Bis

ECRANS | De Dominique Farrugia (Fr, 1h38) avec Franck Dubosc, Kad Merad…

Christophe Chabert | Mardi 17 février 2015

C'est un cas d'école : comment le succès d'un film d'auteur français (Camille redouble) conduit à un dérivé opportuniste et commercial qui en reprend exactement la même formule – ce Bis signé Dominique Farrugia. Impossible d'oublier cette donnée pendant qu'on regarde cette comédie, pourtant pas la plus nulle engendrée par le cinoche français ces derniers temps. Il y a certes les éternels jeux de mots foireux qu'affectionne l'ex-Nul et qui nous donnent plutôt envie de chialer de dépit ; et une fin d'un conservatisme tellement inouï et assumé qu'on se demande si Farrugia ne fait pas déjà campagne pour la réélection de Sarkozy en 2017.

Ceci mis à part, dans le foutoir ambiant, il y a quelques bonnes idées, notamment celle qui montre ces deux vieux-jeunes tenter de convaincre la secrétaire de Claude Berri de produire les futurs succès du box office hexagonal. Voir Kad Merad voler l'idée des Ch'tis à Dany Boon est assez amusant, mais la réaction sceptique de la secrétaire l'est plus encore, venant corroborer l'idée qu'un succès est avant tout contextuel et pas universel. De même, si les deux acteurs principaux font le strict minimum, les seconds rôles sont bien vus et surtout bien incarnés par des acteurs excellents (Boisselier, Darmon, Anthony Sonigo ou Anne Girouard). Qu'on se fasse bien comprendre : Bis n'est pas un bon film ; mais ce n'est pas une honte non plus.

Christophe Chabert


Bis

De Dominique Farrugia (Fr, 1h40) avec Franck Dubosc, Kad Merad... Éric et Patrice sont amis depuis le lycée. Au fil des années chacun a pris un chemin très différent : d’un côté Éric, hédoniste sans attaches aux multiples conquêtes, et de l’autre Patrice, père de famille « monogame » à la vie bien rangée. Après une soirée bien arrosée, les deux amis d’enfance se retrouvent propulsés en 1986 alors qu’ils n’ont que 17 ans. Ce retour dans le passé est l’occasion rêvée pour tenter de changer le cours de leur vie. Que vont-ils faire de cette seconde chance ?
Les 6 Rex 13 rue Saint-Jacques Grenoble
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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"10 jours sans maman" : décharge parentale

ECRANS | De Ludovic Bernard (Fr., 1h38) avec Franck Dubosc, Aure Atika, Alice David…

Vincent Raymond | Mardi 18 février 2020

Excédée par la forfanterie paternaliste qu’il manifeste au logis, l’épouse du DRH d’une grande surface s’octroie dix jours de vacances seule ; charge au mari de s’occuper de la maison et des trois enfants, en plus de son travail. Bien sûr, ça ne va pas bien se passer, du moins au début… L’une des plaies modernes du cinéma contemporain (et tout particulièrement de la comédie française) s’appelle la bande-annonce. Consistant en un concentré de film surmonté façon clip épileptique, ce produit formaté gâche plus les effets et/ou l’histoire qu’il n’éveille la curiosité. Promesse de prévisibilité catastrophique, celle de 10 jours sans maman est l’exemple du parfait repoussoir. Sauf que… loin d’être un chef-d’œuvre de raffinement, d’intelligence ou d’esthétique (on baigne quand même dans l’uniforme lumière fromage blanc téléfilm), le nouveau Ludovic Bernard (L’Ascension) n’est pas si épouvantable que cela. Même avec Franck Dubosc, c’est dire ! D’abord, il tient son pari d’aborder la question de la charge mentale ménagère par le biais de la comédie, il s’attaque à ce tabou existant encore autour de la question de l’

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"L'Odyssée de Choum" : de la chouette animation !

Cinema | De Julien Bisaro, Sonja Rohleder, Carol Freeman (Fr.-Bel., 0h38)

Vincent Raymond | Mardi 28 janvier 2020

La parade nuptiale d’un oiseau pour trouver l’élue de son nid ; l’amitié entre un oiseau naufragé et une jeune baleine ; la course-poursuite entre un bébé chouette et son puîné dans l’œuf emporté par une tempête… Trois courts métrages exceptionnels à voir sans tarder ! L’exemple récent de films d’animation atypiques partis de France ou d’Europe à la conquête du monde, glanant les récompenses (après avoir éprouvé toutes les peines à se financer…), devrait rendre les spectateurs plus vigilants : qu’elles soient longues ou courtes, ces œuvres animées brillent souvent par leur inventivité graphique, leur poésie narrative et visuelle ou leur intégrité artistique les conduisant hors des sentiers rebattus. Et combien dépaysants se révèle la plupart des programmes estampillés "jeune public", effervescent laboratoire du cinéma contemporain ! Judicieusement composé autour des volatiles, celui-ci est un mixe de techniques : 2D minimaliste colorée et épurée pour Le Nid de Sonja Rohleder, peinture sur verre (image par image, donc) pour le déchirant L’Oiseau et la Baleine de l’opiniâtre Carol Freeman et enfin 2D digitale (au rendu

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"Une belle équipe" : sorties de leur réserve

ECRANS | De Mohamed Hamidi (Fr., 1h35) avec Kad Merad, Alban Ivanov, Céline Sallette…

Vincent Raymond | Mardi 14 janvier 2020

Un seul point. C’est ce qu’il manque à l’équipe de foot de Clourrières pour assurer son maintien. Sauf que les joueurs ont tous été suspendus après une bagarre. Alors, l’entraîneur monte une équipe féminine pour les trois ultimes rencontres. Et se heurte à l’hostilité machiste du village… Alors qu’il s’apprêtait à en débuter le tournage en 2018, Kad Merad prévenait que ce film n’aurait rien à voir avec Comme des garçons, cette comédie-fiction bâtie sur l’histoire de la première équipe de France de football féminine. On le confirme : Mohamed Hamidi ne s’intéresse ni à la romance ni à la reconstitution historique, mais au difficile basculement des mentalités vers une société paritaire, le football étant le symptôme (ou le déclencheur) d'une prise de conscience : troquer le ballon contre la charge domestique ordinairement dévolue à leurs épouses équivaut à une castration pour ces messieurs. Le réalisateur (qui, au passage, remercie ses six sœurs au générique) s’amuse à montrer à quel point la sensibilité masculine est asymétrique : chatouilleux sur leurs "privilèges" envolés, les hommes sont aveugles au fait que les affiches publicitaires utilise

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Rirologie avec le festival Aux rires etc

Humour | Quatrième édition pour le festival Aux rires etc qui se déroulera du dimanche 19 au samedi 25 janvier dans plusieurs salles de l’agglomération grenobloise. Avec, cette année, une programmation assez enthousiasmante.

Aurélien Martinez | Mardi 14 janvier 2020

Rirologie avec le festival Aux rires etc

L’humour est un univers à part dans le vaste monde du spectacle vivant. Une discipline qui n’arrive souvent pas à se débarrasser d’une image pas très flatteuse – il serait trop facile, trop populaire voire trop beauf pour une poignée de programmatrices et programmateurs autoproclamés "respectables". Alors que, paradoxalement, le public adore ça – le versant Off du Festival d’Avignon accueille chaque été une foule de comiques (des bons comme de très mauvais !) qui remplissent les salles. Louons donc le festival Aux rires etc qui, depuis 2017, aime à développer le rire dans les salles qui lui sont dédiées (la Basse cour à Grenoble, le Théâtre en rond à Sassenage) comme dans d’autres plus généralistes – l’Heure bleue à Saint-Martin-d’Hères, l’Espace Paul-Jargot à Crolles, le Déclic à Claix et le Diapason à Saint-Marcellin. Et essaie de balayer large. « Plus scientifique qu’humoriste » Cette année, en plus d’un salutaire plateau découvertes, cinq têtes d’affiche (que des hommes) assureront le show. Tout débutera avec l’énergique Jovany, sorte de Jim Carrey made in France qui happe le public dès qu’il déboule sur scène

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Biscornue Bitch et Secteur Flèche : la glace et le feu

MUSIQUES | Encore un concert plus qu'intrigant qu'organise le Bauhaus Bar samedi 15 juin.

Damien Grimbert | Mardi 11 juin 2019

Biscornue Bitch et Secteur Flèche : la glace et le feu

Avis aux amateurs de musiques intrigantes : samedi 15 juin verra la rencontre au Bauhaus Bar de deux électrons libres comme on n’en croise que trop rarement. Déjà découverte au sein du duo Poupard avec Bleu Russe, Laurie Morcillo viendra présenter son nouveau projet solo Biscornue Bitch, entièrement composé à l’aide d’un iPhone. Mêlant mélodies synthétiques évanescentes, rythmiques brutes et paroles hallucinées scandées / chantées avec un détachement qui ne fait qu’en renforcer la curieuse étrangeté, sa musique joue au mieux sur les contrastes pour créer un univers mental hautement singulier dans lequel on se perd avec fébrilité. Comme en témoigne avec force son premier album autoproduit Les fleurs sauvages brûlent, disponible depuis janvier sur Bandcamp. À pas manquer non plus, la performance du mystérieux Secteur Flèche (photo), auteur d’une sorte de bordel hip-hop chaotique, bruitiste et expérimental noyé sous un déluge de samples, qui rappelle par moments le meilleur du catalogue du label états-unien indépen

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Faisez tous comme nous, revoyez "La Cité de la peur"

ECRANS | Ce sera vendredi 31 mai à 19h45 aux Pathé Chavant et Échirolles. Et ce sera forcément culte !

Élise Lemelle | Mardi 28 mai 2019

Faisez tous comme nous, revoyez

Un quart de siècle après la sortie de La Cité de la peur, le film des Nuls (réalisé par Alain Berberian), Alain Chabat et Gérard Darmon (alias Serge Karamazov et le commissaire Patrick Bialès) sont remontés sur les planches. C’était à l’occasion d’une projection commémorative cannoise, et dans le but de redanser la carioca, leur improbable chorégraphie immortalisée dans une scène culte. Comme ils sont partageurs, ils proposent à tout un chacun de retrouver sur grand écran et en version restaurée ce long-métrage devenu depuis l'objet d’un culte bon enfant, et dont pas mal de monde connaît les répliques et l’histoire par cœur. L’histoire, justement, est celle d’un tueur en série qui terrorise le Festival de Cannes en assassinant tous les projectionnistes d’un film d’horreur minable dont il favorise sans le vouloir le succès. Une trame qui n’est bien sûr qu’un prétexte à une avalanche de gags absurdes, scatos, visuels ou encore parodi

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"Comme si de rien n'était" : stupeur et tremblements

ECRANS | De Eva Trobisch (All, 1h30) avec Aenne Schwarz, Andreas Döhler, Hans Löw…

Vincent Raymond | Mardi 2 avril 2019

Encore un peu secouée par la liquidation de sa petite société d’édition, Janne se rend à une soirée d’anciens. Si elle renoue avec un ex-prof, elle y rencontre aussi le patron de celui-ci qui abuse d’elle. Sous le choc, Janne est incapable de réaliser ce qu’elle a subi… On ne pouvait choisir meilleur titre pour ce portrait de femmes (car au-delà de Janne, sa mère et l’épouse de son agresseur sont aussi représentées) à la fois mélancolique et terriblement actuel. Perturbant dans le bon sens du terme, ce film allemand sortant dans le sillage du mouvement #MeToo met en lumière l’état de sidération psychique touchant de nombreuses victimes de viol pouvant les rendre mutiques, honteuses voire les contraindre à refouler leur traumatisme, histoire de "sauver les apparences". Piégée par son silence, par le contexte social et les pressions professionnelles comme sa volonté de donner le change pour complaire aux stéréotypes sociétaux, Janne perd doucement pied ainsi que ses proches. Renvoyant chacune et chacun à son seuil d’acceptation et de tolérance face aux agressions du quotidien, qu’elles soient intimes ou pas, ce film est porté par la très belle composition de l

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Les films qui nous regardent : errances et trajectoires

Documentaires et ciné | Du mardi 18 au jeudi 20 décembre, on pourra découvrir ici (au CCN2) et là (à la Cinémathèque) trois films forts. On vous les présente.

Damien Grimbert | Mardi 11 décembre 2018

Les films qui nous regardent : errances et trajectoires

Cycle de trois films programmé à Grenoble par la cinéaste Alice Diop et la chorégraphe Latifa Laâbissi, Les films qui nous regardent propose une immersion intime et singulière au sein de différents microcosmes méconnus du plus grand nombre. Vers la tendresse (2015) d’Alice Diop, visible mardi 18 décembre au Centre chorégraphique national de Grenoble (CCN2), questionne ainsi plusieurs jeunes hommes d’une cité de banlieue sur leur rapport à l’amour et l’intimité, dans un univers où la mise en scène de la virilité tient le double rôle de bouclier protecteur et de prison. Brûle la mer (2014) de Nathalie Nambot et Maki Berchache, à voir mercredi 19 décembre au cinéma le Club, suit quant à lui les désillusions de jeunes Tunisiens ayant quitté leur pays pour le France après le renversement du président Ben Ali. Enfin, seul film de fiction du lot, Simone Barbès ou la vertu (1980, photo) de Marie-Claude Treilhou, diffusé jeudi 20 décembre à la Cinémathèque, accompagne les déambulations nocturnes d’une ouvreuse de

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Le bruit et la ferveur avec le cultissime Martin Bisi

Concert | Événement à Grenoble pour les amateurs d'indie-rock, de gros son et d'avant-garde, avec la venue exclusive en France samedi 17 novembre du producteur new-yorkais Martin Bisi qui, à la tête du studio BC Records, a enregistré quelques belles pièces de la légende rock.

Stéphane Duchêne | Mardi 13 novembre 2018

Le bruit et la ferveur avec le cultissime Martin Bisi

« Performer, producer and cultural antagonist » : voilà comment s'annonce Martin Bisi sur le site internet qui le représente. On pourrait rajouter "légende" pour quelques initiés, en fait très nombreux, du son noise-rock et de sa production internationale. Car ledit Bisi est l'un des producteurs cultes du genre, à prendre au sens très large, depuis qu'il a fondé en 1979 le studio BC aux côtés du bassiste multi-cartes, également producteur, Bill Laswell, avec quelque argent du père de tous les producteurs, Brian Eno lui-même. Là, alors que le quartier de Gowanus (Brooklyn) abritant le studio était encore un coupe-gorge, Bisi s'apprêtait à mener en secret et aux commandes de ses consoles une révolution musicale à un moment où l'on sort à peine du punk et où la scène new-yorkaise, symbolisée par le CBGB et ses locataires, est en pleine bourre. Une révolution qui couvrira tous les genres possibles, en général les plus obscurs et les plus aventureux de ce qui fait encore aujourd'hui l'identité musicale de la Grosse Pomme (de la no-wave au hip-hop, de l'avant-garde jazz à l'art-rock) mais qui,

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"Ma fille" : Valeria Golino, éternelle mater dolorosa

ECRANS | de Laura Bispuri (All-It-Sui, 1h37) avec Valeria Golino, Alba Rohrwacher, Udo Kier…

Vincent Raymond | Mardi 26 juin 2018

Fillette sarde de 10 ans, Vittoria découvre Angelica et sa vie dépenaillée à mille lieues de l’existence modeste mais rangée dans laquelle Tina, sa mère, veut l’élever. Sauf que la délurée Angelica est sa génitrice biologique. Vittoria va se rapprocher d’elle, au grand dam de Tina… Valeria Golino semble s’être fait une spécialité des emplois de mère courage, usant sa plénitude quadragénaire et son regard triste dans des histoires de familles à problèmes majuscules avec une grâce jamais entamée ; Ma fille le prouve à nouveau, même si la comédienne occupe ici, à égalité avec Alba Rohrwacher (ici, dans le rôle de la serpillère, mère du sang mais pas de cœur), un rôle secondaire. Car la réalisatrice italienne Laura Bispuri place réellement l’enfant au centre du récit, adoptant le plus souvent son point de vue afin que l’on perçoive son dilemme, ses (dés)espoirs, ses chagrins... Cela, sans un mot de sa part ou presque. Pour rendre compte de cette écartèlement permanent, qui se retrouve dans la rousseur de Vittoria, entre la brune Tina et la blonde Angelica, le film aurait mérité de s’appeler Mes mères !

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Une Mens affaire

Festival | Du mardi 7 au samedi 11 août aura lieu la quinzième édition du festival Mens Alors ! Avec, comme toujours, une sacrée programmation.

Stéphane Duchêne | Mercredi 20 juin 2018

Une Mens affaire

On peut s'afficher dans une petite commune de l'Isère, sur le plateau du Trièves (c'est-à-dire, disons-le, en pleine ruralité) ; souffrir, comme tout le monde mais sans doute un peu plus que la grosse concurrence, de la fonte des subventions (et donc s'adosser à un budget en peau de chagrin) ; reposer uniquement sur une équipe de bénévoles ; offrir des spectacles gratuits... Et ne rien renier de la qualité de ses services. C'est bien ce que démontre depuis de longues années le bien nommé festival Mens Alors ! Au point d'avoir gagné une résonance nationale que beaucoup de festivals dits modestes lui envieraient. Sans doute aussi parce que son leitmotiv réside dans la rencontre, la création, l'échange, à base d'ateliers, d'animations, de concerts... Parmi ces derniers, on retiendra notamment une relecture du mythique album L'Incendie (1974) de Brigitte Fontaine & Areski par deux régionaux de l'étape (Xavier Machault et Martin Debisschop

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"Le Doudou" : canaille peluche

ECRANS | de Philippe Mechelen et Julien Hervé (Fr, 1h22) avec Kad Merad, Malik Bentalha, Guy Marchand…

Vincent Raymond | Lundi 18 juin 2018

Employé à l’aéroport de Roissy, Sofiane excelle dans les magouilles foireuses et le baratin. Découvrant l’avis de recherche d’un nounours perdu, il espère dans un premier temps escroquer des parents aux abois. Mais finit par partager l’obsession du papa excédé : retrouver le précieux doudou. Première réalisation de Philippe Mechelen et Julien Hervé, ce "buddy movie" des familles se révèle bien plus sympathique que Les Tuche, la série à succès créée par le duo. Car s’y côtoient en bonne intelligence et avec rythme de l’absurde (un maître-chien psychopathe persuadé que son dogue est sa "fille", des châtelains fin de race et hors d’âge), une pointe d’incorrection (Isabelle Sadoyan, dans son ultime rôle, campe une vieille résistante frappée d’Alzheimer révélant ses sympathies collabo) ainsi qu’une certaine tendresse de mieux en mieux assumée par Kad Merad. Paupière lourde de patriarche à la Danny Glover, effets contenus, celui-ci confirme donc dans la comédie populaire le virage pris avec

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Xabi Molia : « Je place Kad Merad au même rang que Denis Podalydès »

ECRANS | Dans la peau d’un petit escroc à l’aura pâlissante, Kad Merad effectue pour "Comme des rois" de Xabi Molia une prestation saisissante, troublante pour lui car faisant écho à sa construction d’acteur. Rencontre croisée.

Vincent Raymond | Lundi 30 avril 2018

Xabi Molia : « Je place Kad Merad au même rang que Denis Podalydès »

Xabi Molia, quelle a été la genèse de Comme des rois ? Xabi Molia : L’idée est venue d’une manière assez amusante. Il faut savoir que j’ai le profil du bon pigeon : j’adore qu’on me raconte des histoires. Je me suis donc fait arnaquer assez régulièrement, et notamment une fois à la gare Montparnasse. Pendant que j’attendais le départ de mon train, un type est monté et m’a raconté une histoire très alambiquée… Je ne saurais la raconter, mais l’enjeu c’était 20 euros. Je me souviens m’être méfié et l’avoir poussé dans ses retranchements ; mais lui retombait sur ses pattes, trouvait de nouveaux trucs pour que son histoire tienne debout. Bref, il me prend ces 20 euros et je ne le revois évidemment jamais. J’ai d’abord été déçu de m’être fait délester de 20 euros. Mais finalement, il les avait quand même gagnés de haute lutte ! Et j’ai imaginé ce que ce type avait peut-être dit à sa femme le matin : « bon bah moi aujourd’hui je vais Gare Montparnasse, j’ai un nouveau

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Le Bistrot de la Mixture : cuisine (végétarienne) et dépendances (artistiques) à Saint-Martin-d'Hères

GUIDE URBAIN | Début mars, l’association Mix'Arts, qui programme divers concerts et spectacles à l’année sur l’agglo grenobloise (on lui doit notamment le festival Merci bonsoir), a ouvert dans les murs de l’Espace culturel René Proby le Bistrot de la Mixture, présenté comme « un nouveau lieu de vie et de restauration à Saint-Martin-d’Hères ». On y est passés pour déjeuner et rencontrer l’équipe.

Aurélien Martinez | Lundi 30 avril 2018

Le Bistrot de la Mixture : cuisine (végétarienne) et dépendances (artistiques) à Saint-Martin-d'Hères

Le Bistrot de la Mixture, c’est le nouveau bar-restaurant qui vient d’ouvrir à Saint-Martin-d’Hères. Avec une déco on ne peut plus simple : une grande salle dans l'Espace culturel René Proby, une esplanade devant pour les beaux jours, un bar, des tables, des chaises et des clients. Avec l’idée d’en faire un véritable lieu de vie au cœur d’un quartier à la vie sociale peu développée, comme nous le confirme Fabien Givernaud, chef de l’association Mix’Arts qui pilote le projet. « C’est un challenge ! Pour l’instant, le midi, ça marche bien comme Saint-Martin-d’Hères est une ville qui brasse beaucoup de gens qui travaillent. Mais le soir, c’est plus compliqué, comme on est dans un quartier de 5 000 habitants où le seul commerce est une pharmacie, et où il y a une salle de spectacle mais qui est très peu fréquentée par les gens du coin. Personne ici n’a encore l’habitude, comme en centre-ville de Grenoble, d’aller prendre une bière en sortant du boulot. » « Amener des propositions culturelles » L’ambition est, bien sûr, que cela cha

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"Comme des rois" : l’embrouille en héritage

ECRANS | Un bonimenteur de porte-à-porte à la rue donne malgré lui le virus de la comédie à son fils… Avec son troisième long-métrage, le réalisateur français Xavi Molia signe une splendide comédie sociale aux accents tragiques, portée par Kacey Mottet-Klein et Kad Mérad, touchants dans l’expression maladroite d’une affection mutuelle.

Vincent Raymond | Lundi 30 avril 2018

Volubile embobineur, Joseph a connu des jours meilleurs dans l’escroquerie. Pour se sortir de cette période un peu délicate, il pense pouvoir compter sur sa famille, et en particulier sur Micka, son fils qu’il a patiemment formé. Mais ce dernier rêve d’exercer ses talents ailleurs : sur scène. Aspirer à être comme un roi, c’est un peu construire des châteaux en Espagne : viser un objectif prestigieux, tout en sachant inconsciemment en son for intérieur qu’il est d’une essence incertaine. On ne pourrait mieux résumer le personnage de Joseph, artisan-escroc à l’ancienne dont les talents de hâbleur ne lui permettent plus que de ramasser des miettes dans un monde contemporain le dépassant chaque jour davantage. Bateleur sans public, il demeure seigneur révéré d’une famille soudée dans le délit, mais assiste impuissant à la rébellion paradoxale de son fils dont il réprouve les choix et déplore l’absence de conscience criminelle. Un fils qui, de surcroît, le surpasse dans sa branche. Art, niaque et arnaques Xabi Molia avait entre ses doigts un sujet de tragédie shakespearienne et de comédie italienne, une pichenette pouvant faire pencher son film d’un c

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Festival Holocène : quatre soirs quatre ambiances

MUSIQUES | Du mardi 27 février au samedi 3 mars aura lieu dans plusieurs salles de Grenoble et de l’agglomération la deuxième édition du festival Holocène, créé par la société de production grenobloise Le Périscope. Avec un programme varié au possible (au risque de s’y perdre ?) qui enchaîne les têtes d’affiche et les découvertes. On détaille tout ça avant de poser quelques questions au maître d’œuvre de l’aventure.

La rédaction | Mardi 20 février 2018

Festival Holocène : quatre soirs quatre ambiances

Un mardi hip-hop Gros contrastes en perspective pour la date rap du festival. En tête d’affiche, on retrouve ainsi Davodka, MC du XVIIIe arrondissement parisien autoproduit et figure de proue d’une certaine forme de rap français "à l’ancienne", peu médiatisée mais bénéficiant d’une base de fidèles inaliénables. "Kickeur" de premier plan en activité depuis bientôt 15 ans, Davodka, grandi à l’école des "freestyles" et "open-mics", rappe vite et bien, dénonçant les injustices et les tracas du quotidien sur des instrus "boom-bap" traditionnelles construites autour de samples mélancoliques. Pour l’originalité et l’innovation, on repassera, même si en dépit d’une certaine tendance à enfoncer les portes ouvertes dans ses textes, le talent est bel et bien là. À l’opposé du spectre, on retrouve les trois rappeurs suisses Di-Meh, Makala et Slimka, incarnations flamboyantes d’un rap "new-school" électronique et tapageur taillé pour les clubs, entièrement basé sur le charisme, l’énergie et la spontanéité. À vous de choisir votre camp ! DG

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"Au revoir là-haut" : et Albert Dupontel signa son plus grand film

ECRANS | Conte noir plongeant ses racines dans la boue des tranchées et s’épanouissant dans la pourriture insouciante des Années folles, le sixième long-métrage d'Albert Dupontel fait rimer épique et esthétique en alignant une galerie de personnage (donc une distribution) estomaquante.

Vincent Raymond | Mardi 24 octobre 2017

Après avoir frôlé la mort dans les tranchées, une "gueule cassée" dotée d’un talent artistique inouï et un comptable tentent de "s’indemniser" en imaginant une escroquerie… monumentale. Honteux ? Il y a pire : Aulnay-Pradelle, profiteur de guerre lâche et assassin, veut leur peau… La barre était haut placée : du monumental roman de Pierre Lemaitre, statufié en 2013 par un de ces Goncourt que nul ne saurait discuter (ils sont si rares…), Albert Dupontel a tiré le grand film au souffle épique mûrissant en lui depuis des lustres. La conjonction était parfaite pour le comédien et réalisateur qui, s’il n'a jamais caché ses ambitions cinématographiques, n’avait jusqu’à aujourd’hui jamais pu conjuguer sujet en or massif et moyens matériels à la mesure de ses aspirations. Chapeau, Lafitte Le roman se prêtait à l’adaptation mais n’a pas dû se donner facilement – l’amplitude des décors et des situations augmentant les risques de fausse route et d’éparpillement. Galvanisé, Dupontel s’est réapproprié ce récit picaresque et lui à donné un équivalent cinématographique. S’il a sabré quelques détails (l’homosexualité), il a joué sur l’aspect

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Robin Campillo : « J'ai un point de vue de militant de base »

ECRANS | Auréolé du Grand prix du jury au dernier Festival de Cannes, le scénariste et réalisateur de "120 battements par minute", en salle le 23 août, revient sur la genèse de ce film qui fouille dans sa mémoire de militant.

Vincent Raymond | Vendredi 21 juillet 2017

Robin Campillo : « J'ai un point de vue de militant de base »

Comment, avec un tel sujet (« Début des années 1990 ; alors que le sida tue depuis près de dix ans, les militants d'Act Up-Paris multiplient les actions pour lutter contre l'indifférence générale »), évite-t-on de tomber dans le piège du didactisme ? Robin Campillo : Ça fait longtemps que se pose pour moi le problème des scénarios qui prennent trop le spectateur par la main comme un enfant et qui expliquent absolument tout ce que vivent les personnages. La meilleure façon que j’aie trouvée, c’est de reprendre ce truc à Act Up-Paris : il y avait un type qui, à l’accueil, expliquait très bien comment fonctionnait la prise de parole. Mais ensuite, quand on était dans le le groupe, on ne comprenait absolument plus rien à la manière dont fonctionnaient les gens : il y avait trop d’informations ! On s’apercevait que le sujet sida était éclaté en plein d’autre sujets, et on était perdus. J’ai donc voulu jeter le spectateur dans cette arène, comme dans une piscine pour qu’il apprenne à nager tout seul. Je voulais qu’il n’ait pas le temps de réagir à ce qui se produisait, aux discours ni aux actions, lui donner l’impression q

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"120 battements par minute" : charge virale

ECRANS | de Robin Campillo (Fr., 2h20) avec Nahuel Perez Biscayart, Arnaud Valois, Adèle Haenel…

Vincent Raymond | Mardi 4 juillet 2017

Histoires de révoltes et de combats. Celles des militants d’Act Up Paris à l’orée des années 1990 pour sensibiliser à coups d’actions spectaculaires l’opinion publique sur les dangers du sida et l’immobilisme de l’État. Et puis la romance entre Nathan et Sean, brisée par la maladie… Grand Prix à Cannes, ce mixte d’une chronique politique et d’une histoire sentimentale est aussi une autobiographie divergée de son réalisateur Robin Campillo. Ancien membre d’Act Up, il a toute légitimité pour évoquer le sujet de l’intérieur, en assumant sa subjectivité, et tenant compte du temps écoulé. Le portrait collectif qu’il signe n’est ainsi ni un mausolée aux victimes, ni un panégyrique aux survivants, ni un documentaire de propagande : il s’inscrit dans un contexte historique, à l’instar d’un conflit armé. Campillo emprunte d’ailleurs sa construction aux films de guerre, chaque génération ayant les siennes – les AG étant les réunions d’état-major avant les actions et manifs ; le champ de bataille les lieux d’intervention. Sauf qu’il y a ici deux guerres à mener : l’une, visible, contre les institutions et les labos pharmaceutiques ; l’autre, intime, contre le vir

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"L’Amant double" : maux comptent double pour Ozon

ECRANS | Une jeune femme perturbée découvre que son ancien psy et actuel compagnon mène une double vie. Entre fantômes et fantasmes, le nouveau François Ozon transforme ses spectateurs en voyeurs d’une œuvre de synthèse. En lice à Cannes 2017.

Vincent Raymond | Samedi 27 mai 2017

Conseillée par sa gynécologue, Chloé, une jeune femme perturbée, entame une psychanalyse auprès de Paul Meyer. Mais après plusieurs séances, la patiente et le thérapeute s’avouent leur attirance mutuelle. Le temps passe et ils s’installent ensemble. C’est alors que Chloé découvre que Paul cache d’étranges secrets intimes, dont une identité inconnue… L’an dernier sur la Croisette, c’est Elle de Paul Verhoeven qui avait suscité une indignation demi-molle en sondant les méandres obscurs du désir féminin et en démontant sa machinerie fantasmatique — sans pleinement convaincre, pour X ou Y raison. Au tour de François Ozon de s’y employer, dans le même registre élégamment sulfureux et chico-provocateur. Car l’on sait, à force, que le réalisateur adore frayer avec les tabous, s’amusant à les titiller sans jamais outrepasser les frontières de la bienséance : courtiser le scandale est à bien des égards plus excitant (et moins compromettant) que d’accepter de baiser sa rouge bouche offerte.

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Le documentaire loin des clichés avec L’Excentrique Cinéma

Mini festival | Du mardi 2 au jeudi 4 mai, au Club, à Mon Ciné et au 102 aura lieu un festival de cinéma particulier. Où l'on pourra découvrir des films sortant des carcans classiques du documentaire traditionnel.

Damien Grimbert | Mardi 25 avril 2017

Le documentaire loin des clichés avec L’Excentrique Cinéma

Défenseur d’un cinéma « où les auteurs affirment des points de vue pour penser et comprendre le monde environnant », le méconnu collectif grenoblois Cinex (Atelier du cinéma excentrique) propose au grand public un accès à son univers par le biais de son événement L’Excentrique Cinéma. Au programme, trois documentaires de création projetés dans trois lieux distincts (et accompagnés de rencontres avec leurs réalisateurs respectifs). Des films liés non pas par une thématique commune mais par des préoccupations socio-politiques convergentes ainsi que des modes de narration libres et non-formatés sortant des carcans classiques du documentaire traditionnel. Pas comme des loups (le mardi au Club, photo) de Vincent Pouplard accompagne ainsi deux jeunes frères d’une vingtaine d’années en rupture avec les normes sociétales, mais dont le mode de vie marginal s’accompagne d’une autodiscipline peu commune. 300 hommes d’Emmanuel Gras et Aline Dalbis (le mercredi à Mon Ciné) se

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Food : les autres tendances

GUIDE URBAIN | Quand on a la flemme de se mettre aux fourneaux, on peut certes commander directement chez son livreur de sushis ou faire appel à la livraison de resto à domicile, mais d’autres options existent. Voilà trois idées pour se remplir l’estomac en cassant la routine.

Sandy Plas | Mardi 25 avril 2017

Food : les autres tendances

1. Food trucks sur le pouce Les food trucks (camions-restaurants en français) sont désormais bien installés dans le paysage grenoblois et permettent de varier les plaisirs. Alternant entre la Presqu’île scientifique, Meylan et Montbonnot, le Black Rhino défend sur sa carte des burgers préparés avec des produits locaux sélectionnés avec soin et l’ambition d’élever la cuisine de food truck au rang de gastronomie. Du côté du Bistrot qui roule, à retrouver à Grand Place et les soirs de spectacle devant l’Hexagone de Meylan, les propositions sont variées, du bœuf bourguignon en hiver au gaspacho en été. D’autres food trucks complètent l’offre, du Burger de choc de l’Espace Comboire à Croque et moi, qui s’installe le jeudi place de la Résistance à Grenoble. 2. Des paniers à cuisiner Pas le te

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"Sous le même toit" : objectif nul

ECRANS | de Dominique Farrugia (Fr., 1h33) avec Gilles Lellouche, Louise Bourgoin, Manu Payet…

Vincent Raymond | Lundi 10 avril 2017

Delphine (Louise Bourgoin) et Yvan (Gilles Lellouche) divorcent. Fauché, ce dernier revendique les 20% de la demeure familiale qu’il possède, et les occupe, histoire d’avoir en permanence un œil sur son ex. Ce sont leurs enfants, ignorés, qui en auront assez de cette scabreuse situation. Difficile de rire avec, de ou grâce à ce personnage immature exerçant un chantage afin de maintenir son emprise sur la vie privée de son ancienne épouse : ce type de possessivité pathologique et de perversité narcissique aurait davantage sa place dans un thriller. Difficile également de ne pas être écœuré par la vulgarité diffuse dégagée par cet étalage de fric, de jalousie mesquine, de testostérone sati

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Michael Fassbender : « Je ne suis pas un gamer »

ECRANS | Après avoir campé dans "Steve Jobs" un créateur d’ordinateur, Michael Fassbender endosse pour l’adaptation du jeu vidéo "Assassin’s Creed" le double rôle de Cal et d’Aguilar, coiffant en sus la casquette de coproducteur. Il mise gros jeu…

Vincent Raymond | Mardi 20 décembre 2016

Michael Fassbender : « Je ne suis pas un gamer »

Êtes-vous à la base adepte des jeux vidéo ? Je ne suis pas un gamer, mais je me suis mis à Assassin’s Creed après avoir accepté d’entrer dans ce projet – par respect pour les gens d’Ubisoft d’une part, de l’autre parce que j’avais envie de connaître ce monde qu’ils avaient créé et qu’ils m’avaient tellement bien expliqué. Pour m’inspirer également de la "physicalité" du personnage que je devais interpréter, dans ses mouvements pour les combats, dans sa pratique du parkour… Mais je ne suis pas le seul à m’être totalement immergé dans cet univers : ma partenaire de jeu Ariane Labed a été plutôt hardcore dans sa préparation : elle allait tellement fort dans les combats avec les cascadeurs qu’elle a fini avec la main en sang ! Votre personnage est amené à puiser au fond de sa "mémoire génétique". Avez-vous déjà éprouvé ce besoin pour les besoins d’un rôle ? Je suis pas sûr que cela soit le cas. En général, j’interprète à l’écran des personnages existant ou ayant existé ; je puise alors des informations sur eux en regardant des vidéos sur Youtube ou en lisant des livres qu’ils ont écri

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"Camping 3" : et Gérard Jugnot avala un space cake

ECRANS | de Fabien Onteniente (Fr., 1h45) avec Franck Dubosc, Claude Brasseur, Mylène Demongeot, Gérard Jugnot…

Vincent Raymond | Mardi 28 juin 2016

Si vous n’avez pas d’autre choix que d’assister à une séance de Camping 3, réjouissez-vous : il se peut que vous puissiez vous raccrocher à une séquence comme le naufragé à sa bouée. En l’occurrence celle où Gérard Jugnot ingurgite un space cake – expliquer les circonstances de l’ingestion serait fastidieux. Rentabilisant au mieux sa participation et son expérience, le comédien retrouve ses trémulations asthmatiques du buveur de liqueur d’échalote, devient hystérique comme un Félix à Noël et offre par son trip une plage de grâce dans une mer d’huile solaire. À part ce moment qui, étonnamment, échappe au cadre du camping (de là à en tirer les conclusions qui s’imposent…), rien de nouveau sous le coup de soleil ; tout le monde retourne au piquet de tente.

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"Sound and Chaos" : capsule temporelle au Ciné-Club

ECRANS | Rendez-vous mardi 26 avril à 20h pour un bout d'histoire musicale new-yorkaise.

Damien Grimbert | Mardi 19 avril 2016

C’est une histoire comme seule le climat créatif hors-norme du New York sauvage des années 1970 pouvait en engendrer. Celle d’un jeune roadie et ingénieur du son bénévole de 17 ans, Martin Bisi, qui se voit confier par deux producteurs avant-gardistes, Brian Eno et Bill Laswell, les rennes d’un studio d’enregistrement construit avec des moyens sommaires dans un quartier industriel excentré de Brooklyn. Toujours en activité à l’heure actuelle, le BC Studio aura dans l’intervalle accueilli des pionniers du hip-hop comme Afrika Bambaataa, Grand Mixer DST ou Fab Five Freddy, des jazzmen de renom comme John Zorn ou Herbie Hancock (qui y enregistrera son séminal Rock It), la fine fleur de la scène post-punk et no-wave des années 1980 (Sonic Youth, Swans, Lydia Lunch…) et vu passer entre ses murs des personnalités aussi diverses que Debbie Harry, Iggy Pop, The Ramones… ou Whitney Houston. Présenté pour la première fois en France par l’association Voix de Garage, la librairie Les Modernes et le Ciné-Club de Grenoble, et accompagné pour l’occasion d’un concert exceptionnel de Martin Bisi lui-même, le récent documentaire musical Sound and Chaos, The Story of BC Stud

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Chloé, Joy Orbison et Barnt : trouble-fêtes de l'électro

MUSIQUES | Issus d’horizons culturels distincts, Chloé, Joy Orbison et Barnt n’en partagent pas moins un goût prononcé pour les chemins de traverse, et une volonté commune de réenchanter une scène électronique flirtant chaque jour un peu plus avec l’uniformité. Ils nous donnent rendez-vous à la Belle électrique le temps d'une soirée. Damien Grimbert

Damien Grimbert | Mardi 5 avril 2016

Chloé, Joy Orbison et Barnt : trouble-fêtes de l'électro

La différence entre un DJ-set mémorable et un autre plus quelconque ne tient souvent pas à grand-chose : une petite prise de risque supplémentaire, un effort un peu plus conséquent pour apporter un supplément d’âme… Et, à ce petit jeu, force est de reconnaître que les trois artistes réunis en têtes d’affiche par la Belle électrique font figure d’experts. On ne va pas forcément revenir une nouvelle fois sur les talents dans ce domaine de Chloé, ex résidente du Pulp et figure de proue du label parisien Kill The DJ, déjà venue nous rendre visite à plus d’une reprise. Reste qu’on n‘en est pas moins curieux de la voir côtoyer sur scène le Londonien Joy Orbison (en photo), de passage lui pour la première fois à Grenoble. Neveu d’un des pionniers de la scène jungle britannique, Peter O’Grady de son vrai nom commence à mixer à l’âge de 13 ans avant de passer à la production une fois atteint la vingtaine. Grandi au son des différentes variantes de la rave culture britannique (two-step, UK garage, grime, dubstep, UK funky…), il signe avec son premier single Hyph Mngo en 2009 un tube absolument imparable qui va le propulser immédiatement en chef de file d’une scène post-

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Marseille

ECRANS | de et avec Kad Merad (Fr., 1h39) avec également Patrick Bosso, Venantino Venantini…

Vincent Raymond | Mardi 15 mars 2016

Marseille

Si Kad Merad était un post-adolescent imbu de son importance capillaire, on se gausserait de lui comme de son film maladroit, emberlificoté dans ses bonnes intentions et, finalement, spectaculairement avorté. Mais l’homme, plus encore son absolue sincérité ou son absence de cynisme, désarment toute intention médisante. Alors, on s’abstient. À l’inventeur du Kamoulox, il sera beaucoup pardonné. VR

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Dans la famille Asaf Avidan, je demande...

MUSIQUES | Artiste au timbre extraterrestre, Asaf Avidan s'inscrit dans la lignée de chanteurs à part, touchés par une grâce singulière combinant bénédiction artistique et malédictions personnelles. Voix transgenre, freaks vocaux ou interprètes surnaturels, tous ont à leur manière, et comme le jeune Israélien en concert cette semaine à la Belle électrique, redéfini la notion de voix et de chant, aux frontières de l'humainement possible et de la beauté divine. La preuve en sept exemples. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Mardi 9 juin 2015

Dans la famille Asaf Avidan, je demande...

Little Jimmy Scott : la part de l'ange « Le chanteur américain du XXe siècle le plus injustement ignoré » selon le New York Times. Enfant déjà prodigieux, remarqué très tôt pour sa voix (il chante dès l'âge de 12 ans dans des clubs interdits aux mineurs, ce qui au vu de la suite est d'une cruelle ironie), c'est à une maladie que Little Jimmy, devenu Little Jimmy Scott puis Jimmy Scott, doit sa singularité. Atteint du syndrome de Kallmann, le gamin de Cleveland voit sa croissance et sa puberté interrompues, ce qui lui vaut son surnom et lui "permet" de conserver sa voix d'enfant. Une voix, surtout, qui rendait impensable la distinction de genre. À écouter Jimmy Scott sans le savoir, on pouvait penser entendre la voix (magnifique) d'une femme. Sa carrière sera aussi répétitivement fulgurante que sa voix n'atteint le cœur de l'auditeur : les plus grands lui feront la cour (Sarah Vaughan, Lionel Hampton, dont il intègre un temps l'orchestre, Frank Sinatra), il enregistre avec Ray Charles mais ne cesse de se faire arnaquer par ses maisons de disque, disparaît et réapparaît plusieurs fois, dont, mémorable, dans Twin Peaks (on réalise al

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Barbecue

ECRANS | D’Éric Lavaine (Fr, h38) avec Lambert Wilson, Franck Dubosc, Florence Foresti…

Christophe Chabert | Mardi 29 avril 2014

Barbecue

Le concept – une comédie avec des potes, un barbecue et Franck Dubosc – pouvait laisser penser à un ersatz de Camping ; grave erreur ! Barbecue est en fait un ersatz des Petits mouchoirs de Guillaume Canet. Même humour pas drôle entre gens riches pleins de problèmes de riches, même envie de capturer l’air du temps générationnel des gens riches, même vague suspense mélodramatique autour de la mort possible d’un des mecs riches présents sur l’écran. Et, surtout, même morale décomplexée où l’argent ne fait pas le bonheur, mais quand même, si tu n’en as pas, ben t’es qu’un gros raté. On le sait : la comédie française vote depuis belle lurette à droite et, après tout, elle fait bien ce qu’elle veut. Mais dans ce film horriblement mal écrit au casting aussi furieusement opportuniste que totalement à côté de la plaque – exception : Florence Foresti, qui se sauve courageusement du désastre – la chose est affirmée clairement : le pauvre de la bande a un job de merde, pas de copine et est à moitié simplet. Comme disait l’autre : vive l

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Supercondriaque

ECRANS | De et avec Dany Boon (Fr, 1h47) avec Kad Merad, Alice Pol...

Benjamin Mialot | Mardi 25 février 2014

Supercondriaque

« Ne te déplaise... Je n´aime que la comédie à la française ! » chantait la Ruda Salska au début du siècle, listant dans un de ces tubes festivo-lettrés dont elle avait le secret de poilantes pellicules de Pierre Richard, Philippe de Broca ou Joël Seria. À la vision du dernier méfait de Dany Boon, énième clou rouillé dans le cercueil du genre, on se dit que le groupe aurait été bien en peine de l'actualiser. Rien à sauver en effet dans cette histoire d'hypocondriaque que la fille de son médecin traitant confond avec le chef d'une rébellion sévissant dans un état balkanique fictif (à ce niveau, ce n'est plus de la "capillotraction", c'est du scalp à mains nues), sorte d'adaptation consensuelle et lourdement archétypale du Malade imaginaire par le prisme de La Totale de Claude Zidi. Surtout pas l'interprétation de son réalisateur : si derrière la caméra, Boon se prend pour le Francis Veber de la grande époque (toute proportion gardée), il n'évoque devant, avec ses grimaces pantelantes et ses cris de trisomique malentendant, qu'un Michel Leeb lancé dans un numéro d'imitation de Sinok, le colosse bercé trop près du m

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Le Grand méchant loup

ECRANS | De Nicolas et Bruno (Fr, 1h45) avec Benoît Poelvoorde, Fred Testot, Kad Merad…

Christophe Chabert | Mercredi 3 juillet 2013

Le Grand méchant loup

Le cinéma commercial français souffre de sa trop bonne santé ; trop d’argent, trop de calculs, trop de compromis. Le Grand méchant loup, à l’inverse, est un film profondément malade, comme l’était d’ailleurs le précédent opus de Nicolas et Bruno, La Personne aux deux personnes : un truc personnel greffé sur un remake – celui des Trois petits cochons, un gros succès québécois – un film sur la névrose, la solitude et la mort qui se planque derrière toutes les formes de comédie possibles, un casting bankable dans lequel un seul acteur intéresse vraiment les réalisateurs, qui lui donnent du coup beaucoup plus d’espace à l’écran – Poelvoorde, évidemment génial… C’est donc très bancal, peu aimable, mais ça reste singulier. Signe qui ne trompe pas : à un moment, Nicolas et Bruno pastichent gentiment Comment je me suis disputé de Desplechin. C’est pourtant un faux-fuyant, tant on sent que dans une autre économie, plus modeste, le fil

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Des gens qui s’embrassent

ECRANS | De Danièle Thompson (Fr, 1h40) avec Kad Merad, Éric Elmosnino, Monica Bellucci, Lou De Laâge…

Christophe Chabert | Mardi 2 avril 2013

Des gens qui s’embrassent

Poursuivant ce qu’elle pense être une observation de la société française, Danièle Thompson invente surtout au fil des films une grande célébration des classes supérieures et de leurs valeurs : famille, religion, argent, apparences, réussite… Elle a beau, comme ici, créer des oppositions (les artistes contre les nantis, les candides contre les cyniques), ce n’est qu’une habile diversion avant la réconciliation finale – dans ce film-là, incroyablement bâclée. Et quand il s’agit de critiquer vaguement l’arrogance de ses personnages, c’est à travers des stéréotypes embarrassants, pas aidés par des comédiens parfois en pleine panade – Monica Bellucci est catastrophique en bourgeoise hystérique. Surtout, Des gens qui s’embrassent a l’ambition d’un film choral, mais se retrouve coincé dans un format de prime time d’évidence trop étroit, et qui intensifie tous ses défauts : ainsi la narration avance par bonds temporels, s’attarde sur des événements sans intérêt et passe à toute vitesse sur ce qui pourrait créer du trouble – le déterminisme amoureux qui relie les deux cousines

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Mission exploration

ARTS | Installations / Remonter aux origines, explorer la manière d’être des ancêtres, rechercher ce que nous sommes et pouvons être au regard de ce qui fut, ce qui (...)

Laetitia Giry | Vendredi 5 octobre 2012

Mission exploration

Installations / Remonter aux origines, explorer la manière d’être des ancêtres, rechercher ce que nous sommes et pouvons être au regard de ce qui fut, ce qui perdure ou ce qui a disparu… Voilà une tâche ardue, dévolue aux archéologues, historiens ou autres anthropologues, mais aussi aux écrivains et aux artistes en tous genres. Les artistes du Studio 21bis, habitués aux installations dans l’espace urbain, ont répondu à une invitation du Centre d’art Bastille en habitant ses grottes avec leur matériau fétiche : le carton. Se promenant allègrement sur le fil de la dialectique du fragile et du solide, de l’éphémère et de l’immuable, ils montrent des objets de la Préhistoire (prêtés par le musée de ladite période) sur les socles fragiles constitués de carton, s’amusent des perceptions en érigeant des colonnes en forme d’os (toujours en carton) qui paraissent soutenir les inaltérables murs des grottes, reproduisent des peintures rupestres au mur. À leur manière, ils fouillent, regardent la ruine, donnent plus un éclairage sur des inquiétudes du présent que des certitudes du passé. Le tout se visite casque de spéléologue sur la tête, petite lumière allumée pour se frayer un chemin dan

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Les Seigneurs

ECRANS | D’Olivier Dahan (Fr, 1h37) avec José Garcia, Jean-Pierre Marielle, Ramzy, JoeyStarr, Gad Elmaleh, Franck Dubosc…

Christophe Chabert | Jeudi 20 septembre 2012

Les Seigneurs

Typique du cinéma industriel qui se développe en ce moment dans l’Hexagone, Les Seigneurs est avant tout un film de producteur, en l’occurrence l’ancien comédien Isaac Sharry. Olivier Dahan, certes réalisateur de La Môme mais qu’il avait tourné juste après une commande déjà bien foireuse pour Luc Besson (Les Rivières pourpres 2), ne vient donc qu’apporter sa griffe à un récit archi-calibré (en gros, un entraîneur à la dérive est engagé pour s’occuper d’une équipe de dernière zone sur l’île de Molène, Bretagne, et convainc tous ses anciens camarades de renfiler les gants pour défendre l’usine menacée de fermeture). Le problème, c’est que Dahan est plus une erreur de casting qu’un atout : il ne sait manifestement pas mettre en scène de la comédie, sinon en surdécoupant le jeu de ses comédiens ou en les cadrant large quand ils font leur numéro, et en jouant sur des effets qui rappellent rien moins que Les Fous du stade avec Les Charlots. Quant au foot, n’en parlons même pas – de toute façon, seul Carlos Reygadas a su le filmer dans Batalla en el cielo. Dès qu’il esquisse un pas de côté vers la chronique sociale ou l’émotion, on s

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Superstar

ECRANS | Où Xavier Giannoli veut-il en venir avec cette fable où un monsieur tout-le-monde (Kad Merad, choix presque trop évident, même si l’acteur s’en sort avec (...)

Aurélien Martinez | Mardi 28 août 2012

Superstar

Où Xavier Giannoli veut-il en venir avec cette fable où un monsieur tout-le-monde (Kad Merad, choix presque trop évident, même si l’acteur s’en sort avec un certain talent) est soudain considéré comme une célébrité, sans qu’il sache pourquoi ? L’argument, exactement le même que celui du segment avec Benigni dans To Rome with love, est prétexte à une confuse démonstration de la part du cinéaste d’À l’origine. Portant d’abord la faute sur des médias avides d’audience et de clics (savoureuse prestation de Louis-Do De Lenquesaing en producteur sans scrupule), Giannoli reprend ensuite en mode mineur l’idée de son film précédent : comment une foule projette sur un homme qui passait par là ses désirs et ses frustrations. Mais, à la faveur d’un nouveau coup de force scénaristique, c’est le peuple qui est à son tour dénoncé, brûlant avec la même ferveur celui qu’elle adulait hier. Comme un film à thèse qui défendrait tout et son contraire, Supe

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Jouer à Shakespeare

SCENES | David Gauchard termine sa trilogie shakespearienne sur une note résolument optimiste. Avec "Le Songe d’une nuit d’été", il convoque à nouveau la vidéo et une bande son (pop) pour dynamiser ce texte complexe et loufoque. Musique, maestro ! Nadja Pobel (avec Aurélien Martinez)

Aurélien Martinez | Lundi 30 janvier 2012

Jouer à Shakespeare

Il y a eu Hamlet / Thème et variations pour questionner l’héritage et l’importance des choix. Puis un Richard III sombre (et génialement incarné par le granitique Vincent Mourlon) pour restituer une réflexion politique sur le pouvoir. Déjà deux claques saluées à chaque fois dans nos colonnes. Non content de faire du théâtre, David Gauchard et sa compagnie L'Unijambiste y adjoignaient de la vidéo et de la musique à haute dose. Le trio hip-hop Abstrackt Keal Agram, Robert le Magnifique et Psykick Lyrikah pour Hamlet auxquels se rajoutait Olivier Mellano (guitariste de Dominique A ou Miossec entre autres) sur Richard III. Plus de live avec Le Songe mais une bande son à tomber par terre (et d’ailleurs éditée) avec sur scène le beatboxer Laurent Duprat et toujours Robert le Magnifique, Thomas Poli et Laetitia Shériff aux commandes. La méthode (qui n’a rien d’un g

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«Je fais mes classiques»

SCENES | Après Hamlet / thème & variations et Richard III, le metteur en scène David Gauchard clôt sa trilogie shakespearienne et urbaine avec Le Songe d’une nuit d’été. Rencontre. Propos recueillis par Aurélien Martinez

Aurélien Martinez | Lundi 23 janvier 2012

«Je fais mes classiques»

Avec Le Songe d’une nuit d’été, une pièce très féerique, vous bouclez votre trilogie mixant Shakespeare et nouvelles technologies sur une note très positive…Oui, c’est voulu. Auparavant, il y a eu Hamlet, un spectacle sur l’héritage et le fait de faire des choix – suis-je ou non le fils du Danemark, c’est ça la vraie question. Après, il y a eu Richard III, avec une réflexion politique sur le pouvoir – l’arrivée au pouvoir, le fait de s’y maintenir en évinçant les contre-pouvoirs… Et j’ai eu envie de terminer la trilogie avec une comédie, en partant d’une phrase du philosophe Gilles Deleuze : « le système nous veut triste et il nous faut arriver à être joyeux pour lui résister ». C’est une interrogation qui m’est venue à l’esprit à un moment : peut-être que le fait de rire ensemble est un moyen de résister, en cette période de montée du populisme ; où il n’y avait même pas six mois, je ne savais pas que l’on avait trois A, alors que m

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Shakespeare 2.0

SCENES | Le Songe d’une nuit d’été est l’une des œuvres les plus magiques de Shakespeare. Un récit où interviennent, au sein d’une étrange forêt, deux jeunes couples, (...)

François Cau | Vendredi 6 janvier 2012

Shakespeare 2.0

Le Songe d’une nuit d’été est l’une des œuvres les plus magiques de Shakespeare. Un récit où interviennent, au sein d’une étrange forêt, deux jeunes couples, un roi des fées, et des comédiens en pleine répétition. La compagnie L’Unijambiste de David Gauchard, déjà croisée par deux fois à l’Hexagone de Meylan avec deux Shakespeare enlevés (Richard III et Hamlet), s’attaquera donc à cette pièce complexe, toujours avec l’envie de « conjuguer Shakespeare et les arts numériques » dans des spectacles urbains, musicaux et hypnotiques.  

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De fil en aiguille

SCENES | La saison dernière, on avait découvert la compagnie La Manœuvre à l’Amphithéâtre, avec Mue : une proposition de cirque basée sur la manipulation (...)

Aurélien Martinez | Jeudi 8 décembre 2011

De fil en aiguille

La saison dernière, on avait découvert la compagnie La Manœuvre à l’Amphithéâtre, avec Mue : une proposition de cirque basée sur la manipulation d’"objets-corps" étranges, qui produisaient leurs effets visuels. Gaëlle Bisellach-Roig, lauréate en 2006 du prix Jeune Talent Cirque, revient à Pont-de-Claix, cette fois-ci avec Bobinette et Tricotine, création jeune public dont on a seulement pu découvrir quelques courts extraits en DVD. Des images qui semblent néanmoins confirmer la présence de qualités que l’on trouvait déjà dans Mue : notamment un sens de l’esthétisme soigné, grâce encore à l’utilisation de leurs "objets-corps" – ici un pied se dissocie de sa jambe ; là un troisième bras sort de nulle part… Porté par deux interprètes féminines (dont Gaëlle Bisellach-Roig elle-même), le spectacle évoque Tricotine, une couturière qui confectionne Bobinette, une poupée magique. Après avoir été choyée par sa conceptrice, cette dernière devient jalouse de la présence d’un nouveau mannequin : toute l’harmonie est donc à revoir, comme une métaphore des familles recomposées. À découvrir en famille, du mercredi 14 au vendredi 16 décembre. AM

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Arm égal

MUSIQUES | Avec Derrière moi, son dernier album, Psykick Lyrikah poursuit son exploration d’un hip hop français singulier. Rencontre avec Arm, tête chercheuse de la formation. Propos recueillis par François Cau

François Cau | Mercredi 9 novembre 2011

Arm égal

A vos débuts, à travers les références citées dans Des lumières sous la pluie, on a pris l’habitude de vous présenter comme un rappeur français, mais qui a lu Camus et Dostoïevski… est-ce que cette image ne vous a pas en quelque sorte isolé du milieu comme du public ?Arm : C’était du pain béni pour les journalistes d’avoir un côté rap et littérature, deux choses apparemment incompatibles… A l’époque, il y avait toute cette scène de rap indépendant avec TTC, le Klub des Losers, James Delleck, La Caution, tout le monde était mis là-dedans alors que chaque formation faisait un son différent, et je n’en faisais pas partie. Cette pseudo-scène n’a jamais existé ou tenu, donc je n’en ai pas vraiment souffert. En revanche, à un moment donné, j’ai rencontré beaucoup de gens qui me félicitaient de faire une musique « plus intelligente que du rap », et ça me mettait vraiment mal à l’aise. Sous-entendu : il faut être illettré pour faire du rap…Voilà. C’est une musique que j’aime, et que j’aime pour certains de ses clichés aussi, ça fait partie du délire. Les textes de Derrière moi semblent plus amers, plu

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Bienvenue à bord

ECRANS | D'Eric Lavaine (Fr, 1h45) avec Franck Dubosc, Valérie Lemercier…

François Cau | Jeudi 29 septembre 2011

Bienvenue à bord

Franck Dubosc dans un ersatz de Croisière s'amuse par l'auteur de Poltergay, forcément ça fait peur. Sans miracle, Bienvenue à bord se hisse pourtant par-dessus la mêlée des comédies françaises qui font de la peine. Inutile de tergiverser sur les fantasmes hollywoodiens d'Eric Lavaine, le film est un brouillon de comédie US. Trop gras pour convaincre, mais avec un échafaudage qui par rares moments fonctionne. L'essentiel c'est bien sûr Dubosc, dont la nullité intrigue. Idiot généreux et fédérateur, son personnage (toujours le même) rappelle parfois ceux de Will Ferrell. Le talent en moins, mais avec la même envie de déjouer l'ironie, d'être plus littéral que parodique, sentimental que cynique ou juste caricatural. Jérôme Dittmar

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Monsieur Papa

ECRANS | De et avec Kad Merad (Fr, 1h30) avec Michèle Laroque…

François Cau | Mercredi 25 mai 2011

Monsieur Papa

Kad Merad est partout, dans tous les films français populaires, à la télé… Le voilà en plus derrière la caméra, et on affûtait déjà nos plumes pour lui tailler un beau costard. Raté ! Monsieur Papa, sans être un grand film (loin de là, Kad ayant une confiance très limitée dans la mise en scène), étonne par sa modestie et, surtout, par son désir de ne pas suivre le diktat embarrassant de la comédie à tout prix. Les qualités principales sont à chercher dans un scénario qui prend soin de ne jamais aller tout à fait là où on l’attend (de la supercherie montée par une mère pour faire croire à son fils qu’un type ordinaire est son père et le dégoûter ainsi de vouloir le connaître, on découvre assez vite que le gamin n’est pas dupe, renvoyant ainsi la balle vers les adultes et leurs préjugés) et dans l’atmosphère flottante et triste avec laquelle Kad le filme. Situé dans le 13e arrondissement (le quartier chinois), Monsieur Papa montre un Paris rarement vu à l’écran, populaire mais pas banlieusard, aux lignes de fuite étranges et à l’exotisme terne. Intéressant, tout comme la manière, parfois, de vider le cadre autour des personnages, de laisser durer un plan, de refuser l’e

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La fille du puisatier

ECRANS | De et avec Daniel Auteuil (Fr, 2h) avec Astrid Bergès-Frisbey, Kad Merad…

François Cau | Lundi 18 avril 2011

La fille du puisatier

Depuis le diptyque de Berri, Auteuil et Pagnol, c'est une grande histoire d'amour. Pour son premier film derrière la caméra, l'acteur ne pouvait donc que revenir à l'auteur fétiche qui a fait sa gloire. Sauf que les meilleurs sentiments n'ont jamais fait une grande œuvre. En adaptant La fille du puisatier, Auteuil réussit toutefois une chose : faire exister le langage de Pagnol. De manière un peu bateau, platement folklorique, mais en gardant le cœur d'une intrigue de classe où le verbe est roi. Le problème de cette adaptation de fan trop respectueux, c'est qu'il faut se coltiner un casting endimanché, une grossière mise en scène de téléfilm et Auteuil en transe, possédé par chaque dialogue. Ce qui n'est pas pire que Kad Merad avec du khôl. Jérôme Dittmar

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Mue

SCENES | Gaëlle Bisellach-Roig, lauréate en 2006 du prix Jeune Talent Cirque, et que le communiqué de presse de l’Amphithéâtre présente comme « l’une des circassiennes (...)

François Cau | Lundi 13 décembre 2010

Mue

Gaëlle Bisellach-Roig, lauréate en 2006 du prix Jeune Talent Cirque, et que le communiqué de presse de l’Amphithéâtre présente comme « l’une des circassiennes les plus talentueuses de sa génération » (wouh, on est tout excité !), débarque à Pont-de-Claix jeudi 16 décembre (à 20h) et vendredi 17 (à 19h) avec Mue. Un spectacle défini comme un travail sur la manipulation et tout ce qu’il en découle (le contact, la suspension, la chute…), par l’intermédiaire d’"objets-corps" comme l’illustre très bien la photo. Gaëlle Bisellach-Roig (directrice de la compagnie auvergnate La Manœuvre) sera à la mise en scène, accompagnée d’une cordeliste et d’une jongleuse pour un trio que l’on espère pertinent. D’autant plus que ce Mue semble illustrer pleinement la nouvelle ligne de l’Amphithéâtre, que sa nouvelle directrice souhaite à la croisée des arts contemporains.

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Hautes tensions

SCENES | La nouvelle édition des Soirées, toujours coorganisées par la MC2 et le Centre chorégraphique national de Grenoble (dirigé par l’indéboulonnable Gallotta), est sous-titrée cette année "Sous tension". Un thème pas forcément fun qui nous offre néanmoins quelques propositions fortes. Aurélien Martinez

François Cau | Vendredi 28 mai 2010

Hautes tensions

Au fil des ans, les Soirées (ex-Soirées d’Émile, du nom de l’imaginaire Émile Dubois inventé par Jean-Claude Gallotta il y a de ça trente ans) gardent le même principe : à savoir, faire émerger le travail de nouveaux chorégraphes (néanmoins déjà confirmés, les Presk’îles d’Émile étant quant à elles destinées aux "novices"), et leur donner les moyens de le dévoiler dans des conditions professionnelles, devant un public. Cette année, la programmation se veut pointue, entièrement construite autour de l’idée de tension, avec notamment des corps jetés en pâture dans un monde jugé trop violent. Un thème qui place donc ce mini festival sous des auspices graves. Parmi les six créations dévoilées au cours des trois soirs de représentation, nous en retiendrons trois. Des formes courtes qui, si elles ne nous ont pas forcément toutes entièrement convaincus, ont le mérite de sortir des sentiers battus. Influx controls : I wanna be, wanna be L’influx control était une loi en vigueur en Afrique du sud restreignant la liberté de mouvement des personnes noires, pour les empêcher de se rendre dans les zones riches. Le chorégraphe Boyzie Cekwana a ainsi décidé de

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Richard III outrenoir

SCENES | THÉÂTRE. Au milieu des deux cent sept mises en scène d’un texte de Shakespeare visibles chaque année, celle de David Gauchard détonne littéralement, avec son Richard III urbain, musical et hypotonique. Aurélien Martinez

François Cau | Mercredi 27 janvier 2010

Richard III outrenoir

Après la claque Hamlet, thème & variations (présenté il y a trois ans à l’Hexagone), on attendait non sans impatience la relecture par la compagnie L’unijambiste d’un autre monument shakespearien qu’est Richard III. Quelle ne fut pas notre surprise : alors qu’on subodorait logiquement que David Gauchard allait réutiliser les recettes qui lui avaient si bien réussi la fois précédente (à savoir mixer habilement la verve et la narration shakespeariennes aux sons très contemporains de l’électro et du hip hop), on se retrouve face à une version on ne peut plus fidèle à l’œuvre originelle – là où dans Hamlet il se permettait de tout passer au shaker. Bien sûr, le metteur en scène conserve son univers artistique, mais il le met pleinement au service du texte retravaillé pour le plateau par le traducteur André Markowicz. Son Richard III devient alors un spectacle froid et tendu, qui hypnotise ceux qui acceptent de se laisser guider dans ce monde de folie. Et je dis wii Si David Gauchard conserve son équipe d’Hamlet (le rappeur Arm, plume

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Thèmes et variations

SCENES | Interview / Pour l’avoir déjà vu, on peut vous assurer sans rougir que non seulement le “Hamlet” qui ouvrira glorieusement la saison de l’Hexagone est une véritable tuerie, mais qu’il nous permettra en plus de voir sur scène le meilleur rappeur français du monde, Arm de Psykick Lyrikah. En attendant, rencontre avec David Gauchard, metteur en scène. Propos recueillis par François Cau

| Mercredi 20 septembre 2006

Thèmes et variations

Qu’est-ce qui a motivé la mise en place du projet, la rencontre avec le texte ou avec les musiciens ?David Gauchard : Désolé, mais c’est une troisième réponse, la rencontre avec le traducteur. J’ai commencé par travailler sur Ekaterina Ivanovna de Leonid Andreïev, dans une traduction d’André Markowicz. À l’issue du projet, André m’a demandé si j’avais lu Hamlet, tel qu’il l’avait retraduit. Tout est parti de là : il a traduit tout Dostoïevski et d’autres ouvrages de langue russe. Dans cette littérature, il y a un grand emploi du vers décasyllabe, là où en France on privilégierait l’alexandrin. C’est une forme qu’on retrouve dans le théâtre Élisabéthain ; il a donc adapté Shakespeare en décasyllabe, c’est le seul à l’avoir fait pour l’instant. Comment l’aspect abstract hip hop s’est-il greffé au projet ?J’ai rencontré Robert le Magnifique (compositeur, DJ et interprète du rôle d’Horatio dans la pièce) sur Ekaterina Ivanovna. Je cherchais à bosser sur la Troisième Symphonie de Górecki, et je devais adapter ma mise en scène par rapport à la seule version CD que j’avais à disposition, ce qui éta

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To mix or not to mix

SCENES | Critique / Choix audacieux pour un début de saison, la création de la compagnie l’Unijambiste réconcilie avec talent les fans de Shakespeare et d’électro hip hop. Même si l’expression est galvaudée, on serait tenté de qualifier Hamlet Thèmes & Variations de spectacle total, tant l’alchimie des formes sert une vision subtile de l’antique tragédie. François Cau

| Mercredi 11 octobre 2006

To mix or not to mix

Hamlet version abstract hip hop ? Après tout pourquoi pas : du Roméo queer refoulé de Baz Luhrmann au Richard III crypto-fasciste de Richard Loncraine, le 7e art a tellement dévoyé le pauvre Shakespeare à la sauce post-moderne qu'on n’en est plus vraiment à ça près. En même temps, l'intitulé est clair : Thème & Variations, un jeu annoncé sur le texte et surtout la substance sonore, l’un des axes majeurs de la création. En homme avisé, David Gauchard s'est entouré d'un casting de rêve. Prenant pour base la nouvelle traduction du texte, signée André Markowicz, le metteur en scène s'est adjoint les services d'un trio létal pour sa bande-son : Tepr, My Dog is Gay (le duo d'Abstrackt Keal Agram) et le non moins grandiose Robert Le Magnifique (voir ci-dessous). De superbes compositions, à même de survivre à la création de façon autonome, vaillamment soutenues par les flows des comédiens (parmi lesquels on retrouve Arm, MC de Psykick Lyrikah, et par ailleurs auteur des excellents “interludes“ condensant la narration). Ajoutez à cela une contribution plastique de la marionnettiste Émilie Valantin (Philémon et Baucis, Les Castelets en Jardin), et vous obtenez un projet presqu

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C’est du Belge

SCENES | Avant de revenir plus en détail sur son spectacle de clôture (Ook, chorégraphie de Sidi Larbi Cherkaoui, déjà évoqué dans notre supplément Rentrée Culturelle Panorama) (...)

| Mercredi 14 mars 2007

C’est du Belge

Avant de revenir plus en détail sur son spectacle de clôture (Ook, chorégraphie de Sidi Larbi Cherkaoui, déjà évoqué dans notre supplément Rentrée Culturelle Panorama) dans notre numéro du 21 mars, évoquons le lancement du nouveau Mois de la Création Belge à la salle martinéroise L’Heure Bleue. Débuté le 6 mars avec la “comédie indigène“ Gembloux, à la recherche des soldats oubliés (retour sur la bataille de Gembloux, où des tirailleurs marocains s’illustrèrent contre les troupes nazies), l’événement se poursuit les 13 et 14 mars avec l’attachant spectacle de la Compagnie Baladeu’x, Double Tour, une fantaisie circassienne et poétique pour un couple… et une porte, où l’alchimie des interprètes joue pour beaucoup dans le charme dégagé. Le 15 mars, un prestigieux homonyme de notre icône adorée, le jazzman Philip Catherine, nous fera redécouvrir son répertoire, grandement épaulé par le Brussels Jazz Orchestra. Enfin, le jeune public ne sera pas en reste le 21 mars avec le spectacle de marionnettes Bistouri, délire cartoonesque d’une précision… chirurgicale.

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