Indésirables

ECRANS | Un nouvel avatar de l'amateurisme chic façon Donzelli, qui ne parvient que tardivement à prendre la mesure de son sujet.

Christophe Chabert | Mardi 17 mars 2015

Dans la petite famille de l'amateurisme chic français, voici Philippe Barassat : copain comme cochon avec le tandem Donzelli / Elkaïm, il a recruté ce dernier pour le rôle principal d'Indésirables, son premier long après quelques courts provocateurs et remarqués. Elkaïm y est Aldo, infirmier d'origine étrangère qui subit une sorte de préférence nationale et se retrouve sans emploi et dans la dèche, cachant cette précarité à sa copine. Après une première expérience avec sa colocataire aveugle, Aldo décide de devenir un gigolo d'un genre particulier, donnant du plaisir à des handicapés physiques et moteurs.

On aimerait se sentir interpellés, sinon dérangés, par un tel sujet, mais le film se tient dans un tel degré d'approximation qu'il est surtout irritant. Les comédiens jouent n'importe comment (Bastien Bouillon et l'insupportable Béatrice de Staël ne sont jamais crédibles en aveugle) et Barassat cadre à peine ses plans, leur apposant un vernis noir et blanc qui agit comme un cache-misère. Le tout baigne dans une ambiance bourgeois de gauche que le cinéaste arrive in extremis à bousculer lorsqu'il assume la part la plus noire de son récit.

Le temps d'une longue séquence où plane l'ombre des Freaks de Tod Browning, on entrevoit un tout autre film, cruel et monstrueux, où l'anormalité viendrait vomir la bonne conscience des gens normaux en criant : « Tu es des nôtres ! »

Christophe Chabert

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"Jumbo" : l’amour à la machine

ECRANS | De Zoé Wittock (Fr.-Bel-Lux., 1h33) avec Noémie Merlant, Emmanuelle Bercot, Bastien Bouillon…

Vincent Raymond | Mardi 23 juin 2020

Jeune fille solitaire encombrée d’une mère exubérante et désinhibée, Jeanne travaille dans un parc d’attractions où son charme farouche ne laisse pas indifférent son jeune responsable. Jeanne va tomber amoureuse, mais d’un manège, Jumbo. Et la passion lui semble réciproque… Par petites touches discrètes, le cinéma fantastique se régénère en revenant à sa source : avec des histoires partant de la normalité crasse du quotidien, déviant ensuite vers l’anormalité. Cette variation sémantique infime change tout, car elle rend l’ordinaire extra. Après l’enthousiasmant La Dernière Vie de Simon, Jumbo confirme qu’il faut suivre suivre la jeune garde francophone. Voyez ce premier long métrage de Zoé Wittock, où l’héroïne, à la façon d’un personnage introverti de Stephen King, va trouver un épanouissement lumineux dans une dimension intérieure et contraire à la doxa. Bon choix d’ailleurs que la toujours aventureuse Noémie Merlant pour donner corps à cette nouvelle romance interdite — Portrait de la jeune fille en feu, Curiosa

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"Debout sur la montagne" : là-haut, y a pas débat

ECRANS | De Sébastien Betbeder (Fr., 1h45) avec William Lebghil, Izïa Higelin, Bastien Bouillon…

Vincent Raymond | Mardi 29 octobre 2019

Quinze ans après leur enfance montagnarde, trois amis se retrouvent dans leur village d’origine à l’occasion des funérailles du grand frère de l’un d’entre eux. Leurs rêves de jeunesse disloqués, ils constatent que la vie d’adulte donne plus souvent des raisons de pleurer que de rire… Sébastien Betbeder a de la constance, il faut le lui reconnaître. N’aimant rien tant que les histoires de copains en quête d’une forme de retrouvailles dans un milieu plutôt hostile, le prolifique cinéaste décline son thème chéri dans tous les environnements et avec toutes les configurations possibles. Après l’île de Marie et les Naufragés, le grand Nord enneigé du Voyage au Groenland, la bourgade d’altitude constitue ici une suite logique pour le sympathique trio. Quant à la réunion entre potes, si elle est entravée par le poids d’un passé commun traumatique alourdi par les blessures intimes de chacun, son issue offre une délivrance générale façon absolution. Jonglant avec les peurs d

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"Dans la forêt" : flippant petit papa

ECRANS | de Gilles Marchand (Fr, 1h43) avec Jérémie Elkaïm, Timothé Vom Dorp, Théo van de Voorde…

Julien Homère | Mardi 14 février 2017

Gilles Marchand n’a pas peur du genre. Avec son complice Dominik Moll, il a signé, en tant que scénariste ou réalisateur, des œuvres hybrides dans le paysage du cinéma français. Son nouveau film raconte l’histoire de deux frères qui accompagnent leur père en voyage d'affaires en Suède. Au cours du séjour, le trio va s’aventurer dans une forêt gigantesque au risque de briser leur famille et leurs liens avec le monde. Surprenant, ce Dans la forêt distille une atmosphère vénéneuse qui s’alourdit progressivement. Portée par des interprétations solides d’Elkaïm et des jeunes acteurs, l’intrigue marche, avec plus ou moins de brio, sur les traces de Kubrick et reste captivante par le solide travail visuel à la réalisation. Les cadres et le montage font du décor forestier le quatrième personnage perdu de ce drame psychologique où un garçon doit accepter la monstruosité de son père.

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"La Prunelle de mes yeux" : maladroit de regard

ECRANS | de Axelle Ropert (Fr., 1h30) avec Mélanie Bernier, Bastien Bouillon, Antonin Fresson…

Vincent Raymond | Mardi 20 décembre 2016

Tout commençait pourtant bien, par le choix d’exhumer pour la B.O. une excellente chanson des mésestimés The Gist, Love At First Sight. Et puis sur l’affiche, la pétillante Mélanie Bernier avec son sourire éclatant… Après Un peu, beaucoup, aveuglement, elle enchaîne une nouvelle romance dans laquelle elle ne voit pas son galant — mais cette fois car elle est atteinte de cécité. Le coquin, c’est son nouveau voisin, un joueur de rebétiko raté, qui va feindre d’être lui aussi aveugle. D’abord chien et chat, le duo finira par s’accorder. Très référencée comédie sentimentale à l’américaine, cette petite chose possédait de bonnes intentions, mais hélas pas le rythme adéquat pour une fantaisie trépidante : ses baisses de tonus et son écriture laborieuse le plombent rapidement. Demeurent quelques inattendues trouées d’humour, dont une à mettre au crédit du scénariste-réalisateur Serge Bozon – son épouvantable La France (2006) hante pourtant encore nos mémoires. Ici interprète d’un voisin rockeur, il est hilarant en rebelle de carton à la nonchalance du supérette et aux répliques fanées. On sent quasiment son odeur fauve vieux célibataire. Les yeux fe

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"Irréprochable" : inquiétante Marina Foïs

ECRANS | de Sébastien Marnier (Fr., 1h43) avec Marina Foïs, Jérémie Elkaïm, Joséphine Japy, Benjamin Biolay…

Vincent Raymond | Mardi 5 juillet 2016

On ne spolie pas grand-chose de l’intrigue en laissant entendre que Constance, jouée par Marina Foïs, est ici tout sauf irréprochable. Crampon vaguement crevarde au début, elle se révèle ensuite mytho et érotomane, avant de dévoiler au bout du bout un visage plus trouble. Une cascade de "retournements" un peu outrés, censés changer notre point de vue sur ce personnage donné (trompeusement) pour bohème sympa. Le problème, c’est que l’on sait d’entrée qu’il y a un souci : regard fixe et lourd, attitudes maniaques, Constance n’a rien de la fille à qui vous confiriez votre sandwich ni votre code de carte de crédit ; elle respire le vice plus que la vertu. Modeler de la noirceur et des ambiances intrigantes ou inquiétantes semble davantage intéresser Sébastien Marnier qu’animer un personnage cohérent. Dommage, car il dispose par ailleurs d’atouts non négligeables : une distribution surprenante (mais qui fonctionne), ainsi qu’une excellente bande originale signée Zombie Zombie – un adjuvant essentiel.

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Main dans la main

ECRANS | De et avec Valérie Donzelli (Fr, 1h25) avec Jérémie Elkaïm, Valérie Lemercier…

Christophe Chabert | Mercredi 12 décembre 2012

Main dans la main

Ceux qui ont sacralisé le tandem Donzelli / Elkaïm sur la foi de leur il est vrai correcte La Guerre est déclarée vont en être pour leur frais. Avec Main dans la main, c’est retour à la case départ, celle de leur premier film, ce navet indescriptible qu’était La Reine des pommes. L’argument (un danseur du dimanche tombe en "synchronicité" avec une prof de danse de l’Opéra Garnier) s’épuise en trente minutes et ne donne même pas lieu à une quelconque virtuosité physique ou gestuelle : tout est approximatif et ruiné par un surdécoupage qui traduit une réelle absence de point de vue. On assiste alors à un film entre potes (Lemercier, pièce rapportée, semble paumée au milieu de la bande) où l’amateurisme est presque une condition pour faire partie du club (pourquoi avoir donné un tel rôle à Béatrice De Staël, absolument nulle d’un bout à l’autre ?). L’artisanat du film, son côté lo-fi, a bon dos : c’est surtout une m

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