Blind

ECRANS | Un exercice de style glacial qui tourne en rond, par le co-scénariste de Joachim Trier.

Christophe Chabert | Mardi 28 avril 2015

Connu pour avoir coécrit les scénarios de Joachim Trier (bientôt en compétition cannoise avec Louder than bombs), Eskil Vogt se lance ici dans la mise en scène, mais il est vite rattrapé par sa nature d'auteur. En effet, à travers son personnage principal, une femme devenue aveugle qui se met à rêver le monde et les gens qui l'entourent comme une romancière fabriquant des morceaux de fiction, il offre un reflet à peine fantasmé de sa propre situation.

Blind se grise de sa structure labyrinthique et de son étrangeté, grillant ses meilleures cartouches au cours de sa première demi-heure : ainsi, tandis qu'Ingrid perd la vue, son mari développe des pulsions voyeuristes, traînant sur YouPorn ou espionnant sa voisine d'en face. Pour faire sentir l'aveuglement, la mise en scène amplifie les autres sens de son héroïne, mais là, Vogt ne fait que reprendre la plupart des idées développées par Meirelles dans son sous-estimé Blindness.

Au bout d'un moment, le procédé lasse, le film patinant dans ses mises en abyme glaciales et son petit traité cérébral sur le réalité et le fantasme. À la différence de Trier, Vogt a bien du mal à faire entrer l'émotion et à donner de l'épaisseur à des personnages qui, ici, ne sont que des figures théoriques.

Christophe Chabert


Blind

D'Eskil Vogt (Nor, 1h31) avec Ellen Dorrit Petersen, Henrik Rafaelsen...

D'Eskil Vogt (Nor, 1h31) avec Ellen Dorrit Petersen, Henrik Rafaelsen...

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Ingrid vient de perdre la vue. Elle soupçonne son mari Morten de mentir quand il dit aller travailler. Est-il dans l’appartement avec elle à se cacher et l’observer en silence ? Ecrit-il à son amante quand il prétend envoyer des emails à ses collègues ?


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Blind Pig : « Grenoble possède de très bons bars à bières et à vins mais peu de bars à cocktails »

GUIDE URBAIN | À Grenoble, au cœur du quartier Championnet, à l’emplacement de l’ancien O’Brother Kfé, un bar à la déco éclectique a ouvert ses portes fin mars. Fondé par trois Grenoblois, le Blind Pig a pour spécialité les cocktails. L'un des instigateurs du projet nous en a dit plus.

Nathalie Gresset | Lundi 29 avril 2019

Blind Pig : « Grenoble possède de très bons bars à bières et à vins mais peu de bars à cocktails »

Blind Pig, soit "cochon aveugle" en anglais. Voilà un nom pour le moins intrigant pour ce nouveau bar à cocktails grenoblois établi depuis le 26 mars rue de Turenne, à deux pas de la place Championnet. « Ce nom fait référence à certains bars clandestins qui vendaient de l’alcool pendant la Prohibition aux États-Unis [années 1920-1930]. Notre idée première était de créer un établissement dans ce style mais avec notre terrasse et nos grandes baies vitrées, il est difficile de passer inaperçu de l’extérieur ! Nous avons finalement gardé de ce concept seulement le nom et l’aménagement intérieur » raconte Stéphan Baltazard, ancien consultant en recrutement reconverti en gérant du bar aux côtés de ses deux amis de longue date David Sarrecchia et Théo Rapin. Au milieu du mobilier chiné, des miroirs vintage, des tapis persans et de la belle collection de bouteilles qui « font parfois un peu penser à un magasin d'antiquités », les clients sirotent les cocktails préparés par David et Théo. « Ils sont tous les deux barmen de métier et experts en mixologie. Nous pro

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Blind Butcher : Far West helvète

Concert | Les Suisses de Blind Butcher sont « deux énergumènes qui ont dédié leur vie au rock'n'roll, à la new et la no-wave, au suicide disco, au punk, au blues, au krautrock et à la country » comme l’écrit la Bobine qui les programme jeudi 26 avril. On vous en dit plus.

Stéphane Duchêne | Mardi 24 avril 2018

Blind Butcher : Far West helvète

Composé de Blind Banjo (guitare/chant) et d'Oklahoma Butcher (batterie), Blind Butcher évoque immédiatement quelque desperado américain ronéotypé sur une affiche clouée à l'entrée d'un saloon. Mais au-delà des sobriquets, le duo constitue la preuve que le rock suisse est un nouveau (?) Far West. Et que le label Voodoo Rhythm, celui de l'impitoyable Reverend Beat-Man, abrite quelques-unes de ses figures les plus patibulaires. Aux portes d'un blues détraqué, d'une country de gouttière, le « boucher aveugle » larde surtout des pans entiers de kraut-rock, de punk et de no-wave à coups de guitares aiguisées comme des trancheuses à viande, de batterie entêtée et de machines distordues. Par dessus, le duo pose de l'anglais, de l'allemand et mais aussi du yaourt, manière d'affirmer que le sens a moins d'importance que le nonsense. Difficile de s'y retrouver jusqu'à ce qu'on aperçoive Blind Butcher sur scène dans leurs costumes de gala : des habits de lumière à franges, des nippes de cow-boys électriques. Étendard d'un Far West psychédélhelvétique.

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"Thelma" : genre hypnotique

ECRANS | On sait depuis Spider-Man qu’un grand pouvoir implique de grandes responsabilités. Mais comment les assumer si l’on a pas encore conscience d’en posséder un ? Dans "Thelma" du Norvégien Joachim Trier, son éveil chez une jeune femme coïncidera avec la résolution radicale de son Œdipe. Hypnotique.

Vincent Raymond | Mardi 21 novembre 2017

Issue d’une famille rigoriste vivant en marge du monde, Thelma arrive à la faculté avec sa solitude et sa timidité. Une soudaine crise épileptoïde survenue à la bibliothèque lui permet de socialiser avec Anja, qui devient son amie et l’initie à la vie : boisson, cigarette et même davantage… La post-adolescence féminine a toujours suscité fascination et fantasmes : un corps qui se métamorphose et devient apte à concevoir peut bien recéler d’autres prodiges plus secrets encore. Pouvoirs supra-naturels ou appétits déviants figurent alors en bonne position – demandez à la Carrie de Stephen King ou aux deux sœurs du film Grave (2016) de Julia Ducournau leur avis sur la question. Le cinéaste Joachim Trier à son tour a succombé à la séduction janusienne de cette nouveauté, qui dans le même temps attire et effraie avec Thelma, portrait d’une jeune femme résolument différente. Pupille absente… Film fantastique qui se retient le plus longtemps possible avant de s’affirmer comme tel,

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"Blind Man Running" : boucan d'enfer signé Asylon Terra

Jazz (mais pas que) | « Math rock chuchoté et hurlé, instrumentalo-viscéral, pop lyrique, jazz cinématographique » : voilà les mots qu’utilise le quartet grenoblois pour se définir. Il sera jeudi 20 avril sur la scène de la Bobine pour prouver qu’il ne ment pas.

Stéphane Duchêne | Mardi 11 avril 2017

Si le nom du groupe Asylon Terra (soit, Terre d'asile) est une référence à la question de la migration et de l'asile des peuples opprimés, le titre de son album, Blind Man Running, et son contenu pourraient pointer, selon les interprétations, que l'aveuglement d'une partie de l'Europe à l'égard des vivants est aussi une surdité. Une surdité aux problèmes du monde, auxquels l'Occident n'est pas toujours étranger. Et c'est comme pour combattre cette surdité qu'Asylon Terra s'est mis en tête de faire un boucan de tous les diables. Oh, pas un boucan gratuit et insensé qui reviendrait à taper sur des casseroles mais un boucan musical, aussi ordonné que chaotique, qui flirte tout autant avec les musiques répétitives et le jazz polyrythmique qu'avec le rock et les musiques électroniques. Non loin des incartades stylistiques d'un jazzman comme Guillaume Perret, ami et invité sur ce disque, le quatuor mené par Pierre Lordet aux compositions et aux clarinettes (avec Anne Quillier aux claviers Rh

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Blind Sun

ECRANS | de Joyce A. Nashawati (Fr./Gr., 1h28) avec Ziad Bakri, Yannis Stankoglou, Mimi Denissi…

Vincent Raymond | Mardi 19 avril 2016

Blind Sun

Les premières images d’un soleil assommant – dilatant presque l’écran par sa luminosité cuisante – d’une terre aride et d’une peau moite laissent augurer d’un travail plastique pur sur les sensations éprouvées face à l’astre… Dommage qu’il ne soit pas mené à son terme : la réalisatrice Joyce A. Nashawati préfère nous placer en regard d’un désastre économique. Celui d’une Grèce exsangue, où l’eau, produit de luxe, serait le privilège de nantis et la convoitise d’un peuple d’ombre prêt à périr pour quelques gouttes. Un postulat à la crédibilité fragile, qui s’assèche très vite : à chaque fois que Joyce A. Nashawati tente de nous ancrer dans le réel, elle nous égare – peut-être parce que le chemin ne l’intéresse pas. Alors que ses séquences plus abstraites, évoquant une possible schizophrénie de son héros, font flotter un parfum d’inquiétude sèche autrement plus original. VR

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À l’aveugle

MUSIQUES | Début février, Grenoble est entrée dans l’ère glaciaire. Dans la ville grise et déserte, les rares passants des rues ont moins de trente ans. Ce soir, le Petit Bulletin s’apprête à abattre l’un des marronniers qui pousse dans les bois noctambules, le blind test du mercredi. RLR

Aurélien Martinez | Mardi 7 février 2012

À l’aveugle

L’essor du blind test est une conséquence des avancées de l’informatique, et à son corollaire des échanges qualifiés de pirates qui ont favorisé l’accès à des extraits sonores venus de tout le globe. Une dématérialisation des informations qui permet aux selectors en herbe d’emporter sur une simple clé USB les caddies de vinyles et de CDs qui seraient normalement nécessaires aux étapes du jeu. De ce qu’on a pu en voir dans ses récentes déclinaisons au bar À l’Ouest, ce jeu mêlant habilement culture, distraction, ambiance et rapidité de penser s’est édulcoré en une gentille animation de spécialistes des platines qui viennent chaque semaine s’affronter dans des lieux répertoriés pour certains depuis trois ans. « Je veux le nom, et l’interprète » Pour se plonger dans cette ambiance, direction le Metropolitain. À la porte, le gardien me confirme ce que je suis venu chercher – emprisonnés dans les murs du débit de boissons, les esprits échauffés par la bière et le jeu délivrent un taux anormal de testostérone. Les enceintes diffusent des extraits d’un hard FM de fin de règne, à son apogée dans les années 1990/2000, dont les jeunes mâles s’efforcent d’identifier les i

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Art carcéral

ARTS | Commissaire de l’exposition Quedarse Ciego actuellement présentée à Going Blind, et co-auteur du livre Paños récemment paru aux éditions Le Dernier Cri, Reno Leplat-Torti nous en dit plus sur l’art méconnu des paños, né au sein des prisons américaines. Propos recueillis par Damien Grimbert

François Cau | Lundi 16 janvier 2012

Art carcéral

Que sont exactement les paños ?Les paños sont des mouchoirs dessinés par des prisonniers américains - en général d’origine chicano, même si ce n’est plus forcément systématique. C’est une manière pour les détenus, qui ne savent pas toujours écrire, de communiquer avec l’extérieur, que ce soit leur famille, leurs associés, les membres de leur gang...  Ils utilisent des mouchoirs comme support parce que c’est ce qu’ils trouvent dans le « package » qu’on leur remet en prison. Et avec le temps, c’est devenu une sorte de tradition. Depuis quand cette tradition existe-t-elle ?Il y a plusieurs hypothèses. La plus probable la ferait remonter au début du siècle dans les prisons mexicaines, après la guerre franco-mexicaine. Elle se serait ensuite diffusée dans les Etats du sud-ouest des Etats-Unis, de la Californie au Texas, puis dans le reste du pays. Avec quoi les détenus dessinent-ils ?C’est variable, mais la plupart du temps, c’est avec un stylo parce que c’est ce qu’il y a de plus simple à se procurer dans l’univers carcéral. Après, on en a vu faits avec du café, de la cire de bougie, tout ce qui per

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