Trois souvenirs de ma jeunesse

ECRANS | Conçu comme un "prequel" à "Comment je me suis disputé...", le nouveau et magistral film d’Arnaud Desplechin est beaucoup plus que ça : un regard rétrospectif sur son œuvre dopé par une énergie juvénile, un souffle romanesque et des comédiens débutants remarquables. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 19 mai 2015

Photo : © Jean-Claude Lother - Why not productions


En 1996, Paul Dédalus avait trente ans, tentait de terminer sa thèse de philosophie et se séparait de sa compagne Esther. Vingt ans après, il finit une mission d'anthropologue au Tadjikistan, où il partage son lit avec une ravissante autochtone et s'apprête à rentrer en France pour travailler au Quai d'Orsay. De Comment je me suis disputé… (ma vie sexuelle) à Trois souvenirs de ma jeunesse (Nos Arcadies), Dédalus n'a pas seulement vieilli (et son interprète avec lui, Mathieu Amalric, fiévreux et génial), il a aussi été transformé par l'œuvre d'Arnaud Desplechin. Lorsqu'il démarre un vaste retour sur lui-même, sur son enfance et son adolescence, ce Dédalus-là n'est, comme l'eau du fleuve selon Héraclite, plus tout à fait le même, mais pas tout à fait un autre non plus.

Ce n'est pas qu'une affaire de torsion entre le premier film et son "prequel" ; il y en a, puisque l'anthropologie remplace la philosophie et que Desplechin a pris des libertés avec la chronologie de son histoire avec Esther. Cela a aussi à voir avec la manière dont un homme charrie des événements oubliés qui peuvent à tout moment refaire surface, des cicatrices mal refermées prêtes à se rouvrir à tout moment. C'est tout le sujet, bouleversant, de Trois souvenirs de ma jeunesse.

« Je me souviens… »

Dédalus, donc, se souvient ; cela le transporte à Roubaix où, enfant, il devait subir la folie de sa mère et les coups de son père. Premier souvenir qui baigne dans la pénombre, comme si les fenêtres de la maison familiale ne devaient jamais s'ouvrir et laisser deviner les secrets qu'elle abrite. Seul rayon de lumière : une grand-tante chez qui Paul trouve refuge, amoureuse d'une vieille immigrée russe qui l'initie, pour la première fois, à une autre culture. Chez Desplechin, l'altérité crée toujours une forme de curiosité et d'humanité, mais jamais il ne l'avait exprimée avec autant de foi et de sincérité qu'ici.

Ce motif, on le retrouve au cœur du deuxième souvenir : Paul a grandi, il a seize ans et s'apprête à faire un voyage scolaire à Minsk. Par l'intermédiaire de son meilleur ami Marc, il est approché pour qu'ensemble ils organisent l'évasion de "refuzniks", des dissidents juifs soviétiques. Le jeune homme va donc accomplir un acte héroïque, mais c'est avant tout pour se rapprocher de l'ami juif dont il ne partage ni la culture, ni la religion. Desplechin se lance alors dans un mini-film d'espionnage qui, évidemment, fait écho à son premier long. Sauf que là où La Sentinelle séparait les choses (l'intime et le politique, les femmes et les hommes, le présent de son personnage et le passé de ceux qu'il croisait) pour créer du romanesque, le geste du cinéaste est ici d'une aisance totale, qu'il s'agisse de filmer des dialogues d'alcôves ou des instants de suspense, le Paul d'aujourd'hui ou celui d'hier. Avec en ligne de mire cette idée sublime : le Dédalus de 16 ans s'est dédoublé, et ce double-là est mort dans un ailleurs qu'il n'a jamais exploré.

Teen Dédalus

Trois souvenirs de ma jeunesse est un film qui croit aux fantômes, ou plutôt qui fait de la mémoire un jeu de spectres pouvant revenir hanter le héros. Mais plutôt que de se laisser aspirer par une forme de morbidité, Desplechin choisit, dans une troisième partie qui occupe à elle seule les trois quarts du film, de laisser circuler l'énergie juvénile de ses personnages à travers une relecture très personnelle du "teen movie".

Dès que Paul croise le regard d'Esther, l'image se fragmente en une série de "split screens" inattendus ; et quand celle-ci arrive à une fête, Desplechin la filme au ralenti, comme l'apparition d'une future reine du lycée. Pas question, toutefois, de perdre de vue ce qui relie chaque segment : si Paul et Esther vivent ensemble une histoire d'amour incandescente, il s'agit avant tout de mesurer toutes les distances qui les séparent. Distance de caractère entre Paul, érudit et littéraire, et Esther, plus nature, plus spontanée ; puis distance géographique entre celle qui reste à Roubaix et celui qui va mener une vie monacale d'étudiant à Paris ; et enfin distance créée par les rencontres et les aventures sexuelles sans lendemain.

La distance, c'est pour Desplechin une autre manière d'aborder la question de l'autre ; et sa réponse est une des plus touchantes qui soient. Là encore, la curiosité de Paul lui permet d'être l'agent qui relie les êtres les plus éloignés – sa visite chez un dealer arabe en est un exemple formidable. Il est aussi celui qui suscite les vocations, qui fait éclore la vérité des autres parce qu'il est celui qui « ne ment jamais », qui soutient l'édifice familial – son frère et sa sœur, beaux personnages secondaires à qui le récit accorde une place discrète mais décisive.

Le geste si fluide, si vif de la mise en scène, qui cherche à tout prix le mouvement – de la caméra, du temps, des saisons, des humeurs – prend alors tout son sens, tant il épouse le caractère de son héros. Mais Esther est aussi, sinon plus, fascinante que Paul – c'est l'occasion de citer les deux excellents comédiens qui les incarnent, Lou Roy-Lecollinet et Quentin Dolmaire. La passion n'éteint pas son tempérament libre et entier ; si Paul la change, c'est parce qu'elle digère leur relation – le souvenir de la conclusion, magnifique, de Comment je me suis disputé… est ici très palpable. Paul, lui, a-t-il vraiment digéré son histoire avec Esther ? L'épilogue ramène le spectateur au présent mais montre qu'à tout moment, un passé non réglé peut réapparaître, amer, et conduire à la solitude.

Un dernier mot sur cette œuvre magistrale : on a souvent dit que Desplechin était l'héritier des maîtres de la Nouvelle Vague. S'il y a beaucoup de Truffaut dans Trois souvenirs de ma jeunesse, on se dit que le cinéaste est plutôt un Scorsese français : capable de s'approprier une tradition pour mieux l'hybrider, la dynamiter et lui donner une nouvelle jeunesse par un appétit de cinéma insatiable. Il est ici, plus que jamais, au sommet de son art.

Trois souvenirs de ma jeunesse
D'Arnaud Desplechin (Fr, 2h) avec Quentin Dolmaire, Lou Roy-Lecollinet, Mathieu Amalric…


Trois souvenirs de ma jeunesse

D'Arnaud Desplechin (Fr, 2h) avec Quentin Dolmaire, Lou Roy Lecollinet...

D'Arnaud Desplechin (Fr, 2h) avec Quentin Dolmaire, Lou Roy Lecollinet...

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Paul Dédalus va quitter le Tadjikistan. Il se souvient… De son enfance à Roubaix… Des crises de folie de sa mère… Du lien qui l’unissait à son frère Ivan, enfant pieux et violent…Il se souvient… De ses seize ans… De son père, veuf inconsolable… Et surtout, Paul se souvient d’Esther. Elle fut le cœur de sa vie.


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Vincent Raymond | Jeudi 18 octobre 2018

Chômeur dépressif, Bertrand rejoint un groupe de bras cassés, tous vaguement en déroute personnelle, pour former une très baroque équipe de natation synchronisée masculine. Entraînés par deux ex championnes azimutées, les gars vont se révéler aux autres et à eux-mêmes… Gilles Lellouche réalisateur, ce n’est pas une nouveauté : co-auteur de courts ainsi que d’un long avec son ancien complice Tristan Aurouet (Narco, 2004), il avait aussi participé à la trop inégale (dé)pantalonnade Les Infidèles (2012) avec un autre de ses potes, Jean Dujardin. En revanche, c’est la première fois qu’il se retrouve en solo derrière la caméra pour un long. Si son fidèle Guillaume Canet figure au générique, il n’en est pas le centre de gravité : Le Grand Bain est authentique histoire sur le groupe et la force de l’union. Pas d’un club de quadra friqués pérorant en buvant des huîtres ; plutôt une collection de paumés de la classe jadis moyenne confrontée aux fins de mois difficiles et/ou à

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Une comédienne endosse pour les besoins d’un film le rôle de le chanteuse Barbara. On la suit hors et sur le plateau, tentant de s’approprier ce personnage fantasque et nocturne ; cette icône qui, en réalité, est une idole que fantasme un réalisateur obsessionnel… Mathieu Amalric succombe à son tour à la mode du biopic, tentant une approche conceptuelle d’un fragment de l’existence de la longue dame brune. En l’occurrence, il mêle les répétitions d’une actrice-jouant-Barbara à des images d’archives de l’authentique Barbara répétant en tournée. Un collage-hommage dont on devine l’intention : montrer la convergence de démarches artistiques absolues tout en provoquant un trouble visuel et mental chez le spectateur grâce à la "performance" de la comédienne. Las ! De confusion, il n’y a guère : le mélange d’images fait surtout rejaillir l’artifice et l’inanité du simulacre. Si Jeanne Balibar, tristement horripilante dans le surjeu maniéré dont elle est coutumière, semble donner l’impression de se regarder jouer – et de s’écouter chanter –, Amalric se ménage une issue en campant un cinéaste vivant dans ses rêves d

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"Les fantômes d'Ismaël" : un Desplechin vertigineusement délicieux

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Vincent Raymond | Mardi 16 mai 2017

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Arnaud Desplechin : « La capacité de Marion Cotillard a être un mythe me fascine »

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Arnaud Desplechin : « La capacité de Marion Cotillard a être un mythe me fascine »

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Avec "À Jamais", Benoît Jacquot s'essaie au film de fantôme

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Vincent Raymond | Mardi 6 décembre 2016

Avec

Un réalisateur meurt dans un accident alors qu’il travaille à un nouveau projet. Sa nouvelle compagne et actrice investit alors son absence, au point de ressentir comme une étrange résurgence de sa présence… Inspiré par sa nouvelle muse Julia Roy, l’infatigable Benoît Jacquot poursuit une œuvre habitée par le trouble en s’essayant au film de fantôme. Poursuivre, c’est d’ailleurs le principe de ce thriller "métapsychologique" adoptant un chemin labyrinthique, dupliquant réalité et souvenirs transformés ; faisant la part belle à l’onirisme et aux contours flous de l’état modifié de conscience. Les séquences s’enchaînent dans une splendide disjonction, comme une cascade de songes en mouvement. Sommes-nous dans le dédale d’un deuil impossible dégénérant en pathologie, ou bien assiste-t-on au contraire à son accomplissement – certes particulier ? L’ambiance que dispense Jacquot rappelle celle du mal-aimé Femme Fatale (2002) de De Palma ou de Alice ou la dernière fugue (1976), dont son réalisateur Chabrol disait qu’il était "hélicoïdal" ; des films envoûtants dans lesquels il faut savoir s’abandonner et oublier les repères logique

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Arnaud Desplechin, l’outsider

Pourquoi avoir eu envie de revenir sur la jeunesse de Paul Dédalus ? Arnaud Desplechin : C’est venu en plusieurs temps. Ça faisait longtemps que me trottait dans la tête l’idée de faire un film non pas sur l’enfance de Paul Dédalus, mais avec des jeunes gens, des acteurs qui n’auraient pas mon âge. J’avais des notes qui s’accumulaient sur des projets, quelques bribes de scènes… Avec le temps, avec l’âge, avec les films précédents que j’ai faits, j’avais très envie de faire un film avec des gens qui n’auraient pas d’expérience du cinéma, sans pour autant faire un documentaire sur eux. Avec l’écriture qui est la mienne, j’avais une grande inquiétude : est-ce que je pourrais trouver des jeunes gens qui pourraient dialoguer avec moi pour fabriquer quelque chose ? Au tout début de Comment je me suis disputé…, un narrateur ouvre le récit en disant : « Voilà plus de dix ans que Paul et Esther sont ensemble et voilà plus de dix qu’ils ne s’entendent pas.» Je me disais : c’est quoi ces dix ans

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Christophe Chabert | Mercredi 11 septembre 2013

« Jimmy P. est un buddy movie »

Votre cinéma a un rapport important avec la psychanalyse, bien avant Jimmy P. : la séance d’ouverture de Comment je me suis disputé…, l’internement de Mathieu Amalric dans Rois et reine, même la scène finale de La Sentinelle… Pourquoi avoir tourné autour de la psychanalyse avant d’y consacrer non pas le sujet, mas le cœur d’un de vos films ?Arnaud Desplechin : C’est une réponse décevante mais je ne sais pas bien pourquoi. Je sais que ce sont des scènes que j’aime beaucoup dans les films ; c’est sûrement aussi la lecture des romans de Philip Roth où les personnages sont en analyse. Au lieu de donner une explication du personnage, ça ouvre le champ des angles sur lui. Au début de Comment je me suis disputé…, le personnage est chez son analyste avec qui manifestement ça ne se passe pas très bien, mais tout d’un coup il y a une plongée dans ses souvenirs, dans une parole libre avec des moments où on ne sait pas si le personnage se ment à lui-même ou s’il dit la vérité. Je n’aimerais pas l’idée d’un privilège qui ferait d

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Jimmy P.

ECRANS | Changement d’époque et de continent pour Arnaud Desplechin : dans l’Amérique des années 50, un ethnologue féru de psychanalyse tente de comprendre le mal-être d’un Indien taciturne. Beau film complexe, "Jimmy P." marque une rupture douce dans l’œuvre de son cinéaste. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 4 septembre 2013

Jimmy P.

Quelque part dans les plaines américaines au début des années 50 ; James Picard, Indien Blackfoot ayant combattu sur le front français durant la deuxième guerre mondiale, souffre depuis de vertiges et de malaises à répétition. Interné dans un hôpital, on diagnostique sa schizophrénie, sans toutefois trouver de lésions cérébrales. Les médecins décident de faire appel à l’ethnologue français Georges Devereux, spécialiste des tribus indiennes mais aussi adepte des méthodes freudiennes, qu’il entend appliquer pour éclaircir le cas Jimmy P. Le dépaysement que provoque le nouveau film d’Arnaud Desplechin tient autant à la transplantation de son cinéma dans un espace résolument en rupture avec ses films précédents, qu’à l’inflexion qu’il donne dès les premières images à sa mise en scène. Comme si la confrontation avec l’Amérique était aussi une confrontation avec le cinéma américain, Desplechin s’inscrit ici dans une lignée classique qui irait de Ford à Eastwood. Cette quête de fluidité et d’élégance peut dérouter au premier abord ; mais la recherche de la simplicité est un des enjeux narratifs de Jimmy P., et elle se fait à travers un pourtant complexe et tortueux che

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Tournée

ECRANS | De et avec Mathieu Amalric (Fr, 1h51) avec Miranda Colclasure, Suzanne Ramsey…

François Cau | Jeudi 24 juin 2010

Tournée

Débordant de vie, avec tout ce que cela comporte d’euphorie, de déprime, de coups de cœur et de coups de gueule, Tournée est avant tout un film de flux et de fluides. On y suit une troupe de New Burlesque drivée à travers la France par Joaquim Zand, autrefois producteur star à la télé, aujourd’hui has been, mauvais père et ex-mari : c’est le flux de départ, son trajet principal. Mais d’autres lignes viendront croiser ce parcours : Joaquim qui se rend à Paris dans l’espoir d’y trouver une salle pour accueillir le spectacle et qui ne fait que se prendre des gnons et des portes claquées ; ou cet ultime embranchement qui conduit le groupe vers un hôtel désaffecté, lieu d’utopie et d’apaisement. Les flux sont aussi des flux d’amour, souvent incontrôlés : un quickie avec un informaticien dans les toilettes pendant un mariage vietnamien ; une conversation aussi touchante qu’hilarante avec une vendeuse de station-service ; ou sa réplique cauchemardesque, une engueulade avec une caissière de supermarché un peu trop fascinée par la mise à nu de ces filles à la beauté paradoxale. Quant aux fluides, ils sont le carburant d’un film qui boit, baise et pleure en toute liberté. La fluidité est

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Amalric, tour et détours

ECRANS | Acteur prodige dont la réputation déborde aujourd’hui les frontières françaises, Mathieu Amalric signe avec "Tournée" son quatrième — et meilleur — film en tant que réalisateur. Rencontre. Propos recueillis par Christophe Chabert

François Cau | Jeudi 24 juin 2010

Amalric, tour et détours

Comment avez-vous géré ces années où vous n’avez été qu’acteur et pas réalisateur ? Était-ce grisant ou frustrant ?Mathieu Amalric : Je n’ai rien géré du tout, c’est ça le problème. Mon histoire d’acteur vient du lycée, de mes années de timidité ; il fallait casser la coquille. Ça m’est tombé dessus grâce à Arnaud [Desplechin, NDLR], grâce à son extra-lucidité ; je ne sais pas ce qu’il a vu dont je n’avais pas conscience. Mais à partir du moment où j’ai continué à jouer, il y avait un poste d’observation dément sur comment travaillent Téchiné, Biette, Assayas. C’est amusant l’histoire de la griserie… Oui, au début, sur Comment je me suis disputé, la rencontre avec Jeanne [Balibar, NDLR], des envolées très intimes qui peuvent donner de la force pour ne pas se mentir à soi-même, pour s’approcher de désirs de cinéma. Mais au bout d’un moment, ce n’est plus du tout grisant. C’est beaucoup plus grisant d’approcher des gens qui ne savent absolument pas qui vous êtes, par exemple ces filles du New Burlesque. Tournée évoque le moment d’un tournage ou d’une tournée promo. Est-ce que l’écriture du film s’es

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Un conte de Noël

ECRANS | Avec cette tragi-comédie familiale aux accents mythologiques, Arnaud Desplechin démontre à nouveau qu’il est un immense cinéaste, entièrement tourné vers le plaisir, le romanesque et le spectacle. Christophe Chabert

François Cau | Jeudi 22 mai 2008

Un conte de Noël

Le nouveau film d’Arnaud Desplechin s’ouvre sur un petit théâtre de marionnettes, où l’on nous raconte en accéléré l’histoire familiale qui fonde le récit. Ensuite, chaque personnage sera introduit par une photo de lui enfant ou adolescent, son nom clairement inscrit à l’écran, un style musical lui étant associé (du jazz au hip-hop). Enfin, la reine-mère de ce clan en plein délitement viendra face caméra présenter les enjeux de la tragi-comédie en cours. Pourquoi le cinéaste choisit-il de décliner ainsi, avec divers artifices, la même scène primitive ? Non pas pour briller par-dessus son sujet, mais pour poser une bonne fois ce que ses inconditionnels savent depuis longtemps : Desplechin est du côté du spectacle, de l’action et de la générosité, pas dans l’économie du discours et de la parole. Un conte de noël est, comme son précédent Rois et reine, une machine à produire du romanesque et des émotions fortes, un grand huit existentiel qui fait coexister dans le même espace-temps le trivial et le sublime, la surface et la profondeur. La parabole du fils indigne Dans la famille Vuillard, il y a donc Joseph, le fils absen

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