîtrisée qui abolit sans cesse les frontières entre la réalité et sa recréation à l'écran par un sens jamais pris en faute de l'écriture et de la mise en scène.

Mais le premier grand choc cannois, ce fut sans conteste le troisième film de Céline Sciamma présenté en ouverture de la Quinzaine des réalisateurs, Bande de filles (sortie en octobre). À la manière d'Un prophète d'Audiard, Sciamma invente une héroïne de notre temps qui surgit littéralement des méandres du scénario et de la puissance d'incarnation de son actrice, l'épatante Karidja Touré. Meriem, black banlieusarde de 16 ans, laissée à l'abandon par sa mère et cornaquée par un frère macho et tyrannique, choisit de s'émanciper au contact de trois autres filles à la lisière de la marginalité, d'abord en faisant les 400 coups avec elles, puis en en balançant, des coups, lors de combats de rue qui vont lui faire gagner – temporairement – une nouvelle identité et surtout un respect de la part du patriarcat qui l'entoure. Le film est à son image : fort, rapide, coupant, cruel et candide, beau aussi, tant Sciamma croit profondément qu'une fille aujourd'hui se doit d'affirmer à la fois sa part de féminité mais aussi la gommer derrière une masculinité devenue stratégie de survie en milieu hostile. Le geste de cinéma est lui aussi magnifique : on assiste, grâce à l'écriture impeccable et à la mise en scène nerveuse et lyrique de la cinéaste, à l'éclosion conjointe d'une comédienne prometteuse et d'un personnage inoubliable, dont la détermination éclabousse jusqu'au dernier (et magistral) plan du film.

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"Bande de filles" : girl power

ECRANS | Céline Sciamma suit l’ascension d’une jeune noire de banlieue qui préfère se battre plutôt que d’accepter le chemin que l’on a tracé pour elle. Ou comment créer une héroïne d’aujourd’hui dans un film qui se défie du naturalisme et impose son style et son énergie.

Christophe Chabert | Mardi 14 octobre 2014

Au ralenti et sur la musique (électro-rock) de Para One, des filles disputent la nuit une partie de football américain. Virilité et féminité fondues dans une parenthèse sportive au milieu de la vie monotone d’une cité ; Céline Sciamma marque dès l’entame de Bande de filles son territoire, loin des sentiers étroits du naturalisme propre au banlieue-film hexagonal. Pas question de sombrer dans le misérabilisme social ou le cinéma à thèse, mais au contraire de le déborder par l’action et la rêverie. De fait, chaque fois que Merieme, adolescente noire de 16 ans, verra cette réalité-là lui barrer la route (conseiller scolaire cherchant à l’orienter vers une filière pro, grand frère veillant depuis son canapé sur sa moralité, amoureux maladroit, filles du quartier résignées à n’être que des mères au foyer), elle cherchera à la renverser de toutes ses forces, préférant combattre et s’échapper plutôt que de courber l’échine. Le film enregistre cette volonté farouche comme une constante création d’énergie, révélant dans un même mouvement une ino

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Écran total : 13 ans de réflexion

ECRANS | Cette semaine se déroule à la Vence scène de Saint-Égrève la treizième édition d’Écran total, soit un week-end pour découvrir vingt-six films récents, dont la moitié en (...)

Christophe Chabert | Mardi 7 octobre 2014

Écran total : 13 ans de réflexion

Cette semaine se déroule à la Vence scène de Saint-Égrève la treizième édition d’Écran total, soit un week-end pour découvrir vingt-six films récents, dont la moitié en avant-première. Parmi eux, on retrouve quelques-uns de nos coups de cœur de cette rentrée, en particulier le formidable Bande de filles de Céline Sciamma, qui trace le portrait d’une adolescente black en banlieue bien décidée à ne pas se laisser dicter son existence par les pressions sociales et patriarcales qui l’entourent. Ni misérabiliste, ni bassement sociologique, le film cherche surtout à héroïser son personnage, qui doit d’abord se déparer de sa féminité pour mieux la réaffirmer une fois levés les obstacles à son ascension – tumultueuse. Autre événement, en ouverture du festival : Le Sel de la terre (photo), film co-réalisé par Wim Wenders et Juliano Ribeiro Salgado sur le propre père de ce dernier, le génial photographe brésilien Sebastião Salgado. Un documentaire qui retrace l’itinéraire exceptionnel de Salgado, témoignant de la misère à travers le monde avant de perdre foi en l’humanité lorsqu’il découvre le génocide au Rwanda. C’est par la patiente et miraculeuse reforestation

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Vent de jeunesse sur la rentrée cinéma

ECRANS | Moins flamboyante que l’an dernier, la rentrée cinéma 2014 demandera aux spectateurs de sortir des sentiers battus pour aller découvrir des films audacieux et une nouvelle génération de cinéastes prometteurs. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 2 septembre 2014

Vent de jeunesse sur la rentrée cinéma

Si la place de chouchou de la rentrée cinéma n'avait pas été ravie in extremis par l’extraordinaire Leviathan, nul doute qu’elle aurait échu à Céline Sciamma et son très stimulant Bande de filles (sortie le 22 octobre). Troisième film de la réalisatrice déjà remarquée pour son beau Tomboy, il suit le parcours de Meriem, adolescente black banlieusarde qui refuse la fatalité d’une scolarité plombée et se lie d’amitié avec une « bande de filles » pour faire les quatre cents coups, et en donner quelques-uns au passage afin d’affirmer sa virilité dans un monde où, quel que soit son sexe, la loi du plus fort s’impose à tous. Cette éducation par la rue et le combat n’est pas sans rappeler les deux derniers films de Jacques Audiard ; Un prophète en particulier, puisque Sciamma cherche elle aussi à fi

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Party girl

ECRANS | Réalisé par trois anciens élèves de la Fémis, ce premier film suit, dans un mélange invisible de réalité et de fiction, la vie d’une danseuse de cabaret prête à raccrocher les gants et à se caser avec un homme gentiment bourru. Une réussite. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 19 août 2014

Party girl

Angélique (Litzenburger), la soixantaine, mène une existence à la fois tranquille et joyeusement chaotique de danseuse dans un cabaret. Enfin, elle ne danse plus tellement, laissant ça à de plus jeunes qu’elles, se contentant de faire boire les clients. Même si elle possède encore l’envie de plaire et de faire la fête, elle sent que l’heure de la retraite approche. Alors, elle finit par céder aux avances de Michel, brave gars simple et bourru qui en pince manifestement pour elle. Ils s’installent ensemble et il la demande en mariage. Pour Angélique, cela signifie réunir ses trois enfants, dont le premier est parti à Paris, la deuxième est restée auprès d’elle et la troisième a été placée dans une famille d’accueil. Angélique, marquise de la nuit Party girl n’est pas un documentaire, même si tout le monde tient ici peu ou prou son propre rôle : Angélique est la véritable mère d’un des trois réalisateurs du film (Samuel Theis) et le trio cherche à créer un cinéma qui reproduirait par les moyens de la fiction un effet de réel bluffant. C’est sans doute ce qui intrigue le plus à la vision de Party girl : à aucun moment Marie Amachoukeli, Claire Bu

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"Les Combattants" : les Beaux gosses font l’armée

ECRANS | Pour son premier long-métrage, Thomas Cailley a trouvé la formule magique d’une comédie adolescente parfaite, dont l’humour est en prise directe avec la réalité d’aujourd’hui. Il dispose d’un atout de choc : Adèle Haenel, actrice géniale révélant ici un incroyable potentiel comique.

Christophe Chabert | Mardi 19 août 2014

Présentant Les Combattants à la Quinzaine des Réalisateurs, Thomas Cailley parlait d’une « histoire d’amour et de survie » ; il omettait cependant de préciser que ce programme-là, a priori sérieux, était celui d’une comédie. Peut-être cherchait-il à ménager la surprise : il est donc possible en France aujourd’hui de faire une comédie qui ne soit pas un ramassis de clichés éventés et démagos, un film qui fasse rire tout en dessinant par d’adroites et discrètes notations une image du pays dans lequel il est tourné, mettant en scène une jeunesse déboussolée qui ne sait pas si elle doit vivre – donc aimer – ou survivre. En cela, Les Combattants, teen movie hexagonal affranchi, s’inscrit dans la droite ligne d’une autre réussite du genre, Les Beaux gosses de Riad Sattouf. Ils ont en commun de préférer les ados mal dans leur peau plutôt que des individus normés et formatés. Cailley met ainsi au cœur de son récit deux personnages qui ont quelque chose de minoritaire en eux. Arnaud reprend avec so

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Cannes 2014 : sommeil trompeur

ECRANS | Retour sur une drôle de compétition cannoise, non exempte de grands films mais donnant un sentiment étrange de surplace, où les cinéastes remplissaient les cases d’un cinéma d’auteur dont on a rarement autant ressenti le formatage. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Lundi 26 mai 2014

Cannes 2014 : sommeil trompeur

Le festival de Cannes n’aura pas échappé à la règle désormais avérée de « l’année sur deux » : 2013 avait été explosive et stimulante ; 2014 a paru prévisible et peu excitante. Pourtant, le bilan n’est pas si catastrophique que ça : il y avait pas mal de beaux films à voir dans la compétition – la moitié ou presque – mais peu ont déjoué les attentes que l’on pouvait avoir en leurs cinéastes. Par un paradoxe très curieux, seul Michel Hazanavicius avec son bancal et inachevé The Search a permis de découvrir une facette inattendue de son auteur. C’est dire… Les autres cinéastes ont tous présenté des films, bons ou mauvais, peu importe, conformes à leurs œuvres précédentes. Les Dardenne ont fait du Dardenne, Cronenberg du Cronenberg, Ken Loach

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Cannes 2014, jour 8 : Forever Godard

ECRANS | "The Search" de Michel Hazanavicius (sortie le 26 novembre). "Mommy" de Xavier Dolan (date de sortie non communiquée). "Adieu au langage" de Jean-Luc Godard (sortie le 21 mai, mais à partir du 28 mai à Grenoble).

Christophe Chabert | Jeudi 22 mai 2014

Cannes 2014, jour 8 : Forever Godard

Le festival est bientôt fini et pourtant, aujourd’hui, il a semblé commencer. Sa compétition, jusqu’ici sans surprise, s’est emballée et les auteurs sont allés là où on ne les attendait pas. À commencer par Michel Hazanavicius et son The Search, qui fait donc suite au triomphe de The Artist. Inspiré d’un film de Fred Zinneman, The Search voit le cinéaste s’aventurer dans la Tchétchénie de 1999, au début de l’offensive russe, prétextant une lutte anti-terroriste alors qu’il s’agissait surtout d’aller restaurer l’ordre contre les tentations séparatistes. Son prologue, tourné en DV par un soldat inconnu, se conclut par le massacre d’une famille sous les yeux de leur enfant, caché à l’intérieur de sa maison. C’est une première belle idée de mise en scène : le regard du gamin à la fenêtre, tétanisé par la mise à mort de ses parents, et son contrechamp cruel, celui de leur bourreau en vue subjective. Le film s’attache ensuite à suivre en parallèle quatre personnages : l’enfant en fuite, recueilli par Carole (Bérénice Bejo), ch

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Cannes 2014, jour 7 : Du côté de la Quinzaine…

ECRANS | "Catch me daddy" de Daniel Wolfe (date de sortie non communiquée). "These final hours" de Zack Hilditch (date de sortie non communiquée). "Queen and country" de John Boorman (date de sortie non communiquée). "Mange tes morts" de Jean-Charles Hue (sortie en septembre).

Christophe Chabert | Mercredi 21 mai 2014

Cannes 2014, jour 7 : Du côté de la Quinzaine…

Comme prévu, la présentation de Deux jours, une nuit des frères Dardenne a électrisé la Croisette et beaucoup séchaient encore leurs larmes dix minutes après la fin de la projection du matin — on n’ose imaginer ce qui va se passer ce soir. Ayant été particulièrement indiscipliné pour suivre la compétition cette année, on ne se hasardera à aucun pronostic concernant le palmarès final ; mais bon, si les Dardenne repartent avec une troisième palme, établissant ainsi un record en la matière, on ne criera pas au scandale. Comme on avait vu le film il y a déjà quelques temps, cela nous a laissé le loisir d’aller voir un peu de quel bois se chauffait la Quinzaine des réalisateurs, sachant qu’on y avait déjà vu deux de nos films préférés du festival — Bande de filles et Les Combattants. Depuis qu’Edouard Waintrop en a pris les rênes, cette sélection traditionnellemen

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Cannes 2014, jours 5 et 6 : L’insoutenable lourdeur des auteurs

ECRANS | "Foxcatcher" de Bennett Miller (sortie en novembre). "Hermosa Juventud" de Jaime Rosales (date de sortie non communiquée). "Jauja" de Lisandro Alonso (date de sortie non communiquée). "Force majeure" de Ruben Östlund (date de sortie non communiquée). "Bird people" de Pascale Ferran (sortie le 4 juin).

Christophe Chabert | Mardi 20 mai 2014

Cannes 2014, jours 5 et 6 : L’insoutenable lourdeur des auteurs

Ce lundi, présentation de Maps to the stars de David Cronenberg. Demain, ce sera au tour de Deux jours, une nuit des frères Dardenne. Deux films qui volent très au-dessus d’une compétition atone et informe, qui ne réserve dans le fond aucune surprise sinon celle-ci : ne pas avoir envie de la suivre de près comme on l’avait fait les cinq années précédentes. Cronenberg et les Dardenne font la différence sur un point très précis : ils ne cherchent à aucun moment à se situer au-dessus du spectateur et se contentent de l’accueillir à bras ouverts dans leurs films respectifs, l’un sur le mode de la farce caustique et jubilatoire, les autres sur le ton du suspens social débouchant non pas sur une résolution classique, mais sur une quête bouleversante de ce qui reste de noble dans l’être humain. Postures arty grotesques Ce matin, c’était donc au tour de Bennett Miller et de son Foxcatcher (photo) de se conformer très exactement à ce que l’on pouva

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Cannes 2014, jour 4 : Aux armes !

ECRANS | "The Rover" de David Michôd (sortie le 4 juin). "The Disappearance of Eleanor Rigby" de Ned Benson (date de sortie non communiquée). "It follows" de David Robert Mitchell (date de sortie non communiquée). "Les Combattants" de Thomas Cailley (sortie le 20 août).

Christophe Chabert | Dimanche 18 mai 2014

Cannes 2014, jour 4 : Aux armes !

S’ennuie-t-on au cours de ce festival de Cannes ? Oui, un peu, beaucoup parfois ; alors à la guerre comme à la guerre, on ose ce que l’on n’avait jamais osé jusque-là : laisser tomber la compétition, et se promener à travers les séances des sections parallèles, pour espérer y trouver des films stimulants, différents, bref, autre chose que de l’art et essai formaté, long et plombé. À ce petit jeu, The Rover, présenté en séance de minuit, repousse les limites de la bizarrerie. De la part de David Michôd, réalisateur d’Animal kingdom, rien ne laissait présager un tel virage ; si son premier film était puissant et abouti, il s’inscrivait dans un genre codifié — le film de gangsters — et sa mise en scène cherchait avant tout une forme d’efficacité sans refuser pour autant d’apporter de réelles innovations. Avec The Rover, Michôd fait exploser toutes les catégories et signe le premier film post-apocalyptique beckettien, que l’on pourrait réduire à ce pitch : deux hommes, l’un à moitié idiot, l’autre impavide, recherche

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Cannes 2014, jour 3 : Films d’horreurs

ECRANS | "Captives" d’Atom Egoyan (sortie le 1er octobre). "Relatos salvajes" de Damian Szifron (sortie le 17 septembre). "Mr Turner" de Mike Leigh (date de sortie non communiquée). "Winter sleep" de Nuri Bilge Ceylan (sortie le 13 août).

Christophe Chabert | Samedi 17 mai 2014

Cannes 2014, jour 3 : Films d’horreurs

Vendredi confession : on ne la sentait pas trop, sur le papier, cette compétition. Trop de cinéastes mal aimés, trop de films trop longs, trop d’outsiders sortis du chapeau… Cette troisième journée est venue confirmer nos craintes et y a ajouté un autre facteur : une programmation au bas mot catastrophique dans l’ordre de présentation des films qui a sérieusement amoindri l’impact de ce qui était pourtant l’événement du jour, la projection du Winter sleep de Nuri Bilge Ceylan, dont on parlera à la fin de ce billet. Disons-le clairement : pourquoi avoir placé le film en séance unique en plein milieu de l’après-midi plutôt qu’à la place de ces deux navets que sont Captives d’Egoyan et Relatos salvajes de Damian Szifron ? À cause de sa durée fleuve — 3h15 ? Sans doute, mais on a envie de dire qu’il vaut mieux, quand les années sont si manifestement pauvres en œuvres dignes de figurer dans la Ligue 1 de Cannes, limiter le nombre de films qu’en envoyer autant au casse-pipe comme de vulgaires hamburgers dans un fast food. L’impression de gavage n’a jamais été aussi forte qu’aujourd’hui et aussi cruelle, testant notre résistance physique et notre capa

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Cannes 2014, jour 2 : Girls power

ECRANS | "Bande de filles" de Céline Sciamma (sortie le 22 octobre). "Party girl" de Marie Amachoukeli, Claire Burger et Samuel Theis (sortie le 3 septembre). "White bird in a blizzard" de Gregg Araki (sortie non communiquée)

Christophe Chabert | Jeudi 15 mai 2014

Cannes 2014, jour 2 : Girls power

Deuxième jour à Cannes, et déjà l’école buissonnière hors de la compétition. Il faut dire que le jeudi est traditionnellement le jour de l’ouverture des sections parallèles, et comme elles sont assez alléchantes cette année, on peut très bien remettre à plus tard la projection du dernier Mike Leigh (2h30 sur le peintre Turner, c’est vrai qu’en début de festival, c’est sans échauffement). C’est un hasard, mais il est réjouissant : les femmes ont pris le pouvoir dans les trois films vus aujourd’hui, et notamment dans ce qui constitue le premier choc de Cannes, le nouveau film de Céline Sciamma, Bande de filles (photo). Après Naissance des pieuvres et Tomboy, Sciamma confirme qu’elle n’est plus très loin d’être une de nos grandes cinéastes, et ce troisième opus démontre une inéluctable montée en puissance qui n’est pas sans rappeler celle d’un Jacques Audiard. Avec qui elle partage une intelligence du scénario et de la mise en scène, mais surtout l’envie de faire émerger conjointement des héro(ïne)s et des comédien(ne)s qui vont hanter lon

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Cannes 2014, jour 1 : Grace de M...

ECRANS | "Grace de Monaco" d’Olivier Dahan (en salles depuis mercredi). "Timbuktu" d’Abderrahmane Sissako (pas encore de date de sortie)

Christophe Chabert | Jeudi 15 mai 2014

Cannes 2014, jour 1 : Grace de M...

C’est donc reparti pour un tour de Cannes, et bon, disons-le tout de suite, ça a très très mal commencé. Avec la présentation en ouverture du Grace de Monaco d’Olivier Dahan, on sonde déjà les profondeurs du néant cinématographique. Il faut remonter à loin pour trouver une séance de gala aussi foireuse (Da Vinci Code ? Fanfan la Tulipe ?). Les producteurs de ce truc peuvent remercier Thierry Frémaux d’avoir donné un généreux coup de pouce à un film en perdition depuis des mois, en particulier depuis la brouille ouverte entre le réalisateur et Harvey Weinstein, à qui on donne plutôt raison d’avoir refusé de présenter cette version au public américain. Quoique, à moins de le retourner intégralement, on voit mal comment on peut sauver l’affaire du naufrage dans lequel il s’enfonce quasi-instantanément. Déjà, l’angle choisi pour cette bio a de quoi faire hurler : comment Grace Kelly a choisi de renoncer définitivement à sa carrière au cinéma pour endosser les habits de princesse monégasque, à la faveur d’un incident qui opposa la famille royale à De Gaulle, décidé à mettre fin à l’exil massif des capitaux qui avait lieu là-bas. Dah

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