Gaby baby doll

ECRANS | De Sophie Letourneur (Fr, 1h27) avec Lolita Chammah, Benjamin Biolay, Félix Moati…

Christophe Chabert | Mardi 16 décembre 2014

Qu'est-il arrivé à Sophie Letourneur ? Depuis son prometteur La Vie au Ranch, elle s'est enfermée dans un cinéma de plus en plus autarcique et régressif. Les Coquillettes sentait le truc potache vite fait mal fait, un film pour "happy few" où la blague principale consistait à reconnaître les critiques cinéma parisiens dans leurs propres rôles de festivaliers traînant en soirées. Gaby baby doll, à l'inverse, choisit une forme rigoureuse, presque topographique, reposant sur la répétition des lieux, des actions et des plans, pour raconter… pas grand-chose.

Car cette love story campagnarde longuement différée entre un ermite barbu et épris de solitude (Biolay, égal à lui-même) et une Parisienne qui ne supporte pas de passer ses nuits seule (Lolita Chammah, plutôt exaspérante) est pour le moins inconsistante. Letourneur semble parodier la forme de la comédie rohmerienne en la ramenant sur un territoire superficiel et futile, une sorte de fantaisie girly intello dont les contradictions lui pètent en permanence à la figure. On sent que la cinéaste voudrait qu'on prenne au sérieux son manque de sérieux, qu'on fasse de grandes dissertations sur la maigreur de son argument – c'est voulu – et la rigidité de son style – c'est un parti pris. Mais rien n'y fait : Gaby baby doll, à l'image de la chansonnette poussive qui le conclue, c'est de l'"easy cinema" sans conséquence, sitôt vu, sitôt oublié.

Christophe Chabert


Gaby Baby Doll

De Sophie Letourneur (Fr, 1h28) avec Lolita Chammah, Benjamin Biolay...

De Sophie Letourneur (Fr, 1h28) avec Lolita Chammah, Benjamin Biolay...

voir la fiche du film


Gaby, on ne devrait pas la laisser seule la nuit. Or, c'est justement ce que fait Vincent, son petit ami, pour mettre son amour à l'épreuve. Elle a pourtant du mal à contrarier sa nature et, a vite fait d'épuiser la patience des gars du village. Mais cette histoire abrite un autre personnage: Nicolas, gardien du château, et c'est vers cet expert en solitude, que Gaby choisit de se tourner - quitte à le détourner de son cher chemin.


entrez votre adresse mail pour vous abonner à la newsletter

"Deux fils" : soutiens de famille par Félix Moati

ECRANS | de Félix Moati (Fr, 1h30) avec Vincent Lacoste, Benoît Poelvoorde, Mathieu Capella…

Vincent Raymond | Mardi 12 février 2019

Dans la famille Zucarelli, la mère est partie depuis belle lurette ; le père médecin déprime depuis deux ans et se rêve romancier ; le fils aîné Joachim fait semblant de préparer sa thèse : le cadet Ivan se passionne pour le latin (et la fille du gardien du collège)... On a connu des jours meilleurs… Avec cette histoire touchante de mecs cabossés, Félix Moati, ici réalisateur, prouve qu’on peut signer en guise de premier long-métrage un film de copains, une déclaration d’admiration pour ses confrères et consœurs, ainsi qu’une "dramédie" tournant plus loin que les environs immédiats de son petit nombril (il s’agit vraiment du parcours d’un trio), le tout dans une réalisation un peu bringuebalante et jazzy, très en phase somme toute avec le sujet. Sous des dehors éminemment masculins, Deux fils fait ressortir les fragilités de ses protagonistes, fanfaronnant ou s’abandonnant à diverses excentricités pour masquer (mais en vain) leur sentiment d’être orphelins – de mère, de compagne. Moati les montre dans un délitement pathétique, petit îlots de solitude comprenant qu’ils doivent vivre en archipel pour affronter les vagu

Continuer à lire

"Gaspard va au mariage" avec Anderson, Baumbach et Sautet dans ses valises

ECRANS | de Antony Cordier (Fr., 1h43) avec Marina Foïs, Félix Moati, Guillaume Gouix…

Vincent Raymond | Dimanche 28 janvier 2018

En route pour le mariage de son père, Gaspard (Félix Moati) propose à l’excentrique Laura (Laetitia Dosch) rencontrée dans le train de jouer à la compagne-alibi, contre rémunération mais en tout bien tout honneur. Proposition étrange, à la mesure de la famille du jeune homme, qui tient un zoo baroque en déroute… Intéressé depuis toujours par des figures de "transgressions douces" (libertinage adolescent dans Douches froides puis entre adultes dans Happy Few), le réalisateur Antony Cordier voit plus grand avec cette parentèle gentiment branque, au sein d’un film dont la tonalité (ainsi que le chapitrage) évoquent la folie tendre de Wes Anderson, époque Famille Tenenbaum. Un autre tenant de la comédie contemporaine américaine arty décalée bénéficie au passage d’un hommage explicite : Noah Baumbach, le réalisateur de Margot va au mariage (2007). Mais à l’absurdité romantique des situations dans un zoo arti

Continuer à lire

"La Douleur" : Mélanie Thierry, étonnante Marguerite Duras

ECRANS | de Emmanuel Finkiel (Fr., 2h06) avec Mélanie Thierry, Benoît Magimel, Benjamin Biolay…

Vincent Raymond | Lundi 22 janvier 2018

L’ironie sordide de l’actualité fait que ce film sort sur les écrans peu après la disparition de Paul Otchakovsky-Laurens, l’éditeur ayant publié le livre dont il est l’adaptation. Un livre qui aurait pu demeurer dans une confidence obstinée : Marguerite Duras prétendait avoir oublié jusqu’à l’existence de la rédaction de cette partie de son journal intime – la mémoire sait être sélective pour s’épargner certaines souffrances. Son mari Robert Antelme ayant été arrêté puis déporté, Marguerite Duras jette sur des cahiers le cri muet de son attente quotidienne ; cette douleur sourde avivée par l’incertitude et la peur pour l’autre, pour le réseau, pour soi. Dans la moiteur d’une Occupation expirante, un flic collabo profite de l’absence de nouvelles (bonnes ou mauvaises) pour engager avec elle un jeu pervers de séduction… Mais qui instrumentalise qui ? Mémoire effacée et ravivée, souvenir de la Shoah… On comprend que le réalisateur Emmanuel Finkiel ait été touché par le thème et la démarche de Duras. Pour cette adaptation naturellement sèche, il convoque la grande Histoire dans ses compartiments les plus intimes, faisant abstrac

Continuer à lire

"Cherchez la femme" : cachez ce film qu’on ne saurait voir

ECRANS | de Sou Abadi (Fr., 1h28) avec Félix Moati, Camélia Jordana, William Lebghil…

Vincent Raymond | Mardi 27 juin 2017

Anne Alvaro est, décidément, une immense comédienne que son talent préserve de l’adversité – c’est-à-dire des pires des naufrages cinématographiques. Sa confondante interprétation d’une militante iranienne (accent inclus) réfugiée dans le XVIe arrondissement lui vaut ainsi de sortir sans dommage de cette épouvantable comédie sentimentale. Elle est bien la seule. La réalisatrice Sou Abadi, par exemple, manque son coche dans ce mariage entre romance et critique sociale humoristique. Pas du fait d’une hybridation hasardeuse, ni du thème puisque l’on peut rire de tout, si c’est fait avec intelligence et talent. Car hélas, le choix d’un sujet brûlant n’exonère pas un auteur de maladresse ni de naïveté. Sou Abadi raconte ici le stratagème trouvé par un étudiant désirant continuer à voir sa copine enfermée chez elle par son grand frère revenu radicalisé d’un camp : il se couvre d’une burqa et se fait passer pour une femme. Quiproquos à l’ancienne, situations balourdes, personnage de fondamentalistes d’une bêtise profonde… Défendre des idées justes ne dispense pas de travailler en profondeur la construction dramatique et devrait empêcher de réduire

Continuer à lire

Le beau Biolay nouveau est arrivé

MUSIQUES | Quatre ans après "Vengeance", Benjamin Biolay revient avec un album frappant d'originalité et de sincérité. Véritable renaissance après sa dépression, "Palermo Hollywood" est un pied de nez aux préjugés qui lui collaient à la peau. Il sera jeudi à la Belle électrique.

Gabriel Cnudde | Mardi 15 novembre 2016

Le beau Biolay nouveau est arrivé

« C'est en s'oubliant qu'on trouve. » Qu'il ait été inspiré ou non par cette prière de saint François, Benjamin Biolay s'est vraisemblablement retrouvé sur son septième album studio, Palermo Hollywood. Au fond du gouffre pendant de longues semaines, perdu entre l'alcool et les médicaments, c'est en Argentine que le chanteur à texte a trouvé un échappatoire. Sept ans après le magistral La Superbe (2009), Biolay devait faire taire ceux qui pensaient que sa carrière avait alors atteint son apogée. Si Vengeance (2012) n'avait pas fait l'unanimité, Palermo Hollywood, lui, a davantage séduit. Ce succès retentissant, Benjamin Biolay le doit avant tout à sa capacité de réaction. Raillé pour son penchant naturel à la mélancolie, moqué pour son côté sombre, il a aujourd'hui réussi à sortir de ce carcan pour s'ouvrir à de nouveaux horizons musicaux. Resort de cette éclosion un album à l'orchestration magnifique sur lequel Ennio Morricone et quelques bandas prennent tour à tour le contrôle du chanteur. On remue des épaules sur le festif La noche ya no existe puis on danse plus franche

Continuer à lire

Les onze concerts de l'automne (onze, oui)

Saison 2016 / 2017 | On fait quoi jusqu'à la fin de l'année ? On va écouter qui ? Voici une sélection extraite de notre panorama de rentrée culturelle sorti le 14 septembre. Mais allez fouiller aussi sur notre site, dans le coin "les choix de la rédaction" ; vous verrez : on attend de nombreux autres concerts !

La rédaction | Jeudi 15 septembre 2016

Les onze concerts de l'automne (onze, oui)

Ben Harper À en croire la chanson titre de son album Call it what it is, et en tout cas sur ce morceau au moins, Ben Harper continue, après un album avec maman, de revenir aux sources et aux tripes du blues, quelque part du côté de chez Taj Mahal, mais sans se départir de ses accents politiques. Ici, il est question de la vague de bavures meurtrières de la police américaine à l'endroit de nombre de jeunes noirs. C'est donc un Ben Harper habité, comme il l'est aussi en mode Stevie Wonder sur Shine, que l'on retrouvera sur la scène du Summum pour la deuxième en deux ans. Au Summum mardi 4 octobre __________ Stranded Horse Génial esprit transversal, le dénommé Yann Tambour n'en finit plus de tirer le fil que constituent les cordes d'une kora, produisant un mariage de folk, de pop et bien sûr de musique traditionnelle mandingue qui est allé un jour jusqu'à s'échouer magnifiquement sur les terres grises de Joy Division (ah, cette reprise de

Continuer à lire

"Irréprochable" : inquiétante Marina Foïs

ECRANS | de Sébastien Marnier (Fr., 1h43) avec Marina Foïs, Jérémie Elkaïm, Joséphine Japy, Benjamin Biolay…

Vincent Raymond | Mardi 5 juillet 2016

On ne spolie pas grand-chose de l’intrigue en laissant entendre que Constance, jouée par Marina Foïs, est ici tout sauf irréprochable. Crampon vaguement crevarde au début, elle se révèle ensuite mytho et érotomane, avant de dévoiler au bout du bout un visage plus trouble. Une cascade de "retournements" un peu outrés, censés changer notre point de vue sur ce personnage donné (trompeusement) pour bohème sympa. Le problème, c’est que l’on sait d’entrée qu’il y a un souci : regard fixe et lourd, attitudes maniaques, Constance n’a rien de la fille à qui vous confiriez votre sandwich ni votre code de carte de crédit ; elle respire le vice plus que la vertu. Modeler de la noirceur et des ambiances intrigantes ou inquiétantes semble davantage intéresser Sébastien Marnier qu’animer un personnage cohérent. Dommage, car il dispose par ailleurs d’atouts non négligeables : une distribution surprenante (mais qui fonctionne), ainsi qu’une excellente bande originale signée Zombie Zombie – un adjuvant essentiel.

Continuer à lire

"Vicky", l'ego trip de Victoria Bedos

ECRANS | de Denis Imbert (Fr., 1h28) avec Victoria Bedos, Chantal Lauby, François Berléand, Benjamin Biolay…

Vincent Raymond | Mardi 7 juin 2016

En théorie, on devrait éprouver compassion et bienveillance pour Victoria Bedos, la pauvre petite fille riche racontant ici sa difficulté d’avoir pour père un comédien misanthrope et pour frère un monstre d’égoïsme se servant d’elle comme d’un paillasson – de préférence les soirs de pluie. C’est à cause, ou grâce, à ces modèles masculins étouffants qu’elle a voulu se réinventer sur grand écran en devenant chanteuse underground, car elle a du talent, elle aussi… Mais notre empathie, on s’assoira dessus, puisque la comédienne-scénariste affirme qu’il ne faut chercher aucun règlement de compte dans ce film servant sa gloire et fusillant les affreux machos autocentrés de sa parentèle. Elle s’est pourtant donné bien du mal pour accentuer les ressemblances et que chacun identifie sans peine les Bedos derrière les Bonhomme. Cela dit, en étant de presque tous les plans dans l’autoficiton qu’elle se consacre, Victoria montre n’avoir rien à envier à son entourage en matière d’ego. Voir Vicky, c’est un peu comme assister à un spectacle scolaire de fin d’année joué par d’autres enfants que les vôtres : à quoi bon ?

Continuer à lire

À trois on y va

ECRANS | Entre vaudeville et étude des indécisions sentimentales, Jérôme Bonnell livre sa vision du triangle amoureux dans un film qui ne manque ni de charme, ni de sincérité, mais de rigueur dans sa mise en scène et son scénario. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 24 mars 2015

À trois on y va

Charlotte vit avec Micha, mais elle aime en secret Mélodie. Or, Mélodie va tomber amoureuse de Micha, tentant de dissimuler cette aventure à Charlotte. Le triangle amoureux est-il un triangle isocèle ou équilatéral, à partir du moment où se retrouvent abolies les barrières de sexe et de genre ? La réponse à cette équation est dans le dernier film de Jérôme Bonnell, qui pourtant n’a que faire des mathématiques. Son cinéma reste obstinément dans le viseur d’une tradition bien française héritée de la littérature et du théâtre, avec cette petite musique qui lui sert de style depuis Le Chignon d’Olga jusqu’au Temps de l’aventure. Il y aura donc des amant(e)s dans le placard – ou sur le rebord de la fenêtre – comme dans tout bon vaudeville qui se respecte ; et si le téléphone portable et les SMS font ici figure de portes qui claquent, cette mise à jour n’occulte pas les ressorts boulevardiers du scénario. Plus originale est la matière humaine que pétrit Bonnell : celle de ses jeunes acteurs, en particulier Anaïs Demoustier, qui semb

Continuer à lire

Anton Tchékhov 1890

ECRANS | De René Féret (Fr, 1h36) avec Nicolas Giraud, Lolita Chammah, Jacques Bonnaffé…

Christophe Chabert | Mardi 17 mars 2015

Anton Tchékhov 1890

Comme il l’avait fait pour Nannerl, la sœur de Mozart, René Féret consacre à Anton Tchékhov un biopic en costumes qui louvoie entre académisme télévisuel et volonté de ne pas se laisser embastiller par sa reconstitution. Projet bizarre, assez ingrat, qui récupère des défauts de tous côtés, que ce soit dans des dialogues beaucoup trop sentencieux et littéraires ou dans une caméra à l’épaule qui, loin de donner de l’énergie à la mise en scène (comme chez Benoît Jacquot, quand il est en forme), souligne surtout le manque de moyens de l’entreprise. Il y a aussi cette manière très scolaire d’exposer sa thèse sur l’auteur : médecin modeste et pétri d’un sentiment de culpabilité et d’impuissance, Tchékhov (Nicolas Giraud qui, comme les autres jeunes acteurs du film, paraît frappé d’anachronisme) ne s’épanouit pas non plus dans la littérature, se jugeant indigne des honneurs qu’on lui consacre. Il faudra qu’il s’exile dans un bagne pour que ses deux vocations se rejoignent et que Tchékhov parvienne à une forme de paix intérieure. C’est d’ailleurs le

Continuer à lire

L’Art de la fugue

ECRANS | De Brice Cauvin (Fr, 1h40) avec Laurent Lafitte, Agnès Jaoui, Benjamin Biolay, Nicolas Bedos…

Christophe Chabert | Mardi 3 mars 2015

L’Art de la fugue

Tiré d’un best-seller de Stephen McCauley, L’Art de la fugue se présente en film choral autour de trois frères tous au bord de la rupture : Antoine se demande s’il doit s’engager plus avant avec son boyfriend psychologue ; Gérard est en instance de divorce avec sa femme ; et Louis entame une relation adultère alors qu’il est sur le point de se marier. Le tout sous la férule de parents envahissants et capricieux – savoureux duo Guy Marchand / Marie-Christine Barrault. On sent que Brice Cauvin aimerait se glisser dans les traces d’une Agnès Jaoui (ici actrice et conseillère au scénario) à travers cette comédie douce-amère à fort relents socio-psychologiques. Il en est toutefois assez loin, notamment dans des dialogues qui sentent beaucoup trop la télévision – les personnages passent par exemple leur temps à s’appeler par leurs prénoms, alors qu’ils sont à dix centimètres et qu’ils entretiennent tous des liens familiaux ou professionnels… C’est un peu pareil pour la mise en scène, plus effacée que transparente, tétanisée à l’idée de faire une fausse note. Malgré tout cela, le film se laisse voir, il arrive même à être parfois touchant (notamment le beau

Continuer à lire

"Love Songs" : l’amour à la française avec Vanessa Paradis

Concert | Retour au sommet cette année pour Vanessa Paradis, grâce à un album produit et réalisé par Benjamin Biolay. Un duo gagnant qui confirme que l’interprète est une subtile pâte à modeler pour des auteurs-compositeurs capables de révéler ses multiples facettes artistiques.

Aurélien Martinez | Jeudi 21 novembre 2013

Plus de vingt-cinq ans que Vanessa Paradis navigue dans le monde de la chanson française, sous-catégorie variété haut de gamme. Une longévité remarquable pour celle qui n’écrit pas (ou si peu) ses morceaux : un pari risqué, la rendant dépendante d’autres – souvent des hommes d’ailleurs. Mais ce serait sans compter sur ce mystère qui lui permet de subtilement diffuser sa sève pour que les albums qu’on lui compose semblent venir directement d’elle. Normal, puisqu’elle s’est souvent associée à des auteurs-compositeurs de renom avec qui elle entretenait une relation plus que professionnelle – amicale ou amoureuse. Serge Gainsbourg en 1990 pour le moins cul-cul qu’il n’y paraît Variations sur le même t’aime, Lenny Kravitz en 1992 pour l’envoûtant (et tout en anglais) Vanessa Paradis, ou encore Matthieu Chédid et quelques autres auteurs de la même veine en 2000 pour l’écrin Bliss : chaq

Continuer à lire

Benjamin Biolay : elles et lui

Concert | Après des débuts difficiles tant avec le public que la critique, Benjamin Biolay met pas mal de monde d’accord depuis quelques années. Ce qui lui vaut d’être désigné pote de cénacle des Gainsbourg, Bashung & co. Un artiste prolifique qui diffuse aussi son venin charnel chez d’autres artistes – principalement des femmes. Petit tour d’horizon des plus emblématiques de ces couples d’un temps, avant le concert que Monsieur BB donnera cette semaine à Grenoble.

Aurélien Martinez | Vendredi 7 juin 2013

Benjamin Biolay : elles et lui

Keren Ann Le premier album en français de la chanteuse d’origine néerlandaise voit le jour en 2000. Il est écrit en collaboration avec un Biolay qui n’a pas encore livré de production solo (Rose Kennedy sortira un an plus tard). Très Suzanne Vega et Joni Mitchell, La Biographie de Luka Philipsen est un petit bijou mélodique, sobre, gracieux, plus folk que chanson française, qui met discrètement en lumière le talent de cette souffleuse de mots constamment Sur le fil. Fort de cette réussite (qui se réitérera sur deux autres albums), le tandem est alors invité la même année à travailler sur Chambre avec vue, le nouveau disque du vétéran Henri Salvador porté par le fameux Jardin d’hiver (déjà présent sur La Biographie de Luka Philipsen). Une réussite, et un véritable succès qui replace Salvador sur le devant de la scène (explosion des ventes, Victoires de la musique à la pelle...) – même si ce dernier tenta par la suite de minorer la participation de

Continuer à lire

Cher homme connu

MUSIQUES | Compte-rendu énamouré de concerts. Nadja Pobel

Aurélien Martinez | Vendredi 7 juin 2013

Cher homme connu

Nous nous rencontrons dès l’automne 2007, toi sur la scène du Kao (Lyon), moi en face, dans une salle pleine. À l’époque, tu es le bad boy de la chanson française que la presse adore détester, faisant ses choux gras de tes crachats sur Bénabar et consorts. Mais, au plateau, c’est un homme heureux qui assure 2h30 de concert et joue les multi-instrumentistes (dont le trombone, l’instrument de tes gammes). Une claque. Quand on se retrouve en mars 2010, La Superbe a remis les pendules à l’heure chez les grincheux. Les médias t’adoubent enfin, tu remplis des mois à l’avance le Transbordeur (Lyon encore), deux fois la jauge du Kao. Un concert de cordes avec harpe, piano… Superbe forcément. Quatre mois plus tard, je me mords les doigts de ne pas être aux Nuits de Fourvière (Lyon toujours) où tu es accompagné par le jeune orchestre symphonique du Conservatoire, là même où tu as traîné tes guêtres. 22 mai dernier. Retour au Transbo. L’album Vengeance a moins tourné sur ma platine que les précédents. Mais qu’est-ce que ça peut faire ? D’emblée, ce soir-là, une évidence 

Continuer à lire

Les Coquillettes

ECRANS | De et avec Sophie Letourneur (Fr, 1h12) avec Camille Genaud…

Christophe Chabert | Mercredi 13 mars 2013

Les Coquillettes

Sophie Letourneur va présenter au festival de Locarno son nouveau film. Elle y embarque ses comédiennes, chaudes comme de la braise, pendant qu’elle ne rêve que d’une chose : coucher avec Louis Garrel, qui vient de son côté présenter La Meule. L’affaire est racontée quelques mois plus tard dans son salon, avec ses mêmes copines, créant des va-et-vient entre le récit rapporté et sa mise en image. Un dispositif qui rappelle Eustache pour une idée qui évoque Jacques Rozier. Soit. À l’arrivée, c’est un cas d’école en forme de désastre filmique. Que des trentenaires se comportent comme des adolescentes, c’est déjà embarrassant. Que Locarno soit décrit comme un festival de sous-préfecture et l’été comme un morne automne, c’est cocasse. Que l’on y croise tout ce que la presse parisienne compte de critiques snobs venus faire un tour dans le nouveau film de leur copine, on dit adieu à la déontologie minimale et on comprend comment ce cinéma-là survit, en tuant à petit feu les journaux qui l’encensent. Mais le plus grave, c’est l’inanité totale du projet : en levant le voile sur l’arrière-cour du film d’auteur à la française, Letourneur ne fait que légitimer tout

Continuer à lire

Benjamin Biolay, la "Vengeance" aux deux visages

MUSIQUES | Connaissant l'animal et sa réputation de flingueur tous azimuts, son statut de tête à claque officielle pour beaucoup, ainsi que certaines de ses mésaventures (...)

Stéphane Duchêne | Vendredi 11 janvier 2013

Benjamin Biolay, la

Connaissant l'animal et sa réputation de flingueur tous azimuts, son statut de tête à claque officielle pour beaucoup, ainsi que certaines de ses mésaventures avec la presse (Technikart, la presse people), quand on a appris que Benjamin Biolay sortait un album intitulé Vengeance, on a crû au massacre. C'est tout l'inverse qui est arrivé à nos oreilles : certes inégal (un Biolay parfait ne serait pas un Biolay – mais on se permet de préciser qu'arrêter de rapper ne serait pas un mal), Vengeance est un album de haute volée rempli de pépites et de duos savants (dont un avec Carl Barat). Plus qu'une vengeance, même douce : un cadeau légèrement empoisonné, le potlatch d'un homme qui se préoccupe surtout de tracer sa route et ne cesse pour le coup – selon un cliché consacré – de gagner en maturité. Annoncée avant même la sortie de l'album pour le printemps 2013, la tournée Vengeance est attendue de pied ferme. Un couteau entre les dents. Benjamin Biolay, le vendredi 14 juin à la MC2

Continuer à lire

Télé Gaucho

ECRANS | De Michel Leclerc (Fr, 1h57) avec Félix Moati, Éric Elmosnino, Sara Forestier…

Christophe Chabert | Mercredi 5 décembre 2012

Télé Gaucho

Visiblement, en France, il est impossible de transformer l’essai d’un succès (critique et public) surprise… Michel Leclerc vient s’ajouter à une liste déjà longue (et pas encore close cette année…) de cinéastes trop confiants qui tentent de retrouver un esprit qu’ils réduisent à une formule creuse. Reprenant l’équation politique + romantisme + fantaisie de son Nom des gens, il la métamorphose en bouillie informe, scénaristiquement décousue, filmée n’importe comment, où l’humour pèse des briques et où les sentiments ont l’air fabriqués comme jamais. On suit donc le parcours d’un naïf qui, délaissant son stage sur TF1 (mais ce n’est pas TF1) pour aller faire ses classes dans la télé libre (Télé Bocal est devenue Télé Gaucho), et y croise de vrais gens passionnés, sincères et de gauche, avec tout ce que cela implique de purisme et de prise de courge sur celui qui a la plus grosse conscience militante. Probablement autobiographique, le film est surtout incroyablement égocentrique : Leclerc fait la voix-off, chante en live et au générique de fin, et s’inscrit sous l

Continuer à lire

Pourquoi tu pleures ?

ECRANS | De Katia Lewkowicz (Fr, 1h39) avec Benjamin Biolay, Emmanuelle Devos, Nicole Garcia…

François Cau | Mercredi 8 juin 2011

Pourquoi tu pleures ?

Avant qu’il ne s’enfonce dans une énième chronique des atermoiements amoureux, il y a une bonne idée dans Pourquoi tu pleures ? Raconter les dernières heures de célibat de son héros (Benjamin Biolay, autour de qui le film a manifestement été conçu) comme un labyrinthe kafkaïen dont nous serions, comme lui, les témoins passifs et incrédules. Une nuit d’ivresse, des Israëliens qu’on conduit dans un appartement surpeuplé et une absente, Anna, dont on ne sait ni où elle est, ni qui elle est. Bien sûr, Lewkowicz doit à un moment clarifier les choses, et le petit charme du film s’envole, laissant la place à une galerie de personnages colorés mais antipathiques digne du pire Klapisch. Les acteurs font alors ce qu’ils veulent, la caméra aussi, et le montage tente de mettre en ordre ce grand foutoir moyennement accueillant, qui fait appel au vécu du spectateur plutôt que de soigner pour lui ses effets (comiques, notamment) et sa direction artistique (décors tristes de quotidienneté, mixage incohérent). Beaucoup d’intentions, peu de réalisation : un travers très français. Christophe Chabert

Continuer à lire

La traversée du temps

ECRANS | Avec La Vie au ranch, Sophie Letourneur a séduit la presse ado et cinéphile. Parcours, méthodes et rencontre avec une jeune cinéaste qui compte. Jérôme Dittmar

François Cau | Vendredi 15 octobre 2010

La traversée du temps

Les films de Sophie Letourneur ont cette faculté de fusionner l’intime et l’universel. D’être au point de rencontre, souvent risqué, entre l’autobiographie et la fiction. Sans l’avoir croisé, on a presque tous déjà vécu son cinéma. Et sommes amenés à le revivre, autour d’un verre, entre amis, lors d’une soirée qui se prolongera tard dans la nuit. Il devient rare de rencontrer des auteurs, français et singuliers, comme Sophie Letourneur. À peine plus de trente ans et déjà un court, deux moyens et un long, le tout en six ans, sans aucune formation dans le cinéma ni de vrai contact avec le milieu. Venue des Arts déco, elle s’intéresse au quotidien et à l’anodin, thèmes qui deviendront ceux de plusieurs films expérimentaux et documentaires. Obsédée par le son, elle prend pour habitude d’enregistrer les conversations de son entourage, procédé qui lui servira pour ses fictions. Auxquelles Letourneur passe en 2004 avec un court, La Tête dans le vide, film de filles (déjà) tourné entre copines à partir de souvenirs et autres documents personnels. Le style est alors trouvé, un cinéma est né. Bulles Très vite, Letourneur va définir son sujet : l’impermanence, les transitions d’un âge à l’a

Continuer à lire

La Vie au ranch

ECRANS | De Sophie Letourneur (Fr, 1h32) avec Sarah Jane Sauvegrain, Eulalie Juster…

François Cau | Vendredi 8 octobre 2010

La Vie au ranch

On débarque dans La vie au ranch comme dans une soirée aux airs de déjà vécu : un appartement, de la musique, des gens, partout, qui boivent, clopent, parlent. Dès le premier plan, la caméra s’attarde sur un groupe de copines dont émergeront Pam, Lola et Manon, trois amies parisiennes d’une vingtaine d’années préférant glander et parler mecs plutôt que penser aux études. Ici pas d’exposition ni de récit balisé, le jeu semble improvisé, la narration a priori absente, les scènes s’enchaînant par blocs, comme les soirées, toujours arrosées. Pour son premier long après Manue Bolonaise et Roc & Canyon, Sophie Letourneur continue de filmer le quotidien pour y travailler par touches le motif de la transition. Si on voulait délimiter son sujet, on pourrait dire qu’il est celui de la post adolescence : état de grâce et à la fois d’incertitude où l’on jouit sans saisir les nécessités du lendemain et le poids de la réalité. Il est surtout un film sur le groupe, brillamment mis en scène, par inflexions de dialogues en apparence anodins et une subtile mise en espace de la parole rythmant l’action : circulant d’abord en circuit fermé, dans des appartements exigus fixant les liens entre le

Continuer à lire