Exodus : gods and kings

ECRANS | Ridley Scott réussit là où Darren Aronofsky avait échoué avec "Noé" : livrer un blockbuster biblique où la bondieuserie est remplacée par un regard agnostique et où le spectacle tient avant tout dans une forme de sidération visuelle. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 23 décembre 2014

Photo : © Twentieth Century Fox 2014


2014 restera l'année où les artistes agnostiques et athées se sont penchés sur les textes religieux pour en offrir une lecture rationnelle, intime ou réaliste. L'écrivain Emmanuel Carrère dans Le Royaume, le cinéaste Alain Cavalier dans Le Paradis et aujourd'hui Ridley Scott avec Exodus empoignent chacun à leur façon cette matière comme une source féconde de romanesque et de spectacle, tout en maintenant la distance avec leur caractère sacré. Dans le cas de Scott, c'est rien moins que les épisodes-clés de la Bible où Moïse choisit de libérer le peuple juif et de le conduire jusqu'à la terre promise qui forment le cœur de son blockbuster.

Dans un premier temps, le récit dessine un trajet au personnage qui rappelle celui du général Maximus dans Gladiator : frère d'arme du futur pharaon Ramses (Joel Edgerton, looké façon Brando période Kurtz / Apocalypse now), Moïse (Christian Bale, entre beau gosse à l'œil pétillant et sage au regard illuminé) découvre ses origines juives, est déchu de ses fonctions militaires et laissé pour mort par son ancien camarade. Cette première heure, une fois franchie l'impressionnante bataille d'ouverture, est avant tout un parcours intimiste où Moïse passe de l'opulence politique au dénuement, de la famille d'adoption à la famille tout court – femme et enfants – avant qu'il ne se fasse patriarche d'une famille plus grande encore : le peuple juif.

Moïse, héros campbellien

Scott fait de Moïse le premier des héros campbelliens plutôt qu'un prophète nanti d'une mission divine, le ramenant sur la terre des mythes plutôt que dans l'éther du sacré. Autour de lui, tout concourt à laisser la porte ouverte pour une interprétation rationnelle des "miracles" qui vont se produire. À commencer par l'apparition d'un Dieu vengeur, judicieusement représenté à l'écran par un enfant inflexible et colérique, qui pourrait n'être qu'une hallucination du héros suite à un mauvais choc.

Même quand les fameuses plaies s'abattent sur l'Égypte, Scott ménage toujours une explication scientifique aux invasions de sauterelles, de mouches et de grenouilles. Ces séquences offrent par ailleurs des visions cinématographiques sidérantes, comme on n'en avait pas vues sur un écran depuis les exploits de Cuarón avec Gravity. L'enjeu d'Exodus est bien de remplacer l'iconographie judéo-chrétienne d'un Cecil B. De Mille par une approche réaliste et crédible. La mer rouge qui s'écarte ou la rédaction des tables de la loi en sont de parfaits exemples, fidèles au projet global du film : créer du spectacle sans sombrer dans le pompiérisme et sans donner des gages aux bigots de tout poil.

Exodus : gods and kings
De Ridley Scott (ÉU, 2h35) avec Christian Bale, Joel Edgerton, John Turturro…
Sortie le 24 décembre


Exodus : Gods and Kings

De Ridley Scott (EU-Angl-Esp, 2h31) avec Christian Bale, Joel Edgerton...

De Ridley Scott (EU-Angl-Esp, 2h31) avec Christian Bale, Joel Edgerton...

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Une nouvelle vision de l’histoire de Moïse, leader insoumis qui défia le pharaon Ramsès, entraînant 600 000 esclaves dans un périple grandiose pour fuir l’Egypte et échapper au terrible cycle des dix plaies.


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Exodus Tattoo : l’art du tatouage

GUIDE URBAIN | Il y a quelques mois, Clémence et Mark ont ouvert leur salon de tatouage Exodus Tattoo à Grenoble, au 5 rue Genissieu. Sa particularité ? Il s’agit également d’une galerie d’art ouverte aux artistes émergents.

Hugo Verit | Mardi 20 octobre 2020

Exodus Tattoo : l’art du tatouage

Confinement oblige, c’est en mai dernier que Clémence et Mark ont véritablement pu ouvrir leur salon de tatouage Exodus Tattoo dans la très artistique rue Genissieu, au cœur du quartier Championnet. Et si nous tenons à vous en parler au Petit Bulletin, c’est parce que le lieu est également une galerie d’art, une vraie. « Nous voulons connecter le tatouage à l’art puisqu’il s’agit d’une démarche artistique comme une autre. Chacun a son style et, bien souvent, les tatoueurs créent aussi des tableaux. La seule différence, c’est le support, la peau en l’occurrence », explique Clémence. Il est vrai que, dans l’imaginaire collectif, le lien ne se fait pas forcément. « Au départ, le tatouage était considéré comme une prestation de service et les tatoueurs comme des techniciens. Il n’y avait pas d’œuvre unique, on tatouait des figures récurrentes. Mais depuis quelques années, les choses changent. » Contrairement à ce qu’on pourrait penser, la galerie n’expose pas uniquement des œuvres de tatoueurs mais s’ouvre à toutes les disciplines et à toutes les configura

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"Le Mans 66" : the mans of Le Mans

Cinema | De James Mangold (É.-U., 2h33) avec Matt Damon, Christian Bale, Jon Bernthal…

Vincent Raymond | Mardi 12 novembre 2019

Seul Américain à avoir remporté Le Mans, Carroll Shelby s’est reconverti dans la vente de voitures. Quand Henry Ford junior fait appel à lui pour construire la voiture capable de détrôner Ferrari, il saute sur l’occasion. D’autant qu’il connaît le pilote apte à la conduire : l’irascible Ken Miles… L’actualité a de ces volte-face ironiques… Sortant précisément au moment où le mariage PSA-Fiat (Chrysler) vient d’être officialisé, Le Mans 66 débute par la fin de non recevoir de Ferrari de s’allier à Ford, l’indépendante Scuderia préférant assurer ses arrières dans le giron de Fiat. Un camouflet, une blessure narcissique qui va précipiter l’industriel de Détroit dans une lutte orgueilleuse avec en ligne de mire la couronne mancelle. Est-ce de l’émulation (puisqu’il y a un enjeu technologique pour les deux sociétés en lice) ou bien la traduction d’un complexe psychologique de la part de leurs dirigeants ? On ne manquera pas de faire un lien avec la conquête

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James Mangold : « "Le Mans 66" est un film dramatique adulte, pas un film pop corn »

ECRANS | Après sa parenthèse Marvel (et le tranchant "Logan"), James Mangold revient à un biopic et aux années soixante avec cette évocation d’une "course" dans la plus prestigieuse des courses automobiles, Le Mans. Interception rapide lors de son passage à Paris.

Vincent Raymond | Mardi 12 novembre 2019

James Mangold : «

La quête du Mans par Ford ressemble beaucoup à la quête de la Lune par la Nasa à la même époque. Avez-vous l’impression d’avoir fait un film d’astronautes sur la route ? Quelle était la dimension symbolique qu’avait la course du Mans ? James Mangold : Je pense que pour Ford, gagner Le Mans revenait à se prouver quelque chose. La conquête de la Lune était en effet aussi une compétition, puisqu’il fallait arriver les premiers sur la Lune, en particulier avant les Russes. Le film essaie de montrer que gagner une course, c’est bien plus qu’une victoire de coureur automobile : c’est aussi celle de l’amitié, de l’équipe et d’une marque. Quel est votre rapport aux voitures ? J’ai un Land Rover. Les voitures, ce n’est pas l’alpha et l’omega pour moi. Mais le XXe siècle a été défini par la voiture ; elle a changé nos vies. À une époque, chaque homme ou femme possédait son propre cheval, sa propre monture pour aller où bon lui semblait. Ford est arrivé en faisant que la voiture soit abordable pour tous. Ensuite, ça a été le règne des autoroutes. Même aujourd’hui, quand on entre dans ces boîte de mé

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"Boy Erased" : au non du père

ECRANS | De Joel Edgerton (ÉU, 1h55) avec Lucas Hedges, Nicole Kidman, Russell Crowe…

Vincent Raymond | Mardi 26 mars 2019

Victime d’un viol à l’université, Jared se trouve contraint de dévoiler son homosexualité à sa famille. Pasteur de leur petite communauté, son père l’oblige à suivre un stage visant à le "guérir" de son orientation sous la houlette de Victor Sykes, un illuminé religieux pervers et nocif… On se souvient que la réalisatrice Desiree Akhavan avait l’an passé, dans Come As You Are, abordé ce même sujet des pseudo-thérapies de conversion, colonies sectaires où les familles à la limite de l’intégrisme placent leur enfant gay dans l’espoir que des gourous vomissant des versets de la Bible (tout en usant de tortures psychologiques et/ou physiques) les transforment en bons petits hétéronormés. Résultat ? Un taux de suicide hors norme. Le comédien-cinéaste australien Joel Edgerton reprend cette trame – et cette dénonciation – en lui donnant fatalement plus de lumière : d’une part parce qu’il adapte un fait divers (ne manquez pas à ce titre le carton de fin, d’un rare tragi-comique), de l’autre en conférant à des

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Adam McKay : « Il me fallait un regard un peu de côté pour comprendre Dick Cheney »

ECRANS | Biopic pop d’un politicien matois peu bavard, "Vice" approche avec une roublarde intelligence et un judicieux second degré le parcours du terrible Dick Cheney. Nous avons rencontré son auteur à Paris, ainsi qu'Amy Adams, l’interprète de Lynne Cheney. Et nous les avons fait parler…

Vincent Raymond | Lundi 18 février 2019

Adam McKay : « Il me fallait un regard un peu de côté pour comprendre Dick Cheney »

Après le 11 septembre, étiez-vous conscient de la politique manipulatrice de Cheney ? Adam McKay : Franchement, non. Ça n’a été qu’au moment de l’invasion de l’Irak que, soudain, il y a eu une prise de conscience que quelque chose n’allait pas, qu’une riposte n’était pas justifiée. Nous avons participé à toutes les grandes manifestations de protestation, mais il a fallu près de deux ans pour que nous puissions réagir. Adam, vous dites en ouverture du film que les renseignements sur Cheney ont été difficiles à trouver. Comment avez-vous procédé ? AMcK : Au départ, notre équipe de chercheurs a exploré tout le corpus "cheneyen" existant : tous les livres officiels, les interviews disponibles sur sa vie et son travail politique – ça ne manquait pas ! Une fois ce travail accompli, on a recruté nos propres journalistes qui sont allés faire des enquêtes sur les coulisses, à la rencontre de toutes ces personnes qui ont eu, à un moment ou un autre, affaire à

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"Vice" : au cœur du pourri

ECRANS | En général, la fonction crée l’organe. Parfois, une disposition crée la fonction. Comme pour l’ancien vice-président des États-Unis Dick Cheney, aux prérogatives sculptées par des années de coulisses et de coups bas, racontées ici sur un mode ludique par Adam McKay. Brillant et glaçant.

Vincent Raymond | Mardi 12 février 2019

Le fabuleux destin d’un soûlard bagarreur troquant, après une cuite de trop et les admonestations de son épouse, sa vie de patachon pour la politique. D’abord petite main dans l’administration Nixon, l’insatiable faucon parviendra à devenir le plus puissant des vice-présidents étasuniens… Reconnaissons à Hollywood ce talent que bien des alchimistes des temps anciens envieraient : transformer la pire merde en or. Ou comment rendre attractive, à la limite du grand spectacle ludique, l’existence d’un individu guidé par son intérêt personnel et son goût pour la manipulation occulte. C’est que Dick Cheney n’est pas n’importe qui : un type capable d’envoyer (sans retour) des bidasses à l’autre bout du monde lutter contre des menaces imaginaires histoire d’offrir des concessions pétrolières à ses amis, de tordre la constitution à son profit, de déstabiliser durablement le globe peut rivaliser avec n’importe quel méchant de franchise. Il est même étonnant que le réalisateur Adam McKay

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"Hostiles" : le western bouge encore

ECRANS | de Scott Cooper (ÉU, 2h13) avec Christian Bale, Rosamund Pike, Wes Studi…

Vincent Raymond | Mardi 13 mars 2018

1892. Peu avant de quitter l’armée, le capitaine Blocker se voit confier une ultime mission : escorter sur ses terres sacrées le chef Yellow Hawk moribond et les siens. Or Blocker, vétéran des guerres indiennes, hait les Cheyennes. Au terme d’un voyage agité, il révisera ses opinions. Le western constitue plus qu’un genre cinématographique : une merveilleuse éponge, s’imprégnant davantage de son contexte de tournage que de l’époque qu’il est censé dépeindre. Ainsi, le 1892 vu par le réalisateur Scott Cooper en dit-il long sur 2018 et l’approche de plus en plus ouvertement nuancée d’Hollywood vis-à-vis de la "conquête de l’Ouest". La représentation manichéenne, historiquement biaisée, du "gentil pèlerin propre sur lui face au vilain sauvage" a ainsi été rectifiée depuis les années 1970 (avec notamment Soldat Bleu et Little Big Man) ; et la terminologie elle-même a changé : les pionniers sont devenus des colons et les Indiens, des Amérindiens. Ceux-ci ne sont plus considérés comme des masses informes, mais en tant qu’individus organisés en peuple, aptes à agir indépendamment. Décrivant un long chemin (au sens propre vers le Mo

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"Blade Runner 2049" : l’avenir, c’était moins pire avant

ECRANS | Denis Villeneuve livre avec "Blade Runner 2049" une postérité plus pessimiste encore que le chef-d’œuvre de l'écrivain de science-fiction Philip K. Dick et du cinéaste Ridley Scott. Tombeau de l’humanité, son opéra de bruine crasseuse et de poussière survit à sa longueur (2h43) ainsi qu’à l’expressivité réduite de Ryan "Ford Escort" Gosling.

Vincent Raymond | Lundi 2 octobre 2017

2049, sur une Terre à la biocénose ravagée. Blade Runner (du nom d'unités policières spéciales), K. (Ryan Gosling) est un réplicant d’un modèle évolué chargé d’éliminer ses congénères réfractaires à l’autorité humaine. K. découvre lors d’une mission qu’une réplicante, en théorie stérile, a jadis accouché. L’enfant-miracle est très convoité… C’est peu dire que monde a les yeux braqués sur Denis Villeneuve, "celui qui s’est risqué" à prolonger le cauchemar de Philip K. Dick modifié par Ridley Scott en 1982. Demi-suite en forme de résonance (y compris musicale, même si Vangelis n’a pas été reconduit à la bande originale, supplanté par l’incontournable Hans Zimmer), ce nouvel opus permet au cinéaste de travailler en profondeur ses obsessions : l’identité brutalement perturbée (Incendies, Maelström, Un 32 août sur terre…) et la contamination de la réalité par les songes ou les souvenirs (Enemy, Premier Contact)

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Ridley Scott : « Le futur apparaît terrible et merveilleux »

Interview | Retour vers le futur avec Ridley Scott qui, bien qu'il figure désormais parmi les vétérans du cinéma mondial et ait anobli par la Reine, n'a rien perdu de son mordant. Ni de son perfectionnisme. La preuve avec "Alien : Covenant", nouveau volet de la saga dont il nous a parlé.

Vincent Raymond | Mardi 9 mai 2017

Ridley Scott : « Le futur apparaît terrible et merveilleux »

Pourquoi ce titre, Covenant (littéralement "engagement") ? Ridley Scott : C’est comme une promesse, c’est un accord, une alliance. Le vaisseau Covenant part avec deux mille bonnes âmes pour coloniser une autre planète, où l’humanité pourraient vivre. Il y a un sous-texte clairement religieux : Billy Crudup qui dit qu’il n’a pas été choisi comme chef parce qu’il avait en lui une foi trop forte. Un équipage n’est jamais composé au hasard, les gens sont bien identifiés avant le départ : il y a de longs entretiens qui sont réalisés sur le plan psychologique, religieux… Les membres d’une mission astronautique, par exemple, vivent ensemble avant de partir pour savoir s’ils sont capables de se supporter sans s’entre-tuer au bout de deux jours. En revenant à Alien, quel était pour vous l’enjeu principal et les pièges à éviter ? Il y avait des question auxquelles la tétralogie n’avait pas répondu : quel était ce vaisseau, qui était ce pilote,

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Avec "Alien : Covenant", la bête immonde est de retour

ECRANS | Après une patiente incubation, Ridley Scott accouche, avec "Alien : Covenant", de son troisième opus dans la vieille saga "Alien" (débutée en 1979), participant de son édification et de sa cohérence. Cette nouvelle pièce majeure semble de surcroît amorcer la convergence avec son autre univers totémique, "Blade Runner". Excitant.

Vincent Raymond | Mardi 9 mai 2017

Avec

L’ouverture d’Alien : Covenant se fait sur un œil se dessillant en très gros plan. Ce regard tout neuf et empli d’interrogations est porté par l’androïde David, création du milliardaire Peter Weyland. Aussitôt s’engage entre la créature et son démiurge une conversation philosophique sur l’origine de la vie, où affleure le désir de la machine de survivre à son concepteur. L’image mimétique d’un instinct de survie, en quelque sorte. Cet œil inaugural, immense et écarquillé, reflétant le monde qui l’entoure, fait doublement écho non à Prometheus, préquelle de la saga sorti en 2012, mais à l’incipit de Blade Runner (1982) du même Ridley Scott. L’œil y apparaît pareillement, pour réfléchir un décor futuriste et comme miroir de l’âme : c’est en effet par l’observation des mouvements de la pupille lors du fameux test de Voight-Kampff que l’on parvient à trier les authentiques humains de leurs simulacres synthétiques, les "répliquants". Le David

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"Loving" : et ils vécurent (difficilement) heureux...

ECRANS | De 1958 à 1967, le parcours de la noire Mildred et du blanc Richard, pour faire reconnaître la légalité de leur union à leur Virginie raciste. Histoire pure d’une jurisprudence contée avec sobriété par une voix de l’intérieur des terres, celle du prolifique Jeff Nichols.

Vincent Raymond | Mardi 14 février 2017

Pour mesurer à quel point des facteurs extrinsèques peuvent influer sur la perception ou la réception d’un film, replongez-vous quelques mois en arrière ; lorsque, dans la foulée des attentats de Paris et de Nice, Made in France de Nicolas Boukhrief puis Bastille Day de James Watkins virent leur carrière en salle avortée, par crainte d’une mauvaise interprétation du public. Un contexte certes différent a présidé à la naissance de Loving. Présenté en mai dernier sur la Croisette, le nouveau Jeff Nichols a pu apparaître comme un biopic édifiant sur les tracasseries humiliantes subies par le premier couple mixte légalement marié dans la ségrégationniste Virginie. Mais s’il rappelait que les pratiques discriminatoires n’appartenaient pas forcément au passé, dans un pays marqué par des tensions violentes et répétées entre les communautés (émeutes de Ferguson en 2014, puis de Baltimore en 2015), il prend à présent un sens supplémentaire, alors que Donald Trump a accédé au p

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"Thelma et Louise", vingt-cinq ans après

ECRANS | Le film de Ridley Scott sorti en 1991 est programmé ce jeudi à la Cinémathèque. Roulez jeunesses !

Vincent Raymond | Lundi 11 janvier 2016

Début décembre, l’exposition consacrée à Georgia O’Keefe et ses amis photographes au Musée de Grenoble nous avait déjà permis de replonger dans le Manhattan de Woody Allen ; voici qu’elle nous invite cette semaine à faire le grand saut avec le film Thelma et Louise. Comment refuser un bout de chemin en compagnie de ces deux affranchies, symboles d’une révolte légitime contre tous les asservissements ? Mais ne brûlons pas trop vite d’essence ni d’étapes : marche arrière toutes, et retour en 1991. Lorsque sort ce road movie, la signature de Ridley Scott n’est pas encore un indiscutable gage d’excellence : si le Britannique a alors à son actif – excusez du peu – les intrigants Duellistes (1976), le déjà légendaire Alien (1979) et le mutilé Blade Runner (1982) dont l’aura ne cesse de grandir avec le temps, il boucle une décennie en demi-tei

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Seul sur Mars

ECRANS | « Dans l’espace, personne ne vous entendra crier » menaçait l’affiche d’"Alien". Trente-six ans plus tard, Ridley Scott se pique de prouver la véracité du célèbre slogan en renouant avec l’anticipation spatiale. Et met en orbite son meilleur film depuis plusieurs années sidérales. Vincent Raymond

Vincent Raymond | Mardi 20 octobre 2015

Seul sur Mars

Ridley Scott est du style à remettre l’ouvrage sur métier. Obsessionnel et perfectionniste, sans doute insatisfait de ne pas avoir repris à Cameron le leadership sur la SF spatiale avec Prometheus (2012) (qui ressuscitait les mannes, toujours très vivaces, d’Alien en lui offrant une manière de préquelle), le cinéaste semble cette fois avoir voulu en remontrer à Cuarón et Nolan, les nouveaux barons du genre. Deux auteurs qui, comble de l’impudence, lui avaient emprunté (l’un dans Gravity, l’autre dans Interstellar) son approche réaliste des séjours cosmiques, très éloignée du traitement ludique propre au "space opera". Et qui fait de l’espace un contexte original dans lequel s’instaurent des événements générateurs de tension, d’un suspense – et non une fin en soi. Cette rivalité implicite (on pourrait parler d’émulation) entre cinéastes, rappelant la course à la Lune entre les grandes puis

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Le metal côte Ouest de Testament et Exodus

MUSIQUES | Si les noms de Testament et d’Exodus n’évoquent sans doute pas grand-chose pour les non-initiés, ils ont en revanche une résonnance toute particulière pour (...)

Damien Grimbert | Mardi 19 mai 2015

Le metal côte Ouest de Testament et Exodus

Si les noms de Testament et d’Exodus n’évoquent sans doute pas grand-chose pour les non-initiés, ils ont en revanche une résonnance toute particulière pour les amateurs de metal. Et pour cause : ils constituent en effet, aux côtés de formations phares comme Metallica, Slayer ou encore Megadeth, deux des groupes les plus emblématiques de la scène trash métal californienne des années 1980. Mais posons d’abord le contexte : après avoir émergé et s’être progressivement développé en Angleterre et aux États-Unis lors de la décennie précédente, le metal connaît au début des années 1980 un succès commercial et populaire sans précédent. À Los Angeles, sur le Sunset Strip, c’est ainsi le glam-metal permanenté et tubesque de Mötley Crüe et consorts qui règne en maître, au grand regret d’un certain nombre de puristes du genre, en quête d’un versant plus radical, plus violent et moins grotesque Cette alternative, c’est la Californie du Nord qui va l’enfanter, avec la scène trash metal de la Bay Area. Rejetant les paillettes et le culte de l’apparence du glam, des formations comme Metallica, Exodus et Testament (photo) vont puiser dans l’énergie du punk et du hardcore pour

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Cartel

ECRANS | La rencontre entre Cormac McCarthy et le vétéran Ridley Scott produit une hydre à deux têtes pas loin du ratage total, n’était l’absolue sincérité d’un projet qui tourne le dos, pour le meilleur et pour le pire, à toutes les conventions hollywoodiennes. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 12 novembre 2013

Cartel

Il y a sans doute eu maldonne quelque part. Comment un grand studio hollywoodien a-t-il pu laisser Cormac McCarthy, romancier certes adulé mais absolument novice en matière d’écriture cinématographique, signer de sa seule plume ce Cartel, le faire produire par la Fox et réaliser par un Ridley Scott réduit ces dernières années à cloner sans panache ses plus grands succès (Robin des Bois, sous-Gladiator, Prometheus, sous-Alien…) ? Le film est en tout point fidèle à la lettre et à l’esprit de ses œuvres littéraires : omniprésence de la corruption morale, déliquescence d’un monde livré à la sauvagerie et s’enfonçant dans une régression inéluctable vers le chaos, voilà pour l’esprit ; pour la lettre, c’est là que le bât blesse, tant McCarthy se contrefout éperdument des règles élémentaires de la dramaturgie cinématographique. Pas d’expositions des personnages, de longues conversations plutôt virtuoses dans leur façon d’exprimer les choses sans vraiment les nommer, mais qui versent aussi dans une emphase sentencieuse explicitant autant les intentions de l’auteur que la réalit

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The Dark knight rises

ECRANS | La très attendue conclusion de la trilogie imaginée par Christopher Nolan pour donner au personnage de Batman une ampleur sombre et contemporaine n’égale pas le deuxième volet, impressionnante dans sa part feuilletonesque, décevante sur son versant épique. Christophe Chabert

Aurélien Martinez | Mardi 14 août 2012

The Dark knight rises

Thèse, antithèse, synthèse. En bon cinéaste cérébral qu’il est, c’est ainsi que Christopher Nolan a conçu sa trilogie du chevalier noir dont ce dernier volet, qui en montre «l’ascension», fonctionne ainsi sur un système de reprises, croisements, répétitions, boucles et rimes, tous esquissés dans les deux opus précédents. Dans Batman begins, Nolan décrivait la naissance de son héros, gosse de riche orphelin devenu nomade paumé et bastonneur, puis recruté par la ligue des ombres qui l’instrumentalisait pour en faire un justicier nettoyant les rues de Gotham city de ses criminels et chassant la corruption qui gangrène ses élites. Ayant choisi l’ordre plutôt que l’anarchie, il devait faire face dans The Dark knight à ses doubles monstrueux, jusqu’à endosser le rôle d’ennemi public numéro un pour préserver une paix chèrement acquise. Nolan avait donc fait de Batman une figure réversible mais cohérente, celle d’une justice parallèle qui vient combler tous les vides de la démocratie, en édifiant un «mensonge» utile pour garantir son fonctionnement. Voici donc The Dark knight rises qui commence huit ans plus tard, et où Bruce Wayne vit reclus, solitair

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