Geronimo

ECRANS | De Tony Gatlif (Fr, 1h44) avec Céline Salette, Rachid Yous, David Murgia…

Christophe Chabert | Mardi 14 octobre 2014

Le début, picaresque et "kusturickien", de Geronimo, où l'éducatrice incarnée par la toujours géniale Céline Salette, vient faire la leçon à des jeunes de banlieue turbulents, témoigne d'une jolie vivacité de la part de Tony Gatlif. Cette fraîcheur est toutefois de brève durée : plus qu'un banlieue-film revisité par ce spécialiste de la culture gitane, c'est un West Side Story d'aujourd'hui que raconte Gatlif, où deux bandes rivales, l'une turque, l'autre manouche, s'écharpent suite au mariage entre Nil et Lucky. Cela donne quelques séquences où l'affrontement est autant musical et chorégraphique que physique, mais la mise en scène peine à suivre cette énergie dégagée par ses protagonistes.

La rigueur, c'est ce qui manque cruellement à Geronimo pour transformer en instants de cinéma ses intentions ; celles-ci sont pourtant intéressantes, notamment le travail sur les décors, mélangeant friches industrielles transformées en tags géants, nature sauvage et cités urbaines. Mais les personnages les traversent sans vraiment s'y fondre, comme si les mythologies éternelles (familles rivales, amour impossible, cœur pur sacrifié) peinaient à s'incarner dans ces corps furieusement contemporains. Sans parler d'une fin qui force tellement la note tragique qu'elle pousse ses jeunes acteurs vers un dangereux surjeu, paumé au milieu d'une infinité de faux raccords.

Christophe Chabert


Geronimo

De Tony Gatlif (Fr, 1h44) avec Céline Sallette, Rachid Youcef...

De Tony Gatlif (Fr, 1h44) avec Céline Sallette, Rachid Youcef...

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Sud de la France. Dans la chaleur du mois d'août, Geronimo, une jeune éducatrice veille à apaiser les tensions entre les jeunes du quartier Saint Pierre. Tout bascule quand Nil Terzi, une adolescente d'origine turque s'échappe de son mariage forcé pour retrouver son amoureux, Lucky Molina, un jeune gitan.


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"Laïka" : chienne de vie

Théâtre | David Murgia. Il est des comédiens comme celui-ci que l'on suivrait n'importe où. Pour leur talent bien sûr, mais aussi parce qu'ils ont toujours quelque chose à nous dire de ce monde malade. "Laïka" en est une nouvelle preuve, à découvrir lundi 25 mars à l’Ilyade de Seyssinet-Pariset.

Nadja Pobel | Mardi 19 mars 2019

À peine étions-nous assis dans cette patinoire (lieu phare du off du Festival d’Avignon) qu'il s'est mis à parler, parler et parler encore. Comme une victime d'accident déviderait tout ce qui vient de se dérouler sous ses yeux ahuris. David Murgia n'a pas cet état de sidération, il est même étonnamment tranquille. Il est habité par cette nécessité de livrer, à toute allure, sans jamais faire riper sa diction, ses récits ; et de faire ainsi exister celles et ceux qu'on voit peu, celles et ceux que la société laisse dans un coin, au bord des rues ou dans l'isolement bien pratique de leur habitat – lorsqu'ils en ont un. Voici que le comédien raconte à un ami ce qu'il vient de raconter à des copains éphémères de bistrot : la vie de travailleurs pauvres, de malades d’Alzheimer ou d'une prostituée. Il n'y a rien de cafardeux dans l'heure quinze passée avec eux : dans ce texte, l’auteur italien Ascanio Celestini a la politesse d'aimer ses personnages sans les stigmatiser ni les "héroïser". Être en bas de l'échelle sociale (le principe de classes existe toujours, n'en déplaise à celles et ceux qui se tiennent tout en haut de la pyramide) n'e

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"Discours à la nation" : l'Appel au peuple de Murgia

SCENES | Le comédien belge David Murgia s'est associé à l'auteur italien Ascanio Celestini pour imaginer un spectacle on ne peut plus politique. Une réussite. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Mardi 1 mars 2016

Prenez quelques cageots, un acteur belge exceptionnel (David Murgia) et un auteur italien contemporain engagé (Ascanio Celestini) et vous voilà face à un spectacle sur l'économie capitaliste d'une drôlerie et d'une justesse hautement recommandables : Discours à la nation, à voir mardi 8 mars à l'Ilyade (Seyssinet-Pariset). Murgia, qui a façonné son travail, main dans la main avec Celestini, porte comme un étendard cette verve, celle des dominants qui écrasent le peuple, celle des possédants qui s'imaginent détenir la planète quand ils n'entretiennent que leur ego surdimensionné. « Le monde ne change pas, seule la place de l'homme change » nous dit-il narquois et méprisant. Mais avec cette surprenante mise en avant des soi-disant puissants, le duo made in Europe dresse en fait un portrait en force de ceux qui subissent et qui, face à autant de dédain, ne peuvent qu'un jour se réveiller. Sans jamais tomber dans la démagogie, voire le meeting politique, Murgia fait surtout preuve de son fascinant talent à raconter des histoires sans accessoires superflus.

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Vie sauvage

ECRANS | Cédric Kahn s’inspire de l’affaire Fortin pour relater la cavale d’un père et ses deux fils qui fuguent loin de la ville, trouvant refuge dans une communauté de néo-hippies. Un film qui tourne un peu trop autour de son sujet, malgré un Kassovitz époustouflant et des moments poignants. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 28 octobre 2014

Vie sauvage

Dans l’introduction coup de poing de Vie sauvage, Cédric Kahn retrouve l’énergie et la vitesse d' Une vie meilleure, son précédent et très beau long-métrage. Une femme (Céline Salette, toute en dreads crasseuses, dont l’absence marquera durablement le reste du film, preuve de sa qualité avérée de comédienne) quitte précipitamment sa caravane en emportant ses deux enfants pour se réfugier chez ses parents. Caméra à l’épaule sportive chevillée à des corps tremblants et frénétiques, à la limite de l’hystérie : Kahn rappelle ce que son cinéma doit à Pialat, sensible dans tous ses premiers films. Le cinéaste maintient cette nervosité jusqu’à ce que le père des gosses (Mathieu Kassovitz) les kidnappe à son tour. Ils trouvent refuge à la campagne, dans une communauté de hippies contemporains, avec cracheurs de feu et joueurs de djembé, altermondialistes radicaux ayant rompu les ponts avec la modernité. Ce n’est pas qu’une planque commode ; c’est aussi un vrai choix de la part de ce paternel parano qui vomit la société de consommation et le confort

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Le Capital

ECRANS | De Costa-Gavras (Fr, 1h53) avec Gad Elmaleh, Gabriel Byrne, Natacha Régnier…

Christophe Chabert | Mercredi 7 novembre 2012

Le Capital

Incorrigible Costa-Gavras ! Il semble être le dernier à croire aux vertus du cinéma à thèse, ce rouleau compresseur de la dénonce courroucée dont l’objet varie au gré des circonstances politico-sociales. Ici, c’est le libéralisme qui en prend plein les dents, du moins en apparence. En montrant l’accession d’un énarque anonyme à la tête d’une grande banque européenne pour préparer sa reprise en main par des actionnaires avides, puis sa détermination à conserver le poste et les avantages qui vont avec, Gavras décrit un prototype de crapule que l’on devrait se plaire à détester. Conçu comme un thriller (la musique, envahissante, nous le fait bien comprendre), Le Capital s’égare toutefois dans une triple intrigue sentimentale aussi démonstrative et lourde que son propos politique. Mais là n’est pas le plus grave : par scrupule ou par paresse, Gavras invente une conscience à son anti-héros, qui se manifeste à l’écran par des flashs de violence fantasmée avant retour à la réalité. Le procédé est cinématographiquement éculé et dédouane le personnage de sa bassesse, pourtant affichée dès le départ (l’argent, l’argent, l’argent). On a oublié de parler de Gad Elmaleh : son jeu mo

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Indignados

ECRANS | De Tony Gatlif (Fr, 1h27) avec Mamebetty Honoré Diallo...

François Cau | Lundi 5 mars 2012

Indignados

Son Stéphane Hessel brandi tel un nouveau Livre rouge, Tony Gatlif parcourt le monde dans l'espoir d'y retrouver la flamme révolutionnaire. En ressort Indignados, mélange d'images prises sur le vif et du faux parcours d'une immigrée clandestine africaine, témoin providentiel de la ferveur que l'auteur voudrait capter. Partant sur de mauvaises bases (un best seller sur les bons sentiments), Gatlif ne montre rien mais résume tout. Il trimballe sa caméra, extatique, s'engouffrant dans un mouvement contestaire éparpillé et fourre-tout qu'il rassemble sous la bannière de l'indigné. Ne quittant ainsi jamais cette vision franco-médiatique balourde, il fait cohabiter une farandole d'images supposées corroborer sa thèse critique sans jamais interroger la réalité qu'il prétend enregistrer. Le film pamphlétaire devient alors un sommet de raccourcis et de niaiserie où le ressentiment est converti en humanisme. Degré zéro du cinéma politique, Indignados est aussi vain qu'affligeant. Jérôme Dittmar

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