Résistance naturelle

ECRANS | Libre et irréductible, Jonathan Nossiter poursuit son voyage cinématographique et viticole du côté de l’Italie à la rencontre des producteurs de vins naturels s’opposant joyeusement à des normes destructrices. Et croise ainsi mémoire du terroir et mémoire du cinéma. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 17 juin 2014

Photo : © Goatworks films, Paula Prandini


Impossible de parler aujourd'hui du cinéma de Jonathan Nossiter sans évoquer son auteur, cinéaste nomade allant des États-Unis à la Grèce, de la France au Brésil et aujourd'hui en Italie, où il s'est installé – provisoirement ? Nossiter est un utopiste et un révolté, ayant choisi de refuser la loi de l'industrie mais aussi, et c'est peut-être le plus courageux, celle de la signature auteuriste, pour laisser ses films pousser comme des mauvaises herbes intempestives au milieu de la production mondiale.

Or, parmi les choses que l'on apprend dans son dernier documentaire Résistance naturelle, il y a justement l'importance de ces mauvaises herbes pour préserver une terre vivante et laisser ainsi la vigne s'épanouir selon sa nature et non selon les règles fixées par les consortiums politico-industriels de l'agro-alimentaire. La résistance des vignerons avec lesquels Nossiter choisit de partager un bout de leur existence (le film est loin de toute investigation journalistique et privilégie les moments de vie et les discussions autour d'un verre au soleil), c'est celle qui consiste à sortir des appellations trompeuses et normatives (les AOC) pour réinscrire la production dans un « terroir », c'est-à-dire une histoire.

Patrimoine(s)

Nossiter, amateur de vins, reste aussi un amoureux du cinéma, et cela conduit au volet le plus étrange et insoumis de Résistance naturelle : sa rencontre avec Gian Luca Farinelli, formidable directeur de la Cinémathèque de Bologne et défenseur d'un patrimoine cinématographique qu'il fait renaître avec enthousiasme. Le film va donc faire entrer au milieu des témoignages des extraits de films anciens – de Max mon amour à Au hasard Balthasar, d'un petit film muet burlesque au Marquis s'amuse, film peu connu de Monicelli que l'on rêve du coup de découvrir en entier – nouant un dialogue complexe, pas forcément limpide mais stimulant, avec la réalité documentaire.

Il y a quelque chose de Godard dans cette démarche qui consiste à lier mémoire historique et mémoire du cinéma, et à le faire dans une forme totalement libre (même le docu, au cours d'une séquence de repas, se pique soudain de décadrages et de montage expérimental) où Nossiter tente de se hisser en tant que cinéaste à la hauteur de ses "héros" dont il célèbre la révolution joyeuse.

Résistance naturelle
De Jonathan Nossiter (Fr-It, 1h24) documentaire


Résistance naturelle

De Jonathan Nossiter (Fr-Ita, 1h23) avec Stefano Bellotti, Elena Pantaleoni... Quatre vignerons italiens révolutionnaires se battent pour leur rêve culturel et écologique. En utilisant le pouvoir magique du cinéma, ils veulent réveiller le rebelle caché en chacun de nous.
Cinéma Le Toboggan 14 avenue Jean Macé Décines-Charpieu
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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"Last Words" : cinema inferno

ECRANS | ★★★★☆ Après ses documentaires portant sur son autre métier-passion ("Mondovino", "Résistance naturelle"), le cinéaste-sommelier Jonathan Nossiter livre une fiction crépusculaire sur notre civilisation, annoncée comme son testament cinématographique. C’est ce qu’on appelle avoir le devin triste…

Vincent Raymond | Mardi 20 octobre 2020

La Terre, en 2085. Alors que le désert a recouvert la quasi-totalité de notre planète frappée par une épidémie, l’un des ultimes survivants, Kal, découvre à Paris d’étranges bobines de plastique. Elles le conduiront, après un passage en Italie, à Athènes où subsiste un reliquat d’humanité. Ensemble, ils seront les derniers à (re)découvrir la magie d’un art oublié de tous : le cinéma… Est-ce un effet d’optique, ou bien le nombre de films traitant de catastrophes à l’échelle mondiale ne subit-il pas une affolante inflation ? Et encore, l’on parle de ceux qui sortent (Light of my Life, Peninsula…), vont sortir (Sans un bruit 2…), en se doutant pertinemment que la Covid-19 et la pandémie vont en inspirer une kyrielle d’autres, à des degrés plus ou moins métaphoriques. Appartenant à la cohorte des prophétiques et des moins optimistes (prouvant par cela à quel point ce natif du Nouveau Monde a épousé les mœurs de l’Ancien), celui de Jonathan Nossiter assume sa radicalité. Il se paie même le luxe d’être du fond de sa tragique et définitive conclusion, affichée dès son titre, le plus réussi. Retour inverse de L

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François Cau | Vendredi 18 février 2011

«Un geste de solidarité»

Petit Bulletin : Pourquoi avoir attendu plus de dix ans avant de tourner une nouvelle fiction après Signs and wonders ?Jonathan Nossiter : Ça brûlait en moi. Je suis un amoureux des comédiens et j’avais développé avec certains une amitié profonde. Mondovino était un projet qui devait me prendre deux ou trois mois entre deux fictions. Mais le film m’a kidnappé, ou plutôt c’est la complexité et la profondeur des vignerons qui m’ont kidnappé. Du coup, Mondovino a pris quatre ans de ma vie. Mais pendant sa sortie, je me suis retrouvé avec des comédiens amis de longue date pour savoir quel genre de film on pouvait faire ensemble. De ces discussions est né Rio sex comedy. Cependant, Rio sex comedy a aussi une très forte part documentaire, jusqu’à brouiller les frontières avec la fiction…Tant mieux. C’était le but. Moi-même, aujourd’hui, j’aurais du mal à dire ce qui relève de l’un ou de l’autre. J’ai intégré le documentaire à la fiction de différentes manières, si bien que pendant des discussions avec les spectateurs, j’essayais de parler de scènes de pure fiction, mais je retombais toujours sur le réel. Dans ces s

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ECRANS | Brassant joyeusement documentaire et fiction, Jonathan Nossiter offre un portrait de Rio vu par une bande d’étrangers, pour un film choral euphorique et contagieux. Christophe Chabert

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Rio sex comedy

Rio, aujourd’hui. Une gloire de la chirurgie esthétique anglaise prodigue ses conseils à de jeunes médecins, et révèle une méthode peu orthodoxe visant à décourager les patients de pratiquer des opérations. Une réalisatrice française interviewe des employées de maison pour connaître leur rapport à leurs maîtres, et se rapproche de son beau-frère caméraman fantasque et libéré. Le nouvel ambassadeur américain de la ville pète les plombs, fuit ses responsabilités et se terre dans une favela où il sympathise avec un tour operator déglingué. Le titre du nouveau film de Jonathan Nossiter, qui marque son retour à la fiction après l’excellent Signs and wonders, est conforme au programme sur l’écran : il y a Rio, dont il filme tous les habitants, tous les quartiers ; il y a du sexe, notamment de troublantes séquences entre Irène Jacob et Jérôme Kircher, en couple dans la vie civile ; et c’est une comédie loufoque effectivement très drôle, surtout les scènes avec Bill Pullman, dont un moment extraordinaire où, avec perruque et fausse barbiche, il expose au PowerPoint un projet d’échange chiens contre enfants dans les favelas pour tirer les larmes aux occidentaux !. I b

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