The Rover

ECRANS | Après "Animal kingdom", David Michôd pratique un étonnant hara-kiri commercial avec ce film post-apocalyptique qui tient autant de Beckett que de "Mad Max", c’est-à-dire une véritable provocation au divertissement-roi. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 3 juin 2014

Photo : © Matt Nettheim


The Rover, c'est Mad Max qui rencontre En attendant Godot. Rien que ça. Dès le carton pré-générique, on nous annonce que l'action se déroule en Australie quelques années « après la chute ». La chute de quoi ? Du pays ? Du monde ? De l'économie ? Peu importe, car ce futur est saisi au présent, dans toute sa désolation, avec paysages arides et personnages hagards dont les motivations paraissent dérisoires. C'est le cas d'Eric, vagabond errant dans une bagnole qu'il a le malheur de se faire piquer par une bande de gangsters hallucinés, ayant laissé pour mort un des leurs, Rey, après un braquage qui a mal tourné.

L'impassible Eric (sobre et étonnante composition de la part de l'ordinairement cabotin Guy Pearce) va donc former un tandem improbable avec Rey (Robert Pattinson, excellent, dont la carrière post-Twilight prend un virage passionnant), soit un homme froidement brutal et un autre à moitié idiot et à moitié crevé, qui vont passer une heure quarante à arpenter les routes australiennes pour retrouver une voiture.

Post-cinéma

Si Animal kingdom, son remarquable premier film, avait inscrit David Michôd dans la catégorie des cinéastes avides de revisiter le cinéma de genre, The Rover est beaucoup plus complexe à classifier. Les films post-apocalyptiques n'ont pas manqué ces dernières années sur les écrans, mais ce qui intéresse le cinéaste dans cette catégorie, c'est finalement plus le "post" que "l'apocalyptique". Tout, dans The Rover, relève de l'après, au sens où la tragédie est derrière les personnages, désormais rendus à l'absurdité d'une existence qui joue d'encombrantes prolongations.

On ne dialogue pas dans The Rover, on croise des monologues ; on n'agit pas, on réagit selon un pur instinct de survie ; et on ne fait pas de sentiments, on tue tout ce qui remue dans le mauvais sens, sans sommation et sans état d'âme, y compris lorsqu'il s'agit de liquider son propre frère. Même la musique du film est post – rock, signée Tortoise – comme si Michôd tentait d'envoyer son œuvre par-delà le cinéma actuel, ses modes et son économie. Il n'est pas impossible d'ailleurs que cela soit la conclusion politique du film : lors d'un des nombreux moments de suspension de leur étrange voyage, Eric et Rey regardent passer un train à un passage à niveau ; la locomotive est australienne, mais tous les wagons sont chinois, comme si l'avenir du divertissement se passait là-bas, et que le cinéma d'ici ne pouvait plus que contempler le vide d'un passé révolu. Ouch !

The Rover
De David Michôd (Australie, 1h42) avec Guy Pearce, Robert Pattinson…

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"Tenet" : au temps pour lui

ECRANS | Attendu comme le Messie, le nouveau Nolan peut exploser le box-office si les spectateurs consentent à voir plusieurs fois ce Mission : Impossible surnaturel pour être sûr de bien le comprendre. Il y aura donc un avant et après Tenet. Encore que…

Vincent Raymond | Mercredi 26 août 2020

Agent travaillant pour une organisation gouvernementale, Tenet est chargé d’enquêter sur un trafic de matériaux aux propriétés physiques insolites puisqu’ils inversent le cours du temps. Derrière tout cela se cache un mafieux russe cruel, Sator, doté d’une belle femme malheureuse… Quand un concept surpasse la chair de l’intrigue… Nolan nous a habitués à manipuler — et de façon osée — les deux composantes “deleuziennes“ du cinéma : l’image-temps et l’image-mouvement. À modeler la texture de la première pour qu’elle accueille la seconde. Une démarche aussi productive qu’inventive entamée avec Inception, poursuivie avec Interstellar et étrangement Dunkerque (où le montage approfondissait différemment l’intrication d’espaces temporels disjoints et cependant parallèles). Tenet suit logiquement cette ligne, aussi sûrement qu’une obsession proustienne pour le temps perdu, avec donc ce qu’elle comporte de désespoir. Si les problématiques sont excitantes — irradier des objets ou des personnes pour qu’ils aillent à

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"High Life" : Claire Denis de la Terre à l’hallu

ECRANS | de Claire Denis (Fr-All-GB-Pol, 1h51) avec Robert Pattinson, Juliette Binoche, André Benjamin…

Vincent Raymond | Mardi 6 novembre 2018

Loin du système solaire, un module spatial. À son bord, un équipage de relégués cornaqués par une infirmière déglinguée a embarqué pour une mission suicide : l’exploration d’un trou noir et de ses potentialités énergétiques. Mais le pire péril réside-t-il à l’extérieur ou à l’intérieur ? Que Claire Denis s’essaie à la science-fiction galactique n’a rien de stupéfiant en soi : elle s’était déjà confrontée au fantastico-cannibale dans Trouble Every Day (2001). En vérité, ce n’est pas le genre qui modèle son approche, mais bien la cinéaste qui, par son style et son écriture, modèle le cinéma de genre. High Life tient donc du conte métaphysique et du roman d’apprentissage : il zone davantage dans les environs ténébreux de 2001 et de Solaris qu’aux confins opératiques de Star-Wars-Trek. Claire Denis semble de surcroît s’ingénier à vider son film de sa puissance épique : sa déconstruction de la chronologie du récit, réduit à des lambeaux juxtaposés, absorbe, à l’instar du trou noir, toute velléité de spectaculaire cosmique. Seuls les accords languides de Stuart Staples d

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"Good Time" : lose poursuite pour le (finalement) expressif Robert Pattinson

ECRANS | de Ben & Joshua Safdie (ÉU-Lux, 1h40) avec Robert Pattinson, Ben Safdie, Jennifer Jason Leigh…

Vincent Raymond | Lundi 11 septembre 2017

Connie Nikas et son frère handicapé mental Nick braquent une banque. Dans la fuite, Nick est capturé. Alors Connie fait l’impossible au cours d’une nuit riche en rebondissements pour le libérer. Par les voies légales d’abord. Et puis les autres… Incroyable : Robert Pattinson peut afficher une gueule expressive et des nuances de jeu ! Merci aux frères Safdie pour cette révélation, ainsi que pour ce thriller nocturne haletant rappelant ces polars signés Hill, Carpenter, Scorsese et consorts qui éraflaient le New York crasseux des années 1970. L’effet vintage et déréalisant se trouve conforté par la B.O. synthétique de Daniel Lopatin, alias Oneohtrix Point Never, ainsi que par le matraquage de visages hallucinés, cabossés, arrachés à la pénombre, systématiquement cadrés en gros – voire très gros – plan. Dans leur quête formelle, les Safdie n’empruntent pas le chemin de l’esthétique pure, à la différence de Nicolas Winding Refn. Et s’ils partagent sa soif d’urgence ou son aptitude à fabriquer des sensations organiques, ils le font sans recourir aux sempiternelles armes à feu. Encore une sacrée transgression à mettre à leur crédit

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Maps to the stars

ECRANS | David Cronenberg signe une farce noire et drôle sur les turpitudes incestueuses d’Hollywood et la décadence d’un Los Angeles rutilant et obscène. Un choc ! Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 20 mai 2014

Maps to the stars

La « carte des stars » du titre fait référence à ces dépliants indiquant l’emplacement des villas appartenant aux célébrités hollywoodiennes à Los Angeles ; la carte du dernier film de David Cronenberg se résume en revanche à un cercle d’une demi-douzaine de personnages portant des prénoms impossibles, gravitant dans l’univers du cinéma et unis par des liens scénaristiques mais aussi par de tortueux liens du sang. Il y a un jeune acteur de 13 ans arrogant et cynique, star d’une franchise ridicule (Bad babysitter) et déjà passé par la case réhab' ; son père moitié gourou, moitié thérapeute new age ; une comédienne vieillissante obsédée par le fantôme de sa mère morte dans un incendie ; un chauffeur de limousine qui se rêve scénariste et acteur… Et, surtout, une fille mystérieuse qui s’incruste dans leur vie, un peu folle et portant sur son corps les stigmates de graves brûlures. Film choral ? Pas vraiment, car Maps to the stars tisse assez vite une toile réjouissante où chacun va illustrer la décadence dans laquelle s’enfonce un Los Angeles corrompu au dernier degré, réplique vulgaire et morbide de celui décrit par John Schlesinger dans son crépu

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Cannes 2014, jour 4 : Aux armes !

ECRANS | "The Rover" de David Michôd (sortie le 4 juin). "The Disappearance of Eleanor Rigby" de Ned Benson (date de sortie non communiquée). "It follows" de David Robert Mitchell (date de sortie non communiquée). "Les Combattants" de Thomas Cailley (sortie le 20 août).

Christophe Chabert | Dimanche 18 mai 2014

Cannes 2014, jour 4 : Aux armes !

S’ennuie-t-on au cours de ce festival de Cannes ? Oui, un peu, beaucoup parfois ; alors à la guerre comme à la guerre, on ose ce que l’on n’avait jamais osé jusque-là : laisser tomber la compétition, et se promener à travers les séances des sections parallèles, pour espérer y trouver des films stimulants, différents, bref, autre chose que de l’art et essai formaté, long et plombé. À ce petit jeu, The Rover, présenté en séance de minuit, repousse les limites de la bizarrerie. De la part de David Michôd, réalisateur d’Animal kingdom, rien ne laissait présager un tel virage ; si son premier film était puissant et abouti, il s’inscrivait dans un genre codifié — le film de gangsters — et sa mise en scène cherchait avant tout une forme d’efficacité sans refuser pour autant d’apporter de réelles innovations. Avec The Rover, Michôd fait exploser toutes les catégories et signe le premier film post-apocalyptique beckettien, que l’on pourrait réduire à ce pitch : deux hommes, l’un à moitié idiot, l’autre impavide, recherche

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Iron Man 3

ECRANS | Ce troisième volet des aventures de Tony Stark n’est pas à la hauteur des deux précédents, et l’arrivée de Shane Black derrière la caméra s’avère plutôt contre-productive, partagé entre retrouver son mauvais esprit années 80 et s’inscrire dans une ligne post-Avengers. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Jeudi 25 avril 2013

Iron Man 3

Les deux premiers Iron Man avaient séduit par leur sens du contre-courant : à une époque où les super-héros au cinéma se devaient d’avoir une névrose intime et où le réalisme à la Nolan commençait à faire école, Jon Favreau, pourtant pas le cinéaste le plus fin de la terre, avait fait de Tony Stark un homme sans états d’âme, déconneur et flambeur, œuvrant pour la bonne cause comme un industriel exploiterait un marché juteux. Surtout, Iron Man se confondait avec son acteur, Robert Downey Jr, dont le débit mitraillette et la décontraction affichée avaient dans le fond plus de poids que la lourde armure qui le transformait en justicier. Une sorte de héros cool et pop dont ce troisième volet ne sait plus tellement quoi faire… Shane Black, scénariste culte dans les années 80 et 90, réputé pour son esprit badass et ses vannes provocatrices, par ailleurs auteur d’une très bonne comédie policière déjà avec Downey Jr, Kiss Kiss Bang Bang, a été appelé à la rescousse de la franchise, et se retrouve avec un fardeau à porter : faire le premier film de super-héros Marvel p

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Des hommes sans loi

ECRANS | De John Hillcoat (ÉU, 1h55) avec Shia LaBeouf, Tom Hardy, Jessica Chastaing…

Christophe Chabert | Jeudi 6 septembre 2012

Des hommes sans loi

Un casting en or, un scénario signé Nick Cave, un cinéaste (John Hillcoat) jusqu’ici connu pour son intégrité, l’envie de transposer les codes du western à l’époque de la prohibition : sur le papier, Des hommes sans loi semblait être le film idéal, à la fois ambitieux et divertissant. Et pourtant, il n’est rien de tout ça. Phagocytée par la maniaquerie de sa reconstitution historique, la mise en scène ne prend jamais son envol, ne développe aucun style et échoue à rendre crédible ce qui se passe à l’écran. Le lien entre les trois frères est purement théorique, les relents mythologiques (l’invincibilité de Tom Hardy) sont si maladroitement amenés qu’ils finissent par virer au gag involontaire. Le sommet est atteint avec la prestation, à hurler de rire, de Guy Pearce en méchant dont l’acteur souligne à très gros traits l’homosexualité refoulée. Il faut dire qu’Hillcoat achève de lui savonner la planche lors d’une scène qui, au lieu de révéler au grand jour ce que tout le monde avait compris, noie stupidement le poisson pour éviter de se fâcher avec la censure. Timoré, impersonnel, d’une inexplicable lenteur, Des hommes sans loi n’est même pas un bon film de multi

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Lock out

ECRANS | De James Mather et Stephen St-Leger (Fr, 1h36) avec Guy Pearce, Maggie Grace, Peter Stormare…

François Cau | Vendredi 13 avril 2012

Lock out

Comme s’il voulait absolument ressembler à sa caricature des Guignols, Luc Besson continue de torcher à toute blinde des scripts débiles qu’il refourgue à d’obscurs réalisateurs pressés de rentrer dans le métier, débauchant quelques gloires sur le retour au casting et tournant l’ensemble dans le coin de l’Europe où la main-d’œuvre est la moins chère (ici, la Serbie). Lock out est donc le digne héritier des séries Z italiennes, avec plus de pognon mais tout autant de cynisme, repiquant sans vergogne l’argument de Los Angeles 2013, transformant Snake en Snow et l’envoyant dans une prison intergalactique à la place d’une ville prison. Pauvre Guy Pearce obligé de jouer les héros badass jusqu’au ridicule, balançant des vannes à chaque réplique comme le Chuck Norris de la grande époque. Le scénario, plein de trous, est régulièrement impossible à suivre, l’action se dissout dans des effets spéciaux numériques même pas à la hauteur d’un jeu vidéo et le tout se traîne de retournements de situation en retournements de situation jusqu’à une résolution pitoyable. Même bourré dans un multiplexe, vous trouverez le temps long… Christophe Chabert

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Twilight 4 : Révélation 1ère partie

ECRANS | De Bill Condon (EU, 1h57) avec Kristen Stewart, Robert Pattinson…

François Cau | Mercredi 16 novembre 2011

Twilight 4 : Révélation 1ère partie

Rebaptisé “Twilight : Pénétration“ par quelques mauvais esprits, ce quatrième volet de l’inénarrable saga pseudo fantastique marque en effet la fin de l’abstinence pour Bella et Edward, légitimée par leur adhésion aux liens sacrés du mariage. Que les parents, les mormons et les parents mormons se rassurent, ils ne s’adonneront au supplice de la chair qu’une seule fois, et cette saillie se soldera par une grossesse extrêmement douloureuse. Et malgré les pressions de son entourage, Bella la juste n’en démordra pas et gardera l’enfant, quitte à mettre sa vie en péril. Faut-il pour autant prendre ce film pour une propagande anti-sexe et pro-life ? A vrai dire, ce n’est pas non plus comme si on nous laissait le choix, puisqu’il ne s’y passe strictement rien d’autre. Ah si : des loups-garous sont embusqués alentour, et leur assaut de trois minutes montre en main sera expédié de façon illisible. Mais le plus choquant dans ce navet à la forme indigente et au fond réactionnaire reste encore son prix : 127 millions de dollars pour un mélodrame poussif et absurdement elliptique dans un loft, avec des effets spéciaux de synthèse et une direction artistique risibles, c’est le comble de l’ind

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De l'eau pour les éléphants

ECRANS | De Francis Lawrence (ÉU, 1h55) avec Robert Pattinson, Reese Witherspoon, Christoph Waltz…

François Cau | Vendredi 29 avril 2011

De l'eau pour les éléphants

Le 22 juin, vous vous délecterez du génial Balada triste de trompeta. Ceux qui auront eu le malheur de s’aventurer au préalable dans une salle projetant De l’eau pour les éléphants verront que sur un même sujet, on peut produire soit un chef-d’œuvre, soit un bidon de lessive. De la part de Francis Lawrence, réalisateur des déjà médiocres Constantine et Je suis une légende, rien de franchement étonnant. Mais il y avait donc mieux à tirer de cette rivalité amoureuse entre un jeune véto et un directeur de cirque dans l’Amérique de 1931, en pleine dépression économique. Sauf que rien n’est traité à l’écran : ni le cirque — on ne voit jamais un numéro en entier, ni le contexte — réduit à une reconstitution appliquée, et encore moins le désir de l’héroïne, tiraillée entre sa loyauté à un mari cyclothymique et son attirance pour le jeune et fougueux vétérinaire. Reste un mélodrame longuet aux rebondissements attendus, aux effets appuyés et à la conclusion d’une effarante malhonnêteté. Seule satisfaction : même embarqué dans un projet boiteux, Christoph Waltz est un acteur passionnant à regarder jouer. CC

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Animal Kingdom

ECRANS | Regard trouble d’un “innocent“ sur sa famille de criminels, Animal Kingdom, première réalisation de l’australien David Michôd, frappe l’inconscient du spectateur en le sortant de ses habitudes. Attention, grand film. François Cau

François Cau | Jeudi 21 avril 2011

Animal Kingdom

Un ado de 17 ans, Josh, regarde un jeu télévisé quelconque, sa mère dans les vapes à côté de lui sur le canapé. Les pompiers débarquent, tentent de la réanimer ; Josh continue à suivre l’émission. Apparemment, la routine ; sauf que cette fois-ci, la junkie trépasse. Toujours aussi impassible, l’ado appelle sa grand-mère pour lui annoncer la nouvelle et lui demander de l’héberger. Et Josh de rallier cette famille dont sa mère l’avait préservé : la fratrie de ses oncles criminels, chaperonnée avec une bienveillance équivoque par une effrayante matriarche (l’incroyable Jacki Weaver). Comme le montre cette introduction déstabilisante, le personnage auquel le spectateur est censé s’identifier est une surface plane, un miroir vide d’émotions, dont le jeu tout en réserve de l’étonnant James Frecheville traduit à merveille la retenue. Une carapace naturelle contre un vécu qu’on devine chaotique, et que la suite des événements ne va pas apaiser. Ce retrait assumé de notre principal repère, plongé au beau milieu de figures infiniment plus charismatiques, pourrait plomber le récit : il en deviendra au contraire la véritable raison d’être. Lions et agneaux

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