"Maine Océan", l'odyssée vendéenne de Jacques Rozier

ECRANS | En ouverture de ses Traversées urbaines, la Cinémathèque présente le génial "Maine Océan". Où comment le plus secret des cinéastes français, Jacques Rozier, transformait les tribulations de deux contrôleurs SNCF en parcours burlesque. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 30 septembre 2014

« Schtong à la gare », « Toute la smala ! » ou la chanson Le Roi de la Samba… Tous ceux qui, depuis sa sortie il y a presque trente ans, ont vu Maine Océan se souviennent de ces répliques et séquences ô combien cultes, véritables mots de passe pour cinéphiles amateurs d'objets insituables. Jacques Rozier, son réalisateur, est lui-même une sorte de mystère. Depuis ses débuts, en pleine Nouvelle Vague, il n'a tourné qu'une poignée de films, tous irréductiblement singuliers, que ce soit son opera prima Adieu Philippines, le délirant Les Naufragés de l'île de la tortue (avec Pierre Richard et Claude Rich !) ou encore le séminal Du côté d'Orouet, croisement improbable entre Pascal Thomas et Éric Rohmer. Mais de tous, Maine Océan s'impose comme le plus abouti, le plus drôle et, surtout, le plus imprévisible.

Hors de contrôle(urs)

Tout commence lorsque deux conducteurs de la SNCF (Luis Rego et Bernard Ménez, dans son plus grand rôle) tentent de faire comprendre à une jolie passagère brésilienne qu'elle n'a pas composté son billet. À la barrière linguistique s'ajoute l'intervention d'une avocate tatillonne, qui se rend sur l'île d'Oléron pour défendre un marin vendéen, Marcel Petitgas (Yves Afonso, génial), accusé d'avoir agressé un automobiliste avec un démonte-pneu. Rozier se plait à étirer les scènes jusqu'à une sorte de vertige comique, laissant les personnages s'empêtrer dans le malentendu, souvent lié à leurs origines -l'accent à couper au couteau de Petitgas, la flamboyance frimeuse et grotesque du manager brésilien) quand il ne s'agit pas simplement d'un abus caractérisé d'alcool fort local.

En cela, le fameux passage où Ménez et ses camarades improvisent une chanson – séquence qui semble en effet avoir été improvisée sur le tournage – pendant une bonne dizaine de minutes, fait figure de réponse burlesque au concours de chant dans le bar de Husbands de Cassavetes. Cette durée hors norme est aussi à la source d'un dernier acte qui semble ne jamais vouloir connaître de point final, l'important n'étant pas le but à atteindre, mais le parcours lui-même. Maine Océan, dit le titre, inventant une ligne purement fictive qu'il s'agit, en bout de course, d'inventer par tous les moyens de transport possibles.

Maine Océan
De Jacques Rozier (1986, Fr, 2h11) avec Luis Rego, Bernard Ménez, Yves Afonso…
À la Cinémathèque, lundi 6 octobre à 19h30


Maine océan

De Jacques Rozier (Fr, 1986, 2h11) avec Bernard Ménez, Luis Rego, Yves Afonso...

De Jacques Rozier (Fr, 1986, 2h11) avec Bernard Ménez, Luis Rego, Yves Afonso...

voir la fiche du film


Confortablement installée dans un compartiment de première classe de l'express Maine Ocean, Dejanira somnole. Le contrôleur survient et tente de lui expliquer qu'elle est en infraction, mais Dejanira ne comprend pas ce qu'on lui demande malgré l'intervention d'un second contrôleur. Mimi De Saint Marc, une passagère, avocate de métier, se rendant à Angers pour défendre un de ses clients, le marin Petigas, prend fait et cause pour Dejanira.


entrez votre adresse mail pour vous abonner à la newsletter

Tokyo spleen pour Sofia Coppola

ECRANS | À la sortie de Lost in translation, Sofia Coppola n’était encore que la fille de son père et la réalisatrice d’un premier long prometteur, Virgin Suicides. (...)

Christophe Chabert | Mardi 20 janvier 2015

Tokyo spleen pour Sofia Coppola

À la sortie de Lost in translation, Sofia Coppola n’était encore que la fille de son père et la réalisatrice d’un premier long prometteur, Virgin Suicides. Tout va changer ensuite, au point de faire naître, comme c’est souvent le cas, des préjugés difficiles à décoller sur son cinéma qui, de Marie-Antoinette à The Bling ring, ne cessera de décevoir ses admirateurs. Raison de plus pour retourner aux sources du malentendu et ce grâce à une nouvelle séance des "Traversées urbaines" de la Cinémathèque. Dans Lost in translation, Coppola suit les pas de Bob, comédien américain en pleine dépression, venu à Tokyo tourner une pub pour un whisky. Ce comédien, c’est Bill Murray, qui grâce à ce rôle passera du statut d’acteur comique culte à celui d’égérie de la vague hipster du cinéma américain. En plein "jet lag" et paumé dans une ville dont il ne comprend ni la langue, ni les codes, Bob rencontre la jeune Charlotte qui, en attendant que son photographe de mari ne rentre à son hôtel, traîne son spleen et son ennui. Ensemble, ils

Continuer à lire

La Cinémathèque prend un nouvel envol

ECRANS | En juillet, à l’orée du Festival du court métrage en plein air, la Cinémathèque avait inauguré ses nouveaux locaux et présenté les grandes lignes de son action à venir. (...)

Christophe Chabert | Mardi 23 septembre 2014

La Cinémathèque prend un nouvel envol

En juillet, à l’orée du Festival du court métrage en plein air, la Cinémathèque avait inauguré ses nouveaux locaux et présenté les grandes lignes de son action à venir. Désormais dotée d’une petite salle où, à partir de janvier 2015, les films de ses collections seront en consultation libre (d’ici là, cela sera possible pour les étudiants et chercheurs sur rendez-vous), la Cinémathèque fait sa rentrée avec un très beau programme de films à découvrir salle Juliet Berto pour le semestre à venir. Les thématiques sont audacieuses : celle qui ouvre le bal, baptisée "Génération 58-68", propose de mettre en lumière des cinéastes qui, sans avoir participé au mouvement, sont apparus dans le cinéma français au moment de l’explosion de la Nouvelle Vague : Jean-Pierre Mocky, Robert Enrico, José Bénazeraf, Michel Drach, Jean-Daniel Pollet… Auteurs ou artisans, ils défient les étiquettes et s’imposent tous par la liberté de leur cinéma, sur la forme comme sur le fond. Puis la Cinémathèque participera à sa façon aux commémorations de la Grande Guerre avant de s’attaquer à une m

Continuer à lire

Tonnerre

ECRANS | De Guillaume Brac (Fr, 1h40) avec Vincent Macaigne, Solène Rigot, Bernard Menez…

Christophe Chabert | Mercredi 22 janvier 2014

Tonnerre

Un rocker dépressif retourne vivre chez son père à Tonnerre, petite ville de l’Yonne connue surtout pour son vin, et y tombe amoureux d’une jeune journaliste locale, d’abord séduite, puis fuyante… Guillaume Brac, qui avait moissonné les prix avec son moyen métrage Un monde sans femmes, passe au long sans vraiment convaincre. L’idée de renouveler le boy meets girl hexagonal par le traitement quasi-documentaire d’un environnement familier à l’auteur ne crée aucune vérité à l’écran, mais souligne surtout la gaucherie, certes sympathique, des comédiens professionnels – Macaigne et Menez, dont le lien de parenté saute aux yeux, techniquement parlant. Plus l’histoire avance, plus Tonnerre ronronne dans une esthétique de téléfilm France 3 Région assez morne, où la grisaille tient lieu d’humeur monotone. Symptomatique des premiers films français, cette peur d’empoigner la matière cinématographique pour se réfugier prudemment derrière des idées depuis longtemps éculées n’est bousculée que par un dernier tiers qui s’aventure timidement sur

Continuer à lire

Mains basses sur la ville

ECRANS | Cette semaine, la Cinémathèque inaugure son cycle de projections regroupées sous le thème des Traversées Urbaines. Zoom sur le projet et nos films de prédilection. FC

François Cau | Lundi 27 septembre 2010

Mains basses sur la ville

Les observateurs les plus attentifs reconnaîtront là une initiative caractéristique de l’orientation qu’est en train de prendre la Cinémathèque grenobloise sous l’impulsion de son directeur Guillaume Poulet et du président de l’association Nicolas Tixier. Ce dernier rebondit jusqu’à s’envoler sur son passif dans l’architecture en imaginant une série de rencontres autour de l’urbanisme au cinéma. Chaque projection étant assortie de discussions avec des intervenants cinéphiles ou plus spécialisés sur les questions d’archi, le tout en partenariat avec moult structures affiliées. Soit une façon d’exploiter pertinemment le fonds de la Cinémathèque (pour les plus obsédés par le pragmatisme), d’explorer un thème à travers ses traitements cinématographiques (pour les autres). Le cycle démarre donc ce lundi 4 octobre à 19h30 avec le classique L’Aurore de Murnau, film muet accompagné pour l’occasion au piano par Jean-Michel Gonzales. Pour causer de l’impact des métropoles sur les psychés du jeune 20e siècle, la parole sera donnée au philosophe Philippe Simay. The Town(s) Le lundi 18 octobre, la soirée tournera autour de notre film chouchou de la sélectio

Continuer à lire