L'Homme du peuple

ECRANS | D’Andrzej Wajda (Pol, 2h08) avec Robert Wieckiewicz, Agnieszka Grochowska…

Christophe Chabert | Mardi 18 novembre 2014

Pour boucler sa trilogie ouvrière entamée il y a plus de trente-cinq ans avec L'Homme de marbre et poursuivie avec L'Homme de fer, pour lequel il remporta la Palme d'or cannoise en 1981, Andrzej Wajda s'attaque à la bio filmée de celui qui va faire trembler le pouvoir communiste, Lech Walesa. Entre temps, son cinéma a perdu beaucoup de ce qui faisait son mordant, politique et esthétique ; le résultat, d'un classicisme absolu, conforme aux codes les plus élémentaires du genre, s'en ressent.

Il y a d'un côté l'histoire édifiante d'un simple ouvrier des chantiers navals propulsé leader de la contestation, avec un mélange d'archives et de reconstitution soignée, sans parler du mimétisme de Robert Wieckiewicz dans le rôle de Walesa (carrure massive, moustache et cigarette au bec) ; de l'autre, la vie intime et difficile de l'homme Walesa, qui néglige sa famille au profit de son combat. Soit l'ordinaire du biopic tel qu'il se pratique désormais partout dans le monde, dont la seule vertu est de rappeler une page d'histoire encore chaude à une Europe il est vrai en voie d'amnésie.

Pour le reste, il n'est pas interdit de penser que cet Homme du peuple, par son rythme pépère et sa facture visuelle très banale, aurait tout aussi bien pu donner une mini-série télévisée.

Christophe Chabert


L'Homme du peuple

D'Andrzej Wajda (Pol, 2h04) avec Robert Wieckiewicz, Agnieszka Grochowska, Iwona Bielska...

D'Andrzej Wajda (Pol, 2h04) avec Robert Wieckiewicz, Agnieszka Grochowska, Iwona Bielska...

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Lech Walesa est un travailleur ordinaire, un électricien qui doit composer avec une vie de famille, et sa femme Danuta. Alors que les manifestations ouvrières sont durement réprimées par le régime communiste, il est porté par ses camarades à la table des négociations. Son franc-parler et son charisme le conduisent vite à endosser un rôle national. Il ne se doute pas encore que sa vie va basculer, en même temps que la grande Histoire.


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Le Polonais Andrzej Wajda (1926 – 2016) achève sa carrière par un film retraçant le combat de Władysław Strzemiński, artiste peintre opprimé par la férule communiste à Łódź au mitan des années cinquante, soit pile au moment où le réalisateur y étudiait le cinéma. Quel troublant symbole ! Nullement crépusculaire ni testamentaire, ce portrait-hommage d’un homme défendant sa liberté jusqu’à l’ultime extrémité (ce qui n’est pas un vain mot pour Strzemiński, amputé d’une jambe et d’un bras) use d’un classicisme formel pour célébrer l’audace, voire la subversion de ce théoricien et précurseur de l’art contemporain. Mais classicisme ne signifie pas académisme : Wajda intègre le minimalisme chromatique, le dépouillement décoratif et architectural emblématique de son œuvre dans l’esthétique de son film. Ce faisant, il réinscrit l’artiste polonais dans son époque, à la barbe de ses détracteurs, et montre qu’après la triste parenthèse soviétisante valant à Władysław d’être martyrisé à la façon d’un Joseph K., la postérité lui a donné raison. Mention particulière à Bogusław Linda, l’interprète de Str

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