Du goudron et des plumes

ECRANS | De Pascal Rabaté (Fr, 1h30) avec Sami Bouajila, Isabelle Carré, Daniel Prévost…

Christophe Chabert | Mardi 8 juillet 2014

Il aura fallu trois films pour que l'auteur de BD Pascal Rabaté réussisse sa mue de cinéaste, c'est-à-dire qu'il sorte d'un cinéma de la vignette pour développer une réelle dynamique de mise en scène où l'invention graphique se met au service de son récit et de ses personnages. Ce qui, dans Les Petits ruisseaux et Ni à vendre, ni à louer, semblait figé et ricanant, devient dans Du goudron et des plumes vivant et empathique.

Christian, commercial divorcé aux combines peu reluisantes, perd son boulot et l'estime de sa fille, mais gagne le cœur d'une jeune femme, elle aussi mère célibataire. Ne reste plus qu'à accomplir l'exploit qui va le faire sortir de son rôle de gentil poissard : ce sera le Triathlon de l'été, sorte de mini-Intervilles local télédiffusé, compétition dans laquelle il va s'investir corps et âme.

Rabaté en fait une sorte d'anti-héros français d'aujourd'hui, métissé et râleur, qui se fond dans le décor intemporel d'un Montauban fait de pavillons anonymes, de ronds-points, de boîtes de nuit tristes et de salles de sport municipale… Maniant le gag visuel et sonore avec une minutie à la Tati, cherchant dans le quotidien le plus trivial une matière poétique, il fait surtout preuve d'une vraie confiance dans les pouvoirs de la mise en scène et offrant à chacun de ses comédiens une jolie partition à interpréter. Du coup, c'est étrangement le scénario qui reste à la traîne, notamment un troisième acte reposant sur des ressorts trop conformes à l'ordinaire de la fiction télé française. Cela ne vient pas gâcher le plaisir pris à un film qui ose jouer la carte de la comédie et du style – après Tristesse Club et avant Les Combattants, la réjouissante tendance de cet été 2014.

Christophe Chabert


Du Goudron et des plumes

De Pascal Rabaté (Fr, 1h31) avec Sami Bouajila, Isabelle Carré, Daniel Prévost...

De Pascal Rabaté (Fr, 1h31) avec Sami Bouajila, Isabelle Carré, Daniel Prévost...

voir la fiche du film


L'été arrive à Montauban, avec les vacances, les barbecues… et le "Triathlon de l’été", compétition populaire télédiffusée. Christian, divorcé et commercial aux petites combines, n'a d’autre joie que sa fille de 12 ans.


entrez votre adresse mail pour vous abonner à la newsletter

Un fils

ECRANS | Si vous aveiz manqué l'avant-première d'Un fils concoctée par le Festival du film africain à Mon Ciné, rien n'est perdu ! Mercredi 26 février, à 20h15, Le Club vous (...)

Vincent Raymond | Mardi 18 février 2020

Un fils

Si vous aveiz manqué l'avant-première d'Un fils concoctée par le Festival du film africain à Mon Ciné, rien n'est perdu ! Mercredi 26 février, à 20h15, Le Club vous permet une séance de rattrapage (toujours dans l'anticipation, puisque le film n'est pas sorti) en présence du réalisateur Mehdi M. Barsaoui et de Sami Bouajila qui, en plus de venir en voisin, a obtenu pour son interprétation, un prix de meilleur acteur lors de la dernière Mostra vénitienne (section Orizzonti).

Continuer à lire

Benjamin Parent : « J’avais envie de rendre un peu extraordinaire le quotidien »

Cinema | Pour son premier long métrage, "Un vrai bonhomme", Benjamin Parent s’aventure dans un registre peu coutumier en France : le "coming at age movie", une sorte de film d’apprentissage adolescent. Une jolie réussite dont il dévoile quelques secrets. Attention, un mini spoiler s’y dissimule…

Vincent Raymond | Mardi 7 janvier 2020

Benjamin Parent : « J’avais envie de rendre un peu extraordinaire le quotidien »

Un thème commun se dégage de votre film Un vrai bonhomme et de Mon inconnue que vous avez co-écrit avec Hugo Gélin : l’uchronie, ou l’idée de permettre à des personnage d’accomplir des destinées alternatives. Est-ce délibéré ? Benjamin Parent : Pas du tout. Dans Mon Inconnu, l’idée d’uchronie vient d’Hugo ; je l’ai développée et essayé de développer la dramaturgie sur l’uchronie "la plus intéressante". Je trouve que l’uchronie permet de raconter l’histoire d’une manière extrêmement drastique, avec ce truc d’inversion absolue des choses : et si on pouvait rencontrer ses parents et qu’on se rendait compte que son père était un blaireau et que sa mère voulait nous choper, qu’est-ce qu’on ferait ? L’uchronie, finalement, c’est un pitch radical, qui permet plein de possibilités et un déploiement de l’imaginaire. Un vrai bonhomme, où le personnage de Léo est une extension de celui de Tom, permet également le déploiement de l’imaginaire. Donc du vôtre à travers eux… Effectivement. Mais plus qu’une uchronie, cela joue sur le principe de ce que l’on montr

Continuer à lire

"Un vrai bonhomme" : je mets les pas dans les pas de mon frère

Cinema | Un adolescent solitaire s’appuie sur le fantôme de son aîné pour s’affirmer aux yeux de ses camarades, de la fille qu’il convoite et de son père qui l’ignorait, perdu dans le deuil de son fils préféré. Une brillante première réalisation signée par le coscénariste de "Mon Inconnue".

Vincent Raymond | Mardi 7 janvier 2020

Ado introverti ayant toujours subi l’aura solaire de de son frère Léo, Tom fait sa rentrée dans un nouveau lycée. Heureusement, Léo est là pour lui prodiguer encouragements et conseils. Sauf que depuis un accident de la route fatal à Léo, celui-ci n’existe plus que dans la tête de Tom… On ne divulgâche rien en dévoilant d’entrée le fait que Léo est ici un personnage imaginaire, puisque Benjamin Parent s’arrange pour lever toute ambiguïté à ce sujet dès la minute 18. Tout l’enjeu de son film n’est pas de fabriquer un mystère à la Shayamalan pour le public, mais d’inclure ce dernier dans la névrose de son héros ; de lui faire partager les affects d’un adolescent mal remis d'un traumatisme et croyant trouver par cet expédient le chemin de la résilience. Mon frère, ce halo Comédie, drame ? Disons dramédie bien tempérée, ce qui constitue un tour de force : rares sont en effet les films hexagonaux capables d’aborder la question adolescente sans s’abandonner à des récits d’amourettes (La Boum), à des pitretries pathétiques (

Continuer à lire

"L'Angle mort" : au revoir mon amour

ECRANS | De Patrick-Mario Bernard & Pierre Trividic (Fr., 1h44) avec Jean-Christophe Folly, Isabelle Carré, Golshifteh Farahani…

Vincent Raymond | Mardi 15 octobre 2019

Dominick (Jean-Christophe Folly) possède depuis l’enfance l’étrange pouvoir de se rendre invisible. Une faculté dont il fait un usage modéré (chaque "passage" lui coûtant cher en énergie vitale) car elle suscite aussi, surtout, moult quiproquos gênants avec ses proches. Est-ce un don ou une malédiction ? Les histoires de couples perturbés par des interférences créées par des mondes parallèles – ésotériques ou psychiques – forment "l’ordinaire fantasmatique" du cinéma de Patrick-Mario Bernard et Pierre Trividic, collectionneurs de discordances en tout genre. Dancing (2003) et L’Autre (2009) traquaient déjà en effet des irruptions singulières dans ce que l’on nomme la normalité, en adoptant des constructions cinématographiques volontiers elliptiques, mentales ou peu linéaires. Est-ce ici l’influence d’Emmanuel Carrère, qui leur a soufflé l’argument de L’Angle Mort ? Sans déroger à leur propension au fantastique, ce film manifeste un changement de forme radical, adoptant une narration plus posée et une structure de conte contemporain à morale philosophique – comme si R

Continuer à lire

Voreppe : lundi, Sami Bouajila sera intronisé parrain du cinéma le Cap

ECRANS | Le cinéma Art et plaisirs de Voreppe, rouvert en décembre après d’importants travaux et appelé maintenant le Cap, s’est trouvé un parrain en la personne de Sami (...)

Aurélien Martinez | Mardi 17 avril 2018

Voreppe : lundi, Sami Bouajila sera intronisé parrain du cinéma le Cap

Le cinéma Art et plaisirs de Voreppe, rouvert en décembre après d’importants travaux et appelé maintenant le Cap, s’est trouvé un parrain en la personne de Sami Bouajila. Le comédien, né à Grenoble et qui alterne entre cinéma grand public et cinéma d’art et d'essai (comme le fait le Cap), sera présent lundi 23 avril à Voreppe pour officialiser tout ça, dans le cadre d’une soirée où sera projeté Les Témoins, chef-d’œuvre d’André Téchiné sorti en 2007. Un film sur l'irruption de l'épidémie du sida au début des années 1980 dans lequel Sami Bouajila joue aux côtés de Michel Blanc et Emmanuelle Béart et qui lui permit d’obtenir le César du meilleur second rôle masculin en 2008. Classe le parrain.

Continuer à lire

"Comment j'ai rencontré mon père" : mouais...

ECRANS | de Maxime Motte (Fr., 1h25) avec François-Xavier Demaison, Isabelle Carré, Albert Delpy…

Vincent Raymond | Mardi 6 juin 2017

Enguerrand a 6 ans et des parents adoptifs qui moulinent un peu avec ce concept. Alors lorsqu’il découvre un soir sur la plage un sans papiers d’origine africaine comme lui, il est persuadé d’avoir rencontré son père biologique. Sauf que non : Kwabéna veut juste passer en Angleterre… La promesse du titre est à moitié tenue : le "je" laisse entendre que le film va être vu à hauteur d’enfant. En réalité, ce sont les parents (et surtout le grand-père délinquant-débauché joué par Albert Delpy) qui occupent le premier plan ; l’enfant, doté de la maturité d’un grand pré-ado, se contentant de vignettes. Privé de cette ambition, le film équivaut à un Welcome traité façon comédie, émaillé de séquences de "Papy sème sa zone à l’hospice avec ses potes les vieux" et d’engueulades sitcom entre les parents (elle, juge rigide ; lui, libraire nonchalant). Un (gros) peu d’écriture en plus n’aurait pas nui.

Continuer à lire

"Une vie ailleurs" : à propos de ta mère…

ECRANS | de Olivier Peyon (Fr, 1h36) avec Isabelle Carré, Ramzy Bédia, María Dupláa…

Julien Homère | Mardi 21 mars 2017

Épaulée par Mehdi (Ramzy Bedia), un assistant social, Sylvie (Isabelle Carré) se rend en Uruguay pour ramener en France son fils Felipe, enlevé par son père. Mais rien ne se passera pas comme prévu et sa relation avec l'enfant prendra une tournure inattendue. Olivier Peyon vient du documentaire et ça se voit. Caméra à l’épaule au plus près des visages, toujours au bon endroit au bon regard, la forme singe presque le reportage. Elle ne mise pas sur la symbolique, ses acteurs véhiculant le sens du film jusqu’à une fin ouverte bienvenue. La puissance du mélodrame émane de la retenue et de la pudeur, laissant le soin au spectateur de reconstruire l’histoire. Incarnant la filiation absente chez Sylvie, Mehdi devient ainsi un père de substitution, cordon ombilicale fragile nécessaire pour grandir. En somme, Peyon montre ce qu’il y a de plus douloureux et complexe : l’incertitude des retrouvailles où même une mère peut être l’étrangère.

Continuer à lire

Isabelle Carré : « Olivier m’a amenée ailleurs en me rendant plus âpre »

ECRANS | La maternité présente de multiples facettes, difficiles à traiter pour certaines lorsque la loi s’en mêle. Entretien avec Isabelle Carré et le réalisateur Olivier Peyon, en écho au film "Une vie ailleurs" qu'ils sortent ce mercredi 22 mars.

Julien Homère | Mardi 21 mars 2017

Isabelle Carré : « Olivier m’a amenée ailleurs en me rendant plus âpre »

Est-ce l’histoire ou le pays (l'Uruguay) qui a construit Une vie ailleurs ? Olivier Peyon : L’histoire. Quand Isabelle a lu le scénario, ces problèmes de couples binationaux l’intéressaient. Dans ce type de récit, on se dit que la mère serait naturellement dans son droit. Ça l’a rassurée lorsqu’elle a vu que le personnage avait ses propres limites. Ce que j’ai dit à Isabelle, c’est qu’elle n’avait plus le temps d’être aimable. Elle est usée par quatre années de recherches et ne s’embarrasse de rien. Isabelle Carré : C’est un mélodrame qui aurait pu être facile mais tout ce qu’elle prévoit ne se déroule pas comme elle l’attendait. Comment avez-vous construit la psychologie de votre personnage ? I.C : La première piste était de changer de voix vers le grave durant les répétitions. La première mise en scène au théâtre que je venais de faire, De l’influence des rayons gamma sur le comportement des marguerites,

Continuer à lire

"La Mécanique de l'ombre" : affaires intérieures

ECRANS | de Thomas Kruithof (Fr.-Bel., 1h33) avec François Cluzet, Denis Podalydès, Sami Bouajila…

Vincent Raymond | Mardi 10 janvier 2017

Solitaire, chômeur et buveur repenti, un comptable (François Cluzet) est recruté par un discret commanditaire pour retranscrire à la machine à écrire des écoutes téléphoniques enregistrées sur cassettes magnétiques. Sans le savoir, il va pénétrer dans les sordides coulisses de l’appareil d’État… Un thriller politique s’inscrivant dans le contexte de ces officines supposées gripper ou fluidifier les rouages de notre république bénéficie forcément d’un regard bienveillant. Pas parce qu’il alimente la machine à fantasmes des complotistes (fonctionnant sans adjonction de carburant extérieur) mais parce qu’elles recèlent autant de mystères et d’interdits que les antichambres du pouvoir américaines, si largement rebattues. Comme un creuset où se fonderaient entre elles les affaires Rondot, Squarcini, Snowden et Takieddine, cette première réalisation de Thomas Kruithof est à la fois très concrète et pétrie de symboles (tel celui du puzzle l’objet fétiche du héros ; une structure complexe rendue inopérante dès lors que la plus misérable pièce fait défaut). Esthétiquement composé en Scope, ce film à la lisière de l’enquête intérieure

Continuer à lire

Le Cœur régulier

ECRANS | de Vanja d’Alcantara (Fr./Bel., 1h30) avec Isabelle Carré, Jun Kunimura, Niels Schneider…

Vincent Raymond | Mardi 29 mars 2016

Le Cœur régulier

D’un certain point de vue, Vanja d’Alcantara signe une adaptation conforme au roman d’Olivier Adam, Le Cœur régulier étant l’un de ses ouvrages les plus dépouillés, sinistres (sur ce point, il y a débat, car chaque nouveau livre de l’auteur de Je vais bien ne t’en fais pas rebat les cartes) et pour tout dire rébarbatifs, le film en découlant se révèle d’un intérêt chétif. Épure à la nippone ? Admettons, au risque de tomber dans le cliché. Or, justement, Le Cœur régulier-film ressemble à une biennale de la photographie tant il en accumule : contemplation, caméra à hauteur de tatami, mutisme éloquent, jeune écolière en uniforme délurée (comprenez : qui va se dénuder), Isabelle Carré grave dans l’attente d’une illumination intérieure, puis Isabelle Carré dégageant une sérénité irénique de chrétienne pour chromo sulpicien… Ce drame assourdissait par les mots sur papier, il indiffère sur écran. VR

Continuer à lire

Good Luck Algeria

ECRANS | de Farid Bentoumi (Fr., 1h30) avec Sami Bouajila, Franck Gastambide, Chiara Mastroianni…

Vincent Raymond | Mardi 29 mars 2016

Good Luck Algeria

Aux origines, une belle histoire… qui donne naissance à un film joliment ourlé. Pas si fréquent sous nos latitudes, alors que Hollywood est coutumier de ces contes exaltant le dépassement de soi, forgés à partir d’un exploit individuel accompli dans un cadre absurde. Comparable au mémorable Rasta Rocket (1994) et voisin de Eddie the Eagle (narrant le parcours du premier sauteur à ski olympique britannique, en avril sur les écrans), Good Luck Algeria s’inspire donc des rocambolesques péripéties du frère du réalisateur, un Rhônalpin désireux de concourir pour les JO et "promené" par les responsables de la fédération algérienne de ski, moins intéressés par l’athlète que par l’aubaine d’une subvention à détourner – des notables ici moqués avec causticité. À partir de l’anecdote familiale, Farid Bentoumi tisse un scénario plus complexe où le résultat devient annexe, le défi seul étant prétexte à une redécouverte par le héros, Sam, de ses origines doubles ainsi qu’à une mise à plat des rapports entre lui, son père et ses oncles restés au bled. Si, pour la course, Sam affiche son attachement au drapeau paternel (ses racines retrouvé

Continuer à lire

Avant-première : Sami Bouajila à Échirolles pour "Good Luck Algeria"

ECRANS | Rendez-vous mardi 8 mars à 20h.

Vincent Raymond | Mardi 1 mars 2016

Avant-première : Sami Bouajila à Échirolles pour

Farid Bentoumi s’est inspiré de la folle aventure de son frère pour écrire Good Luck Algéria : l’histoire d’un Isérois ayant représenté l’Algérie aux Jeux olympiques d’hiver. Le réalisateur et son interprète échirollois Sami Bouajila seront certainement très diserts sur les coulisses de ce film lors de l’avant-première à laquelle ils participent mardi 8 mars à 20h au Pathé Échirolles.

Continuer à lire

Paris-Willouby

ECRANS | De Quentin Reynaud & Arthur Delaire (Fr., 1h23) avec Isabelle Carré, Stéphane De Groodt, Alex Lutz…

Vincent Raymond | Mardi 19 janvier 2016

Paris-Willouby

Collectionner des talents sur une affiche n’a jamais été gage de réussite artistique : si grandes soient leurs qualités, ils ne parviennent jamais à masquer ni compenser les défauts d’un film, et surtout pas ceux d’un scénario cacochyme. Constat à nouveau opéré avec ce poussif décalque de Little Miss Sunshine, qui oublie cependant de s’inspirer du rythme et de la transgression du modèle. Au lieu de singer des comédies “indépendantes” étasuniennes formatées, les jeunes auteurs français devraient lorgner du côté du vétéran Rappeneau et son Belles Familles : ils gagneraient en causticité, finesse et profondeur…

Continuer à lire

Marie Heurtin

ECRANS | De Jean-Pierre Améris (Fr, 1h38) avec Ariana Rivoire, Isabelle Carré…

Christophe Chabert | Mercredi 12 novembre 2014

Marie Heurtin

Il y a deux manières de regarder Marie Heurtin : la première, c’est de se dire que l’on n’est pas dans une salle de cinéma, mais dans la douce torpeur de l’après-midi, sur son canapé, devant sa télé, à regarder les belles images d’une jolie histoire que l’on peut sans problème suivre malgré l’irrépressible envie d’une petite sieste digestive. On verra alors cette édifiante leçon de vie où une gentille nonne phtisique décide, parce qu’elle lui a caressé la main, de venir en aide à une enfant sauvage, sourde, muette et aveugle, pour lui apprendre à communiquer avec le monde, comme une œuvre à l’anachronisme rassurant et à l’académisme reposant. En revanche, si on décide de garder les yeux grands ouverts, le nouveau film de Jean-Pierre Améris (dont on garde en mémoire le précédent fiasco, L’Homme qui rit, massacre en règle du chef-d’œuvre de Hugo) sonne le retour en grande pompe de ce cinéma de qualité française tant détesté par les futurs cinéastes de la Nouvelle Vague. On ne voit là que performances outrées et angélisme dégoulinant, réal

Continuer à lire

Cheba Louisa

ECRANS | De Françoise Charpiat (Fr, 1h35) avec Rachida Brakni, Isabelle Carré, Biyouna…

Christophe Chabert | Mardi 23 avril 2013

Cheba Louisa

Avec ses coups de théâtre à toutes les séquences, son image de téléfilm France 3, sa direction artistique atroce et ses mots d’auteur qui pèsent une tonne (un pour la route : « la cas soc’, elle te dit cassos »), Cheba Louisa a tout de l’accident pur et simple. Visiblement écrit avec un exemplaire de Robert McKee dans une main et La banlieue pour les nuls dans l’autre – dur de tenir le crayon, du coup – il se permet de sacrifier une actrice comme Isabelle Carré, enlaidie au-delà du raisonnable afin de la faire passer pour une caissière de supermarché. Rien à sauver là-dedans, mais de quoi se distraire au moins cinq minutes en regardant Steve Tran. Steve qui ? Depuis qu’il a tenu un des trois rôles principaux de Beur sur la ville, Steve Tran est devenu le bon pote asiatique de service dans les banlieues film, histoire de respecter une forme de représentativité raciale. On a pu le voir ailleurs – dans

Continuer à lire

Du vent dans mes mollets

ECRANS | De Carine Tardieu (Fr, 1h29) avec Agnès Jaoui, Denis Podalydès, Isabelle Carré…

Aurélien Martinez | Mardi 17 juillet 2012

Du vent dans mes mollets

Depuis ses courts-métrages, Carine Tardieu s’applique à regarder le monde avec les yeux des enfants, en général confrontés à des drames qui bouleversent leur naïveté. Avec Du vent dans mes mollets, l’affaire vire au procédé, et on ne voit plus que les gimmicks et les formules à l’écran. Le ripolinage général, la brocante vintage 80 qui sert de direction artistique ou le jeu sur les différents régimes d’image, tout cela distrait sans cesse de l’histoire racontée, il est vrai pas palpitante en soi. Non seulement le film est surproduit, mais il est aussi surécrit, de la voix-off singe savant de sa jeune héroïne au jeu lassant sur les dialogues en franglais entre les parents Jaoui et Podalydès, ou encore une galerie de seconds rôles stéréotypés à souhait. Même quand le film aborde des rivages plus troubles, notamment sexuels, il s’avère d’un grand puritanisme, sur la forme comme sur le fond. Et en devient, du coup, assez irritant. Christophe Chabert

Continuer à lire

Ni à vendre, ni à louer

ECRANS | De Pascal Rabaté (Fr, 1h20) avec Jacques Gamblin, Maria De Medeiros, François Damiens…

François Cau | Vendredi 24 juin 2011

Ni à vendre, ni à louer

Le fantôme de Jacques Tati plane au-dessus de Ni à vendre, ni à louer, deuxième film de Pascal Rabaté, par ailleurs dessinateur de bédé. Ce n’est pas un détail, tant sa fascination pour le travail de Tati se confond avec sa pratique de la case et de la planche. D’où la désagréable sensation d’assister à un storyboard filmé où les acteurs, privés de parole et réduits à des borborygmes, ne font que prêter leurs traits aux idées visuelles de Rabaté, simples instruments de gags tellement préparés qu’on les devine avec trois ou quatre plans d’avance. Ce systématisme froid se retrouve dans le scénario concept où une quinzaine de personnages se croisent pendant un week-end de vacances à la mer («c’est super», comme le dit le chanteur Mike Brank dans la meilleure séquence du film !) où chacun marine dans son stéréotype. Là, la référence à Tati pose un autre problème : on ne sait plus si c’est la nostalgie pour son cinéma ou pour la France qu’il décrit qui motive Rabaté. Car les clichés un peu rances qu’il utilise (les caravanes, le Tour de France, l’adultère à l’hôtel), même s’ils se mêlent parfois à un esprit anar très contemporain (l’avenir de l’homme, pour Rabaté, c

Continuer à lire

Les Émotifs anonymes

ECRANS | De Jean-Pierre Améris (Fr, 1h20) avec Isabelle Carré, Benoît Poelvoorde…

François Cau | Vendredi 17 décembre 2010

Les Émotifs anonymes

Au jeu de la comédie française sous influence Lubitsch, Jean-Pierre Améris s’en sort mieux que Pierre Salvadori avec ses Vrais mensonges. Pas de quoi grimper au rideau, mais Les Émotifs anonymes est sauvé par le côté élève appliqué de son cinéaste, compensant une écriture parfois pataude par une mise en scène rigoureuse et une direction artistique correcte (sauf la musique, insupportable). On n’est pourtant pas sûr de bien comprendre pourquoi Améris a placé cette rencontre amoureuse entre deux timides maladifs dans un environnement volontairement rétro et désuet, comme si un Jean-Pierre Jeunet se piquait de réalisme et abandonnait ses focales et ses pots de ripolin numériques. Pour souligner qu’il fait une comédie à l’ancienne ? Par peur de la modernité (il faut dire que quand une webcam débarque dans le cadre, c’est rencontre du troisième type) ? Il y a pourtant quelque chose de furieusement moderne dans le film : le jeu éblouissant de Benoît Poelvoorde. Jamais l’acteur n’avait à ce point osé faire rire de ses failles, de ses névroses et de ses angoisses, tout en conservant son incroyable instinct comique, ce timing parfait et cette gestion mag

Continuer à lire

"Du goudron et des plumes" de Mathurin Bolze : le making of

SCENES | Entre deux représentations, Mathurin Bolze se confie sur la genèse de son spectacle "Du goudron et des plumes". On a tout enregistré, et on retransmet ses propos là, rien que pour vous.

Aurélien Martinez | Vendredi 19 février 2010

Le mouvement comme vecteur d’émotion « Le mouvement, certes, mais le mouvement ancré dans des rapports spatiaux. Car c’est lié à une construction de l’espace scénique : le décor est arrivé en préambule, en même temps que certaines questions de jeu autour de lectures que l’on a faites. Ensuite, ça a été un va-et-vient continu entre cet objet devenu concret petit à petit, au fil des essais, des prototypes, des modifications, et les idées autour desquelles on essayait de développer notre projet. Le titre du spectacle vient justement de ce contraste entre le lourd et le léger, entre la noirceur et la légèreté… On a essayé de trouver un champ d’expérimentation le plus large possible, avec le mouvement. » Des souris et des hommes « Il y a de ça au départ, mais en même temps, il n’en reste pas réellement de trace tangible dans le spectacle. Le roman a servi à mettre le feu aux poudres, comme un combustible. Mais après, on a construit notre matériau à partir d’autres textes, d’autres poèmes… On a tricoté une matière en allant piocher dans des extraits qui peuvent être de Michaud, de Cioran, de Montaigne, ou de Voltaire quand i

Continuer à lire

Là-haut, avec Mathurin Bolze et son "Du goudron et des plumes"

SCENES | Mathurin Bolze, figure montante et bondissante du nouveau cirque, revient à l’Hexagone présenter sa nouvelle création aérienne et bluffante. Et nous prouve par la même occasion qu'il compte désormais parmi les artistes les plus importants du spectacle vivant. Aurélien Martinez et Jean-Emmanuel Denave

Aurélien Martinez | Vendredi 19 février 2010

Là-haut, avec Mathurin Bolze et son

Du goudron et des plumes est une claque reçue en pleine gueule. En tout juste une heure, la scène devient un champ de bataille fantasmagorique où l’on retrouve une curieuse fratrie emportée sur un véhicule protéiforme en mouvement perpétuel, sorte de radeau aérien. « Un décor au centre, pas comme une décoration mais telle une architecture qui, comme le dit Jean Nouvel, répond à une question qui n'est pas posée » explique Mathurin Bolze. Sur cet engin du diable qui s’envolera littéralement, cinq interprètes (dont Bolze lui-même) vont se croiser. Qui sont-ils ? Des rescapés ? De parfaits inconnus les uns envers les autres ? … Où sont-ils ? Où vont-ils ? … Des questions, beaucoup de questions… Mais pas de réponses. Mathurin Bolze a ainsi conçu un spectacle ouvert, qui se reçoit comme un voyage époustouflant vers un ailleurs indéfini, où des êtres se côtoient avec toute l’urgence que la vie impose. Une grande fresque héroïque, rappelant un temps où certains hommes pouvaient se prendre pour des dieux, et on les croyait sans sourciller, parce qu’on a toujours besoin de mythes pour avancer… Point de départ de la création : les lectures. Beaucoup, comme l’ex

Continuer à lire

Fragilité et altérité

SCENES | « J’aime partir de quelques matériaux, de la lecture. Il peut s'agir de livres, de films, ou d'autres sources ; des sons, des récits de voyage... Ce sont (...)

François Cau | Vendredi 8 janvier 2010

Fragilité et altérité

« J’aime partir de quelques matériaux, de la lecture. Il peut s'agir de livres, de films, ou d'autres sources ; des sons, des récits de voyage... Ce sont des choses sur lesquelles on peut revenir dans le processus de création. Et qui nous donnent parfois un guide, parfois juste un exemple, parfois une idée, parfois un contre-exemple... Cela nous aide à nous positionner dans le travail. Des souris et des hommes en fait partie, mais le travail ne sera pas "tiré" du livre, loin de là. Ce n'est pas une adaptation. » Voilà comment Mathurin Bolze, l’un des artistes de nouveau cirque les plus passionnants du moment, présentait l’année dernière son spectacle Du goudron et des plumes (interview disponible sur le site du Petit Bulletin Lyon, Mathurin Bolze étant en résidence aux Subsistances). Après la claque de son duo Ali (que l’on avait pu découvrir lors des Soirées de la MC2 en juin dernier), et suite à plusieurs passages remarqués à l’Hexagone ces dernières années, la venue de l’artiste promet de très beaux moments. D’autant que son matériau de départ (le roman de Steinbeck) semble propice à de nombreuses expérimentations. « C'est encore une foi

Continuer à lire

"Tellement proches !" : et soudain, Vincent Elbaz

ECRANS | D’Olivier Nakache et Eric Toledano (Fr, 1h42) avec Vincent Elbaz, Audrey Dana, Isabelle Carré…

Christophe Chabert | Vendredi 12 juin 2009

Le cinéma français semble s’être trouvé un nouveau pré carré : non plus le couple, mais la famille, prétexte à des modes de récits choraux et à des observations sociétales à vertu identificatoire. Ça peut donner des choses bien (Le Premier jour du reste de ta vie), mais aussi des désastres (Le Code a changé). Tellement proches ! part d’ailleurs très mal, dans la lignée du navet de Danielle Thompson : un dîner réunissant des stéréotypes humains assez médiocres, dont on prend spontanément la bêtise en grippe. Pas très bien écrite, plutôt mal filmée, cette longue première partie fait penser, et ce n’est pas un compliment, aux chansons de Benabar… Il faudra donc attendre que la folie prenne vraiment le dessus et qu’à force d’outrance, les personnages fassent vaciller leurs propres caricatures, pour que le film trouve la bonne distance. On s’aperçoit alors que les acteurs sont formidables, à commencer par ceux auxquels on ne croyait pas tellement : François-Xavier Demaison et Omar Sy. Mais c’est surtout Vincent Elbaz, dans son meilleur rôle depuis longtemps, qui s’avère le plus touchant. Pas de qu

Continuer à lire