Peuples de l'écran avec Ethnologie et cinéma

ECRANS | Zoom sur la nouvelle édition du festival qui « se propose d’explorer la façon dont l’alliance du cinéma et des sciences humaines participe de la production d’une meilleure connaissance des cultures humaines ».

Vincent Raymond | Mardi 10 novembre 2015

Art scientifique, de la mémoire et de la curiosité, le cinéma s'est très tôt intéressé à ce qui l'environne. Avant même de penser la fiction, il écrivait – « scénarisait » – des séquences restituant la vie ordinaire des Terriens de la fin du XIXe siècle. Le sens documentaire et le goût de l'ethnographie sont ainsi inscrits dans les gènes du 7e art, qui se sont exprimés avant ceux de la comédie ou du drame, la caméra donnant à voir ou à revoir d'un œil neuf ce qui fait la matière vivante du monde.

Cet état de découverte permanente, le cinéma ethnographique le revendique lorsqu'il filme des territoires, familiers ou lointains – et surtout ceux qui les arpentent. Depuis 1996, les Rencontres grenobloises Ethnologie et cinéma s'en font un relai précieux, ainsi qu'un pont entre l'univers de la recherche et le grand public, en particulier cette année grâce à de nombreux médiateurs (les réalisateurs) et lors de deux master-class (l'une consacrée à Vittorio de Seta, l'autre au Portugal).

Placée sous la thématique Modes de vie en question(s), cette édition s'ouvrira par l'avant-première, présentée par sa réalisatrice Anne Roussillon, de Je suis le peuple (photo), une chronique de la place Tahrir en Égypte (mardi 17). Si la problématique de « l'adaptation » (dans le sens « évolution ») est au centre de la programmation avec des œuvres récentes, les Rencontres nous feront aussi nous replonger dans un classique fondateur : L'Homme d'Aran (1934), de Flaherty. Des films à voir dans cette communauté ouverte à tous qu'on appelle… une salle de cinéma.

XIXe Rencontres Ethnologie et Cinéma, du mardi 17 au dimanche 22 novembre au Méliès, à la salle Juliet-Berto (Cinémathèque et CCC), à la MSH-Alpes (campus) et au Musée dauphinois


Je suis le peuple

Projection en avant-première en présence de la réalisatrice Anna Roussillon

Projection en avant-première en présence de la réalisatrice Anna Roussillon

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Des Rencontres autour du film ethnographique pour « sortir d’une vision "exotique" de l’ethnographie  »

Festival | Fortes d’une programmation aussi dense que variée, qui s’étend du vendredi 9 au dimanche 25 novembre dans plus d’une douzaine de lieux différents, les XXIIe Rencontres autour du film ethnographique veulent également s’ouvrir à un public plus large, comme nous l’explique Jacopo Rasmi, l’un des trois coordinateurs du festival.

Damien Grimbert | Mardi 6 novembre 2018

Des Rencontres autour du film ethnographique pour « sortir d’une vision

Comment définiriez-vous l’objectif de ces Rencontres ? Jacopo Rasmi : Il s'agit de construire une alliance entre le support filmique, notamment le cinéma documentaire, et toute une série de questionnements qui se situent plus dans le champ des sciences sociales : l’ethnologie et l’anthropologie bien sûr mais aussi la sociologie, la réflexion politique…On essaie ainsi de choisir des thèmes – le corps l’année dernière, la ville cette année… – qui sont propres à la fois au cinéma et aux sciences sociales. Vous proposez donc une vision assez ouverte du cinéma ethnographique… En effet : tout le cinéma documentaire, qui est notre champ d’action privilégié, consiste à filmer des formes de vie, des gestes culturels, des manières de vivre… Et ça tombe tout de suite dans un domaine qui peut être celui de la réflexion anthropologique ou sociologique avec des questionnements autour des êtres humains, des sociétés, de la manière dont on vit ensemble, des variations entre nos modes de vie… Pour nous, la relation entre cinéma et ethnographie e

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Ethnologie et Cinéma : un siècle à hauteur d’Homme

ECRANS | Zoom sur la vingtième édition du fameux festival grenoblois.

Vincent Raymond | Mardi 8 novembre 2016

Ethnologie et Cinéma : un siècle à hauteur d’Homme

Limiter le cinéma à un langage au service du divertissement n’aurait aucun sens : le 7e art sait aussi être un outil d’exploration du monde et le relai d’un regard curieux, sans se montrer scrutateur ni indiscret, sur ceux qui le peuplent grâce à ces scientifiques particuliers que sont les ethnologues. Il n’est d’ailleurs pas indifférent que de grands cinéastes de fiction (ceux pour qui le cinéma tient parfois de la transe ou d’une forme de sorcellerie contemporaine) se soient frottés à l’exercice ethnographique. Volontiers rétrospective, et accompagnée par de très nombreux "passeurs" (critiques, chercheurs…), cette vingtième édition des Rencontres Ethnologie et Cinéma permet de s’en rendre compte en parcourant le siècle écoulé. Si les projections de l’énigmatique Šarūnas Bartas (Tofolaria), du militant René Vautier (Afrique 50) ou du Québécois Pierre Perrault (La Bête lumineuse) ont lieu en ouverture, tout comme l’avant-première du film rhônalpin Gorge, cœur, ventre de Maud Alpi, la suite de la semaine ne manque pas d’at

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Tragédie(s) grecque(s)

ECRANS | Le désarroi politico-économique qui frappe la Grèce ne peut que pousser les sciences humaines à se pencher sur son histoire récente. Comme, en plus, le cinéma (...)

Christophe Chabert | Lundi 19 novembre 2012

Tragédie(s) grecque(s)

Le désarroi politico-économique qui frappe la Grèce ne peut que pousser les sciences humaines à se pencher sur son histoire récente. Comme, en plus, le cinéma grec contemporain a su faire de ces difficultés une force esthétique et narrative, il était presque logique que les rencontres Ethnologie et cinéma lui consacrent leur édition 2012. Il s’agira donc de remonter dans le temps, à travers des documentaires et des fictions (mais aussi des débats avec des historiens, philosophes et réalisateurs) : l’immigration (à travers la fresque d’Elia Kazan, America America), la dictature des colonels (Paroles et résistances, un documentaire de Timon Koulmasis) puis la Grèce moderne (avec le film inédit de feu Théo Angelopoulos, La Poussière du temps, deuxième volet de sa trilogie inachevée). Enfin, il sera bien entendu question de la crise actuelle, à travers plusieurs programmes qui iront du documentaire d’intervention à la fiction courte postée sur le web. Les rencontres aborderont ainsi la question de la diffusion de ses films sauvages, tournés avec des téléphones portables et publiés sur des blogs ou des réseaux sociaux. En clôture le samedi 1er décembre au M

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Refaire le monde autour d’un film

CONNAITRE | Festival / Pour leur quinzième édition, les rencontres Ethnologie et Cinéma prennent en considération les différentes crises secouant actuellement notre monde (...)

François Cau | Lundi 31 octobre 2011

Refaire le monde autour d’un film

Festival / Pour leur quinzième édition, les rencontres Ethnologie et Cinéma prennent en considération les différentes crises secouant actuellement notre monde décidément bien fragile, et grand bien leur en prend. Si les précédentes moutures de l’événement étaient parvenues, à l’aide de productions aventureuses toujours pertinentes, à nous faire découvrir des mœurs et des civilisations peu accessibles, cette cuvée 2011 consacre une large partie de sa programmation aux chocs des cultures, aux migrations et intégrations aux idéaux brisés. Il en va ainsi du troublant et très beau documentaire Nostalgie de la lumière, présentée en ouverture des rencontres : situé au Chili, dans le désert d’Atacama, le film confronte les observateurs en astronomie venu profiter de la clairvoyance de ce spot unique au monde, et les familles en quête des restes humains de leurs proches, victimes de la dictature de Pinochet… La deuxième semaine de projections s’axera quant à elle, de façon plus inattendue, sur les questionnements autour du travail, avec en particulier les deux documentaires que Pierre Carles a consacré au sujet, Attention danger travail et Volem Rien Foutre Al Pais. Des points de vue ico

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En terre africaine

ECRANS | Les 14e Rencontres Ethnologie et cinéma se font cette année sous le signe de l’Afrique. L’occasion de se décentrer un peu, ou d’essayer au moins. LG

François Cau | Lundi 11 octobre 2010

En terre africaine

On ne va pas se mentir : un festival nommé « Ethnologie et cinéma », ça peut effrayer au premier abord. Sujets sérieux, documentaires en pagaille, recherches anthropologiques trop loin de nous, autant d’a priori auxquels il serait dommage de se cantonner, sous peine de manquer un événement particulièrement curieux et intéressant. Il est vrai que certains films peuvent désorienter l’occidental moyen et naturellement ethno centré que nous sommes : « A joking relation », de l’américain John K.Marshall, nous présente par exemple une fillette et son oncle jouant à être mari et femme. L’image noir et blanc est magnifique, le cadrage soigné, le regard porté exempt d’un jugement encombrant : le jeu se fait en paroles mais aussi en gestes – mis en valeur par des gros plans sur des mains qui s’entremêlent ou le torse de l’homme. Ce dernier point nous force ainsi à dégager notre regard de l’éducation reçue, pour comprendre la scène pour ce qu’elle est : un jeu et non une perversion. « Shooting with Mursi » décrit quant à lui la force de l’image par l’intermédiaire de son utilisation par la tribu Mursi. L’un de ses membres s’est procuré une caméra et n’a de cesse depuis de filmer leur culture

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Des films et des hommes

ECRANS | Présentation / En l’espace de 11 ans, le Festival Ethnologie et Cinéma s’est imposé, année après année, comme l’une des programmations cinématographiques les plus (...)

Christophe Chabert | Mercredi 28 février 2007

Des films et des hommes

Présentation / En l’espace de 11 ans, le Festival Ethnologie et Cinéma s’est imposé, année après année, comme l’une des programmations cinématographiques les plus alléchantes proposées sur Grenoble et son agglomération. Mais qu’entend-on exactement par film ethnographique s’interrogeront (à juste titre) les plus curieux ? Dans son acceptation la plus stricte, ce dernier constitue une prise d’image brute, permettant d’observer de façon neutre une ethnie ou un groupe social. En d’autres termes, une simple “collecte d’informations” à l’aide d’une caméra, dépourvue de toute analyse, prise de recul, commentaire en voix-off ou même mise en scène, à la différence, donc, d’un reportage ou d’un documentaire. Un idéal, on l’imagine aisément, rarement concrétisé, tant il semble impossible au réalisateur de se départir de toute subjectivité concernant le sujet qu’il choisit de traiter. Mais c’est paradoxalement cet écueil qui fait souvent le sel même de la discipline, garantissant ainsi une éternelle variété des formes et des approches, ainsi qu’une saine et perpétuelle interrogation de sa définition initiale. Pour juger sur pièce de cette vivifiante diversité, le festival, initié par la Maiso

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Mort d’un voyageur

ECRANS | Critique / Les puristes du chamanisme (certes peu nombreux sur Grenoble, mais bon) pourront arguer du fait que le film de Jim Jarmusch ne traite de (...)

| Mercredi 28 février 2007

Mort d’un voyageur

Critique / Les puristes du chamanisme (certes peu nombreux sur Grenoble, mais bon) pourront arguer du fait que le film de Jim Jarmusch ne traite de leur sujet de prédilection uniquement de façon connexe. On se permettra de leur répondre que la vision de Dead Man plonge le spectateur dans une véritable transe cinématographique, ne nécessitant l’absorption d’aucune substance psycho-active, et ce dès sa première scène. La (superbe) musique de Neil Young, construite sur une poignée d’accords répétés en boucles quasi liturgiques, se fait entendre sur le périple ferroviaire de William Blake. Les rencontres et scènes incongrues se succèdent, liées sans suite apparente par une série de fondus au noir. Le grain de l’image, le noir et blanc somptueux, l’attention apportée au moindre détail pour recréer un ouest sauvage américain basé sur ses clichés sans pour autant exalter ses derniers (sinon de façon grotesque), le jeu tout en contradiction de Johnny Depp : Jarmusch a trouvé l’équation idéale pour ce voyage poétique de vie à trépas, et il nous le fait sentir directement, sans surligner ses effets. Dead Man absorbe ses inspirations esthétiques pour imposer son propre rythme, lancinant, et s

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Caméra occupée

ECRANS | Retrospective / L'événement de ces 11e Rencontres Ethnologies et Cinéma est la rÉtrospective des films de l'indispensable et franchement courageux cinéaste Israëlien, Avi Mograbi. Séverine Delrieu

Séverine Delrieu | Mercredi 28 février 2007

Caméra occupée

Les travaux d’Avi Mograbi, filmeur infatigable, sont très diversifiés dans leur forme. Documentaires, fictions, faux journal intime, farces, objets artistiques, œuvres d'un homme engagé, en résistance. Sur le fond, depuis les années 90, ses films convergent plus ou moins à regarder l'Histoire de son pays, et à dénoncer l'oppression inhumaine de son peuple envers les Palestiniens. Son film le plus récent, le poignant Pour un seul de mes deux yeux (2005), est un documentaire constitué d'assemblages de scènes inoubliables saisies au fil de ses déambulations. S'y mêle une conversation téléphonique de Mograbi avec un ami Palestinien, ce dernier lui expliquant comment l'humiliation permanente conduit un peuple au suicide. Des les premières séquences, Mograbi établit un parallèle entre les deux mythes fondateurs - le suicide héroïque de Samson et celui des habitants de Massada à l'approche des Romains - et l'oppression actuelle contre les Palestiniens. D'autres scènes absurdes, douloureuses emportent dans une émotion tenace. Tout aussi exceptionnel est ce film court, Relief réalisé en 99. C’est une œuvre d’artiste, foudroyante, constituée d'images en boucle du premier Jour de la Nakba à J

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