La Tour 2 Contrôle Infernale

ECRANS | De et avec Éric Judor (Fr., 1h31) avec Ramzy Bedia, Marina Foïs, Serge Riaboukine...

Vincent Raymond | Mardi 9 février 2016

Donner une suite à une comédie absurde n'est-il pas en soi absurde ? Éric et Ramzy semblent en convenir en tournant, quinze ans après, un prequel à La Tour Montparnasse infernale. Même distribution (augmentée de Philippe Katherine), même humour vernaculaire pareil à un match d'impro verbale sans fin entre les deux potes, même sentiment d'épuisement à la fin – un Quentin Dupieux aurait été parfait pour les canaliser et réaliser cette histoire de pilotes devenus, suite à un accident, bagagistes à Orly.

Leur brillant compositeur semble lui aussi éreinté par sa contribution : alors qu'il avait signé pour Microbe et Gasoil de Michel Gondry une très plaisante bande originale, Jean-Claude Vannier marque ici le pas, au point d'emprunter à François de Roubaix un thème emblématique (La Vitesse, la Mort, dûment crédité au générique) pour le climax du film qu'est la séquence finale – Ludovic Bource avait eu recours à la même “facilité” dans The Artist, en reprenant la partition écrite par Bernard Herrmann pour Vertigo.

Pourtant, si certains en sortent sur les rotules, ce film rend une autre catégorie de spectateurs totalement hystérique par un étrange effet de vases communicants. Allez comprendre…


La Tour 2 contrôle infernale

D'Eric Judor (Fr, 1h28) avec Eric Judor, Ramzy Bedia...

D'Eric Judor (Fr, 1h28) avec Eric Judor, Ramzy Bedia...

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Octobre 1981. Ernest Krakenkrick et Bachir Bouzouk sont deux brillants pilotes de l’armée française. Suite à une malencontreuse erreur au cours d’un test de centrifugeuse, ils perdent une partie de leur potentiel intellectuel.


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"Merveilles à Montfermeil" : corbeille et somme

Cinema | De et avec Jeanne Balibar (Fr., 1h49) avec également Emmanuelle Béart, Ramzy Bedia…

Vincent Raymond | Mardi 7 janvier 2020

Fraîchement séparés, Joëlle et Kamel se côtoient tous les jours au sein de l’équipe municipale de Montfermeil. La maire, une illuminée, rêve, entre autres excentricités années 1980, d’implanter une école de langues démesurée dans cette cité de banlieue. Cela n’arrangera pas leurs relations… Intrigante et prometteuse, la séquence d’ouverture montrant le couple Balibar/Bedia se disputant en arabe devant une juge des divorces abasourdie aurait pu – dû ? – constituer l’alpha et l’oméga de cette pseudo comédie politique, mais authentique catastrophe artisanale. Première réalisation solo de la comédienne-chanteuse intello (récemment enrubannée d’un hochet républicain, dans la même promotion que le patron de BlackRock), ce "machin" a faux sur toute la ligne. La forme, tout d’abord : écrit et joué en dépit du bon sens, il offre à une troupe de bobos hors sol vêtue arty sexy l’occasion de glapir du cri primal dans un simulacre pathétique de Rendez-vous en terre inconnue. Le fond, ensuit

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"Terminal Sud" : Kakfa à la Méditerranée

Cinema | De Rabah Ameur-Zaïmeche (Fr.-Alg., avec avert. 1h36) avec Ramzy Bedia, Amel Brahim-Djelloul, Slimane Dazi…

Vincent Raymond | Mardi 19 novembre 2019

Un pays méditerranéen indéfini de nos jours, en proie à un conflit civil et religieux. Non aligné, un médecin tente d’exercer son métier malgré les tracasseries ordinaires et les incitations de ses proches à migrer en sûreté. Un jour, sa situation s’envenime malgré lui… Rabah Ameur-Zaïmeche signe sans doute son film le plus abouti, porté un Ramzy Bedia inspiré (comme il l’est souvent lorsqu’on lui confie un rôle dramatique). Celui dont le récit s’avère le plus linéaire, mais surtout celui dont l’histoire est la plus universelle. Le contexte méditerranéen, l’évocation d’une guerre de décolonisation, la nation déchirée et la question de la trahison… Autant de thèmes qui font écho à l’œuvre de Camus dont le cinéaste offre ici une forme de continuation contemporaine. Jusqu’à l’absurdité d’une séquence de torture qui, elle, renvoie moins à la pensée camusienne qu’à la folie tchèque des procès de Prague (voir L’Aveu), quand des trésors de raffinement stalinien étaient mis en œuvre pour que des innocents s’accusent de forfaits dont ils ne connaissaient même pas l’existence.

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"Une intime conviction" : diable d'avocat

ECRANS | de Antoine Raimbault (Fr, 1h50) avec Marina Foïs, Olivier Gourmet, Laurent Lucas…

Vincent Raymond | Mardi 5 février 2019

Accusé d’avoir tué sa femme, Jacques Viguier se terre dans un mutisme coupable. Nora le croit si viscéralement innocent qu’elle convainc Maître Dupond-Moretti de le défendre, se dévouant sans relâche pour trouver des preuves le disculpant, au risque de polluer la procédure par son action… Il est peu fréquent sous nos latitudes de voir une affaire judiciaire aussi promptement adaptée sur les écrans français, et ce en conservant les noms des protagonistes. Le fait que le réalisateur Antoine Raimbault ait été proche du dossier n’y est pas étranger, mais ne doit rien enlever aux mérites de ce qui constitue son premier long-métrage. Un film de procédure et de prétoire répond en effet à un strict protocole : il se doit de reproduire la théâtralité de la liturgie judiciaire tout en intégrant son jargon et ses pesanteurs – qui en amenuisent sérieusement la dramaturgie. Raimbault use d’un "truc" pour dynamiser son film : l’invention de Nora, investigatrice parallèle, agissant comme les auxiliaires de la défense dans le monde anglo-saxon. Son action sur la narration (et globalement positive sur le verdict) repose la question d’une refonte du système ju

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"En mille morceaux" : résilience maladroite

ECRANS | de Véronique Meriadec (Fr, 1h22) avec Clémentine Célarié, Serge Riaboukine…

Vincent Raymond | Mardi 2 octobre 2018

Éric a assassiné un enfant en 1977. Après ses 25 ans de prison, la mère de la petite victime lui donne rendez-vous dans le bric-à-brac d’un inquiétant hangar, où elle le presse de questions sur les circonstances et les motivations de son geste. Veut-elle se faire justice après la justice ? De la difficulté de transmuter un tête-à-tête en film, de mettre en images et en scène ce qui repose avant tout sur des mots… Si le sujet est grave, la forme l’est aussi : à la base, En mille morceaux est censé promouvoir la "justice restaurative", un procédé visant à faire se rencontrer les victimes de crimes et leurs auteurs dans le but de permettre aux uns d’accorder leur pardon, aux autre de les faire prendre conscience de leurs actes afin de réduire la tentation de récidive. Louable démarche. Seulement ici, pour faire thriller, la mère surculpabilise jusqu’à la terreur psychologique son bourreau sans expliquer le pourquoi de leur rencontre ; on ne peut pas être plus contreproductif. Du côté de l’assassin, ce n’est guère mieux : ses confessions nous amènent à comprendre qu’il a lui-même été martyrisé par son frère lui faisant rejouer des scène

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Éric Judor : « Aborder ce métier était jusqu’à présent toujours une joie ; là, j’étais le Schtroumpf triste »

ECRANS | Pour son premier long métrage "Roulez jeunesse" (en salle le mercredi 25 juillet), Julien Guetta a osé demandé à Éric Judor de changer de registre. Cela tombe bien : celui-ci voulait glisser vers un format plus dramatique. Rencontre en deux temps et à deux voix.

Vincent Raymond | Lundi 16 juillet 2018

Éric Judor : « Aborder ce métier était jusqu’à présent toujours une joie ; là, j’étais le Schtroumpf triste »

Julien, votre film Roulez jeunesse​ flirte avec la comédie italienne et la comédie à l’anglaise… Julien Guetta : C’était une des ambitions, clairement. Comme de choisir Éric, qui fait beaucoup de comédies, pour l’emmener vers quelque chose d’autre, dans quelque chose de plus singulier qu’on n’a pas forcément l’habitude de voir en France. J’ai une très grande admiration pour Éric. C’est un acteur très technique, quelqu’un de très professionnel qui gère la comédie – c’est hyper agréable quand on est réalisateur – et même le drame. Et il est aussi réalisateur… D’où vient ce personnage d’Alex, l’adulte un peu enfant qu’il interprète ? JG : Je pense que j’étais comme ça quand j’ai commencé à écrire. Et que je n’aimais pas trop cette figure – c’est pour ça que je ne trouve pas le personnage complètement irresponsable non plus. C’est un bon gars maladroit, un mec trop gentil, qui sait quand même se démerder avec l

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"Roulez jeunesse" : (bon) père de dépannage

ECRANS | de Julien Guetta (Fr, 1h24) avec Éric Judor, Laure Calamy, Brigitte Roüan…

Vincent Raymond | Lundi 16 juillet 2018

Peu rongé par l’ambition, Alex s’épanouit au volant de la dépanneuse du garage administré par sa mère. Son bon cœur le conduit un soir à aider une jeune femme déboussolée, qui l’entraîne chez elle et le plaque le lendemain en lui laissant ses trois enfants en cadeau… Comment grandir quand on n’en éprouve pas le besoin impérieux ; comment accepter de couper le cordon quand on a toujours surprotégé son fils ; comment admettre que l’on a encore besoin de référents adultes lorsque l’on est adolescent ; est-il normal de ne pas éprouver d’instinct maternel ? Roulez jeunesse mesure chaque terme du syntagme "comédie familiale" en explorant avec finesse le lien et l’attachement sous toutes ses formes – voilà pour les lecteurs·trices de Françoise Dolto. Pour son premier long en tant que réalisateur, Julien Guetta approfondit donc des questionnements entamés dans ses courts-métrages Les Ventres vides et, surtout, Lana del Roy, où la famille en crise constituait à la fois le périmètre et la raison d’être du récit. Juste avant Roulez jeunesse, sa participation à l’écriture du

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"Et mon cœur transparent" : clair-obscur de femme

ECRANS | de Raphaël et David Vital-Durand (Fr., 1h26) avec Julien Boisselier, Caterina Murino, Serge Riaboukine…

Vincent Raymond | Mardi 15 mai 2018

Le taciturne Lancelot a quitté sa première épouse pour vivre au côté de la sculpturale Irina des plaisirs volcaniques à peine interrompus par les escapades professionnelles de la belle. Un jour, Irina meurt dans un accident de la route. Assommé, Lancelot découvre alors sa vie cachée… Les frères Vital-Durand ont pris leur temps pour passer des courts au long. Sans doute trop. Résultat : ils appliquent des recettes esthétiques ayant fait leur gloire il y a vingt ans bien tassés dans la pub et le clip – où, en général, une intuition plastique reposant sur une image saturée ou polarisée, doublée d’une grande maîtrise formelle ainsi que d’un ou deux clichés, peuvent compenser toutes les fragilités d’une structure narrative défaillante. Avec leur goût pour les belles optiques et les vastes décors déserts, ils auraient pu tirer vers l’arty étrange façon Jérôme Salle, voire le fantastique malsain de Jean-Pierre Mocky, le roman de Véronique Ovaldé dont ils signent ici l’adaptation. Hélas, ils semblent avoir préféré explorer une autre voie, s’enlisant quelque part entre le sentimentalisme flasque et le polar atone, que de grands coups de ralentis peinent à dynamiser. E

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"Les Aventures de Spirou et Fantasio" : il leur manque des cases

ECRANS | de Alexandre Coffre (Fr., 1h29) avec Thomas Solivérès, Alex Lutz, Ramzy Bedia…

Vincent Raymond | Lundi 19 février 2018

Un rat d’hôtel roux déguisé en groom et un journaliste frustré en quête de scoop partent à la recherche d’un inventeur de génie enlevé par un atrabilaire maléfique, désireux de dominer le "moooonde". Et voilà comment déboulent des bulles Spirou, Fantasio, Champignac et Zorglub… Réussir l’adaptation d’une BD au cinéma tient de l’exploit, surtout lorsqu’il s’agit de l’école franco-belge : seul Alain Chabat s’en était tiré sans trop de dégâts – et encore, au risque de défriser la doxa, avec Le Marsupilami et Mission Cléopâtre. Les raisons expliquant qu’Alexandre Coffre achoppe sont évidentes à la vision de ce film d’aventures bon marché. Par exemple, gratifier ses personnages principaux d’un air ahuri permanent et faire jouer à Alex Lutz (qui avait quelque chose à défendre physiquement en Fantasio) un faire-valoir façon Jar Jar Binks de théâtre de boulevard, c’est peut-être bon pour un public de 6 ans (et encore), mais destructeur pour le reste de l’assistance. Spielberg et Chabat (encore lui), eux, pensent toujours à combiner plusieurs niveaux de lecture parallèles, afin de ne frustrer personne. Si l’

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"Gaspard va au mariage" avec Anderson, Baumbach et Sautet dans ses valises

ECRANS | de Antony Cordier (Fr., 1h43) avec Marina Foïs, Félix Moati, Guillaume Gouix…

Vincent Raymond | Dimanche 28 janvier 2018

En route pour le mariage de son père, Gaspard (Félix Moati) propose à l’excentrique Laura (Laetitia Dosch) rencontrée dans le train de jouer à la compagne-alibi, contre rémunération mais en tout bien tout honneur. Proposition étrange, à la mesure de la famille du jeune homme, qui tient un zoo baroque en déroute… Intéressé depuis toujours par des figures de "transgressions douces" (libertinage adolescent dans Douches froides puis entre adultes dans Happy Few), le réalisateur Antony Cordier voit plus grand avec cette parentèle gentiment branque, au sein d’un film dont la tonalité (ainsi que le chapitrage) évoquent la folie tendre de Wes Anderson, époque Famille Tenenbaum. Un autre tenant de la comédie contemporaine américaine arty décalée bénéficie au passage d’un hommage explicite : Noah Baumbach, le réalisateur de Margot va au mariage (2007). Mais à l’absurdité romantique des situations dans un zoo arti

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"L’Atelier" : un petit Laurent Cantet

ECRANS | de Laurent Cantet (Fr., 1h53) avec avec Marina Foïs, Matthieu Lucci, Warda Rammach…

Vincent Raymond | Lundi 9 octobre 2017

Autrice de polars, Olivia (Marina Foïs) anime un atelier d’écriture à La Ciotat durant les vacances pour des adolescents désœuvrés. Parmi eux, Antoine (Matthieu Lucci), replié sur lui-même et ses jeux vidéo violents, prompt à la provocation raciste et à deux doigts d’un passage à l’acte. Mais lequel ? Fiction documentarisante, cette chronique d’un été réalisée par Laurent Cantet (et comme à l’accoutumé co-écrite par son comparse Robin Campillo – le réalisateur de 120 battements par minute) tente de tisser au moins trois fils narratifs au moyen de ce fameux "atelier", catalyseur maïeutique et générateur dramatique du récit. Grâce à lui, on plonge ainsi dans le passé de la cité et de ses chantiers navals, désormais reconvertie dans le luxe (quel symbole !) ; on s’imprègne également du présent, déboussolé par un terrorisme attisant les tensions ; et l’on suit la relation ambigu du quasi "hikikomori" Antoine avec l’autrice – dont la résidence n’est qu’une parenthèse dans sa carriè

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"Coexister" : le boys band religieux de Fabrice Éboué va faire un malheur

ECRANS | de et avec Fabrice Éboué (Fr., 1h30) avec également Ramzy Bedia, Guillaume de Tonquédec, Audrey Lamy…

Vincent Raymond | Lundi 9 octobre 2017

Directeur de la branche musicale déficitaire d’une multinationale, Nicolas est sommé par sa PDG de produire un succès sous six mois. Au bout du rouleau, il décide de créer un groupe réunissant un prêtre, un rabbin et un (faux) imam chantant le vivre-ensemble et la concorde. Un sacré défi… Alléluia ! À partir de cet improbable argument, qui aurait pu aisément choir dans la comédie flasque et la bienveillance sucrée, Fabrice Éboué a su tirer une authentique satire prenant comme cible non pas les divergences entre les obédiences, mais les hypocrisies – rassemblant fidèles et mécréants. S’appuyant sur un trio excellemment choisi (Tonquédec/Cohen/Bédia, à la fois naturels et caricaturaux), complété par Audrey Lamy convaincante en ingénue-couche-toi-là et Mathilde Seigner plus que réaliste en capitaine d’industrie sans état d’âme, le comédien-réalisateur (dont le personnage ne se donne même plus la peine d’être cynique) repousse les limites de la provocation et du mauvais goût en restant dans les clous – si l’on ose. Jamais blessant, son très plaisant sens du corrosif se rév

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"Une vie ailleurs" : à propos de ta mère…

ECRANS | de Olivier Peyon (Fr, 1h36) avec Isabelle Carré, Ramzy Bédia, María Dupláa…

Julien Homère | Mardi 21 mars 2017

Épaulée par Mehdi (Ramzy Bedia), un assistant social, Sylvie (Isabelle Carré) se rend en Uruguay pour ramener en France son fils Felipe, enlevé par son père. Mais rien ne se passera pas comme prévu et sa relation avec l'enfant prendra une tournure inattendue. Olivier Peyon vient du documentaire et ça se voit. Caméra à l’épaule au plus près des visages, toujours au bon endroit au bon regard, la forme singe presque le reportage. Elle ne mise pas sur la symbolique, ses acteurs véhiculant le sens du film jusqu’à une fin ouverte bienvenue. La puissance du mélodrame émane de la retenue et de la pudeur, laissant le soin au spectateur de reconstruire l’histoire. Incarnant la filiation absente chez Sylvie, Mehdi devient ainsi un père de substitution, cordon ombilicale fragile nécessaire pour grandir. En somme, Peyon montre ce qu’il y a de plus douloureux et complexe : l’incertitude des retrouvailles où même une mère peut être l’étrangère.

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Isabelle Carré : « Olivier m’a amenée ailleurs en me rendant plus âpre »

ECRANS | La maternité présente de multiples facettes, difficiles à traiter pour certaines lorsque la loi s’en mêle. Entretien avec Isabelle Carré et le réalisateur Olivier Peyon, en écho au film "Une vie ailleurs" qu'ils sortent ce mercredi 22 mars.

Julien Homère | Mardi 21 mars 2017

Isabelle Carré : « Olivier m’a amenée ailleurs en me rendant plus âpre »

Est-ce l’histoire ou le pays (l'Uruguay) qui a construit Une vie ailleurs ? Olivier Peyon : L’histoire. Quand Isabelle a lu le scénario, ces problèmes de couples binationaux l’intéressaient. Dans ce type de récit, on se dit que la mère serait naturellement dans son droit. Ça l’a rassurée lorsqu’elle a vu que le personnage avait ses propres limites. Ce que j’ai dit à Isabelle, c’est qu’elle n’avait plus le temps d’être aimable. Elle est usée par quatre années de recherches et ne s’embarrasse de rien. Isabelle Carré : C’est un mélodrame qui aurait pu être facile mais tout ce qu’elle prévoit ne se déroule pas comme elle l’attendait. Comment avez-vous construit la psychologie de votre personnage ? I.C : La première piste était de changer de voix vers le grave durant les répétitions. La première mise en scène au théâtre que je venais de faire, De l’influence des rayons gamma sur le comportement des marguerites,

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"Irréprochable" : inquiétante Marina Foïs

ECRANS | de Sébastien Marnier (Fr., 1h43) avec Marina Foïs, Jérémie Elkaïm, Joséphine Japy, Benjamin Biolay…

Vincent Raymond | Mardi 5 juillet 2016

On ne spolie pas grand-chose de l’intrigue en laissant entendre que Constance, jouée par Marina Foïs, est ici tout sauf irréprochable. Crampon vaguement crevarde au début, elle se révèle ensuite mytho et érotomane, avant de dévoiler au bout du bout un visage plus trouble. Une cascade de "retournements" un peu outrés, censés changer notre point de vue sur ce personnage donné (trompeusement) pour bohème sympa. Le problème, c’est que l’on sait d’entrée qu’il y a un souci : regard fixe et lourd, attitudes maniaques, Constance n’a rien de la fille à qui vous confiriez votre sandwich ni votre code de carte de crédit ; elle respire le vice plus que la vertu. Modeler de la noirceur et des ambiances intrigantes ou inquiétantes semble davantage intéresser Sébastien Marnier qu’animer un personnage cohérent. Dommage, car il dispose par ailleurs d’atouts non négligeables : une distribution surprenante (mais qui fonctionne), ainsi qu’une excellente bande originale signée Zombie Zombie – un adjuvant essentiel.

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"Hibou" : petit premier film pour Ramzy Bedia

ECRANS | de & avec Ramzy Bedia (Fr., 1h23) avec également Élodie Bouchez, Étienne Chicot, Philippe Katerine…

Vincent Raymond | Mardi 5 juillet 2016

Si vous avez vu Frank (2015) de Lenny Abrahamson, portrait du leader d’un groupe de rock recouvrant sa tête d’une sphère pour parvenir à affronter le monde extérieur ; si vous avez lu/vu La Moustache (2005) d’Emmanuel Carrère, l’histoire d’un malheureux qui, après avoir rasé son attribut pileux, constate avec effroi que personne ne remarque la différence et finit par s’interroger sur sa propre existence ; alors vous pouvez faire l’impasse sur Hibou racontant comment un type ignoré par tous soigne sa self-estime en enfilant un costume de grand-duc – l’oiseau, pas l’artisto. Le style de Quentin Dupieux, dont Ramzy Bedia est un fidèle, se devine à chaque recoin, mais dans des dilutions homéopathiques. Car il ne suffit pas de convoquer des personnages aux mœurs saugrenues dans une ville d’Amérique du Nord ni se revendiquer Gondry pour signer un film d’avant-garde. Ici, les ruptures ne sont pas des ellipses, mais des trous dans un scénario bâclé ou mal bouclé, et la candeur trop appuyée pour être honnête. Son argument de départ tenant de l’anecdote

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"C’est quoi cette famille ?!" : c'est quoi ce film surtout ?!

ECRANS | de Gabriel Julien-Laferrière (Fr., 1h26) avec Julie Gayet, Thierry Neuvic, Lucien Jean-Baptiste...

Vincent Raymond | Mercredi 27 juillet 2016

Un titre à la Nicole de Buron (une écrivaine française du siècle dernier), un sujet à la Patrick Braoudé (un acteur et réalisateur à qui l'on doit notamment le film Génial, mes parents divorcent !), un décor des plus banals (le 9e arrondissement de Paris, 8 000€/m2 à la vente) dans lequel des enfants bien peignés, lassés de transbahuter leurs affaires d’une famille recomposée à l’autre, décident d’investir en colocation "sauvage" le vaste et cossu 7 pièces de la rue Turgot, inoccupé depuis qu’une aïeule a eu l’infortune de décéder. Amis touchant l’APL, familles monoparentales, parents d’enfants déscolarisés, vous allez rire : malgré les apparences, il ne s’agit pas de la science-fiction, mais d’une comédie ! Reste à savoir pour qui. Philippe Katerine sauve les meubles très indirectement, en nous révélant malgré lui ses secrets d’inspiration : le voir côtoyer ici Julie Gayet, après l’avoir découvert endossant le costume du président de la République dans Gaz de France, livre les clés de composition de sa ballade champêtre À L’Élysé

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Tiens-toi droite

ECRANS | De Katia Lewkowicz (Fr, 1h35) avec Marina Foïs, Laura Smet, Noémie Lvovsky…

Christophe Chabert | Mardi 25 novembre 2014

Tiens-toi droite

Désireux de redonner du souffle à un féminisme attaqué de toute part par les tenants réacs de la pensée zemmourienne, Tiens-toi droite s’enfonce dans un récit multiple dont les contours sont particulièrement flous. Les protagonistes sont présentées par une voix-off introductive (la mère de famille nombreuse, la miss réduite à un objet sexuel, la chef d’entreprise dont la vie personnelle est entamée par son activité professionnelle) mais en cours de route, Lewkowicz en rajoute une quatrième, une petite fille boulotte obsédée par les canons de la beauté féminine telle que la société les impose. Impossible de voir dans ce genre de coup de force narratif autre chose qu’un grand fouillis qui semble avoir échappé à tout contrôle : si Tiens-toi droite a un sujet, il n’a à proprement parler aucune forme, ni scénaristique, ni filmique, avançant au gré des intentions de son auteur et de séquences sans début, ni fin, visiblement tournées dans la continuité puis charcutées par un montage hystérique. Le film paraît surtout totalement coupé du monde réel, fantasme d’une cinéaste qui oublie le spectateur, proche de ces piles de romans français qui déferlent à la rentr

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Bodybuilder

ECRANS | De et avec Roschdy Zem (Fr, 1h44) avec Vincent Rottiers, Yolin François Gauvin, Marina Foïs…

Christophe Chabert | Mardi 30 septembre 2014

Bodybuilder

Faire un film réaliste et honnête sur le milieu du bodybuilding français est un défi inattendu de la part de Roschdy Zem, dont c’est le troisième long en tant que réalisateur après deux tentatives (Mauvaise foi et Omar m’a tuer) assez catastrophiques, chacune à leur manière. La vision de ces corps monstrueux et l’appréhension de l’esprit quasi philosophique qui préside à leur transformation produisent d’ailleurs parfois un certain vertige. Mais c’est surtout grâce à la présence incroyable de Yolin François Gauvin, sommet de virilité tranquille dont le visage et la voix impassibles semblent déconnectés de son impressionnante masse musculaire, que le film trouve une vraie raison d’être. Il rejoint ainsi la belle lignée des Ventura ou Michel Constantin, anciens boxeurs devenus acteurs charismatiques du cinéma populaire français. Mais Zem n’est pas Melville ou Giovanni, et plutôt que de lui offrir une solide intrigue de polar, il le plonge dans une très banale histoire de transmission père / fils compliquée, dans laquelle Vincent Rottiers fait assez pa

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"Wrong cops" : surréalistement vôtre

ECRANS | Avoir une double vie, de nos jours, n’a rien d’extraordinaire. Et si, avant, on trompait sa femme / son mari, c’est surtout la routine que l’on (...)

Christophe Chabert | Mardi 18 mars 2014

Avoir une double vie, de nos jours, n’a rien d’extraordinaire. Et si, avant, on trompait sa femme / son mari, c’est surtout la routine que l’on cherche à tromper aujourd’hui. Faire de la musique électronique, poser pour des revues porno gays, trafiquer de la drogue cachée dans des rats crevés, creuser son jardin pour y déterrer un trésor : rien de bien méchant, dans le fond, que ces petits secrets-là. Chez Quentin Dupieux, cependant, ces hobbys sont ceux d’une bande de flics ripoux et dégénérés, dont la bêtise satisfaite va entraîner une cascade de quiproquos graduellement absurdes et tragiques. Duke, le plus tordu de tous, après avoir abattu sans le faire exprès son voisin, harcèle un adolescent en l’obligeant à écouter de la musique pendant qu’il se détend en slip sur son canapé ; Sunshine, pour éviter l’infamie familiale d’une révélation sur ses activités pornographiques, doit céder au chantage de sa collègue Holmes ; quant à De Luca, il laisse s’exprimer pleinement son penchant pour le harcèlement sexuel des femmes à forte poitrine…

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100% Cachemire

ECRANS | De et avec Valérie Lemercier (Fr, 1h38) avec Gilles Lellouche, Marina Foïs…

Christophe Chabert | Vendredi 6 décembre 2013

100% Cachemire

Un drôle de désir semble avoir guidé Valérie Lemercier pour son quatrième film en tant qu’actrice-réalisatrice… S’approprier un fait-divers glauque où une mère adoptive décide de rendre son fils après quelques mois "d’essai" ; faire le portrait acide d’une bourgeoisie étranglée entre bonne et mauvaise conscience ; mais aussi s’écrire un personnage détestable dont la caméra, toutefois, ne se détache jamais, exercice narcissique très curieux et, à l’image du film tout entier, plutôt déplaisant. Car si Lemercier a un vrai talent pour écrire des dialogues de comédie qui claquent, et si elle sait les mettre dans la bouche de comédiens ravis de s’amuser avec cette musique virtuose, le scénario de 100% Cachemire n’a pas de centre, sinon une misanthropie qui s’exerce aveuglément sur les riches et les pauvres, les premiers très cons, les seconds très cons et très moches. Il y avait pourtant une idée magnifique, hélas laissée en jachère : cet enfant russe muet et impavide, mur indéchiffrable sur lequel les émotions des adultes alentour ricochent ou se fracassent. Mais la mise en scène semble fuir ce trou noir émotionnel, préférant se réfugier dans la peinture sarc

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Boule et Bill

ECRANS | D'Alexandre Charlot et Frank Magnier (Fr, 1h30) Avec Marina Foïs, Frank Dubosc, Charles Crombez

Aurélien Martinez | Lundi 25 février 2013

Boule et Bill

La BD et le cinéma français, c'est un peu l'échec permanent. Pour preuve encore ce Boule et Bill, nouvelle catastrophe industrielle gagnée d'avance vu le matériau d'origine. Ce qui étonne le plus dans cette adaptation, c'est sa capacité à décevoir. Boule et Bill le film n'est pas la comédie neuneu pour marmots à laquelle on pouvait s'attendre. Oui, il y a quelques gags, mais qui tombent tous à plat. Oui, on entend la voix du chien qui pense et c'est navrant. Le plus curieux, c'est que les auteurs du film se foutent presque de Roba et de sa mythologie, reléguée aux cinq dernières minutes. Ils préfèrent s'intéresser à l'époque où la BD vivait son heure de gloire, tournant un film rétro au look bâtard sur l'émancipation de la femme dans la France des années 70. Seule compte ainsi la mère, héroïne d'un film pensé comme une préquelle réflexive à la BD, où le père serait Roba découvrant son inspiration après avoir fui la cité dortoir où sa famille s'était installée. Nul, et à la fois limite intriguant. Jérôme Dittmar

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Je suis un no man's land

ECRANS | De Thierry Jousse (Fr, 1h32) avec Philippe Katherine, Julie Depardieu…

François Cau | Jeudi 20 janvier 2011

Je suis un no man's land

Grands admirateurs de l’œuvre de Luc Moullet, Thierry Jousse et Philippe Katherine lui rendent hommage avec cette comédie où Katherine, dans son propre rôle de chanteur à succès, se retrouve fictivement dans le village de son enfance et la maison de ses parents, à la faveur d’une étrange malédiction spatio-temporelle — et d’un effet spécial qui laisse songeur. Le prologue du film, catastrophique, où Judith Chemla cabotine outrageusement en vamp cherchant à coucher avec le chanteur, préfigure le ratage qui va suivre. Globalement dépourvu du moindre rythme, d’une grande platitude cinématographique (la HD n’est absolument pas maîtrisée), le film se contente de juxtaposer ses idées sans la moindre construction scénaristique, Katherine assurant un lien bien mou entre toutes les histoires (l’ancien pote aigri, l’ornithologue nocturne, le couple parental). Ce n’est ni drôle, ni mélancolique, mais ça se voudrait un peu des deux. Quant à Katherine, après son album de l’an dernier, il sape à nouveau sa crédibilité avec ce film à l’onanisme revendiqué. CC

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