La Terre et l'Ombre

ECRANS | De César Acevedo (Col., 1h37) avec Haimer Leal, Hilda Ruiz, Edison Raigosa…

Vincent Raymond | Mardi 2 février 2016

Photo : © Ciné-Sud Promotion


Heureusement que le métal fin ne s'oxyde pas ! Sans quoi, la Caméra d'or reçue par César Acevedo pour son premier film en mai dernier sur la Croisette aurait terni avant que son œuvre n'arrive sur les écrans. Cela dit, le délai observé par La Terre et l'Ombre entre son sacre et sa sortie respecte son apparente discrétion et son rythme lent. Une lenteur insistante, d'ailleurs, aussi esthétisée que l'image est composée avec un luxe de symétries et de clairs-obscurs.

Cette gravité contemplative en vient à déranger, tant elle semble s'enivrer de sa propre beauté tragique, allant jusqu'à détourner l'attention du spectateur des vrais sujets : l'agonie du fils du vieux héros, et ce que le film révèle des conditions de vie infâmes des journaliers colombiens. Non qu'il faille, par principe, assigner une forme crasseuse et tremblotante à un drame social, mais opter pour un maniérisme très cosmétiqué n'est sans doute pas l'alternative la plus heureuse…


La Terre et l'ombre

De César Acevedo (Fr-Bré-Chili-Colom-PB, 1h37) avec Haimer Leal, Hilda Ruiz...

De César Acevedo (Fr-Bré-Chili-Colom-PB, 1h37) avec Haimer Leal, Hilda Ruiz...

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Alfonso est un vieux paysan qui revient au pays pour se porter au chevet de son fils malade. Il retrouve son ancienne maison, où vivent encore celle qui fut sa femme, sa belle-fille et son petit-fils. Il découvre un paysage apocalyptique. Le foyer est cerné par d'immenses plantations de cannes à sucre dont l’exploitation provoque une pluie de cendres continue. 17 ans après avoir abandonné les siens, Alfonso va tenter de retrouver sa place et de sauver sa famille.


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"Canción sin nombre" / "Nuestras Madres" : l’une sort en salle, l’autre pas

Cinéma | Inscrits dans un contexte historique similaire, deux films d'Amérique latine sont à découvrir prochainement, mais pas sur les mêmes écrans. Nous vous les présentons toutefois en parallèle l'un de l'autre.

Vincent Raymond | Mardi 9 juin 2020

Aussi dissemblables par leur destinée que leur facture ou leur approche esthétique, Canción sin nombre et Nuestras Madres ont beaucoup en commun, à commencer par leur inscription spatiale (l’Amérique latine) et historique (les années 1980).Tous deux figuraient à Cannes l’an dernier : le premier à la Quinzaine des réalisateurs, le second à la Semaine de la Critique où il a ravi la Caméra d’Or. Dévolue au meilleur premier film de la compétition toutes sections confondues, cette prestigieuse distinction ne l’exonère pourtant pas d’une sortie directe en SVOD tandis que l’autre, resté à peine une semaine sur les écrans avant le confinement, renoue avec les salles. Car même si Nuestras Madres se situe de nos jours, il se déroule réellement dans le passé puisque le protagoniste y est un anthropologue de médecine légale identifiant les dépouilles de victimes de la guerre civile guatémaltèque, lui-même orphelin de père et d’une mère torturée par le pouvoir d’alors. Un régime dont on sait qu’il pratiquait l’enlèvement d’en

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"Jeune Femme" : sans toit, ni loi, mais avec un chat

ECRANS | de Léonor Serraille (Fr.-Bel., 1h37) avec Laetitia Dosch, Grégoire Monsaingeon, Souleymane Seye Ndiaye…

Vincent Raymond | Lundi 30 octobre 2017

Paula vivait avec Joachim, un photographe, mais là c’est fini. Alors elle est à la rue, avec son chat et ses pauv’ affaires. Elle tente de se débrouiller en squattant ici ou là, accumulant solutions transitoires et abris de fortune. C’est drôlement chaud, parce que dehors, il fait sacrément froid… Léonor Serraille a eu une chance inouïe que son film concoure à la Caméra d’Or l’année où son jury se trouve présidé par Sandrine Kiberlain. Celle-ci ne pouvait qu’être sensible au charme décousu de sa réalisation, comme au parcours cabossé de son personnage, évoquant fantomatiquement ces silhouettes errantes que la comédienne endossait dans les premiers longs-métrages de Lætitia Masson. Mais ce côté "truc d’il y a vingt ans" (voire de soixante, si l’on se réfère au Signe du Lion de Rohmer), c’est un peu le problème global de ce journal aigre-doux de la déchéance de Paula. Enchaînement un peu monotone d’épisodes, vaguement drolatique et social par fulgurances, Jeune Femme est sauvé par la grâce de quelques seconds rôles attachants (la gamine dont Paula "s’occupe", Yuki sa fausse amie d’enfance, Ousmane le vigile…)

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The Assassin

ECRANS | de Hou Hsiao-hsien (Taï, 1h45) avec Shu Qi, Chang Chen, Yun Zhou…

Vincent Raymond | Mardi 8 mars 2016

The Assassin

Où l’expression "rester interdit devant une certaine beauté" (ou une beauté incertaine) revêt un sens inaccoutumé… Mais avec Hou Hsiao-hsien, ce type de situation tend à dépasser le cadre de l’exception — le cinéaste taïwanais semblant estimer l’hermétisme comme une langue raffinée dont il convient d’user pour maintenir à distance un public profane. En l’occurrence, le procédé se révèle curieux lorsque l’on s’attelle à un "wu xia pian" (un film de sabre chinois), genre éminemment populaire, remis au goût du jour par le très chorégraphié Tigre et Dragon (2000) du – toujours – génial Ang Lee. Refusant, sans doute, de s’abaisser à signer un film totalement épique ou spectaculaire (aurait-il peur de déchoir ?), HHH verse ici dans une abstraction esthétique floue certainement très symbolique. Mais à la différence d’un Tarkovski, d’un Bergman ou d’un Kubrick (voire d’un Malick dans ses bons jours), il ne va pas au bout sa démarche et paraît comme incapable de se résoudre à une dissolution narrative absolue qui ferait de ses œuvres de purs objets contemplatifs – même ses séquences de combats sont à Tsui Hark ou John Woo ce que Rivette pourrait être à

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Un Moi(s) de cinéma #6

ECRANS | Chaque mois, Le Petit Bulletin vous propose ses coups de cœur cinéma des semaines à venir en vidéo.

Christophe Chabert | Mercredi 3 juin 2015

Un Moi(s) de cinéma #6

Au sommaire de ce sixième numéro : • Cannes 2015 : bilan rapide • Loin de la foule déchaînée de Thomas Vinterberg • Vice Versa de Pete Docter • Une seconde mère d'Anna Muylaert

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Ritournelles cannoises

ECRANS | À chaque édition du grand raout cannois ses petites musiques. En voici deux parmi celles que nous avons entendues depuis le début des festivités. Au sens propre comme au figuré.

Christophe Chabert | Mardi 26 mai 2015

Ritournelles cannoises

À trois, on y va (ou pas) L’amour, est-ce mieux à deux ou à trois ? La question aura hanté plusieurs films cannois, à commencer par celui de Philippe Garrel, L’Ombre des femmes, en salles ce mercredi. Le couple formé par Stanislas Merahr (falot) et Clotilde Coureau (formidable) vole en éclats lorsque chacun entreprend une liaison adultère. Mais là où la femme l’accepte muettement, le mari se met en rage lorsqu’il apprend l’infidélité de sa compagne. Soit un portrait de la muflerie ordinaire traitée façon Garrel (scope et noir et blanc, cafés et chambres à coucher) avec toutefois plus de rigueur que d’ordinaire. Étrangement, Love de Gaspar Noé est presque la version psychédélique, proustienne et sexuelle de L’Ombre des femmes. Là encore, on assiste à une histoire d’amour qui passe du pair à l’impair, puis s’y fracasse. Certes, Noé filme une scène de triolisme (un mec, deux filles) comme un moment de plénitude sensuelle sublime ; mais c’est une acmé dont on ne peut que redescendre et la suite est plus cruelle. Là encore, c’est l’homme qui en prend pour son grade, incapable d’assumer ses pulsions mai

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Cannes, de l’amour plein les yeux…

ECRANS | S’il y a eu de belles choses dans la deuxième moitié de la compétition cannoise – les films de Jia Zhang-ke et Jacques Audiard en premier lieu – cette édition 2015 restera dans les mémoires grâce à deux films uniques en leur genre : "Vice Versa" de Pete Docter et "Love" de Gaspar Noé. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 26 mai 2015

Cannes, de l’amour plein les yeux…

La semaine dernière, on se demandait de quel côté du filet la balle allait tomber concernant la compétition cannoise. Alors qu’il ne nous reste plus que deux films à découvrir – Chronic de Michel Franco et le Macbeth de Justin Kurzel (nous avons bouclé ce numéro le vendredi 22 mai, lundi férié oblige) –, le verdict reste toujours incertain. En tout cas, il fallait avoir un goût pour les montagnes russes, les films passant sans transition de la splendeur au navet. Parmi ces derniers, il faut faire un sort à Youth de Paolo Sorrentino ; chaleureusement accueilli par les festivaliers, donné favori par beaucoup pour la Palme, il s’agit pourtant d’un monument de beauferie satisfaite confite dans une série de gimmicks visuels et scénaristiques, un film pour seniors éprouvant, écrit n’importe comment et qui permet à une poignée d’acteurs vétérans de se lancer dans un cabotinage effréné et pathétique – mention spéciale à une Jane Fonda perruquée façon travelo brésilien. Sorrentino confirme qu’il réussit un film sur deux ; après le superbe La G

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Cannes 2015 : une compétition la tête à l’envers

ECRANS | Entre déceptions, ratages et réussites inattendues, la compétition du 68e festival de Cannes est, à mi-parcours, encore difficile à cerner, le renouvellement souhaité n’ayant pas toujours porté ses fruits. Mais on peut déjà en dégager deux films majeurs : "Le Fils de Saul" de László Nemes et "Carol" de Todd Haynes. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Lundi 18 mai 2015

Cannes 2015 : une compétition la tête à l’envers

En laissant à la porte de la compétition quelques très grands auteurs contemporains (Arnaud Desplechin, Apichatpong Weerasethakul – dont on s’apprête à découvrir le nouveau film) pour faire de la place à des cinéastes encore jeunes et parfois novices dans la "top list" du festival, Thierry Frémaux avait pris le risque assumé de surprendre. À mi-parcours, on ne se hasardera pas à faire de généralités, ni même à lancer de grandes phrases définitives sur la réussite d’une telle position, car chaque exemple semble produire son contre-exemple, tel metteur en scène acclamé et palmé pouvant livrer une de ses œuvres les plus abouties pendant qu’un autre, au statut similaire, se fourvoyait dans une énorme plantade. Idem pour les nouveaux venus : si la plupart ont peiné à justifier l’honneur qui leur a été fait, c’est pour l’instant un premier film qui a fait la plus forte impression au sein de la compétition. Promotion ratée À la case déceptions, s’empilent déjà les noms de Yorgos Lanthimos et Joachim Trier. Avec The Lobster, Lanthimos montre dès son quatrième film, pourtant tourné dans des conditions bien plus confortables que le

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Tous nos articles sur Cannes 2015

ECRANS | Avec un blog quotidien mais aussi les critiques des films qui sortent simultanément à leur présentation au festival, vivez le 68e festival de Cannes à travers le regard du Petit Bulletin.

Aurélien Martinez | Jeudi 14 mai 2015

Tous nos articles sur Cannes 2015

Le blog quotidien est à retrouver ici. Bonne lecture.

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