Un homme idéal

ECRANS | À cause d’une imposture littéraire devenue succès de librairies, un jeune auteur est entraîné dans une spirale criminelle. Yann Gozlan signe une réussite inattendue du thriller hexagonal, avec un Pierre Niney excellent en héros négatif. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 17 mars 2015

Les yeux cernés, le visage fiévreux, un jeune homme hurle en jetant sa voiture contre une paroi rocheuse. Flashback : trois ans auparavant, on le découvre, pas forcément mieux dans ses baskets, suant sang et eau pour accoucher d'un roman finalement refusé par tous les éditeurs parisiens et contraint de végéter dans un emploi minable de déménageur. Lors d'une de ses missions, il tombe sur les carnets d'un homme fraîchement décédé où celui-ci raconte sa vie de soldat pendant la guerre d'Algérie. Ni une, ni deux, Mathieu fauche le tapuscrit, le rentre dans son Mac et l'expédie fissa à un éditeur… qui accepte instantanément de le publier. Succès critique et public, voici l'imposteur promu star de la littérature française.

Dans ce premier acte, Yann Gozlan, auteur de l'oubliable Captifs, enclenche le turbo pour raconter à toute vitesse cette ascension fulgurante, non sans la pimenter d'un regard incisif sur les mœurs des lettres actuelles. La manière dont Mathieu invente son personnage en s'inspirant des apparitions télés d'auteurs célèbres (Gary, Houellebecq et… Yann Moix !) exprime avec ironie cette petite mécanique médiatique où le discours de l'écrivain est aussi important que son œuvre.

Un Niney idéal

Gozlan, toutefois, n'est pas là pour faire de l'analyse sociologique, mais pour raconter un thriller, un vrai, où Mathieu, pris au piège de cette falsification, voit sa nouvelle vie dorée de bourgeois parvenu se craqueler sous le poids des dettes, des soupçons de son entourage et des menaces d'un maître chanteur – génial Marc Barbé. Revenant à des sources bien françaises (le Plein soleil de René Clément, influence revendiquée) raréfiant ses dialogues et privilégiant une mise en scène purement visuelle des scènes de suspense, où son sens du découpage et du timing fonctionne à plein, Gozlan explore les eaux bourbeuses dans lesquelles s'enfonce son héros négatif, contraint à une sanglante escalade criminelle.

S'il a encore besoin de béquilles inutiles, comme cette musique pompière et envahissante, il peut compter sur un formidable atout : Pierre Niney, qui se livre à corps perdu à son personnage, cultivant sa double facette de "gendre idéal" et de grand échalas vampiresque. Pas de doute, il méritait son César, même si ce n'était pas pour le bon film !

Un homme idéal
De Yann Gozlan (Fr, 1h37) avec Pierre Niney, Ana Girardot, André Marcon…


Un homme idéal

De Yann Gozlan (Fr, 1h37) avec Pierre Niney, Ana Girardot...

De Yann Gozlan (Fr, 1h37) avec Pierre Niney, Ana Girardot...

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Mathieu, 25 ans, aspire depuis toujours à devenir un auteur reconnu. Un rêve qui lui semble inaccessible car malgré tous ses efforts, il n’a jamais réussi à être édité. En attendant, il gagne sa vie en travaillant chez son oncle qui dirige une société de déménagement. Son destin bascule le jour où il tombe par hasard sur le manuscrit d’un vieil homme solitaire qui vient de décéder. Mathieu hésite avant finalement de s’en emparer, et de signer le texte de son nom...


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Cédric Klapisch : « On est tous des anonymes »

ECRANS | Renouant avec deux des comédiens de "Ce qui nous lie", Cédric Klapisch revient dans la foule des villes pour parler… de solitude. Un paradoxe qu’il explique volontiers alors que sort en salle son "Deux moi".

Vincent Raymond | Mardi 10 septembre 2019

Cédric Klapisch : « On est tous des anonymes »

D’où vient cette idée de mélanger en un seul film thérapie et drame existentiel ? Cédric Klapisch : Un scénario est toujours un mélange d’idées. Là, il y avait le désir d’une sorte d’hommage à ma mère, psychanalyste à la retraite. Il y a 6 ou 7 ans, elle redoutait le moment où elle aurait son dernier patient. Je me suis interrogé sur ce qu’était son métier. Dans le même temps, je me demandais si une histoire où deux personnes célibataires ne se rencontrant qu’à la fin d’un film pouvait marcher : comme je ne n’en avais jamais vu, j’ai essayé. C’est intéressant de prendre deux personnages un peu au hasard dans la grande ville et d’essayer d’être précis sur cette idée des "deux moi" : on va assez loin dans l’intime de chacun, à l’inverse des "romantic comedy". Ça décale un peu le sujet puisqu’ici on parle d’avant la rencontre. Il y a beaucoup de réminiscences de Chacun cherche son chat — pas seulement parce qu’un chat fait du lien social et par la présence de Garance Clavel ou Renée Le Calm au générique. Ici aussi, vous vous interrogez sur ce que c’est qu'être dans un quartie

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"Deux moi" : seuls two par Cédric Klapisch

ECRANS | Comment deux trentenaires parisiens confrontés à leur solitude et leurs tourments intérieurs s’évitent avant de se trouver. Cédric Klapisch signe ici deux films en un : voilà qui explique qu’il soit un peu trop allongé, pas uniquement à cause des séances de psychanalyse.

Vincent Raymond | Mardi 10 septembre 2019

Ils sont voisins, se côtoient tous les jours mais ne se connaissent pas. Entre leur âge, leurs problèmes de sommeil, de boulot ou leurs difficultés à se projeter, Rémy (François Civil) et Mélanie (Ana Girardot) ont beaucoup en commun et à partager. Mais pour le savoir, encore faudrait-il qu’ils se rencontrent… L’idée de jouer sur la frustration des spectateurs en retardant à l’extrême la rencontre de ce duo s’avère sacrément perverse si l’on y réfléchit, puisqu’elle tient du "coitus interruptus" entre deux personnages se frôlant à peine – chacun étant protagoniste de son histoire à l’intérieur de ce film jumeau. S’ils paraissent ensemble, ce n’est que virtuellement : dans l’esprit du public et par la grâce du montage. Le réalisateur s’égare un peu d’ailleurs dans cette dilatation excessive précédant la délivrance collective : une vingtaine de minutes surnuméraires aurait pu rester sur le chutier. Ou alors il aurait fallu opter pour la mini-série en quatre épisodes et quatre heures. Dans la fourmilière Si l’on fait abstraction de la romance, ou si on la considère comme un prétexte, on retrouve les motifs favoris du

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"Sauver ou périr" : feu le pompier

ECRANS | Le parcours d’un pompier parisien, de l’adrénaline de l’action à la douleur du renoncement après l’accident. Une histoire de phénix né à nouveau par le feu qui faillit le consumer, marquant (déjà) la reconstruction d’un cinéaste, Frédéric Tellier, pourtant parti de guingois avec son premier long.

Vincent Raymond | Mardi 27 novembre 2018

Jeune sapeur-pompier dévoué et heureux en ménage, Franck (Pierre Niney) aspire à diriger des opérations sur des incendies. Hélas, sa première intervention se solde par un grave accident le laissant plusieurs mois à l’hôpital, en lambeaux et défiguré. Un lent combat pour réapprendre à vivre commence… Consacrer un film à un soldat du feu juste après avoir jeté son dévolu sur la brigade du Quai des Orfèvres ayant traqué Guy Georges (dans le très inégal L’Affaire SK1, 2014) risque de laisser penser que le réalisateur Frédéric Tellier donne dans le fétichisme de l’uniforme ou des agents du service public. Pour autant, ses deux longs-métrages n’ont pas grand-chose en commun, si ce n’est qu'ils s'inspirent d’une histoire vraie et bénéficient de l’appoint d’un bon co-scénariste, David Oelhoffen (auteur par ailleurs du réussi Frères ennemis sorti en octobre dernier). Tellier débute sans prendre de gants par une contextualisation brute et édifiante

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Pierre Niney : « Le film n’est pas un biopic sur Romain Gary »

ECRANS | Dans "La Promesse de l'aube", Pierre Niney enfile un nouveau costume prestigieux : celui d’un auteur ayant au moins autant vécu d’existences dans la vraie vie que dans ses romans, Romain Gary. Rencontre avec un interprète admiratif de son personnage.

Vincent Raymond | Lundi 18 décembre 2017

Pierre Niney : « Le film n’est pas un biopic sur Romain Gary »

Comment êtes-vous passé du statut de lecteur de Romain Gary – et de connaisseur selon votre metteur en scène – à celui d’interprète de son personnage ? Pierre Niney : Éric Barbier dit que je connais très bien Romain Gary, mais ce n’est pas vrai (sourires) ! Je connaissais La Promesse de l’aube que j’adorais, mais peu Gary. Il m’a parlé de son film, qui est une adaptation d’une adaptation de certains épisodes de la vie de Gary, et notamment de ce lien complètement fou, démesuré, toxique et inspirant avec sa mère. On a pris la liberté de s’écarter d’une réalité factuelle de la vie de Gary. Ce n’est donc pas un biopic, car ce n’était pas l’intention du livre : un autobiographe a rarement l’intention de dire la stricte vérité ; surtout pas Gary, dans aucun de ses livres. Le fils de Romain Gary, Diego, avait fait la remarque : « ma grand-mère s’appelait Mina et pas Nina ». Cette distance-là est importante. Je joue donc un "personnage", à qui il arrive des choses extraordinaires qui sont réellement arrivées à Gary dans beaucoup de moments de son livre. Les chose

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"La Promesse de l'aube" : Romain Gary en grand format

ECRANS | Le réalisateur français Éric Barbier a adapté le fameux roman du tout aussi fameux Romain Gary. Une réussite portée par le tandem Pierre Niney - Charlotte Gainsbourg dans le rôle du fils et de la mère.

Vincent Raymond | Lundi 18 décembre 2017

Mexique, fin des années 1950. S’isolant de la fièvre de la Fête des morts, le diplomate et écrivain Romain Gary entreprend, la quarantaine révolue, de raconter dans un livre ce qui l’a conduit à mener toutes ses vies : une promesse faite à la femme de sa vie, sa mère… Le roman de Romain Gary se prête merveilleusement à l’adaptation (donc aux nécessaires trahisons) dans la mesure où l’auteur était le premier à enjoliver des faits trop plats afin de gagner en efficacité romanesque – il pratiquait le "mentir-vrai" d’Aragon à un niveau d’expert. Ce préalable étant connu, on peut considérer qu’une transposition prenant quelques libertés avec le texte-source à des fins narratives ou esthétiques fait preuve de la plus respectueuse des fidélités à l’égard de l’esprit du romancier. Telle cette version signée Éric Barbier, d’une ressemblante dissemblance. La mère de toutes les batailles Le cinéaste y déploie ses qualités que sont l’ambition et la sincérité, indispensables atouts pour marier l’épique, le picaresque, l’académisme et le cocasse autour de cette drôle de fresque où la mère devient un personnage sous la plume d’un fils qu’elle a

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"Soleil battant" : les sœurs Laperrousaz à l’ombre du deuil

ECRANS | de Clara & Laura Laperrousaz (Fr., 1h35) avec Ana Girardot, Clément Roussier, Agathe Bonitzer…

Vincent Raymond | Mardi 12 décembre 2017

Un couple et ses deux petites jumelles arrivent dans leur résidence au Portugal pour un séjour estival. Très vite, des tensions apparaissent entre les parents et le spectre d’un drame ressurgit : quelques années plus tôt, leur fille aînée a été victime d’un accident fatal en ces lieux… Au vu de l’argument et de la dédicace finale, on devine que les sœurs cinéastes Clara et Laura Laperrousaz ont puisé dans une histoire vraisemblablement très proche de la leur pour composer ce long-métrage entrant de surcroît en étroite résonance avec un court précédent, Retenir les ciels (2013). Nul ne les blâmera d’user de l’art, en l’occurrence du cinéma, comme d’un médium cathartique. Esthétique, l’image l’est assurément : les plans à la composition picturale tirent parti des paysages, du moindre crépuscule rougeoyant, des nuits profondes. Quant au soleil du titre, s’il ne fait pas forcément ressentir sa morsure brûlante, ses effet sur les corps et les nerfs sont palpables : les gamines infusent dans un mélange de torpeur, d’éclats de voix et de silences. Elle ne sont pas longues à découvrir le secret de leur aînée disparue. Le duo d’autr

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"Ce qui nous lie" : millésime de qualité pour Cédric Klapisch

ECRANS | D’une vendange à l’autre, une fratrie renoue autour du domaine familial… Métaphore liquide du temps et de la quintessence des souvenirs précieux, le (bon) vin trouve en Cédric Klapisch un admirateur inspiré. Un millésime de qualité, après une série de crus inégaux.

Vincent Raymond | Lundi 12 juin 2017

Dix ans après avoir laissé sa Bourgogne pour courir le monde, Jean (Pio Marmaï) s’en revient au domaine viticole familial, alors que son père agonise. Oubliant rancune et rancœur, dépassant les tracas administratifs, il s’emploie avec sa sœur (Ana Girardot) et son frère (François Civil) à réussir le meilleur vin possible. Le travail d’un an, le travail de leur vie… Loin de délaisser la caméra ces mois passés (il a en effet enchaîné pour la télévision la création de la série Dix pour cent et des documentaires consacrés à Renaud Lavillenie) Cédric Klapisch a pourtant pris son temps avant de revenir à la fiction sur grand écran. Une sage décision, au regard de ses dernières réalisations : sa sur-suite facultative et paresseuse à L’Auberge espagnole en mode cash-machine ou son recours systématique au film choral néo-lelouchien constituaient autant de symptômes d’un essoufflement préoccupant.

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Cédric Klapisch : « Le drame se fabrique avec du rien »

Interview | On a rencontré le fameux réalisateur qui, avec "Ce qui nous lie", livre un beau drame familial autour du vin.

Vincent Raymond | Mardi 13 juin 2017

Cédric Klapisch : « Le drame se fabrique avec du rien »

Qu’est-ce qui, dans Ce qui nous lie, vous a amené à parler du vin et de la transmission aujourd’hui ? Cédric Klapisch : C’est toujours compliqué de savoir pourquoi l’on fait un film. En tout cas, c’est sûr que le vin m’intéresse, pas seulement parce que je l’aime mais parce que c’est un produit qui contient du temps. Je voulais terminer par quelqu’un qui boit un verre de vin contenant tout ce que l’on a vu dans le film, mais j’ai placé ce plan assez tôt. Les personnages boivent le vin de leur grand-père, de leur père… On sent que dans le verre, il y a une personne qui s’est exprimée. Au-delà de ça, le film raconte que le vin est à la fois un savoir-faire que l’on apprend par ses parents, un terroir, tellement de choses qui n’existent dans aucun autre produit. Le vin a quelque chose de mythologique, avec des dieux (Dionysos, Bacchus) très signifiants, qui mélangent la raison et le côté irrationnel. Bref, des choses assez complexes. Étrangement, le

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"Voyage à travers le cinéma français" avec le guide Tavernier

ECRANS | Dans un documentaire de 3h15, Bertrand Tavernier raconte son rapport affectif aux films qui l’ont construit, dévoile son Panthéon des auteurs, techniciens, comédiens, compositeurs français… Édifiant, enthousiasmant, touchant : trois quarts de siècle d’un compagnonnage actif avec le cinéma, à tous les points de vue et d’écoute.

Vincent Raymond | Lundi 10 octobre 2016

Bertrand Tavernier ne pouvait choisir meilleur public que celui du festival Lumière (manifestation lyonnaise organisée en ce moment par l’institut homonyme, qu’il préside, dans la ville où il est né) pour présenter les premières séances de ce documentaire-somme retraçant son parcours. Car davantage qu’une audience acquise, celle-ci se révèlerait surtout réceptive au projet de ce ciné-fils/cinéphile, l’accompagnant bien volontiers dans l’exploration de sa mémoire d’ogre. Promis depuis des années, Voyage dans le cinéma français offre un retour très personnel aux sources primitives de sa passion pour l’écran d’argent ; aux origines de sa curiosité fervente et contagieuse, devenue avec les années prosélytisme chaleureux en faveur de tous les types de cinémas, peu importent les chapelles, du moment qu’ils lui apportent du plaisir – son emploi immodéré du superlatif absolu et de l’épithète "formidable" est d’ailleurs légendaire. Oncle Tatave, celui qui se souvient de tous les films Tout aussi prodigieuse se révèle sa mémoire cinématographique, presque indissociable du contexte folklorique des séances qu'il ressuscite : le voisi

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"L’Odyssée" : aquatique en toc

ECRANS | de Jérôme Salle (Fr., 2h02) avec Lambert Wilson, Pierre Niney, Audrey Tautou…

Vincent Raymond | Mardi 11 octobre 2016

Rien de tel qu’un biopic pour hameçonner public et récompenses. Alors imaginez qu’on en consacre un à l’icône Jacques-Yves Cousteau… c’est du dragage dans les grandes profondeurs ; de la pêche à la dynamite – pour reprendre ses gaillardes méthodes de recensement des espèces pélagiques. Sauf que "JYC", comme tout un chacun, n’était pas clair comme de l’eau de roche et Jérôme Salle n’a pas réussi à trancher entre l’hagiographie consensuelle ou l’étude critique des nombreuses vies du bonhomme. Faussement âpre pour ne pas paraître (trop) complaisant, son film est pareil à un grand livre privilégiant les belles images en couleurs, arrachant celles qui seraient trop ternes ou gênantes – ah, l’art pratique de l’ellipse ! Si Jérôme Salle ménage la dorure de la statue du Commandant, il montre cependant la course perpétuelle après l’argent de cet utopo-égoïste plus imbu de sa propre publicité et de ses aventures que du destin de ses proches ou de celui de la planète. Le vieux cabot de mer s’est mué sur le tard en héraut de l’environnement : une conversion devant beaucoup à son fils Philippe (Pierre Niney), et au fait que son aud

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Cinéma en plein air : notre sélection estivale

ECRANS | L’été, les écrans géants fleurissent dans les villes pour divertir les citadins en mal d’évasion. Et les films choisis sont parfois de bonne – voire de très bonne – facture. La preuve avec cette sélection de projections gratuites à déguster à Grenoble et aux alentours.

La rédaction | Mardi 5 juillet 2016

Cinéma en plein air : notre sélection estivale

Microbe et Gasoil Mercredi 13 juillet à 21h30 à la Bifurk (Grenoble) Dans le cadre du festival Merci, Bonsoir !, on pourra (re)découvrir ce petit bijou signé Michel Gondry, qui carbure ici à l’humour et à la nostalgie. Soit un road movie dans une voiture bricolée avec deux ados en marge de la jeunesse versaillaise. Touchant et irrésistible. Un homme idéal Vendredi 15 juillet à 21h45 au parc d’Uriage À cause d’une imposture littéraire devenue succès de librairie, un jeune auteur est entraîné dans une spirale criminelle. Une réussite inattendue du thriller hexagonal signée Yann Gozlan, avec un Pierre Niney excellent en héros négatif. Minuscules : la vallée des fourmis perdues Mardi 19 juillet à 21h30 au Musée de l’Ancien Évêché (Grenoble) Fascinante odyssée d’une coccinelle qui prête main-forte à des fourmis noires pourchassées par des fourmis rouges. Un film qui, par l’effet conjoint de la 3D, du photoréalisme et d’une mise en scène extrêmement méticuleuse da

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L’Avenir

ECRANS | de Mia Hansen-Løve (Fr, 1h40) avec Isabelle Huppert, André Marcon, Roman Kolinka…

Vincent Raymond | Mardi 5 avril 2016

L’Avenir

Triste exemple de régression artistique, ce film bien mal nommé voit Mia Hansen-Løve retomber dans les travers de ses débuts, dont on la croyait guérie depuis le lumineux Le Père de mes enfants (2009). Ce cinéma sorbonnard, construit dans l’imitation admirative des aînés Eustache, Garrel ou Assayas (évidemment), s’ingénie à aligner des saynètes froides censées capturer la vie dans sa crue réalité, des séquences de comédie pathétique (avec la vieille grand-mère qui perd la boule), entrelardant le tout de tunnels verbeux bilingues franco-allemands fourrés à la dialectique. Parfaitement formaté pour les festivals : la Berlinale lui a décerné un Ours d’argent… Très proche du personnage qu’elle interprétait (on aurait du mal à dire “incarner” tant son corps physique paraît de plus en plus s’effacer à l’écran) dans Villa Amalia (2009) de Benoît Jacquot, Isabelle Huppert affiche ici la même indifférence face aux événements ; à peine semble-t-elle concernée comme spectatrice. Postulons qu’il s’agit d’une straté

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Five

ECRANS | de et avec Igor Gotesman (Fr., 1h42) avec Pierre Niney, François Civil, Margot Bancilhon, Idrissa Hanrot…

Vincent Raymond | Mardi 29 mars 2016

Five

À chaque époque, sa vision de la colocation. Revendiquant L’Auberge espagnole (2002), Five se veut un film de joyeux potes idéalisant une chouette vie autarcique d’enfants gâtés sans contraintes, habitués qu’ils sont à voir leurs moindres caprices assouvis par Sam (justement surnommé "Sam régale") l’amphitryon de la bande – lequel dupe son père pour disposer à l’envi de la fortune familiale, avant d’être démasqué par celui-ci. D’une morale déjà douteuse, le tableau s’aggrave lorsque le fameux Sam trouve dans le mensonge et surtout le trafic de drogue la solution naturelle à ses problèmes ; et que ses "amis pour la vie" manifestent leur profonde solidarité en se dissociant de lui dès qu’il plonge. On résume : des personnages profiteurs, individualistes, arnaqueurs, délateurs ; une vision caricaturale de la banlieue où les trafiquants sont arabes et barbus, de l’argent facile sans beaucoup se fatiguer, une crudité du dialogue en dents de scie (malgré quelques audaces, le ton demeure timoré), et un manque de fond. Si Klapisch avait assorti son film d’un questionnement sur le processus de maturation personnelle, Gotesman reste loin de tou

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La Prochaine fois je viserai le cœur

ECRANS | De Cédric Anger (Fr, 1h51) avec Guillaume Canet, Ana Girardot…

Christophe Chabert | Mercredi 12 novembre 2014

La Prochaine fois je viserai le cœur

Comme Vie sauvage d’un autre Cédric (Kahn), La Prochaine fois je viserai le cœur s’inspire d’un fait divers célèbre : les agissements à la fin des années 70 d’un tueur en série dans l’Oise qui s’est révélé être… un des gendarmes enquêtant sur les crimes. Et comme Vie sauvage, le film de Cédric Anger peine à prendre ses distances avec la réalité, malgré ses tentatives de stylisation et le désir de ne jamais quitter le point de vue du meurtrier – un Guillaume Canet qui surjoue la fièvre et le dolorisme. Le film est d’abord plombé par son écriture, et en particulier ses dialogues, qui reproduisent une fois encore les clichés des fictions françaises – des gendarmes qui parlent comme des gendarmes, des ados comme des ados... Surtout, Anger tourne autour de la névrose de son personnage sans jamais oser l’affronter à l’écran : la peur des femmes et la haine de soi qui s’empare du gendarme lorsqu’il commence à les désirer. Le personnage d’Ana Girardot, amoureuse aveuglée, lui ouvrait pourtant la voie. Mais la seule scène de sexe du film se résume à qu

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Yves Saint Laurent

ECRANS | De Jalil Lespert (Fr, 1h40) avec Pierre Niney, Guillaume Gallienne, Charlotte Le Bon…

Christophe Chabert | Lundi 6 janvier 2014

Yves Saint Laurent

Énième bio filmée d’une figure patrimoniale et contemporaine de l’Hexagone, ce Yves Saint Laurent en accumule les défauts jusqu’au désastre intégral. Dès le premier plan sur Pierre Niney en YSL, avec faux nez et diction maniérée, le carnaval façon Patrick Sébastien commence ; le comédien imite mais n’interprète jamais son modèle, dans une quête de réalisme vaine car elle ne fait qu’en souligner les artifices. Idem pour le pénible défilé qui consiste à présenter chaque personnalité célèbre par son nom et son prénom dès son entrée en scène  – seul un faux Andy Warhol perruqué et gesticulant en prenant des photos n’aura droit qu’à un cameo muet et anonyme –, convention de mauvais scénariste raccord avec un dialogue qui accumule les grandes sentences et nie toute quotidienneté aux personnages. Le film baigne ainsi dans une imagerie de reconstitution paresseuse, clichés visuels d’un côté (l’Algérie coloniale, les clubs de jazz), anachronismes ridicules de l’autre (le défilé de 1971 sur de l’électro-pop) ! Même la narration est bâclée, notamment l’intro qui hésite entre chronologie et flashback méditatif avec voix off, sans parler d’une fin qui accélère les événements

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"Les Garçons et Guillaume, à table !" : dans le (mauvais) air du temps

Cinéma | De et avec Guillaume Gallienne (Fr, 1h25) avec André Marcon, Diane Krüger…

Christophe Chabert | Vendredi 15 novembre 2013

Ce premier film de Guillaume Gallienne tiré de la pièce de Guillaume Gallienne avec Guillaume Gallienne dans le rôle de Guillaume Gallienne – à quand le mug ? – provoque des ovations partout où il passe. Qu’y voit-on pourtant, sans grossir le trait ? Gallienne entrer sur scène pour y jouer ledit spectacle, avant que celui-ci ne s’anime sous la forme d’une suite de saynètes souvent vulgaires et réalisées comme des programmes courts pour la télé, avec toujours le texte de Gallienne en voix-off. Ça reste du théâtre, mais c’est surtout du "théâââtre", c’est-à-dire cette écriture factice, pleine de licences poétiques et de bons mots, ce que le cultureux aime à appeler avec une pointe de condescendance une « langue ». Le cinéma, lui, est oublié en route sinon lorsque Gallienne incarne aussi cette drôle de créature qu’est sa mère, même si elle n’est qu’un alibi pour revenir au vrai sujet du film : le comédien lui-même et son identité (sexuelle). Et là, l’incompréhension monte d’un cran ; efféminé et maniéré, le regard que sa famille pose sur lui le persuade d’abord qu’il est une fille. D’où quiproquos. Mais quand on vient lui dire qu’il est homo, il

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Captifs

ECRANS | De Yann Gozlan (Fr, 1h25) avec Zoé Félix, Éric Savin…

François Cau | Mercredi 29 septembre 2010

Captifs

Le cinéma de genre français est tellement en retard sur ses homologues anglais ou espagnols qu’il en est encore à se convaincre de la légitimité de son existence. Rassurons Yann Gozlan et ses producteurs Sombrero, déjà à l’origine de Mutants et Vertige : Captifs est tout à fait crédible. Bien filmé, bien interprété (oui, Zoé Félix est meilleure ici que chez Esposito), l’affaire est présentable. Mais voilà : cette histoire de kidnapping en ex-Yougoslavie sur fond de trafic d’organes n’a rien d’autre à offrir que cette qualité technique. Le récit est programmatique, comme emprisonné lui aussi dans un présent sans ligne de fuite, sans autre enjeu que la survie des personnages. Pas de perspective historique ou politique, à peine un vague trauma à exorciser (plutôt banal, d’ailleurs !) ; Captifs frappe par sa vacuité, et son souci exclusif d’efficacité finit par se retourner contre lui. CC

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