Hippocrate

Christophe Chabert | Mardi 2 septembre 2014

Photo : © Jair Sfez


Dans une séquence élégamment distanciée, les personnages d'Hippocrate, tous médecins ou infirmiers, internes, externes ou chefs de service, se retrouvent devant un poste de télé diffusant un épisode de Dr House dont ils commentent les incohérences. Manière pour Thomas Lilti, lui-même médecin de formation, de marquer le fossé entre son approche, volontiers réaliste et dépourvue de toute tentation iconique, et celle des séries médicales américaines, en quête de héros "bigger than life" et d'intrigues à tiroirs.

Pourtant, la structure d'Hippocrate est bien celle, très américaine, d'un "buddy movie" : entre l'interne Benjamin, en stage dans le service de son père, et le médecin algérien « FFI » (Faisant Fonction d'Interne) Abdel, c'est un long processus de domestication, de malentendus et de fraternisation qui s'installe. Cette amitié complexe se noue autour de deux cas : celui d'un SDF alcoolique, mort suite à une négligence de Benjamin camouflée par sa hiérarchie, et celui d'une vieille dame en phase terminale d'un cancer, pour laquelle Abdel va outrepasser ses prérogatives, refusant l'acharnement thérapeutique.

C'est cette alliance entre la peinture quotidienne du milieu hospitalier français, avec ses dilemmes, ses conflits et ses impasses, et une envie de fiction très codifiée et identifiable qui confère au film son efficacité et son charme – en plus de son duo d'acteurs, Vincent Lacoste et Réda Kateb, si loin si proches, tous deux excellents. Lilti, cependant, a plus de mal à donner corps aux thèmes secondaires qu'il aborde, les notations politiques sur les manques d'effectifs et les baisses de budget ou la relation d'atavisme qui relie Benjamin à son père. Le film est presque victime de sa légèreté, ainsi que d'une certaine timidité dans la mise en scène, qui n'ose jamais s'aventurer hors du pré carré naturaliste à la française – caméra à l'épaule, lumière neutre, refus de la stylisation.

Si Hippocrate se démarque de l'Amérique et ses Urgences romanesques à épisode, il pourrait tout à fait figurer un élégant pilote pour une très bonne série hexagonale qui montrerait, enfin, l'hôpital comme il est – et non comme on le fantasme.

Christophe Chabert

Hippocrate
De Thomas Lilti (Fr, 1h43) avec Vincent Lacoste, Réda Kateb, Jacques Gamblin, Marianne Denicourt…


Hippocrate

De Thomas Lilti (Fr, 1h42) avec Vincent Lacoste, Reda Kateb… Benjamin va devenir un grand médecin, il en est certain. Mais pour son premier stage d’interne dans le service de son père, rien ne se passe comme prévu.
UGC Astoria 31 cours Vitton Lyon 6e
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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"Hors Normes" : leurs jours heureux

ECRANS | D'Éric Toledano & Olivier Nakache (Fr., 1h54) avec Vincent Cassel, Reda Kateb, Hélène Vincent…

Vincent Raymond | Lundi 21 octobre 2019

Au sein de leurs associations respectives, Bruno (Vincent Cassel) et Malik (Reda Kateb) accueillent ou accompagnent des adolescents et jeunes adultes autistes mettant en échec les circuits institutionnels classiques. Quelques jours dans leur vie, alors qu’une enquête administrative frappe la structure de Bruno… Ceux qui connaissent un peu Nakache et Toledano savent bien que la réussite (et le succès) de leurs meilleurs films ne doit rien au hasard, plutôt à une connaissance intime de leurs sujets ainsi qu’à une envie sincère de partage : Nos jours heureux puis Intouchables puisaient ainsi, à des degrés divers, dans leur vécu commun et complice. Ainsi, Hors Normes n’exploite pas un filon en abordant à nouveau la question du handicap, mais souligne l’importance que les deux auteurs accordent aux principes d’accueil et d’entraide sous-tendant (en théorie) notre société ; cet idéal républicain décliné au fronton des bâtiments publics qu’ils célèbrent film après film

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"Chambre 212" : la clé des songes

ECRANS | De Christophe Honoré (Fr.-Bel.-Lux., 1h27) avec Chiara Mastroianni, Vincent Lacoste, Camille Cottin…

Vincent Raymond | Mardi 8 octobre 2019

Vingt ans après le début de son idylle avec Richard (Benjamin Biolay), Maria (Chiara Mastroianni) quitte le domicile conjugal pour faire le point dans l’hôtel d’en face, chambre 212. La nuit étant propice aux prodiges, Maria est submergée par les fantômes de ses amours du temps jadis, et ceux de son conjoint. Chambre 212 est un peu une version sentimentale (et érotisée) du Christmas Carol de Dickens où le personnage visité par des esprits du passé et se baladant dans des uchronies ne serait plus Scrooge l’avaricieux mais une quadragénaire random en plein cas de conscience. Et où les apparitions – en l’occurrence des doubles de ses amants d’antan – seraient plus désorganisées. Cette fantaisie grave oscillant entre le réalisme cru du drame sentimental et une artificialité assumée, comme elle module du cocasse au bizarre, évoque le cinéma de Blier où tous les temps et destins se superposent dans un cauchemar quantique ; où les personnages coexistent parfois sous divers âges et visages. On ne s’étonnera donc pas que le réalisateur de Merci la vie ! compte parmi les remerciements au géné

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"Le Déserteur" : Fear West

ECRANS | de Maxime Giroux (Can, int. -12ans, 1h34) avec Martin Dubreuil, Romain Duris, Reda Kateb…

Vincent Raymond | Vendredi 16 août 2019

Une époque indéfinie, dans l’Ouest étasunien. C’est là que Philippe s’est expatrié pour fuir son Canada et une probable mobilisation. Tirant le diable par la queue, il survit en participant à des concours de sosies de Charlie Chaplin. Mais le diable ne s’en laisse pas compter et le rattrape… N’était son image en couleur, le film de Maxime Giroux pourrait pendant de longues minutes passer pour contemporain des Raisins de la colère (1940), avec son ambiance post-Dépression poussant les miséreux à l’exil et transformant les malheureux en meute de loups chassant leurs congénères. Et puis l’on se rend compte que le temps du récit est un artifice, une construction (comme peut l’être le steampunk), un assemblage évoquant une ambiance plus qu’il renvoie à des faits précis ; une ambiance qui semble ô combien familière. Aussi ne tombe-t-on pas des nues lorsque l’on assiste, après sa longue errance entre poussière et villes fantômes, à la capture de Philippe par un réseau de trafiquants de chair humaine pourvoyant de pervers (et invisibles) commanditaires. Fatalité et ironie du sort : fuir le Charybde d’une gue

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Antonin Baudry : « "Le Chant du loup" est une tragédie grecque dans un sous-marin aujourd’hui »

ECRANS | Auteur et scénariste de la série BD et du film "Quai d’Orsay", Antonin Baudry s’attaque à la géopolitique fiction avec un thriller de guerre aussi prenant que documenté, à regarder écoutilles fermées et oreilles grandes ouvertes. Rencontre avec le cinéaste et ses comédiens autour d’une apocalypse évitée.

Vincent Raymond | Mercredi 20 février 2019

Antonin Baudry : «

Pour une première réalisation de long métrage, vous vous êtes imposé un double défi : signer un quasi huis clos en tournant dans des sous-marins, mais aussi donner de la visibilité au son… Antonin Baudry : C’était l’une des composantes dans l’idée de créer un espace immersif. Il fallait d’abord reproduire le son et ensuite avoir une représentation visuelle des choses qu'on entend, et une représentation dans le son des choses qu'on voie. C’est un truc très envoûtant : on a essayé de recréer des écrans à la fois beaux et réalistes, qui jouent narrativement, politiquement également. Cela fait partie du décor, du rapport entre les êtres humains et les machines – les sonars – donc de la problématique du film. Le terme "chant du loup" préexistait-il ? AB : C'est le nom que l’on donne souvent à des sonars ennemis parce qu’il reflète cette notion de danger. Une fois, quand j'étais à bord d’un sous-marin à moitié en exercice et en mission, une espèce de sirène a retenti et j'ai vu que tout le monde se crispait un peu. J’ai entendu quelqu'un qui disait :

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"Deux fils" : soutiens de famille par Félix Moati

ECRANS | de Félix Moati (Fr, 1h30) avec Vincent Lacoste, Benoît Poelvoorde, Mathieu Capella…

Vincent Raymond | Mardi 12 février 2019

Dans la famille Zucarelli, la mère est partie depuis belle lurette ; le père médecin déprime depuis deux ans et se rêve romancier ; le fils aîné Joachim fait semblant de préparer sa thèse : le cadet Ivan se passionne pour le latin (et la fille du gardien du collège)... On a connu des jours meilleurs… Avec cette histoire touchante de mecs cabossés, Félix Moati, ici réalisateur, prouve qu’on peut signer en guise de premier long-métrage un film de copains, une déclaration d’admiration pour ses confrères et consœurs, ainsi qu’une "dramédie" tournant plus loin que les environs immédiats de son petit nombril (il s’agit vraiment du parcours d’un trio), le tout dans une réalisation un peu bringuebalante et jazzy, très en phase somme toute avec le sujet. Sous des dehors éminemment masculins, Deux fils fait ressortir les fragilités de ses protagonistes, fanfaronnant ou s’abandonnant à diverses excentricités pour masquer (mais en vain) leur sentiment d’être orphelins – de mère, de compagne. Moati les montre dans un délitement pathétique, petit îlots de solitude comprenant qu’ils doivent vivre en archipel pour affronter les vagu

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"Le Chant du loup" : la mort dans les oreilles

ECRANS | de Antonin Baudry (Fr, 1h55) avec François Civil, Omar Sy, Reda Kateb, Mathieu Kassovitz…

Vincent Raymond | Lundi 18 février 2019

L'ouïe hors du commun de Chanteraide lui permet d’identifier grâce à sa signature sonore n’importe quel submersible ou navire furtif. Mais à cause d’une hésitation, l’infaillibilité du marin est remise en cause. Une crise nucléaire sans précédent va pourtant le rendre incontournable… Scénariste sous le pseudonyme d’Abel Lanzac de la série BD et du film Quai d’Orsay, le diplomate Antonin Baudry change de "corps" mais pas d’état d’esprit en signant ici son premier long-métrage : une nouvelle fois, en effet, c’est une certaine idée du devoir et de la servitude à un absolu qu’il illustre. Les sous-mariniers forment un "tout" dévoué à leur mission, comme le ministre des Affaires étrangères l’était à sa "vision" d’une France transcendée par sa propre geste héroïque dans la BD. Mais s’il s’agit de deux formes de huis clos (l’un dans les cabinets dorés du pouvoir, l’autre parmi les hauts fonds), tout oppose cinématographiquement les projets. Le

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"Frères ennemis" : (impeccables) affaires de familles

ECRANS | de David Oelhoffen (Fr-Bel, 1h51) avec Matthias Schoenaerts, Reda Kateb, Sabrina Ouazani...

Vincent Raymond | Mardi 2 octobre 2018

Capitaine des stups, Driss (Reda Kateb) a grandi dans une cité où il a conservé quelques contacts. Dont Imrane (Adel Bencherif), qui le tuyaute sur un gros coup à venir. Quand celui-ci se fait descendre, et que tout accuse Manuel (Matthias Schoenaerts), Driss tente de renouer avec cet ancien pote dont la tête semble mise à prix… S’il ne l’avait déjà choisi en 2007 pour un excellent thiller, David Oelhoffen aurait pu titrer Nos retrouvailles ce polar nerveux et immersif, dont le mouvement général tranche avec celui communément observé dans ce genre auquel il se rattache. Bien souvent en effet, les films traitant de la criminalité et des bandes organisées dans les cités de banlieue s’inscrivent dans un schéma de réussite fanstamée et d’extraction du milieu originel : le banditisme semblant la seule voie pour s’en sortir vite et gagner de l’argent, ainsi que les territoires respectables de la ville. Dans Frères ennemis, ce n’est pas la sortie qui est prohibée, mais l’entrée : les personnages ne peuvent rarement pénétrer normalement dans une logis (y compris le

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"Première année" : toubib or not toubib ?

ECRANS | de Thomas Lilti (Fr, 1h32) avec Vincent Lacoste, William Lebghil, Alexandre Blazy…

Vincent Raymond | Lundi 10 septembre 2018

Par conformisme familial, Benjamin entre en première année de médecine où il est vite pris sous l’aile d’Antoine, un sympathique triplant acharné à réussir. Quand, à l’issue du premier semestre, le nonchalant bleu se trouve mieux classé que son besogneux aîné, leurs rapports changent… Poursuivant son examen du monde médical après Hippocrate et Médecin de campagne, le réalisateur Thomas Lilti s’attaque concomitamment dans cette comédie acide à plusieurs gros dossiers. D’abord, ce fameux couperet du concours sanctionnant la première année commune aux études de santé, mais aussi l’incontournable question de l’inégalité profonde face aux études supérieures. La fracture sociale ne se réduit pas en médecine, bien au contraire : construite sur la sélectivité et l’excellence, cette filière est un vase clos favorisant la reproduction des élites – et de celles et ceux en maîtrisant les codes. Enfant du sérail ayant déjà pas mal étudié la question, Lilti juge avec clairvoyance cette période plus dévastatrice qu’épanouissante pour les futurs carabins : est-il raisonnable de faire perdre la raison à des aspirants médecins ? Coupable, l’i

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"Plaire, aimer et courir vite" : un peu, pas du tout et pas avec les bonnes chaussures

ECRANS | Pour raconter ses jeunes années entre Rennes et Paris, quand le sida faisait rage, le cinéaste Christophe Honoré use de la fiction. Et les spectateurs se retrouvent face à un pensum dépourvu de cette grâce parfois maladroite qui faisait le charme de ses comédies musicales. En compétition à Cannes 2018.

Vincent Raymond | Vendredi 11 mai 2018

Paris, 1993. Écrivain dans la radieuse trentaine, célibataire avec un enfant, Jacques (Pierre Deladonchamps) a connu beaucoup de garçons. Mais de ses relations passées, il a contracté le virus du sida. Lors d’une visite à Rennes, il fait la connaissance d’Arthur (Vincent Lacoste), un jeune étudiant à son goût. Et c’est réciproque… Il faudrait être d’une formidable mauvaise foi pour, quelques mois après le triomphe de 120 battements par minute, taxer Christophe Honoré d’opportunisme parce qu’il situe son nouveau film dans les années 1990 à Paris – ces années de l’hécatombe pour la communauté homosexuelle, ravagée par le sida. Car Plaire, aimer et courir vite s’inscrit dans la cohérence de sa filmographie, dans le sillage de Non ma fille, tu n’iras pas danser (20

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Étienne Comar : « Django Reinhardt a été le premier "guitar hero" »

ECRANS | Pour sa première réalisation, le producteur et scénariste Étienne Comar s’offre rien moins qu’un portrait du plus fameux des guitaristes jazz manouche, Django Reinhardt. Interview.

Vincent Raymond | Mardi 25 avril 2017

Étienne Comar : « Django Reinhardt a été le premier

Pourquoi ce portrait de Django Reinhardt à cette période précise ? Étienne Comar : Depuis des années je voulais faire le portrait d’un artiste, un musicien dans une période tourmentée de l’histoire et de son existence. Pour plusieurs raisons : j’ai fait de la musique, et je sais sa faculté de vous extraire du monde et à vous isoler et vous aveugler du monde qui vous entoure. Le fait de vouloir traiter d’une période historique compliquée est lié à l’air du temps, parler de la position des artistes, à un moment où tout semble s’effondrer autour de soi. Django est une icône qui m’a toujours fasciné. D’abord, c’est un peu les prémices du rock’n’roll ; c’est le premier "guitar hero", il a inspiré énormément de jazzmen, de bluesmen, de rockeurs… Quant à la période, parce qu’il fait de la musique, il ne voit pratiquement pas le drame en train de se passe au tour de lui. Il va entrer de plain-pied dans la guerre, parce qu’il va y être contraint, forcé. Et puis, je n’aime pa

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"Django" : accords et désaccords sur le cas Django Reinhardt

ECRANS | de Étienne Comar (Fr., 1h55) avec Reda Kateb, Cécile de France, Beata Palya…

Vincent Raymond | Lundi 24 avril 2017

Producteur inspiré de Timbuktu ou Des Hommes et des dieux, Étienne Comar passe ici à la réalisation pour un bien étrange biopic inspiré par sa fascination pour l’œuvre, la musique et la personnalité de Django Reinhardt – campé par un Reda Kateb appliqué, impeccable aux six-cordes durant le premier quart d’heure (le meilleur du film). Ce portrait au classicisme suranné se focalise en effet sur la période de l’Occupation et donne l’impression de chercher à exonérer le guitariste jazz de son insouciance d’alors en le transformant en proto-résistant, voire en héros de "survival". C’est se livrer à de sérieuses extrapolations au nom de la fiction et/ou de l’admiration. Étienne Comar a beau jeu de justifier sa démarche par les béances de l’histoire

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"Les Derniers Parisiens" : ode nostalgique au Pigalle de jadis

ECRANS | de Hamé Bourokba & Ekoué Labitey (Fr., 1h45) avec Reda Kateb, Slimane Dazi, Mélanie Laurent…

Vincent Raymond | Lundi 20 février 2017

En probation, Nas est employé par son frère Arezki, tenancier d’un bar à Pigalle. Si Nas déborde d’ambitions pour animer les nuits, son aîné les tempère sèchement, causant leur rupture. Alors, le cadet se tourne vers un investisseur prêt à l’écouter… Représentants du groupe de hip-hop La Rumeur, Hamé & Ekoué signent une ode nostalgique quasi élégiaque au Pigalle de jadis, à ses troquets populaires s’effaçant peu à peu du paysage : Les Derniers Parisiens est scandé de saynètes montrant la faune de la rue dans son quotidien – clochard pittoresque, joueurs de bonneteau embobinant les passants etc. Une manière d’inscrire l’aventure/mésaventure de Nas, caïd en carton, dans une perspective bien actuelle, car ses rêves appartiennent au passé ; à un idéal façonné entre les années 1950 et 1980. Pas étonnant, avec ses codes périmés, qu’il se fasse si facilement enfumer par une nouvelle génération sans feu… ni lieu. Reda Kateb et Slimane Dazi composent une fratrie a priori surprenante, ma

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"Victoria" : c'est ça le renouveau de la comédie française ?

ECRANS | de Justine Triet (Fr., 1h36) avec Virginie Efira, Vincent Lacoste, Melvil Poupaud…

Vincent Raymond | Mardi 13 septembre 2016

Une avocate mère célibataire blonde vivant dans une tour héberge un ancien dealer qu’elle emploie comme nounou, plaide au tribunal avec un chien et un singe… Vous en voulez encore pour faire une comédie française branchouille ? Alors faites infuser avec une distribution ébouriffante d’originalité : Virginie Efira ("tellement à contre-emploi", comme à chaque film, alors qu’elle choisit toujours des rôles de mère/femme dépassée demeurant malgré tout impeccable et pimpante), Vincent Lacoste ("tellement avec des lunettes") et Melvil Poupaud ("tellement revenu en grâce"). On sent bien que Justine Triet, réalisatrice en 2013 de La Bataille de Solférino, lorgne du côté de la comédie cukoro-capro-hawksienne, mais elle n’a pas l’équipage adapté, ni les trépidations du scénario pour rivaliser avec les cavalcades de Cary Grant ou de Katharine Hepburn. Factice et convenu, Victoria bénéficie de rares bouffées détonantes grâce au personnage de l’ancien compagnon de l’héroïne joué par Laurent Poitrenaux : un écriv

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"Tout de suite maintenant" : Bonitzer entre famille et finance

ECRANS | de Pascal Bonitzer (Fr., 1h38) avec Agathe Bonitzer, Vincent Lacoste, Lambert Wilson…

Vincent Raymond | Mardi 21 juin 2016

Intrigante, cette propension qu’a Bonitzer à s’enticher de héros peu sympathiques, et à les sadiser pour faire bonne mesure – cette perversion d’auteur doit certainement revêtir un nom ; elle a en tout cas un public. Ici, il jette son dévolu sur Nora, une Rastignac froide (pour ne pas dire frigide) jouant les Électre dans le monde tortueux de la finance, où tous les coups sont recommandés. Le rôle de cette jeune arriviste, au plan de carrière contrecarré par l’irruption d’affects personnels aussi divers que la possession amoureuse ou le désir de venger son père, il le confie à sa fille à la ville, Agathe – histoire d’ajouter une grille de lecture psychanalytique trouble à son film. Nora n’est pas la seule à être peu aimable : ses aînés sont une bande de socio-traîtres ayant remisé leurs idéaux au profit… du profit, justement, ou bien des névropathes devenus dépressifs, déments ou alcooliques. Bref, personne ou presque ne semble digne d’être sauvé. Disséminant çà et là quelques-unes de ces démonstrations professorales dont il raffole (comme s’amuser à prédire les comportements), Bonitzer confirme surtout son goût de moraliste et s’offre même une envolée fantastique inat

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« Médecine et cinéma sont des arts du contrôle absolu »

ECRANS | Alors que sort sur les écrans ce mercredi "Médecin de campagne", rencontre avec le cinéaste et médecin Thomas Lilti. Par Vincent Raymond

Vincent Raymond | Mardi 22 mars 2016

« Médecine et cinéma sont des arts du contrôle absolu »

Sachant qu’il a la réputation d’être un parfait hypocondriaque et le pire patient qui soit, qu’est-ce qui vous intéressait dans la figure du médecin malade ? Thomas Lilti : On a tous vu des spécialistes en nutrition obèses, ou des cancérologues fumant deux paquets par jour : ils ne s’infligeraient pas une seconde ce qu’ils infligent à leurs malades ! Mais ce n’est pas l’argument du film : mon personnage a comme particularité d’être médecin de campagne et il se trouve qu’il est malade. Sa catastrophe est d’avoir à assumer sa maladie aux yeux de ses patients. J’ai rencontré des médecins dans cette situation : ils la vivent comme une honte, un secret. D’habitude, ils sont au-dessus de la maladie ; là, ils se retrouvent au même niveau que leurs patients. Ils perdent une partie de leur pouvoir magique. Ici s’ajoute une dimension plus terre-à-terre : l’idée que quelqu’un va s’occuper des patients qu’il suit depuis 30 ans, dont il connaît tous les secrets. Or un médecin a rarement confiance en celui qui vient le remplace

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Médecin de campagne

ECRANS | Porté par le succès de son film "Hippocrate", chronique du monde impitoyable de la médecine, le docteur Thomas Lilti renouvelle son ordonnance dans l’univers des blouses blanches en se focalisant sur un malade très singulier, puisqu’il prend soin des autres… Une nouvelle réussite. Vincent Raymond

Vincent Raymond | Mardi 22 mars 2016

Médecin de campagne

Pour ouvrir Le Samouraï (1967), Melville avait choisi une citation prétendument extraite du "bushido", code des principes moraux des samouraïs japonais : « Il n'y a pas de plus profonde solitude que celle du samouraï. Si ce n'est celle d'un tigre dans la jungle… Peut-être… » Toutes proportions gardées, cette sentence pourrait s’appliquer au personnage de Jean-Pierre, ici incarné par François Cluzet. Taiseux, déterminé, porté par un sens de sa mission confinant à l’apostolat (et longeant les lisières de la fierté orgueilleuse), le médecin de campagne, s’il est l’ultime avatar du sorcier ou druide au sein de sa communauté, tient aussi du "rōnin", ce samouraï sans maître : un fauve inflexible prêt à lutter et de préférence sans secours jusqu’au terme de ses forces. Thomas Lilti ne va pas jusqu’à transformer son portrait de toubib en ferraillerie – le scalpel ou l’abaisse-langue se substituant au sabre katana. Il dépeint bien, en revanche, l’obstination d’un homme, dans toutes ses nuances : en

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Saint Amour

ECRANS | Le millésime 2016 de Benoît Delépine et Gustave Kervern, les plus illustres cinéastes grolandais, est arrivé et il n’a rien d’une pochade : derrière son nez rouge de clown, "Saint Amour" dissimule une histoire d’amour(s) tout en sobriété… Notre film de la semaine. Vincent Raymond

Vincent Raymond | Mardi 1 mars 2016

Saint Amour

Pour un réalisateur, jongler les yeux bandés avec un baril de pétrole ouvert et un flambeau doit certainement se révéler plus sécurisant que diriger la paire Depardieu-Poelvoorde partant en goguette sur la route des vins. Sur le papier, Kervern et Delépine n’étaient donc pas trop de deux face au fameux duo. Cela dit, les risques étaient limités pour les compères, étant donné leur proximité avec les comédiens (déjà pratiqués dans Mammuth et Le Grand Soir) ; leur science commune du jus de la treille. Cette "communion d’esprit" explique comment et pourquoi les auteurs ont pu mener leur barque sans dériver. Spirituel ou spiritueux ? Mais Saint Amour ne se limite pas à son germe éthylique : l’essence de ce road movie, c’est le voyage de quelques centimètres

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Peur de rien

ECRANS | De Danielle Arbid (Fr., 1h59) avec Manal Issa, Vincent Lacoste, Damien Chapelle...

Vincent Raymond | Mardi 9 février 2016

Peur de rien

Un quart de siècle s’est écoulé depuis que Danielle Arbid, étudiante venue de Beyrouth aujourd'hui réalisatrice, a fait ses premiers pas en France. Un laps de temps suffisant pour qu’elle ose se confronter à son passé dans cette autobiographie romancée – bien qu’elle soit, selon ses dires, fidèle à la jeune femme qu’elle était à l’époque. Voulu plus “sensoriel que documentaire“, ce film ne peut prétendre à l’exactitude dans la reconstitution d’époque : sur ce plan, puisqu’il cite volontiers Manet, on pourrait le qualifier “d’Impressionniste” dans l’ambiance, composant un flou global fait d’éléments disparates allant de la musique aux rares accessoires. Il raconte en revanche des choses très intimes sur son auteur : la manière dont elle a été préservée de la guerre du Liban, l’indifférence naïve qu’elle affiche face aux discours politiques/politisés des étudiants français, son ingénuité amoureuse… Bien qu’étant dans sa forme plus mainstream que son précédent long métrage pour le cinéma, le très abrupt Un homme perdu (2007), Peur de rien risque cependant de paraître abstrait aux spectateurs n’ayant pas partagé le même e

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Les Chevaliers blancs

ECRANS | S’inspirant de l’affaire de l’Arche de Zoé, Joachim Lafosse confie à un Vincent Lindon vibrant un rôle d’humanitaire exalté prêt à tout pour exfiltrer des orphelins africains. L’année 2016 pourrait bien être aussi faste que la précédente pour le comédien récompensé à Cannes avec “La Loi du marché”.

Vincent Raymond | Mardi 19 janvier 2016

Les Chevaliers blancs

Qu’il situe ses histoires dans le cadre intime d’une famille en train de se disloquer (Nue Propriété, À perdre la raison) ou, comme ici, au sein d’un groupe gagné par le doute et miné par les tensions, Joachim Lafosse suit film après film des schémas psychologiques comparables : il décrit des relations excessives, où un dominateur abusif exerce une subjugation dévastatrice sur son entourage. Cette figure charismatique n’est pas toujours animée dès le début d’intentions malveillantes : ainsi, le personnage que joue Lindon dans Les Chevaliers blancs est mû par une mission humanitaire qu’il considère comme supérieure à toute autre considération, toute contingence, y compris la sécurité des membres de son équipe. La poursuite orgueilleuse de son idéal va le faire glisser dans une spirale perverse. Hors de tout manichéisme, Lafosse ne réduit pas ce mentor déviant aux seuls effets de sa malignité : sans chercher à

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L’Astragale

ECRANS | De Brigitte Sy (FR, 1h37) avec Leïla Bekhti, Reda Kateb…

Aurélien Martinez | Mardi 7 avril 2015

L’Astragale

Leïla Bekhti est une actrice fascinante qui, film après film (des comédies populaires, du cinéma d’auteur, des pubs pour du colorant de cheveux…), impose une présence magnétique. Dans L’Astragale, elle forme un duo efficace avec Reda Kateb, autre nouvelle figure remarquée du cinéma français. Le charme du deuxième long-métrage de Brigitte Sy, ancienne compagne de Philippe Garrel, découle aussi bien de la rencontre entre les deux comédiens que de l’amour fou qui réunira les deux personnages. Elle vient de s’évader de prison à tout juste 19 ans (et, dans sa fuite, s’est cassé l’astragale, os du pied qui donne son titre au film) ; lui, repris de justice, la recueille mais ne peut rester à ses côtés. Leur romance sera donc en pointillé, alors qu’elle ne rêve que de le retrouver. Basé sur le roman autobiographie d’Albertine Sarrazin, L’Astragale se place délibérément du côté des sentiments avec en point d’ancrage ce

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Lost River

ECRANS | Après un petit tour en salle de montage, le premier long de Ryan Gosling arrive en salles dans une version sensiblement plus digeste que celle vue à Cannes. Et s’avère un objet singulier, dont la poésie noire se distille au gré de ses fulgurances visuelles. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 7 avril 2015

Lost River

À Cannes, ce premier long métrage de Ryan Gosling nous était tombé des yeux. Le hiatus entre une narration bordélique et l’envie flagrante de copier ses modèles tel un étudiant d’art passant sa journée au Louvre donnait à Lost River une dimension à la fois prétentieuse et vaine. À peine pouvait-on décerner à son chef opérateur, le brillant Benoît Debie, un satisfecit pour avoir créé une matière visuelle parfois fulgurante. Probablement refroidi par l’accueil glacial réservé au film, Gosling est donc retourné en salle de montage pour mettre un peu d’ordre dans ce foutoir et enlever dix-sept minutes qui ne manquent pas, loin de là, à la version définitive. On cerne donc enfin son propos qui, à défaut d’être particulièrement novateur, a maintenant le mérite de la clarté : un adolescent, Bones (référence sans doute au bouquin de Russell Banks), traîne dans les ruines industrielles de Détroit à la recherche de tuyaux en cuivre qu’il revend pour se faire un peu d’argent de poche. Sa mère (la rousse Christina Hendricks, échappée de Mad Men) se voit proposer par un patron de club lubrique de devenir danseuse dans un cabaret macabre et gore – l’occas

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Loin des hommes

ECRANS | Adapté d’Albert Camus, le deuxième film de David Oelhoffen plonge un Viggo Mortensen francophone dans les premiers feux de la guerre d’Algérie, pour une œuvre classique et humaniste dans le meilleur sens du terme. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 13 janvier 2015

Loin des hommes

Il serait regrettable de faire à David Oelhoffen, dont on avait déjà apprécié le premier film (le polar Nos retrouvailles), un faux procès, déjà à l’origine du rejet de The Search de Michel Hazanavicius : voilà un réalisateur qui ose transporter le cinéma français ailleurs, via le genre ou grâce à un voyage plus littéral hors de nos frontières aujourd’hui. Quoique, à l’époque où se déroule Loin des hommes (1954), l’Algérie est encore un territoire français, et c’est justement sur les premières fissures de la guerre d’indépendance que se bâtit le récit. Mais, là aussi, tout est affaire de dépaysement : l’instituteur Daru est une forme d’apatride, enseignant le français à des enfants algériens, mais dont les origines sont à chercher du côté de la Catalogne. Grande idée de David Oelhoffen : confier le rôle à Viggo Mortensen, lui-même sorte "d’acteur du monde" comme on le dit de certains citoyens, qui l’interprète avec son charisme habituel en mélangeant le français et l’arabe. Face à lui, le personnage du paysan qu’il doit escorter à travers les mo

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Jacky au royaume des filles

ECRANS | Après "Les Beaux gosses", Riad Sattouf monte d’un cran son ambition de cinéaste avec cette comédie sophistiquée, aussi hilarante que gonflée, où il invente une dictature militaire féminine qu’il rend crédible par des moments de mise en scène très inspirés… Christophe Chabert

Christophe Chabert | Vendredi 24 janvier 2014

Jacky au royaume des filles

Il était une fois la République Démocratique de Bubune, où les femmes ont le pouvoir qu’elles exercent par la force, où les hommes sont réduits à porter une proto-Burka (la « voilerie »), où les pauvres mangent une bouillie immonde plutôt que des « plantins »… L’autarcie de cette dictature militaire et féminine est aussi un principe de mise en scène pour Riad Sattouf : pas de contrechamp sur l’extérieur (simplement appelé « l’étranger »), mais une immersion dans ce monde créé de toutes pièces, où l’on s’amusera à pister les éléments prélevés dans des pays existants. Il y a donc un peu de Corée du Nord, d’Iran façon Ahmadinejad et de Russie poutinienne, ou encore d’Inde à travers les castes et les vaches sacrées ici transformées en « chevallins ». L’environnement de cette comédie hallucinante et hallucinée est tenu d’un bout à l’autre avec sa calligraphie, son histoire, son langage, et il n’y a qu’à y propulser un héros sans qualité, Jacky (Vincent Lacoste, le Bernard Menez des années 2000), qui se masturbe en pensant à la Colonelle promise à prendre le pouvoir (Charlotte Gainsbourg, aussi géniale et troublante ici que chez von Trier),

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Gare du Nord

ECRANS | Claire Simon tente une radiographie à la fois sociologique et romanesque de la gare du nord avec ce film choral qui mélange documentaire et fiction. Hélas, ni le dialogue trop écrit, ni les récits inventés ne sont à la hauteur de la parole réelle et des vies rencontrées… Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 28 août 2013

Gare du Nord

Pensant probablement le naturalisme en bout de course pour raconter le monde contemporain, deux réalisatrices tentent en cette rentrée de faire se croiser réalité documentaire et fiction intime. Si Justine Triet avec sa Bataille de Solférino (en salles le 18 septembre) s’en tire grâce à l’élan vital débraillé qui irrigue sa fiction, le dispositif de Gare du Nord échoue à hisser le romanesque à la hauteur de la réalité. Il y a d’abord un prétexte très artificiel véhiculé par le personnage de Reda Kateb, étudiant en sociologie faisant une thèse sur la gare du Nord comme «place du village global», justification scénaristique facile pour le montrer abordant commerçants et usagers. Ensuite, la structure chorale du film, avec ses trois histoires entremêlées – une femme malade tombe amoureuse d’un homme plus jeune qu’elle, un père cherche sa fille fugueuse, une agent immobilière ne supporte pas d’être séparée de son mari et de ses enfants – paraît là aussi dictée par une intention trop appuyée, celle de faire se croiser dans un microcosme à la fois unique et globalisé des destins singuliers. Que Claire Simon ait recours à un procédé devenu éculé pour

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Astérix et Obélix : au service de sa Majesté

ECRANS | Passant après le calamiteux épisode Langmann, Laurent Tirard redonne un peu de lustre à une franchise inégale en misant sur un scénario solide et un casting soigné. Mais la direction artistique (affreuse) et la mise en scène (bancale) prouvent que le blockbuster à la française se cherche encore un modèle. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Jeudi 11 octobre 2012

Astérix et Obélix : au service de sa Majesté

Dans quel âge se trouve le blockbuster français ? Économiquement, sans parler d’âge d’or, on peut dire que l’affaire roule ; même une chose laborieuse comme Les Seigneurs remplit sans souci les salles. Artistiquement, en revanche, on est encore à l’âge de pierre. La franchise Astérix en est le meilleur exemple : après le navet ruineux de Thomas Langmann, c’est Laurent Tirard, fort du succès glané avec son Petit Nicolas, qui a récupéré la patate chaude. Avec un budget quasiment divisé par deux (61 millions quand même !), il n’avait guère le choix : finies les courses de char dispendieuses et les packages de stars ; retour aux fondamentaux. Tirard et son co-auteur Grégoire Vigneron prennent ainsi deux décisions payantes : remettre le couple Astérix et Obélix au centre du film (ainsi que les comédiens qui les incarnent, Baer et Depardieu, excellents), et soigner un casting pour lequel chaque personnage semble avoir été écrit sur mesure. Il y a dans Au service de sa Majesté un petit charme très français du second rôle savoureux, plus digeste que la pr

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À moi seule

ECRANS | De Frédéric Videau (Fr, 1h31) avec Agathe Bonitzer, Reda Kateb…

François Cau | Vendredi 30 mars 2012

À moi seule

S’inspirant de l’affaire Natascha Kampusch, qu’il transpose librement en France aujourd’hui, Frédéric Videau raconte comment Gaëlle, enfermée pendant huit ans par Vincent, un homme dont les motivations resteront jusqu’au bout mystérieuses (besoin d’amour ou envie de paternité ?), échappe à son ravisseur et tente de retrouver ses marques dans la vie réelle. Sujet passionnant, bien entendu, que le cinéaste gâche à force d’auteurisme. Plutôt que de se concentrer sur les rapports entre Gaëlle et Vincent (et laisser toute la place à l’excellent Reda Kateb, comédien physique et nerveux qui écrase littéralement la pauvre Agathe Bonitzer, au jeu statique et psychologique), il filme d’interminables séquences entre Gaëlle et sa mère (Noémie Lvovsky), son père (Bonaffé, dont la présence dans le film reste une énigme), sa psy (Hélène Fillières). L’ennui est total, l’obstination du personnage à garder pour elle ses sentiments vis-à-vis de son geôlier s’apparentant à regarder un mur pendant une heure. Ce cinéma d’auteur, qui ne s’intéresse qu’aux creux, refuse le spectacle et préfère le dialogue à l’action, les points de suspension aux points d’exclamation, est resté bloqué des années en arri

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