Get on up

ECRANS | De Tate Taylor (ÉU, 2h18) avec Chadwick Boseman, Nelsan Ellis…

Christophe Chabert | Mardi 23 septembre 2014

Photo : © Universal pictures international


Il y a désormais tout à redouter de la bio filmée d'une légende musicale, tant l'affaire se résume en général à cette équation : derrière le génie, il y avait un homme complexe. Get on up, qui tire le portrait de James Brown, parvient pendant près d'une heure à tenir cet écueil à distance, grâce à un travail scénaristique original des frères Butterworth, déjà derrière le script réussi d'Edge of tomorrow, qui tentent de déconstruire le mythe en le ramenant à son point le plus trivial : Brown y passe pour un businessman mégalo et tyrannique, obsédé par l'idée d'être le meilleur et de bouffer ses concurrents blancs. Cela passe par une idée de mise en scène assez forte : régulièrement, James Brown s'adresse directement au spectateur, comme pour lui signifier que c'est bien lui qui raconte sa vie à l'écran, comme s'il rédigeait sa propre légende.

On n'en attendait pas tant de la part du réalisateur du médiocre La Couleur des sentiments ; ce n'est cependant que de courte durée – contrairement au film lui-même, incroyablement long. Car le récit reprend ensuite ses marques chronologiques (ascension, trahison, gloire, chute) et finit par recycler tous les clichés du genre : le trauma d'enfance, la décadence physique et le génie artistique qui y survit. Le film adopte un académisme appliqué et passablement ennuyeux, sans véritable style ni parti pris sinon celui, minimal, d'offrir les morceaux dans leur intégralité. Pour cela, la B.O. aurait pu suffire…

Christophe Chabert


Get on up

De Tate Taylor (EU, 2h19) avec Chadwick Boseman, Nelsan Ellis...

De Tate Taylor (EU, 2h19) avec Chadwick Boseman, Nelsan Ellis...

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"Message from the King" : la vengeance dans la peau

ECRANS | de Fabrice Du Welz (G.-B.-Fr.-Bel., int. -12 ans avec avert., 1h42) avec Chadwick Boseman, Luke Evans, Teresa Palmer…

Vincent Raymond | Mardi 9 mai 2017

Parti du Cap, Jacob King atterrit en urgence à Los Angeles. Il a sept jours et 600 $ pour retrouver sa sœur Bianca, mystérieusement disparue. Très vite, il découvre son corps à la morgue mais aussi qu’un réseau de dealers, un producteur pédophile et un dentiste vénal sont liés à sa mort… Il a dû se faire plaisir Fabrice Du Welz, en tournant ce film aux faux-airs de blaxploitation, où les bas-fonds crasseux du New York des années 1970 sont troqués contre un L.A. contemporain, alliant visage sinistre et indécente opulence. En bon disciple du cinéma de genre, il respecte le cahier des charges, en réunissant une cohorte d’affreux aussi patibulaires que pervers, une donzelle en danger, dont le sauvetage assurera la rédemption du héros – qui a forcément un carnaval de choses à se reprocher, de l’abandon de sa sœur aux avoinées qu’il distribue. Jacob King a, en outre, des accents eastwoodiens, marquant physiquement les coups qui lui sont prodigués. On pourrait croire à un pur film d’action et d’ambiance, misant davantage sur l’efficacité que sur l’inventivité de son script. Mais un ultime et (très) léger twist lui donne un supplément de relief, en j

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La Couleur des sentiments

ECRANS | De Tate Taylor (ÉU, 2h26) avec Emma Stone, Jessica Chastain…

François Cau | Jeudi 20 octobre 2011

La Couleur des sentiments

Pour ceux qui l’ignoraient, dans le Mississipi des années 60, la ségrégation entre les noirs et les blancs était encore monnaie courante. Il fallait donc au moins 2h25 de mélodrame pâteux pour nous rappeler ce fait oublié. Le film n’existe d’ailleurs que par son sujet, le reste n’étant qu’habillage décoratif et grimaces larmoyantes. Si Tate Taylor prend clairement partie pour ses aides noires, il le fait avec un procédé pour le moins discutable : il ridiculise à outrance les bourgeoises blanches qui les exploitent. Ridicule est le mot : que de grandes actrices comme Jessica Chastain ou Bryce Dallas Howard cabotinent dans des décors ripolinés avec des costumes et des coiffures qui lorgnent vers Mad Men mais ressemblent surtout à de vieux chromos publicitaires, fait franchement peine à voir. Seule la géniale Emma Stone échappe à ce festival de minauderies et impose, non sans mal, une pointe de naturel. Tout cela provoque donc un certain embarras, lié aussi à la mollesse d’une mise en scène à la traîne des séries télés contemporaines (le film aurait sans doute été plus à sa place en feuilleton de prestige sur HBO). Il y a toutefois une maladresse significative dans La Couleur des

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