La Prochaine fois je viserai le coeur

ECRANS | De Cédric Anger (Fr, 1h51) avec Guillaume Canet, Ana Girardot…

Christophe Chabert | Mercredi 12 novembre 2014

Comme Vie sauvage d'un autre Cédric (Kahn), La Prochaine fois je viserai le cœur s'inspire d'un fait divers célèbre : les agissements à la fin des années 70 d'un tueur en série dans l'Oise qui s'est révélé être… un des gendarmes enquêtant sur les crimes. Et comme Vie sauvage, le film de Cédric Anger peine à prendre ses distances avec la réalité, malgré ses tentatives de stylisation et le désir de ne jamais quitter le point de vue du meurtrier – un Guillaume Canet qui surjoue la fièvre et le dolorisme.

Le film est d'abord plombé par son écriture, et en particulier ses dialogues, qui reproduisent une fois encore les clichés des fictions françaises – des gendarmes qui parlent comme des gendarmes, des ados comme des ados... Surtout, Anger tourne autour de la névrose de son personnage sans jamais oser l'affronter à l'écran : la peur des femmes et la haine de soi qui s'empare du gendarme lorsqu'il commence à les désirer. Le personnage d'Ana Girardot, amoureuse aveuglée, lui ouvrait pourtant la voie. Mais la seule scène de sexe du film se résume à quelques sous-entendus le lendemain matin. Le trouble que le cinéaste cherche à créer dans sa mise en scène est comme annihilé par ce puritanisme qui n'est peut-être qu'un compromis de production. D'où question : peut-on faire des films tout public autour de serial killers sexuellement dérangés ? Visiblement, non, mais certains s'entêtent à le penser.

Christophe Chabert


La prochaine fois je viserai le cœur

De Cédric Anger (Fr, 1h51) avec Guillaume Canet, Ana Girardot...

De Cédric Anger (Fr, 1h51) avec Guillaume Canet, Ana Girardot...

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Pendant plusieurs mois, entre 1978 et 1979, les habitants de l’Oise se retrouvent plongés dans l’angoisse et la terreur : un maniaque sévit prenant pour cibles des jeunes femmes. L’homme est partout et nulle part, échappant aux pièges des enquêteurs et aux barrages.


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"La Belle époque" : tout est affaire de décors

Cinema | De Nicolas Bedos (Fr., 1h55) avec Daniel Auteuil, Guillaume Canet, Doria Tillier…

Vincent Raymond | Mardi 5 novembre 2019

La soixantaine dépressive, méprisé par sa femme, Victor se voit proposer par un ami de son fils de vivre une expérience immersive dans des décors reconstituant l’époque de son choix. Victor choisit de replonger dans sa jeunesse, pile la semaine où il rencontra sa future épouse… Nicolas Bedos est-il un jeune vieux ? Si Monsieur & Madame Adelman avait dans son projet l’ambition encyclopédique d’embrasser une (double) vie, La Belle Époque (et bientôt OSS 117 : Alerte rouge en Afrique noire, semble-t-il) accrédite(nt) la thèse d’une nostalgie un peu paradoxale pour des années 1970 qu’il n’a pas connues. Se livrerait-on à la psychanalyse de comptoir (avec le personnage de Fanny Ardant, psy reconvertie dans le numérique, on se sent presque autorisé), qu’on y verrait comme un fantasme de résurrection de cette époque où son père, dont il est le clone, régnait au music-hall. Mais laissons cette hypothèse. À peine un « grand film malade » (pour reprendre le mot de Truffaut), plutôt un Leo McCarey mort-né, La Belle Époque agace parce qu’il tape à côté en gâchant une jolie

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"Au nom de la terre" : terre plate

ECRANS | D'Édouard Bergeon (Fr., 1h43) avec Guillaume Canet, Veerle Baetens, Anthony Bajon…

Vincent Raymond | Mardi 24 septembre 2019

Fin des années 1970. Pierre (Guillaume Canet) rentre des États-Unis avec de grands projets pour l’exploitation agricole familiale, qu’il loue en fermage à son père. Quelques années plus tard, étranglé par de trop nombreux investissements, Pierre perd pied. Et la faillite pointe son hideux visage… Connaître l’origine du projet biaise fatalement la réception que l’on peut avoir du film : comment ne pas éprouver de la sympathie pour la démarche du réalisateur Édouard Bergeon, fils du personnage joué par Canet, racontant la tragédie vécue par son père – et, au-delà, celle de milliers d’agriculteurs laminés par le système productiviste, saignés par les crédits et empoisonnés par les produits "phytosanitaires" ? Car à moins d’être du côté de l’agro-business, on ne peut raisonnablement soutenir un modèle qui tue la terre, produit hors-sol, dévoie même les concepts "bio" tout en asservissant les paysans. En prolongeant par une "fiction" (les noms ont été changés, pas les situations) portée par une star, Édouard Bergeon espère sensibiliser un plus large public à cette question. Il le fera sans doute grâce à la force de frappe médiatiq

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Cédric Klapisch : « On est tous des anonymes »

ECRANS | Renouant avec deux des comédiens de "Ce qui nous lie", Cédric Klapisch revient dans la foule des villes pour parler… de solitude. Un paradoxe qu’il explique volontiers alors que sort en salle son "Deux moi".

Vincent Raymond | Mardi 10 septembre 2019

Cédric Klapisch : « On est tous des anonymes »

D’où vient cette idée de mélanger en un seul film thérapie et drame existentiel ? Cédric Klapisch : Un scénario est toujours un mélange d’idées. Là, il y avait le désir d’une sorte d’hommage à ma mère, psychanalyste à la retraite. Il y a 6 ou 7 ans, elle redoutait le moment où elle aurait son dernier patient. Je me suis interrogé sur ce qu’était son métier. Dans le même temps, je me demandais si une histoire où deux personnes célibataires ne se rencontrant qu’à la fin d’un film pouvait marcher : comme je ne n’en avais jamais vu, j’ai essayé. C’est intéressant de prendre deux personnages un peu au hasard dans la grande ville et d’essayer d’être précis sur cette idée des "deux moi" : on va assez loin dans l’intime de chacun, à l’inverse des "romantic comedy". Ça décale un peu le sujet puisqu’ici on parle d’avant la rencontre. Il y a beaucoup de réminiscences de Chacun cherche son chat — pas seulement parce qu’un chat fait du lien social et par la présence de Garance Clavel ou Renée Le Calm au générique. Ici aussi, vous vous interrogez sur ce que c’est qu'être dans un quartie

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"Deux moi" : seuls two par Cédric Klapisch

ECRANS | Comment deux trentenaires parisiens confrontés à leur solitude et leurs tourments intérieurs s’évitent avant de se trouver. Cédric Klapisch signe ici deux films en un : voilà qui explique qu’il soit un peu trop allongé, pas uniquement à cause des séances de psychanalyse.

Vincent Raymond | Mardi 10 septembre 2019

Ils sont voisins, se côtoient tous les jours mais ne se connaissent pas. Entre leur âge, leurs problèmes de sommeil, de boulot ou leurs difficultés à se projeter, Rémy (François Civil) et Mélanie (Ana Girardot) ont beaucoup en commun et à partager. Mais pour le savoir, encore faudrait-il qu’ils se rencontrent… L’idée de jouer sur la frustration des spectateurs en retardant à l’extrême la rencontre de ce duo s’avère sacrément perverse si l’on y réfléchit, puisqu’elle tient du "coitus interruptus" entre deux personnages se frôlant à peine – chacun étant protagoniste de son histoire à l’intérieur de ce film jumeau. S’ils paraissent ensemble, ce n’est que virtuellement : dans l’esprit du public et par la grâce du montage. Le réalisateur s’égare un peu d’ailleurs dans cette dilatation excessive précédant la délivrance collective : une vingtaine de minutes surnuméraires aurait pu rester sur le chutier. Ou alors il aurait fallu opter pour la mini-série en quatre épisodes et quatre heures. Dans la fourmilière Si l’on fait abstraction de la romance, ou si on la considère comme un prétexte, on retrouve les motifs favoris du

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"Nous finirons ensemble" : Guillaume Canet et ses potes encore un peu plus à l’ouest

ECRANS | De Guillaume Canet (Fr., 2h15) avec François Cluzet, Marion Cotillard, Gilles Lellouche…

Vincent Raymond | Mardi 30 avril 2019

Dix ans après l’été maudit qui vit périr l’un des leurs, le groupe d’amis du Cap Ferret des Petits mouchoirs s’est disloqué. Sous l’impulsion d’Éric, ils se retrouvent tous pour célébrer les 60 ans de Max. Or celui-ci, sur le point de vendre sa maison, goûte guère la surprise… On prend les mêmes et on continue en suivant la recette : faire fermenter dans une résidence de nabab émirati ou de milliardaire texan un groupe "d’amis" aux égos hypertrophiés se mesurant la longueur du portefeuille pour savoir qui sera le nouveau mâle alpha de la bande. Fatalement, il faut s’attendre à du combat de coqs. Quand ils en ont le temps, certain·es de ces quadra adulescents pensent (un peu) aux autres. Pas forcément à leurs enfants, ces boulets d’arrière-plan décoratif conservés en cas de nécessité dramatique ; plutôt à la planète le temps d’un couplet fédérateur dans l’air du temps. Ces personnages seraient faits pour être raillés, on souscrirait volontiers. Mais non : il faut les aimer pour leurs "blessures"

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"Doubles vies" : Olivier Assayas sous les couvertures...

ECRANS | de Olivier Assayas (Fr, 1h48) avec Guillaume Canet, Juliette Binoche, Vincent Macaigne…

Vincent Raymond | Lundi 14 janvier 2019

Dirigeant avec pugnacité et passion une maison d’édition, Alain (Guillaume Canet) s’interroge : sur ses publications – il vient de refuser l’énième opus de son ami nombriliste Léonard (Vincent Macaigne) –, sur l’évolution de son métier à l’heure du numérique, sur le couple qu’il forme avec Séléna (Juliette Binoche), une comédienne de série… Bonne nouvelle : après l’éprouvant Personal Shopper, Olivier Assayas a tourné la page pour évoquer en français deux sujets on ne peut plus hexagonaux : les chassés-croisés amoureux et le milieu du livre – deux passions tricolores qui se croiseront prochainement à nouveau dans Le Mystère Henri Pick de Rémi Bezançon prévu pour le 6 mars. L’approche est habile, car on ne sait en définitive s’il s’agit d’une réflexion profonde sur les mutations des industries culturelles (s’apprêtant, après avoir glissé du monde des lettres à celui des chiffres, à basculer dans celui, binaire, de la digitalisation) pas

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"Le Grand Bain" : des gars des eaux

ECRANS | de Gilles Lellouche (Fr, 2h02) avec Mathieu Amalric, Guillaume Canet, Benoît Poelvoorde…

Vincent Raymond | Jeudi 18 octobre 2018

Chômeur dépressif, Bertrand rejoint un groupe de bras cassés, tous vaguement en déroute personnelle, pour former une très baroque équipe de natation synchronisée masculine. Entraînés par deux ex championnes azimutées, les gars vont se révéler aux autres et à eux-mêmes… Gilles Lellouche réalisateur, ce n’est pas une nouveauté : co-auteur de courts ainsi que d’un long avec son ancien complice Tristan Aurouet (Narco, 2004), il avait aussi participé à la trop inégale (dé)pantalonnade Les Infidèles (2012) avec un autre de ses potes, Jean Dujardin. En revanche, c’est la première fois qu’il se retrouve en solo derrière la caméra pour un long. Si son fidèle Guillaume Canet figure au générique, il n’en est pas le centre de gravité : Le Grand Bain est authentique histoire sur le groupe et la force de l’union. Pas d’un club de quadra friqués pérorant en buvant des huîtres ; plutôt une collection de paumés de la classe jadis moyenne confrontée aux fins de mois difficiles et/ou à

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"L'Amour est une fête" : et ce film, une défaite

ECRANS | de Cédric Anger (Fr, 1h59) avec Guillaume Canet, Gilles Lellouche, Camille Razat…

Vincent Raymond | Mardi 18 septembre 2018

Vous qui entrez dans la salle, abandonnez tout espoir de tomber sur un équivalent à la française de Boogie Night, fameux film de Paul Thomas Anderson. Narrant l’infiltration de deux flics (Guillaume Canet et Gilles Lellouche) dans l’univers des peep-shows et du X en plein dans les années 1980 parisiennes, cet Amour est une fête n’en a ni le rythme, ni la folie. Présente-t-il quelque gravité dramatique, des attraits comiques insoupçonnés ? Pas davantage. Diable… Oserait-il, alors, s’appuyer sur ce décor ou ce contexte favorable pour créer un authentique film érotique doté d’une intrigue ? Pas plus que Yann Gonzalez avec sa (dé)pantalonnade Un couteau dans le cœur : on se trouve en présence de cinéastes qui vendent hypocritement l’idée du soufre, en craignant d’en prononcer le nom, et passent leur film à moquer leurs aînés du cinéma bis ou Z, tout en les pillant et les contrefaisant (mal) à coups de néons roses et de cheveux peroxydés. Ne parlons pas hommage, puisqu'il s’agit de dérision. Il n’y a là ni amour, ni fête ; d’ailleurs, ce n’est ni fait, ni à faire… Seule lumière au tableau : la B.O

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"Soleil battant" : les sœurs Laperrousaz à l’ombre du deuil

ECRANS | de Clara & Laura Laperrousaz (Fr., 1h35) avec Ana Girardot, Clément Roussier, Agathe Bonitzer…

Vincent Raymond | Mardi 12 décembre 2017

Un couple et ses deux petites jumelles arrivent dans leur résidence au Portugal pour un séjour estival. Très vite, des tensions apparaissent entre les parents et le spectre d’un drame ressurgit : quelques années plus tôt, leur fille aînée a été victime d’un accident fatal en ces lieux… Au vu de l’argument et de la dédicace finale, on devine que les sœurs cinéastes Clara et Laura Laperrousaz ont puisé dans une histoire vraisemblablement très proche de la leur pour composer ce long-métrage entrant de surcroît en étroite résonance avec un court précédent, Retenir les ciels (2013). Nul ne les blâmera d’user de l’art, en l’occurrence du cinéma, comme d’un médium cathartique. Esthétique, l’image l’est assurément : les plans à la composition picturale tirent parti des paysages, du moindre crépuscule rougeoyant, des nuits profondes. Quant au soleil du titre, s’il ne fait pas forcément ressentir sa morsure brûlante, ses effet sur les corps et les nerfs sont palpables : les gamines infusent dans un mélange de torpeur, d’éclats de voix et de silences. Elle ne sont pas longues à découvrir le secret de leur aînée disparue. Le duo d’autr

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"Mon garçon" : surprenant Guillaume Canet, même si...

ECRANS | de Christian Carion (Fr., 1h23) avec Guillaume Canet, Mélanie Laurent, Olivier De Benoist…

Vincent Raymond | Mardi 19 septembre 2017

Brusquement rappelé à ses devoirs lorsqu'il apprend la disparition de son fils, un père divorcé et absent mène en parallèle de la police une enquête aussi désespérée que désordonnée. Malgré son désespoir et ses entorses à la loi, ses efforts le mènent à une piste. Sera-t-elle la bonne ? Familier ces dernières années de lourdes fresques historiques, Christian Carion ose ici un dispositif plus expérimental rappelant démarche de Steven Soderbergh pour Full Frontal : il dirige un comédien (Guillaume Canet) tenu à l’écart du scénario (ainsi que de l’ensemble de l’équipe) histoire de miser sur sa spontanéité d’individu plutôt que sur son "métier" d’interprète – le tournage en six jours dans les hauteurs du Vercors ajoutant à son conditionnement psychologique. La démarche, ambitieuse et louable, donne lieu à de surprenantes envolées de Canet qu’on ne supposait pas être aussi physique (sortir de sa zone de confiance, ça a du bon ) ainsi qu’à des séquences difficiles à soutenir pour qui est en empathie avec son personnage. Dommage que l’intrigue policière, bien linéaire, manque de quelques chausse-trapes et fausses pistes : l

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"Cars 3" : sortie de piste

ECRANS | de Brian Fee (É.-U., 1h49) animation

Vincent Raymond | Mardi 4 juillet 2017

Flash McQueen se fait vieux : la nouvelle génération relègue la sienne aux stands, voire à la casse. Bien décidé à montrer qu’il en a encore sous le capot, l’ancien élève de Doc Hudson tente de remettre les gaz aidé par Cruz Ramirez – une coach qui aurait aimé être pilote… Oublié, le deuxième volet à base d’essence d’espionnage frelatée ; retour ici aux fondamentaux : la course, la gomme brûlée et la fascination puérile pour la vitesse – en se livrant à un peu de psychanalyse de comptoir, on tirerait sûrement des choses rigolotes de cette vénération pour les objets polis, aérodynamiques et écarlates majoritairement masculins. À l’instar d’un Rocky Balboa moyen, McQueen doit accepter son déclin et de transmettre le flambeau. Mais de continuer à en remontrer à une bleusaille arrogante. Cette leçon vaut bien un rodage, sans doute, mais elle n’ajoute rien à la gloire de Pixar, dont on espère avec Coco (en novembre sur les écrans) enfin un digne successeur au merveilleux Vice-Versa. Le 2 août

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"Ce qui nous lie" : millésime de qualité pour Cédric Klapisch

ECRANS | D’une vendange à l’autre, une fratrie renoue autour du domaine familial… Métaphore liquide du temps et de la quintessence des souvenirs précieux, le (bon) vin trouve en Cédric Klapisch un admirateur inspiré. Un millésime de qualité, après une série de crus inégaux.

Vincent Raymond | Lundi 12 juin 2017

Dix ans après avoir laissé sa Bourgogne pour courir le monde, Jean (Pio Marmaï) s’en revient au domaine viticole familial, alors que son père agonise. Oubliant rancune et rancœur, dépassant les tracas administratifs, il s’emploie avec sa sœur (Ana Girardot) et son frère (François Civil) à réussir le meilleur vin possible. Le travail d’un an, le travail de leur vie… Loin de délaisser la caméra ces mois passés (il a en effet enchaîné pour la télévision la création de la série Dix pour cent et des documentaires consacrés à Renaud Lavillenie) Cédric Klapisch a pourtant pris son temps avant de revenir à la fiction sur grand écran. Une sage décision, au regard de ses dernières réalisations : sa sur-suite facultative et paresseuse à L’Auberge espagnole en mode cash-machine ou son recours systématique au film choral néo-lelouchien constituaient autant de symptômes d’un essoufflement préoccupant.

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Cédric Klapisch : « Le drame se fabrique avec du rien »

Interview | On a rencontré le fameux réalisateur qui, avec "Ce qui nous lie", livre un beau drame familial autour du vin.

Vincent Raymond | Mardi 13 juin 2017

Cédric Klapisch : « Le drame se fabrique avec du rien »

Qu’est-ce qui, dans Ce qui nous lie, vous a amené à parler du vin et de la transmission aujourd’hui ? Cédric Klapisch : C’est toujours compliqué de savoir pourquoi l’on fait un film. En tout cas, c’est sûr que le vin m’intéresse, pas seulement parce que je l’aime mais parce que c’est un produit qui contient du temps. Je voulais terminer par quelqu’un qui boit un verre de vin contenant tout ce que l’on a vu dans le film, mais j’ai placé ce plan assez tôt. Les personnages boivent le vin de leur grand-père, de leur père… On sent que dans le verre, il y a une personne qui s’est exprimée. Au-delà de ça, le film raconte que le vin est à la fois un savoir-faire que l’on apprend par ses parents, un terroir, tellement de choses qui n’existent dans aucun autre produit. Le vin a quelque chose de mythologique, avec des dieux (Dionysos, Bacchus) très signifiants, qui mélangent la raison et le côté irrationnel. Bref, des choses assez complexes. Étrangement, le

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Guillaume Canet sera ce mercredi à Grenoble pour "Rock'n Roll"

ECRANS | On vient tout juste de l'apprendre – et le Pathé Chavant aussi visiblement ! Dans le but de continuer à promouvoir son film Rock'n Roll sorti (...)

Aurélien Martinez | Mardi 21 février 2017

Guillaume Canet sera ce mercredi à Grenoble pour

On vient tout juste de l'apprendre – et le Pathé Chavant aussi visiblement ! Dans le but de continuer à promouvoir son film Rock'n Roll sorti mercredi 15 février, l’acteur et réalisateur français sera mercredi 22 février à Grenoble pour rencontrer le public de la séance de 19h10. Il interviendra après la diffusion du film, au Pathé Chavant donc. Pour en savoir plus avant la projo, lisez l’interview que nous a accordée Guillaume Canet, qui a « fait sa crise de la quarantaine avec ce film », et notre critique plutôt mitigée. Réservations possibles sur le site du Pathé.

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Guillaume Canet : « J’ai fait ma crise de la quarantaine avec "Rock'n'Roll" »

Interview | Après avoir digéré l’insuccès de "Blood Ties", Guillaume Canet a tout remis à plat. À commencer par sa propre vie, dans une autofiction baptisée "Rock'n'roll”.

Vincent Raymond | Mercredi 15 février 2017

Guillaume Canet : « J’ai fait ma crise de la quarantaine avec

Pourquoi ce film auto-réflexif sur votre métier et votre vie ? Guillaume Canet : Je voulais faire un truc sur l’image depuis longtemps, parce ce que quand on est très exposé, on entend énormément de choses. Ça m’amusait aussi de traiter un autre thème qu’un sujet boutique sur le cinéma ou la notoriété, en parlant du jeunisme et de la quarantaine chez l’homme. Aujourd’hui, on est très recentré sur soi : il faut être sain, avoir des cheveux (pas gris), on doit faire du sport, il y a une culpabilisation autour de la cigarette…. Je n’ai pas eu ma crise de la quarantaine, mais je l’ai faite à travers ce film. Comment avez-vous convaincu les autres (Yvan Attal, Johnny Hallyday, Kev Adams...) de jouer avec leur image ? Ils ont tous été séduits par cette autodérision, cet humour. Yvan Attal, par exemple, que ça faisait marrer que je me fasse appeler "M. Cotillard", m’a envoyé un message de bonne année signé "Yvan Gainsbourg". Lui aussi passe à travers

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"Rock’n’roll" : pas très subversif Monsieur Cotillard

ECRANS | de et avec Guillaume Canet (Fr., 2h03) avec également Marion Cotillard, Gilles Lellouche…

Vincent Raymond | Mardi 14 février 2017

Quand Guillaume Canet comprend qu’il fait figure, pour la nouvelle génération, de mec installé et pépère dans sa vie de famille comme dans son métier, le quadra pète un câble et veut (se) prouver qu’il possède encore au fond de lui une étincelle rebelle. Mais l’a-t-il jamais eue ? Naviguant, à l’instar du Grosse Fatigue (1993) de Michel Blanc, dans la sphère privée voire l’intimité des stars, cette autofiction cathartique permet à Canet de (presque) assouvir tous ses fantasmes sans (réellement) basculer dans la transgression : c’est son image, c’est-à-dire son "moi" médiatique, qui prend les coups qu’il s’assène lui-même. Sous l’œil complice de nombreux guests, l’acteur-réalisateur s’inflige un catalogue d’autopunitions gros comme un dico (éprouverait-il un besoin inconscient et masochiste d’expier ?), avant de trouver un second souffle dans une deuxième partie inattendue, nettement plus délirante. Mais à mille lieues de toute subversion, Rock’n

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"Cézanne et moi" : peindre ou faire la moue

ECRANS | de Danièle Thompson (Fr., 1h54) avec Guillaume Gallienne, Guillaume Canet, Alice Pol, Déborah François…

Vincent Raymond | Lundi 19 septembre 2016

Cézanne vient visiter son camarade Zola en sa demeure, avec au cœur l’envie d’en découdre : Paul n’a pas apprécié d’avoir servi (à son insu) de modèle pour le roman d’Émile L’Œuvre. Et zou, flash-back dans leur enfance provençale, leur jeunesse bohème – sans Aznavour – mais avec de la vache enragée à Paris, leurs succès et échecs, leurs femmes ; le tout sous de la belle lumière avec de l’accent qui chante… Le cinéma qualité française n’est pas mort, il bouge encore. Enfin, il se contente d’exhaler un parfum de térébenthine patinée et de dérouler des saynètes minutieusement datées comme on arrache les feuillets d’un éphéméride. Dans cette carte postale, les deux Guillaume font ce que l’on attend d’eux : l’un "galliennise" l’exubérance méridionale libertaire jusqu’au bout du pinceau, l’autre "canettise" la componction du notable parvenu et tente de nous convaincre qu’il a un gros ventre – sans y parvenir, d’ailleurs. Vraiment, Danielle Thompson a bien fait d’arrêter les films de groupes et de familles hystériques pour se consacrer au futur contenu télévisuel des fins d’après-midis d’hiver…

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Un homme idéal

ECRANS | À cause d’une imposture littéraire devenue succès de librairies, un jeune auteur est entraîné dans une spirale criminelle. Yann Gozlan signe une réussite inattendue du thriller hexagonal, avec un Pierre Niney excellent en héros négatif. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 17 mars 2015

Un homme idéal

Les yeux cernés, le visage fiévreux, un jeune homme hurle en jetant sa voiture contre une paroi rocheuse. Flashback : trois ans auparavant, on le découvre, pas forcément mieux dans ses baskets, suant sang et eau pour accoucher d’un roman finalement refusé par tous les éditeurs parisiens et contraint de végéter dans un emploi minable de déménageur. Lors d’une de ses missions, il tombe sur les carnets d’un homme fraîchement décédé où celui-ci raconte sa vie de soldat pendant la guerre d’Algérie. Ni une, ni deux, Mathieu fauche le tapuscrit, le rentre dans son Mac et l’expédie fissa à un éditeur… qui accepte instantanément de le publier. Succès critique et public, voici l’imposteur promu star de la littérature française. Dans ce premier acte, Yann Gozlan, auteur de l’oubliable Captifs, enclenche le turbo pour raconter à toute vitesse cette ascension fulgurante, non sans la pimenter d’un regard incisif sur les mœurs des lettres actuelles. La manière dont Mathieu invente son personnage en s’inspirant des apparitions télés d’auteurs célèbres (Gary, Houellebecq et… Yann Moix !) expr

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En solitaire

ECRANS | De Christophe Offenstein (Fr, 1h36) avec François Cluzet, Samy Seghir, Guillaume Canet…

Christophe Chabert | Mercredi 30 octobre 2013

En solitaire

Yann Kermadec, marin chevronné, remplace au pied levé son frère qui s’est cassé une jambe pour participer au Vendée Globe. À peine parti, il découvre un clandestin dans la soute, se retrouvant malgré lui en infraction avec le règlement de cette course «en solitaire». Si on enlève le défi du tournage dans les conditions réelles de la navigation, ce premier film du chef opérateur de Guillaume Canet est un naufrage intégral. Le récit prend l’eau de partout, noyé par une avalanche de bons sentiments, sur le bateau comme sur la terre ferme, ce qu’une musique de supermarché vient souligner jusqu’à l’overdose. Surtout, le film ne prend le temps de rien, ni de filmer le professionnalisme du marin, ni de montrer les liens affectifs qui se nouent entre les personnages. C’est une bouillie télévisuelle écrite par des disciples de Robert MacKee qui créent des conflits artificiels et les résolvent en deux secondes – les rapports entre la fille de Cluzet et sa belle-mère jouée par Virginie Efira atteignent ainsi des sommets de niaiserie. Heureusement que le film sort un mois avant

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Jappeloup

ECRANS | De Christian Duguay (Fr, 2h10) avec Guillaume Canet, Marina Hands, Daniel Auteuil…

Christophe Chabert | Jeudi 7 mars 2013

Jappeloup

Plus scandaleux que l’affaire des lasagnes, l’acharnement du cinéma français à mettre du cheval à toutes les sauces sur les écrans. Après la comédie hippique qui pique comme un vin éventé (Turf), voici le biopic de la monture et de son destrier certifié 100% histoire vraie, avec la fine fleur des acteurs cavaliers dans les rôles principaux. Jappeloup cherche d’un bout à l’autre un angle pour raconter cette success story à la française, pendant que son réalisateur Christian Duguay, yes man canadien à qui on a curieusement accordé un titre de séjour, lui cherche vainement une forme. On sent l’armada de monteurs venus sortir le truc de la panade, tentant de dynamiser l’alternance mécanique de gros plans, plans à la grue et ralentis sur le canasson qui saute un obstacle, pendant qu’un groupe de script doctors prenait la décision, absurde, de changer toutes les trente minutes de sujet : d’abord le jockey indécis, puis le lien père/fils, puis la réflexion sur le cavalier qui doit aimer son cheval, puis le triomphe seul contre tous.

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Une vie meilleure

ECRANS | De Cédric Kahn (Fr-Can, 1h50) avec Guillaume Canet, Leila Bekhti…

François Cau | Jeudi 22 décembre 2011

Une vie meilleure

Antidote absolu au pensum mélodramatique de Philippe Lioret Toutes nos envies, Une vie meilleure marque le retour au premier plan de son cinéaste, Cédric Kahn, qui signe ici son meilleur film. Yann (Canet, incroyablement bon, ce qui n’était pas gagné), cuistot dans une cantine scolaire, rencontre Nadia (Leila Bekhti, définitivement une des actrices passionnantes du cinéma français), serveuse dans un restaurant chic. Coup de foudre. Elle a déjà un enfant, lui rêve d’avoir sa propre affaire. Ensemble, ils achètent une grande maison en forêt qu’ils retapent pour en faire un restau cosy, mais les normes draconiennes, le piège des crédits et les banques intraitables les plongent dans la précarité. Kahn raconte ce premier acte avec une sécheresse de trait implacable : collant aux objectifs de ses personnages et à leurs actions, laissant des ellipses béantes dans la narration pour éviter tout schéma explicatif, il crée une sensation d’urgence proche du cinéma des frères Dardenne. Lorsque le couple se sépare et que le récit se recentre sur Yann et l’enfant, le cinéaste arrive à conserver ce regard à la fois empathique et coupant, emmenant son film dans des directions inattendues : à la

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La Nouvelle guerre des boutons

ECRANS | De Christophe Barratier (Fr, 1h40) avec Guillaume Canet, Laetitia Casta, Kad Merad…

Christophe Chabert | Lundi 19 septembre 2011

La Nouvelle guerre des boutons

Comme prévu, cette deuxième Guerre des boutons est plus présentable que celle de Yann Samuell. Barratier a soigné la manufacture du film, et supplante son challenger sur tous les paramètres (scénario, direction d’acteurs, réalisation, photo). Ceci étant, cette version «propre» verse aussi dans ce qui était l’écueil attendu de cette vague boutonneuse : son côté chromo de la France villageoise, muséifiée malgré la tentative d’y incorporer la noirceur d’une époque pas vraiment édénique (l’occupation en 1944). Les acteurs sont engoncés (l’hypersexuée Laetitia Casta est renvoyée à sa première période Bicyclette — fleur — bleue), la mise en scène tient de la mise en images, et cette Nouvelle Guerre est quand même la plus vieillotte. Plus encore, on se rend compte que le roman de Pergaud a beau être mis à toutes les sauces, il manque sérieusement de piment, et dans tous les cas, c’est bien derrière le film d’Yves Robert que les cinéastes cavalent. Barratier gagne donc aux points un match définitivement nul.

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"Les Petits mouchoirs" : c'est la cata, c'est la cata, c'est la catastrophe

ECRANS | De Guillaume Canet (Fr, 2h34) avec François Cluzet, Marion Cotillard…

La rédaction | Lundi 18 octobre 2010

Quels meilleurs qualificatifs que gentil et inoffensif pour définir Guillaume Canet ? Naïf ? Fade ? Nul ? On est méchants, c’est vrai, mais il le faut – et pas par snobisme. Car s’il manquait une preuve à ses admirateurs après le surestimé et invraisemblablement récompensé Ne le dis à personne, Les Petits mouchoirs devrait mettre tout le monde d’accord. Inspiré par un florilège bâtard de références où se croisent pêle-mêle Jean-Marie Poiré, Yves Robert, Claude Sautet, Lawrence Kasdan et Cassavetes (sic), Canet s’offre un film de potes, avec ses potes (Cluzet, Lellouche, Dujardin...), pour la bagatelle de 25 millions d’euros. Un peu cher et aberrant pour un projet dont l’ambition se résume à, grosso modo, filmer les tracas existentiels et sentimentaux de petits-bourgeois en vacances. Rien ne fonctionne dans ce grand film personnel sur la vie et l'amour selon Saint Guillaume : le scénario s’acharne à combler du vide et tresser laborieusement des enjeux ; la mise en scène est molle et insignifiante ; le casting en pilotage automatique ; les personnages aussi passionnants à regarder qu’un poster de l’UMP – la palme à Mar

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