Love is strange

ECRANS | D’Ira Sachs (ÉU, 1h38) avec John Lithgow, Alfred Molina, Marisa Tomei…

Christophe Chabert | Mercredi 12 novembre 2014

Ben (John Lithgow) et George (Alfred Molina) décident, après 39 ans de vie commune, de se marier. Mais une fois leur union connue, George est viré de son travail dans une école catholique et ils doivent se résoudre à vendre leur appartement new-yorkais, puis à vivre séparément en attendant de trouver un nouveau logement. Au diapason de la musique de Chopin qui lui sert de bande-son, Love is strange distille une petite musique douce pour raconter sans effusion mélodramatique une histoire simple, cruelle et bouleversante : comment un enchaînement de circonstances malheureuses vient rappeler à un couple ordinaire la précarité de son existence.

Ira Sachs, sans tomber dans le didactisme ou le militantisme, mais en prêtant une attention constante aux doutes et aux petites humiliations commises ou subies par ses personnages, montre ainsi que George et Ben sont au croisement de plusieurs minorités : gays, mais aussi âgés, sans emploi et sans domicile. Ce qui pèse sur l'un – le licenciement injuste de George – ne pèse pas sur l'autre – Ben devient un fardeau pour la famille qui l'accueille, ne trouvant jamais vraiment sa place – et seul l'amour indéfectible qui les unit leur permet de surmonter l'épreuve qu'ils traversent.

Dans le dernier acte, aussi pudique que bouleversant, cet amour « étrange » devient aussi une forme de testament et de transmission, comme si, par-delà les générations et les orientations sexuelles, ce couple modèle jusque dans ses failles et ses différences venait rappeler que le plus grand courage dans une vie, c'est simplement de prendre la main de la personne aimée. Ça pourrait être mièvre, c'est juste très beau.

Christophe Chabert


Love is strange

D'Ira Sachs (EU-Fr, 1h38) avec Alfred Molina, John Lithgow...

D'Ira Sachs (EU-Fr, 1h38) avec Alfred Molina, John Lithgow...

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Après 39 ans de vie commune, George et Ben décident de se marier. Mais, au retour de leur voyage de noces, George se fait subitement licencier. Du jour au lendemain, le couple n'est plus en mesure de rembourser le prêt de son appartement new-yorkais.


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"Brooklyn Village" : vintage mon désamour

ECRANS | de Ira Sachs (E.-U., 1h25) avec Theo Taplitz, Michael Barbieri, Greg Kinnear…

Vincent Raymond | Mardi 20 septembre 2016

La mode est au vintage, et l'Américain Ira Sachs y succombe à sa façon avec ce simulacre de film indépendant tel qu’on les faisait dans les années quatre-vingt-dix – avec une économie de moyen, une caméra 16mm et une poignée de trentenaires. Sauf qu’ici, ce sont des quinquas, et des ados, lesquels font la tête à leur parents parce que ceux-ci se chamaillent pour de méchantes histoires de sous. Un sujet minimal à périmètre familial, des lumières douces filtrées par le rideau, le son de la rue à peine étouffé… pourquoi pas ? Le souci, c’est que cela complaît dans une prévisibilité et une désuétude assommantes. Hésitant à se faire le descendant de Woody Allen pour les séquences avec les adultes, le Gregg Araki ou le Gus Van Sant timoré pour les scènes entre les adolescents, Ira Sachs ne se retrouve finalement nulle part. Bien sûr, Greg Kinnear joue les Droopy avec beaucoup de conviction (il n’a que peu de mérite : sa paupière tombante lui est d’un précieux concours), mais cela ne suffit pas à justifier un Grand Prix à Deauville. Car après tout, ce court-métrage délayé ayant pour titre original Little Men se devrait d’être centré sur les gamins ;

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40 ans, mode d’emploi

ECRANS | De Judd Apatow (ÉU, 2h13) avec Paul Rudd, Leslie Mann, John Lithgow…

Christophe Chabert | Jeudi 7 mars 2013

40 ans, mode d’emploi

La quarantaine, ses bonnes résolutions, ses petits renoncements et ses grands compromis ; la vie de couple avec enfants selon Judd Apatow ressemble à une chanson de Benabar ou à un film de Cédric Klapisch : rire sur l’écran de notre médiocrité ordinaire. Programme peu ragoûtant, même s’il y a là une vraie qualité d’écriture et de direction d’acteurs – plus que dans son précédent et à moitié réussi Funny people. Sauf qu’en cours de route, une mélancolie s’insinue dans ce film jusqu’ici en trop bonne santé, liée aux deux générations qui encadrent le couple vedette (Paul Rudd et Leslie Mann, au demeurant excellents) : d’un côté, les propres filles d’Apatow, adolescentes qui se témoignent leur amour en s’insultant copieusement ; de l’autre, les deux pères indignes, l’un envahissant et irresponsable (Albert Brooks), l’autre démissionnaire et arrogant (John Lithgow). De beaux personnages de fiction, superbement campés, et non pas des substituts du spectateur auxquels il comparerait pour validation son propre vécu. Le goût du second rôle et de l’improvisation comique, habituel chez Apatow, est ici canalisé et retrouve sa fonction première ; apporter de la coule

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