Wild

ECRANS | De Jean-Marc Vallée (ÉU, 1h56) avec Reese Witherspoon, Gaby Hoffman, Laura Dern…

Christophe Chabert | Mardi 13 janvier 2015

Le titre fait évidemment penser au Into the wild de Sean Penn, tout comme le pitch, tiré d'une histoire vraie : Cheryl Strayed entreprend une randonnée solitaire de 17 000 kilomètres pour faire son deuil de sa mère et de sa jeunesse cabossée. Mais le film de Jean-Marc Vallée, dont on n'adorait déjà pas le Dallas Buyers Club, manque effectivement de « into the »… Tout y est réduit à une pure surface sans le moindre relief, que ce soit le trajet, les flashbacks sur les traumas de l'héroïne ou les aphorismes inscrits à même l'écran. Vallée met sur le même plan une relation sexuelle et une addiction à la drogue, la mort d'une mère et celle d'un cheval, passe le tout dans un grand shaker psychologisant et le recrache dans un montage lassant où rien n'arrête le regard.

Du voyage, on ne verra quasiment rien, tant le film comme le personnage ne s'intéressent pas aux autres ou à l'inconnu, mais seulement à eux-mêmes. Pire : à plusieurs reprises, les rencontres sont vécues comme des menaces pour cette fille solitaire. Mais Vallée, pas québécois pour rien, ne franchit jamais le pas, et les gens sont en fin de compte gentils, même quand ils n'en ont pas l'air. Un suspense émotionnel hypocrite bien à l'image de Wild, dont même Reese Witherspoon, qui se montre avec un volontarisme gênant sous un jour peu glamour, ne sort pas grandie, loin de là.

Christophe Chabert


Wild

De Jean-Marc Vallée (EU, 1h56) avec Reese Witherspoon, Gaby Hoffmann...

De Jean-Marc Vallée (EU, 1h56) avec Reese Witherspoon, Gaby Hoffmann...

voir la fiche du film


Après plusieurs années d’errance, d’addiction et l’échec de son couple, Cheryl Strayed prend une décision radicale : elle tourne le dos à son passé et, sans aucune expérience, se lance dans un périple en solitaire de 1700 kilomètres, à pied, avec pour seule compagnie le souvenir de sa mère disparue…


entrez votre adresse mail pour vous abonner à la newsletter

"Wildlife - Une saison ardente" : les noces rebelles

ECRANS | De Paul Dano (É.-U.., 1h45) avec Carey Mulligan, Jake Gyllenhaal, Ed Oxenbould…

Vincent Raymond | Mercredi 19 décembre 2018

Joe vient d’emménager avec ses parents dans un patelin des États-Unis des années 1960. Très orgueilleux mais incapable de garder un emploi, son père refuse que son épouse travaille. Il doit alors s’engager sur le front des incendies dans l’arrière-pays, accélérant la dissolution du couple… Ce premier long-métrage réalisé par le comédien Paul Dano ressemble à ces verreries craquelées qu’on craint d’effleurer de peur de les briser. Non que le film soit fragile (il révèle au contraire une belle maîtrise de mise en scène et des dispositions dans la direction d’acteurs) mais parce que l’histoire et les personnages eux-mêmes, à fleur de peau et de chagrin, transpirent leurs douleurs. Il y a de la grandeur tragique dans ces fêlures. Vu par un adolescent (étonnant Ed Oxenbould, avec sa physionomie de "jeune vieux"), ce récit de l’inéluctable éloignement d’un couple est aussi celui de la désagrégation désabusée d’un idéal : le "rêve américain", dont quelques ultimes miettes de réussite peuvent encore subsister. Lesquelles sont menacées par les flammes prédatrices d’un incendie permanent – toutes ressemblances avec une situation contemporaine…

Continuer à lire

La Cinémathèque sort de ses murs pour Billy Wilder

ECRANS | Rendez-vous mercredi 10 octobre à la Maison des Arts de Montbonnot-Saint-Martin pour (re)découvrir le fameux "Certains l'aiment chaud".

Vincent Raymond | Mardi 2 octobre 2018

La Cinémathèque sort de ses murs pour Billy Wilder

Qu'elle fut riche en miracles, en éclats de rire et en frissons la carrière de Billy Wilder (1906 – 2002) ! Grand formaliste œuvrant dans le film noir (Assurance sur la mort), le "whodunit" (Témoin à charge) ou la chronique hollywoodienne à clés (le merveilleux Sunset Boulevard), le cinéaste américain demeure avant tout réputé pour ses comédies au rythme trépidant et à la réplique mordante qui faisaient le bonheur des interprètes… et suscitent encore la joie du public. La Cinémathèque de Grenoble ayant l’excellente idée de consacrer un bref cycle (hors les murs) à cet exquis esprit, on ne saurait trop vous conseiller de faire la totale à commencer ce 10 octobre par Certains l’aiment chaud (1959). Histoire de travestis elle-même déguisée en comédie policière et musicale, ce monument est à revoir pour en distinguer, derrière le burlesque et l’inventive fantaisie, la douloureuse mélancolie. Il y a en effet comme une malédiction touchant les personnages, condamnés à ne jamais jouir d’un bonheur simple et sta

Continuer à lire

Avec "Polytechnique" et "C.R.A.Z.Y.", le Canada s'invite à la Cinémathèque

ECRANS | Deux films à (re)découvrir jeudi 26 et vendredi 27 avril dans le cadre du Mois du Canada du Centre d’études canadiennes de Grenoble.

Margaux Rinaldi | Mardi 24 avril 2018

Avec

Voilà, on sait désormais que le cinéaste Denis Villeneuve (Blade Runner 2049, Prisoners, Incendies...) quittera début mai la fraîcheur du Québec pour venir prendre sa place au sein du jury de la 71e édition du Festival de Cannes. Mais avant ça, la Cinémathèque de Grenoble, pour son mini cycle de projections dans le cadre du Mois du Canada, nous offre l’occasion de (re)découvrir une de ses anciennes réalisations. Soit le film Polytechnique (2009), inspiré de faits réels. Ou, plus précisément, inspiré du vide. C’est en tout cas le mot qui fut employé pour décrire les yeux de Marc Lépine quand, le 6 décembre 1989, il ouvrit le feu sur les femmes de l’École polytechnique de Montréal. Avec Maxim Gaudette dans le rôle-titre et des images en noi

Continuer à lire

"Un raccourci dans le temps" : Einstein à la moulinette

ECRANS | de Ava DuVernay (E.-U., 1h50) avec Storm Reid, Reese Witherspoon, Oprah Winfrey…

Vincent Raymond | Mardi 13 mars 2018

Quatre ans après la subite disparition d’un physicien ayant clamé pouvoir voyager dans l’univers par la force de la pensée, Meg, une fillette, et son petit frère génial partent à sa recherche avec l’aide bienveillante de trois entités féériques. Il leur faudra combatte une force maléfique, le Ça… Tiré d’un roman prétendument culte pour la jeunesse anglo-saxonne, cette adaptation ressemble surtout à un pot-pourri visuel de séquences ayant fait florès ailleurs : Avatar (le survol inutile d’une planète végétale sur le dos de Reese Witherspoon transformée en feuille d’épinard planante), Jurassic Park (les n’enfants courant dans le chaos), Harry Potter (l’ambiance forêt gothique, les objets magiques), Ça (le vilain hypnotiseur de p’tit frère aux yeux rouges) et même Le Cinquième Élément (l’amour ou la lumière pour terrasser les ténèbres), c’est dire ! Dans ce fourre-tout intégral, où Oprah Winfrey enchaîne étrangement les cosplays de RuPaul, les protagonistes entrent ou sortent comme dans un vaudeville, et l’on saute sans prévenir d’une quête vaguement individuelle à une mission universelle. Il

Continuer à lire

"Tous en scène" : music-animal animé

ECRANS | de Garth Jennings (E.-U., 1h48) animation

Vincent Raymond | Mardi 24 janvier 2017

Pour sauver son théâtre d’une ultime faillite, Buster le koala mise sur un concours de chant ouvert aux amateurs. Une succession de mésaventures lui rend la chose plus ardue que prévue, alors même qu’il a réuni une troupe de talents hors du commun… Les studios Illumination (incubateurs des Minions) savent souffler le froid et le chaud avec les animaux : au consternant Comme des bêtes sorti l’été dernier succède ici en effet une efficace et entraînante comédie, bien moins bébête et puérile que le cadre référentiel (l’engouement autour des télé-crochets musicaux) ne le laissait craindre. L’absence de clins d’œil à outrance, d’un trop-plein de parodies ou d’allusions à des demi-stars vaguement dans l’air du temps contribue à la réussite de l’ensemble, qui tire avant tout parti de ses ressources propres : son intrigue et ses personnages, aux caractéristiques adroitement dessinés. Même les voix françaises font preuve d’une tempérance bienvenue ! Cela dit, il n’y a pas de quoi être étonné : un film encadré pa

Continuer à lire

« Oscar Wilde était un vrai provocateur »

SCENES | Avec "L’importance d’être Wilde", le metteur en scène Philippe Person et l’auteur Philippe Honoré ont imaginé une savoureuse plongée au plus près d’un des auteurs britanniques les plus fascinants : Oscar Wilde. Sur scène, trois comédiens mettent en avant tant le personnage fantasque que sa plume aiguisée sans jamais tomber dans l’écueil du spectacle didactique ou historique. Rencontre avec le concepteur de ce bijou théâtral "so british". Propos recueillis par Aurélien Martinez

Aurélien Martinez | Mardi 24 février 2015

« Oscar Wilde était un vrai provocateur »

L’idée, avec l’auteur Philippe Honoré, était de vous confronter à la figure d’Oscar Wilde (1854 – 1900) mais de façon libre, et pas du tout didactique… Philippe Person : Tout à fait. On voulait absolument éviter le côté pédagogique et grande illustration de la vie et de l’œuvre d’Oscar Wilde. On a plutôt pris toute cette matière extraordinaire entre son œuvre, sa vie et l’époque dans laquelle il a vécu, pour en faire un véritable objet théâtral ; pour pouvoir offrir un texte à interpréter aux comédiens et pas seulement leur narrer quelques événements. Je voulais un spectacle très rythmé, presque dans le rythme dans lequel Oscar Wilde a vécu : à cent à l’heure, en touchant un peu à tout… On sent une réelle fascination de votre part tant pour l’œuvre que pour le personnage… L’œuvre d’Oscar Wilde est littéralement exceptionnelle. Et sa vie aussi : dans cette Angleterre victorienne complètement guindée, il bousculait, était un vrai provocateur. Il avait un regard acéré sur son époque, il savait où il voulait entraîner sa vie et c’est ça qui était formidable. Aujourd’hui, on connaît finalement

Continuer à lire

« Tout art est parfaitement inutile »

SCENES | Voilà un spectacle astucieux et savoureux sur la figure passionnante qu’était Oscar Wilde, écrivain britannique d’origine irlandaise. Point de didactisme ou (...)

Aurélien Martinez | Mardi 9 septembre 2014

« Tout art est parfaitement inutile »

Voilà un spectacle astucieux et savoureux sur la figure passionnante qu’était Oscar Wilde, écrivain britannique d’origine irlandaise. Point de didactisme ou de chronologie historique ici, mais une succession de tableaux joyeux qui nous plongent dans l’œuvre et la vie de l’auteur du fameux Portrait de Dorian Gray en mettant en avant tant le personnage fantasque que sa plume aiguisée ou que ses déboires tragiques (il fut condamné pour homosexualité). Écrit et agencé par Philippe Honoré, mis en scène par Philippe Person et interprété par trois comédiens en costumes d’époque (victorienne), L’importance d’être Wilde apparaît comme un petit bijou théâtral so british et extrêmement raffiné qui se sert judicieusement d’une des proses les plus fortes du XIXe siècle – « Le seul moyen de se débarrasser d’une tentation est d’y céder », ou encore « Je pense que la vie est une chose trop importante pour en parler sérieusement ». AM L’importance d’être Wilde, vendredi 27 février à la Faïencerie (La Tronche)

Continuer à lire

Dallas Buyers Club

ECRANS | Le réalisateur de "C.R.A.Z.Y." s’empare de l’histoire vraie de Ron Woodroof, Texan pure souche, bien réac’ et bien homophobe, qui s’engage contre l’industrie pharmaceutique américaine après avoir découvert sa séropositivité. D’une édifiante linéarité, n’était la prestation grandiose de Matthew McConaughey. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Lundi 3 février 2014

Dallas Buyers Club

L’histoire est incroyable mais vraie, et comme souvent dans ce type de fictions à sujet, l’argument semble suffire à donner au film un poids dramaturgique. Alors que le sida commence à faire des ravages dans la communauté gay — la mort de Rock Hudson et son tragique coming out post mortem font la une des journaux — un électricien Texan bas du front, qui fait du rodéo et conchie les homos (dans son jargon, ce sont des «fiottes» ou des «pédés») découvre qu’il est séropositif. Son monde et ses valeurs s’écroulent, d’autant plus que les médecins ne lui donnent que trente jours à vivre. Après un petit cours accéléré en bibliothèque et la rencontre avec une doctoresse sincère et pure — Jennifer Garner — il découvre que 1) un traitement basé sur l’AZT peut retarder la maladie ; 2) ledit traitement fait en définitive plus de mal que de bien, mais que 3) il existe d’autres médicament qui, à défaut de traiter le virus lui-même, peuvent s’attaquer aux maladies opportunistes déclenchées par la déficience du système immunitaire. Problème : les labos et le gouvernement, main dans la main car on est dans l’Amérique libérale et reaganienne, font tout pour empêcher leur

Continuer à lire

Culture sound-system

MUSIQUES | Souvent moins connus du grand public que les groupes de reggae locaux, les sound-systems reggae, dancehall et dub n’en restent pas moins les principaux propagateurs de musique jamaïcaine dans les soirées grenobloises. État des lieux. Damien Grimbert

Damien Grimbert | Mardi 4 février 2014

Culture sound-system

Part intégrante de la culture jamaïcaine apparue dès les années 50, les sound-systems sont à l’origine des sortes de "discothèques ambulantes" destinées à diffuser la musique dans les quartiers défavorisés. Réunissant autour du matériel de sonorisation une petite équipe répartie dans différents rôles (le "selector" qui joue les disques, le "deejay" qui chante et "toast" sur les morceaux, le "MC" qui ambiance la soirée et l’"operator" qui travaille le son), les sound-systems se sont progressivement développés dans le monde entier et étendus à d’autres styles musicaux. Une culture très spécifique qui fait son apparition à Grenoble dès 1993 avec Stereo Earthquake, rejoint quelques années plus tard par Yessaï Crew, puis une flopée d’autres sounds : Bassroom, CLX, Ghetto Vibes, Iternal… Si le contexte différent nécessite forcément quelques adaptations, reste néanmoins pour les sounds grenoblois la volonté de proposer une expérience aussi fidèle que possible à la formule jamaïcaine, ainsi qu’une sélection musicale extrêmement affutée et érudite, enrichie de quelques "dubplates" (morceaux exclusifs) à l’occasion… Tour d’horizon

Continuer à lire

Fedora, star au crépuscule

ECRANS | Fedora revient sur les écrans, après une longue absence. Cette phrase marche pour le film de Billy Wilder, quasi-invisible depuis sa sortie en 1978, mais (...)

Christophe Chabert | Lundi 2 septembre 2013

Fedora, star au crépuscule

Fedora revient sur les écrans, après une longue absence. Cette phrase marche pour le film de Billy Wilder, quasi-invisible depuis sa sortie en 1978, mais aussi pour l’histoire qu’il raconte : celle d’une star mythique, recluse sur une île à Corfou entourée d’une vieille infirme, d’une gouvernante, d’un garde du corps et d’un médecin alcoolique, qu’un producteur « indépendant » cherche à convaincre de faire son come back dans une nouvelle adaptation d’Anna Karenine. Tout fait retour dans Fedora, y compris Billy Willder lui-même, qui offre une variation évidente autour d’un de ses plus grands succès, Sunset boulevard. Le cinéma a changé en un quart de siècle, et la gloire du muet terrassée par le parlant s’est transformée en diva énigmatique, Dorian Gray féminine où la chirurgie esthétique remplace le tableau diabolique. En revanche, William Holden est toujours là, mais lui accuse le poids des années, tout comme Hollywood, balayé par « les jeunes cinéastes barbus » et leurs « caméras légères ». La puissance de Fedora tient à son mélange d’anachronisme et de puissante modernité ; la mis

Continuer à lire

In the Mud for love

ECRANS | Dès son troisième long-métrage, Jeff Nichols s’inscrit comme un des grands cinéastes américains actuels : à la fois film d’aventures, récit d’apprentissage et conte aux accents mythologiques, "Mud" enchante de sa première à sa dernière image. Critique et entretien. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 23 avril 2013

In the Mud for love

Il aura donc fallu près d’un an depuis sa présentation cannoise pour que Mud atteigne les écrans français. C’est long, certes, mais les spectateurs qui vont le découvrir – parions que, toutes générations et tous goûts cinématographiques confondus, ils en sortiront éblouis – verront ce que le critique pris dans la tempête festivalière ne faisait que deviner à l’époque : Jeff Nichols a signé ici une œuvre hors du temps, un film classique dans le meilleur sens du terme qui s’inscrit dans une tradition essentielle au cinéma américain, reliant Moonfleet, La Nuit du chasseur, E.T., Un monde parfait ou le True Grit des frères Coen. Des films qui parlent de l’Amérique à hauteur d’enfants, avec ce que cela implique d’émerveillement et de désillusions. Des films qui font grandir ceux qui les regardent en même temps qu’ils regardent grandir leur héros. C’est dire l’ambition de Jeff Nichols : Shotgun stories et

Continuer à lire

Le loup et l'agneau

SCENES | Il y a des spectacles jeune public qui parlent à tous – on appelle logiquement ça des spectacles tout public. Comprendre qu’un adulte peut se rendre à une (...)

Aurélien Martinez | Dimanche 24 mars 2013

Le loup et l'agneau

Il y a des spectacles jeune public qui parlent à tous – on appelle logiquement ça des spectacles tout public. Comprendre qu’un adulte peut se rendre à une représentation sans avoir besoin d’être accompagné d’un enfant en guise d’alibi. C’est le cas de l’excellent Comment ai-je pu tenir là-dedans ? de Jean Lambert-wild. Le metteur en scène, qui conçoit l’aspect visuel de ses spectacles avec soin, a décidé de s’intéresser à La Chèvre de Monsieur Seguin d’Alphonse Daudet, en prenant un parti pris radical qui donne tout son charme à la création : n’avoir qu’une comédienne-danseuse sur scène, qui interprète l’animal sans aucun mot. Il s’agit donc de faire passer les émotions qu’à travers le langage du corps, ce qui fonctionne à merveille. Dans une astucieuse scénographie tournante, on suit les aventures de cette petite chèvre avec délectation, entre bonheur de la voir si libre et angoisse quant à son devenir. Concernant l’histoire elle-même, elle nous est contée en voix off par André Wilms, comédien brillant qui transmet toutes les subtilités du récit avec force. Une proposition séduisante et intelligente, Lambert-wild prenant le soin de

Continuer à lire

Gare au loup

SCENES | Tout le monde connaît l’histoire de la chèvre de Monsieur Seguin, et son envie irrépressible d’aller arpenter la forêt, malgré les mises en garde de Seguin. Le (...)

Aurélien Martinez | Lundi 14 janvier 2013

Gare au loup

Tout le monde connaît l’histoire de la chèvre de Monsieur Seguin, et son envie irrépressible d’aller arpenter la forêt, malgré les mises en garde de Seguin. Le metteur en scène Jean Lambert-wild et le plasticien Stéphane Blanquet sont partis des mots d’Alphonse Daudet pour créer une fable tout public visuellement très forte, qui revisite le conte avec intelligence. Sur scène, une comédienne et danseuse campe la chèvre avec brio, soutenue par la voix du narrateur André Wilms. L’ensemble donne Comment ai-je pu tenir là-dedans?, un spectacle d’une finesse remarquable qui fut nominé en 2010 aux Molière. AM Comment ai-je pu tenir là-dedans?, jeudi 28 mars à 14h30 et 20h, et vendredi 29 mars à 20h, à l’Hexagone de Meylan

Continuer à lire

Cannes, entre la panne et le moteur

ECRANS | Curieuse édition du festival de Cannes, avec une compétition de bric et de broc pleine de films d’auteurs fatigués, et dont le meilleur restera celui qui annonça paradoxalement la résurrection joyeuse d’un cinéma mort et enterré. Du coup, c’est le moment ou jamais de parler des nouveaux noms que le festival aura mis en orbite. Christophe Chabert

Aurélien Martinez | Vendredi 25 mai 2012

Cannes, entre la panne et le moteur

Comme il y a deux ans, le jour férié nous oblige à boucler avant la fin du festival de Cannes et la remise de la Palme d’or. Mais comme il y a deux ans, on a déjà hâte que l’affaire se termine, tant la compétition aura été laborieuse, et même parfois pénible à suivre. Surtout, sa diversité n’a pas été payante. En quelques heures, on pouvait passer d’un navet faussement personnel et vraiment putassier (le redoutable Paperboy de Lee Daniels, qui mérite des tomates après son déjà horrible Precious) à un sommet d’académisme moderniste à base d’acteurs inexpressifs, de dialogues séparés par d’interminables et grossiers silences et de plans sous tranxène sur des gars qui marchent dans les bois (le soporifique Dans la brume de Sergeï Loznitsa, qui mérite des œufs pourris après son déjà pontifiant My joy). Et on n’oubliera pas dans la liste le très Vogue Homme Sur la route de Walter Salles, où la beat generation est réduite à un clip publicitaire sur la mode des hipsters, ou encore le téléfilm de Ken Loach, La Part des anges, d’une fainéantise hallucinante que ce soit dans le déroulé de son scénario ou sa direction artistique inexist

Continuer à lire