Il était trois fois Delon

Christophe Chabert | Mardi 27 janvier 2015

Photo : Alain Delon dans "Monsieur Klein" de Joseph Losey


Peu d'acteurs français ont suscité autant d'admiration, mais aussi de rejet, qu'Alain Delon. Il faut dire qu'il y a au moins deux Delon : celui qui, des années 50 aux années 70, illumine le cinéma d'auteur européen en tournant avec les plus grands ; et il y a le Delon qui, à partir des années 80, commence à se livrer à une pâle caricature de lui-même, sur les écrans avec la série des « flics » de plus en plus réacs, ou dans la sphère publique avec des déclarations bien plus réacs encore.

C'est au premier Delon que le CCC a décidé de s'intéresser avec son cycle "Delon avant Delon", soit trois films qui définissent parfaitement les contours de son jeu ; dans l'ordre chronologique de leur sortie en salles : L'Éclipse d'Antonioni (le mercredi 11 février à 20h), Le Samouraï de Melville (ce mercredi 28 janvier à 20h) et Monsieur Klein de Losey (le mercredi 4 février à 20h). Le premier marque la seule rencontre entre Delon et le cinéaste italien, dans une histoire d'amour sur fond d'incommunicabilité qui fait le pont entre les deux autres grands films antonioniens que sont L'Avventura et La Nuit ; dans le second, Delon incarne Jeff, tueur solitaire et impassible, traversant comme un fantôme les rues de Paris pour accomplir ses contrats, le stetson vissé sur la tête et le corps cintré dans un imperméable beige ; enfin, avec Monsieur Klein, chef-d'œuvre absolu présenté dans une copie fraîchement restaurée, Delon part à la recherche de son double dans un Paris occupé et kafkaïen où se prépare la rafle du Vel d'Hiv'.

Dans les trois films, la présence magnétique de l'acteur à l'écran, incarnant des personnages à la frontière entre le bien et le mal, confrontés à eux-mêmes et à leur manque d'humanité, le place instantanément dans une posture mythique dont, hélas, il sera le premier à prendre conscience et à caricaturer ensuite.

Christophe Chabert

Cycle Delon avant Delon
Les mercredis 28 janvier, 4 et 11 février à 20h, au CCC


Le samouraï

De Jean-Pierre Melville (Fr, 1967, 1h47) avec Alain Delon, François Périer, Nathalie Delon...

De Jean-Pierre Melville (Fr, 1967, 1h47) avec Alain Delon, François Périer, Nathalie Delon...

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Jeff Costello, dit le Samouraï est un tueur à gages. Alors qu'il sort du bureau où git le cadavre de Martey, sa dernière cible, il croise la pianiste du club, Valérie. En dépit d'un bon alibi, il est suspecté du meurtre par le commissaire chargé de l'enquête. Lorsqu'elle est interrogée par celui-ci, la pianiste feint ne pas le reconnaître. Relâché, Jeff cherche à comprendre la raison pour laquelle la jeune femme a agi de la sorte.


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"Le Samouraï" de Melville jeudi soir au Méliès

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Le teint livide, sanglé dans un imperméable, coiffé d’un Fedora, c'’est un Delon minéral et hiératique qui entre ici dans l’univers de Jean-Pierre Melville, pour opérer une transmutation alchimique de sa personne. Mutique et glacial, le comédien trouve dans Le Samouraï (1967), ce chef-d’œ'oeuvre intemporel d’'épure, les contours de son personnage totémique ; il hypnotise par sa solitude douloureuse et sa détermination désespérée. Un monument du polar à (re)découvrir lundi 6 février à 20h15 à l'’Espace Aragon de Villard-Bonnot.

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Delon, de l’ombre au Plein soleil

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Christophe Chabert | Jeudi 4 juillet 2013

Delon, de l’ombre au Plein soleil

Séquence émotion au cours du dernier festival de Cannes : en séance de clôture de Cannes Classics, Alain Delon vient présenter la version restaurée de Plein Soleil – à redécouvrir cette semaine au Méliès. On s’attend à voir l’éternel délire mégalo de l’acteur prendre toute la place mais, surprise, le voici au bord des larmes, submergé par l’émotion, évoquant René Clément comme celui sans qui sa carrière n’aurait pas été celle qu’elle est. En effet, Clément est celui qui a fait de Delon une star, le faisant basculer de son statut de second rôle dans des films populaires à celui de comédien majeur dont le magnétisme noir aspire tout sur son passage. De plus, Plein soleil inscrit à même son intrigue ce passage de l’ombre à la lumière. Delon y est Tom Ripley, mais dans les premières séquences, Tom Ripley n’est pas grand chose. Juste un petit escroc que l’on paie 5000 dollars pour convaincre Philippe, un riche héritier, de cesser sa vie de playboy sous le soleil italien pour revenir dans ses pénates familiales. Ripley fait ce qu’il peut pour accomplir sa mission, mais il est renvoyé dans les cordes par la désinvolture canaille et le tempérament de noceur de

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