DiCaprio et l'Oscar : Attrape-moi si tu peux !

ECRANS | Et si Leonardo DiCaprio remportait enfin l'Oscar du meilleur acteur pour sa performance dans "The Revenant" d'Alejandro González Iñárritu ? Histoire de conjurer la malédiction...

Vincent Raymond | Mardi 23 février 2016

Caramba, encore raté !” C'est une phrase de ce goût qu'Iñárritu lâchera si, par malheur, Leonardo DiCaprio quittait bredouille le Dolby Théâtre à l'issue de la 88e cérémonie des Oscars prévue ce dimanche 28 février. Depuis vingt-deux ans, le comédien joue de malchance : régulièrement nommé, il semble frappé par une malédiction qui ressemble à celle de Peter O'Toole et Kirk Douglas, jamais récipiendaires de la fameuse statuette malgré de multiples citations – obligeant l'Académie, embarrassée, à leur décerner un trophée d'honneur.

Pour Leo, la série noire commence en 1994, avec un second rôle dans Gilbert Grape : trop tendre du haut de ses 19 printemps, il ne fait pas le poids face au buriné Tommy Lee Jones, qui emporte la mise avec Le Fugitif. Ignoré par la profession l'année de Titanic (alors que Kate Winslet était en compétition), il revient en lice en 2005 porté par les ailes de l'Aviator de Scorsese ; mais les votants n'ont d'yeux cette année-là que pour Jamie Foxx dans Ray. Transformé en aventurier africain pour Blood Diamond en 2007, il est surclassé par Forest Whitaker, qui avait eu la même idée en campant Idi Amin Dada dans Le Dernier Roi d'Écosse. Après un septennat de disette, DiCaprio resurgit doublement en 2014 en concourant dans la catégorie “meilleur acteur” et “meilleur film” (en tant que coproducteur) pour Le Loup de Wall Street de l'oncle Scorsese. Résultat : une déconvenue, plus amère encore, puisque c'est son partenaire Matthew McConaughey (interprétant dans le film son mentor aimant se frapper sur la poitrine pour rythmer ses chants rituels) qui ravit la récompense pour Dallas Buyers Club, et Brad Pitt qui empoche celle du meilleur film pour 12 Years a Slave.

Se présenter cette année en tant que lauréat du Golden Globe ne fait pas, hélas pour lui, de DiCaprio un favori : il était déjà détenteur de la récompense pour Aviator et Le Loup de Wall Street. Son “ancienneté” dans la course ne lui est, non plus, d'aucun secours : les Oscars adorent encenser des quasi inconnus. Et puis la prime au sortant est toujours possible : à ce titre, Eddie Redmayne reste un concurrent dangereux avec l'abominable The Danish Girl… Malgré cela, les votants portant leur voix de manière systématique et grégaire sur les biopics tragiques (célébrités malades, handicapées, victimes etc.), ils ont, avec l'histoire de Hugh Glass, un film correspondant en tout point à leurs critères. Réponse dimanche…


The Revenant

De Alejandro González Iñárritu (ÉU, 2h36) avec Leonardo DiCaprio, Tom Hardy... Dans une Amérique profondément sauvage, Hugh Glass, un trappeur, est attaqué par un ours et grièvement blessé. Abandonné par ses équipiers, il est laissé pour mort. Mais Glass refuse de mourir.
Cinéma Alhambra 2 rue Praire Saint-Étienne
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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"Raconte-toi" : microexpo pour macroartistes et macroambitions

Exposition | Pour la quatorzième édition de son programme hors les murs, le Musée de Grenoble s’installe dans les locaux de l’association Solexine, quartier Bouchayer-Viallet, avec cette petite expo qui présente des grands noms de l’art contemporain. Une façon pour cette honorable institution d’aller à la rencontre d’un public parfois intimidé à l’idée de se confronter à ses collections.

Benjamin Bardinet | Lundi 20 mai 2019

Située dans le quartier Bouchayer-Viallet, au sein des anciennes usines Cémoi, l’association Solexine propose depuis 20 ans de nombreux projets d’éducation populaire à des personnes en situation de fragilité. Il est probable que cette mission ait joué dans la proposition que l’association a faite au Musée de Grenoble d’imaginer une exposition qui puisse être une réflexion sur la manière dont on se met en scène, en tant qu’artiste ou en tant que sujet, pour témoigner de ce qui nous traverse intimement ou socialement. Une exposition qui convoque de grands noms de l’art contemporain. Tandis que le dessin hyperréaliste d’Oscar Muñoz et la magnifique composition géométrique de Leonardo Cremonini jouent ainsi de l’absence de personnes pour inciter notre regard à imaginer les fictions susceptibles de se jouer dans ces intérieurs vides aux allures de décors, les photographies de Patrick Faigenbaum nous présentent deux sujets plongés dans leur « dé

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"Kóblic" : chasse au pilote

ECRANS | de Sebastián Borensztein (Arg.-Esp., 1h32) avec Ricardo Darín, Oscar Martinez, Inma Cuesta…

Vincent Raymond | Mardi 4 juillet 2017

Argentine, sous la dictature. Pilote dans l’armée, Kóblic déserte après avoir dû larguer des opposants au-dessus de l’océan. Pensant se fondre dans l’anonymat d’un village du Sud, il est identifié par un flic local retors et vicieux qui veut connaître la raison de sa présence chez lui… Si le point de départ (c’est-à-dire les méthodes d’élimination) rappelle Le Bouton de nacre de Patricio Guzmán, évoquant la dictature du voisin chilien, ce puissant contexte historique reste à l’état de lointain décor. La menace qu’il représente s’avère plus que diffuse, les personnages se retrouvant, dans ce Sud profond, livrés à eux-mêmes et à leurs passions. Incontournable interprète du cinéma argentin, Ricardo Darín donne du flegme tourmenté au héros-titre, dans une prestation honorable mais prévisible. Heureusement qu’il a face à lui ce caméléon d’Oscar Martinez, déjà impressionnant ce début d’année dans Citoyen d’honneur. En ripou cauteleux au faciès répugnant, il vaut le vautour. Pardon, le détour.

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"Citoyen d'honneur" : nul n'est Nobel en son pays

ECRANS | De retour dans son village natal pour être célébré, un Prix Nobel voit se télescoper ses œuvres avec ceux dont il s’est inspiré… à leur insu. Il va devoir payer, ou au moins, encaisser. Un conte argentin subtil et drôle sur cet art de pillard sans morale qu’on appelle la littérature.

Vincent Raymond | Mardi 7 mars 2017

Reclus dans sa villa espagnole depuis l’attribution de son Prix Nobel de littérature, Daniel Mantovani n’écrit plus et ne répond guère aux invitations. Lorsque survient la proposition de Salas, son village natale d’Argentine, de le faire "citoyen d’honneur", il accepte autant par nostalgie que curiosité. Mais était-ce une si bonne idée que cela ? Mariano Cohn et Gastón Duprat n’étaient pas trop de deux pour signer ce film jouant simultanément sur autant de tableaux : s’engageant comme une comédie pittoresque teintée de chronique sociale, Citoyen d’honneur change au fur et à mesure de tonalité. L’aimable farce tourne en effet à l’aigrelet, transformant un auteur habitué depuis des lustres à gouverner son destin (et celui de ses personnages, en bon démiurge) en sujet dépendant du bon vouloir de ses hôtes. Mantovani semble alors propulsé dans un épisode inédit de la série Le Prisonnier, qu’on jurerait ici adaptée par Gabriel García Márquez, avant de plonger dans une inquiétante transposition du film Delivrance – cette fois retouchée par Luis Sepúlveda ! Comme

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"Silence" : du doute, pour une foi

ECRANS | En relatant le chemin de croix de jésuites du XVIIe siècle éprouvant leur foi en évangélisant un Japon rétif à la conversion, Scorsese le contemplatif explore ici sa face mystique — ce nécessaire ubac permettant à son œuvre d’atteindre des sommets.

Vincent Raymond | Mardi 7 février 2017

Loin d’être monochromatique, la filmographie de Scorsese reflète depuis toujours une admiration conjointe pour deux mondes ritualisés : le temporel des truands et le spirituel des religieux. S’il n’y a guère de malfrats dans Silence, on y découvre toutefois quelques châtiments pratiqués par les autorités nippones sur les chrétiens refusant d’apostasier, et que des mafieux trouveraient à leur goût ! La violence des confrontations entre ces deux univers autour de la notion de foi ne pouvait que fasciner le réalisateur de Taxi Driver et de Casino. Pour autant, Silence ne s’inscrit pas dans la veine stylistique des Infiltrés ou des Affranchis : la question intérieure et méditative prime sur la frénésie exaltée. Lent, posé, d’inspiration asiatique dans sa facture, il se rapproche du semi ésotérique Kundun (1997). Chacun sa croix Débutant par la recherche d’un missionnaire porté disparu, Silence se poursuit par une succession d’introspections pour le père Rodrigues parti sur ses traces. Feindre une abjuration

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Martin Scorsese : « Je vis toujours avec Silence »

ECRANS | Lors de son bref passage en France, Martin Scorsese a brisé le silence pour évoquer celui qui donne le titre à son nouveau film. Morceaux choisis et propos rapportés…

Vincent Raymond | Vendredi 3 février 2017

Martin Scorsese : « Je vis toujours avec Silence »

Votre titre est accompagné au générique de début par un réel silence. Doit-il s’entendre comme un constat ou une injonction ? C’est une façon d’attirer l’attention du spectateur, mais aussi une forme de méditation intime, car ce film exige une concentration du public. Nous venons tous du silence et nous allons tous y retourner ; alors autant s’y habituer et s’y sentir bien. Qu’est-ce qui vous a autant attiré dans le livre de Shūsaku Endō ? J’ai été attiré — obsédé, devrais-je dire — par l’histoire qu’il raconte. Pour moi, il parle d’une manière extraordinaire de la façon d’accepter la spiritualité qui est en nous. Sa résonance est toute particulière de nos jours, alors que le monde rencontre de grands changements technologiques et que des faits horribles se déroulent. J’espère que cette histoire, et donc le film, pourra ouvrir un dialogue en montrant que la spiritualité existe, puisqu’elle est une part intégrante de notre humanité profonde. Vous avez porté ce projet plusieurs décennies. Que ressentez-vous à présent qu’il est achevé ? Cela a duré longtemps, en effet. J’ignorais c

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Room

ECRANS | de Lenny Abrahamson (Can./Irl., 1h58) avec Brie Larson, Jacob Tremblay, Joan Allen…

Vincent Raymond | Mardi 8 mars 2016

Room

Étonnante symétrie que celle de ce film, construit en diptyque (ou, si l’on suit la mode, comme une mini-série en deux épisodes accolés) ; deux volets successifs sur l’enfermement. Au mitant de Room intervient la libération (haletante) de la mère et du fils qu’elle a eu en captivité. Et au huis clos entre ces deux êtres fusionnels succède alors le traumatisme… de la gestion post-traumatique : le fils découvre un monde infini et s’épanouit, sa génitrice se claquemure en elle-même. Un concentré d’Œdipe qui se résoudra dans la séquence finale. Malgré quelques lourdeurs (le pesant accent porté sur le fiston, sur lequel il faudrait qu’on s’extasie), Room s’en sort plutôt bien dans la catégorie enlèvement-réclusion : une vision du très mitigé À moi seule (2012) Frédéric Videau, inspiré de l’affaire Natascha Kampusch, permet de s’en convaincre… Il est, à plus d’un titre, intéressant que les votants de l’Académie des Oscars aient salué l’interprétation de la comédienne principale de Room. Une fois n’est pas coutume, ils ne se sont pas fait embobiner par la prestation de l’en

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"The Revenant" : littérature grandeur nature

ECRANS | Alors que sort cette semaine sur les écrans "The Revenant" d'Alejandro González Iñárritu, on s'intéresse au livre qui a inspiré le film.

Vincent Raymond | Mardi 23 février 2016

Aux racines du film d'Iñárritu se trouve un livre éponyme récent de Michael Punke, romançant l’épopée de Hugh Glass. Car l’histoire extraordinaire du trappeur de la Rocky Mountain Fur Company, abandonné vivant en 1823 par ses compagnons (pensant qu’il ne survivrait pas à ses blessures infligées par une ourse), est authentique. Elle appartient même à ces légendes fondatrices du continent nord-américain, circulant de bouche (édentée) de pionnier à oreille (déchiquetée) de maréchal-ferrant, colportées de péripatéticienne en tenancier de saloon. L’auteur évoque d’ailleurs dans son ouvrage d’autres figures emblématiques de la conquête de l’Ouest (tel George Drouillard) ayant payé de leur vie leur soif de grands espaces, de fortune et d’aventures. Disposant de sources lacunaires, Punke reconnaît avoir laissé son inspiration galoper : sa trame se révèle d’une tonalité plus noire, moins mystique et complexe que celle développée dans le film. Iñárritu a ajouté la concurrence de pilleurs de peaux, histoire brodée sur le passé f

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"The Revenant" : Iñárritu et DiCaprio ont vu l'ourse

ECRANS | Délaissant comme Tarantino les déserts arides au profit des immensités glacées, Alejandro González Iñárritu poursuit sa résurrection cinématographique avec un ample western épique dans la digne lignée d’Arthur Penn et de Sydney Pollack. Un "survival" immersif et haletant mené par des comédiens au poil, dont le potentiellement oscarisé DiCaprio. Vincent Raymond

Vincent Raymond | Mardi 23 février 2016

Aux États-Unis, on excelle dans la culture de l’art du paradoxe. Le pays suit avec un mixte de répulsion et de plaisir la campagne pour l’investiture républicaine menée par Donald Trump, populiste démagogue, ouvertement xénophobe, avide de succéder au premier chef d’État noir de son Histoire ; au même moment, la société s’émeut de voir les membres de l’Académie des Oscars (présidée par l’Afro-Américaine Cheryl Boone Isaacs) s’entre-déchirer à qui mieux-mieux au sujet du manque de représentativité des minorités visibles parmi les candidats à la statuette. Au Texas et en Californie, une muraille-citadelle gardée a été érigée ces dernière années pour préserver le territoire de toute intrusion ; tandis qu’à Hollywood le cinéma sort de l’impasse en empruntant une diagonale mexicaine. Issus de familles de classe moyenne ou supérieure, Guillermo del Toro, Alfonso Cuarón ou Alejandro González Iñárritu n’ont pas fui de misérables villages (tels que fantasmés par les conservateurs hostiles aux mouvements migratoires) pour profiter des avantages supposés du systè

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Ex-Machina

ECRANS | Pour son premier film derrière la caméra, Alex Garland, ex-scénariste de Danny Boyle, s’aventure dans la SF autour du thème de l’intelligence artificielle, dont il livre une variation qui peine à trouver sa forme, entre didactisme dialogué et sidération visuelle. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 2 juin 2015

Ex-Machina

Imitation game a popularisé la figure d’Alan Turing auprès du grand public ; sans le succès du film, il est peu probable que les spectateurs comprennent spontanément à quoi Alex Garland fait référence dans Ex-Machina. On y voit un informaticien remporter, lors d’un prologue expéditif, une sorte de loterie interne à son entreprise pour aller passer un séjour auprès de son patron dans sa somptueuse villa isolée du reste du monde. Assez vite, il se rend compte que loin d’être des vacances, il s’agit encore et toujours de travail – n’y voyez pas là une quelconque critique sociale, nous sommes dans le futur. En l’occurrence, faire passer un test de Turing à une androïde sexy dotée d’une intelligence artificielle, histoire de voir si celle-ci prend conscience de son caractère robotique ou si elle persiste à se considérer comme humaine – auquel cas, le test est réussi. Ex-Machina devient alors un long développement autour de la scène inaugurale de Blade runner, le réplicant moustachu étant remplacé par une bimbo diaphane au corps inachevé, laissant

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Birdman

ECRANS | Changement de registre pour Alejandro Gonzalez Iñarritu : le cinéaste mexicain tout juste oscarisé laisse son désespoir misérabiliste de côté pour tourner une fable sur les aléas de la célébrité et le métier d’acteur portée par un casting exceptionnel et une mise en scène folle. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 24 février 2015

Birdman

Partons du titre complet de Birdman : la surprenante vertu de l’ignorance. De la part d’un cinéaste aussi peu modeste qu’Alejandro Gonzalez Iñarritu, ce sous-titre a de quoi faire peur, tant il nous a habitués dans ses films précédents (Babel, Biutiful, ...) à donner des leçons sur la misère du monde sous toutes ses formes. Or, Birdman séduit par sa volonté de ne pas généraliser sa fable, circonscrite entre les murs d’un théâtre à Broadway : ici va se jouer à la fois une pièce adaptée de Raymond Carver et la tragi-comédie d’un homme ridicule, Riggan Thompson. Des années avant, il était la star d’une série de blockbusters où il jouait un super héros ; aujourd’hui, il tente de relancer sa carrière et gagner l’estime de ses contemporains en jouant et mettant en scène du théâtre "sérieux". Le naufrage de son existence ne se résume pas seulement à ses habits de "has been" : sa fille sort d’une cure de désintox, son mariage a sombré et il se fait écraser par une star mégalomane et égocentrique, Mike Shiner, plus roué et cynique que lui pour conquérir les

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Les Nouveaux sauvages

ECRANS | De Damián Szifron (Arg-Esp, 2h02) avec Ricardo Darin, Oscar Martinez…

Christophe Chabert | Mardi 13 janvier 2015

Les Nouveaux sauvages

Prenant au pied de la lettre l’adage qui veut qu’un Argentin, c’est un Italien qui parle espagnol, Les Nouveaux sauvages se veut hommage aux comédies italiennes à sketchs façon Les Monstres. Mais Damian Szifron, qui vient de la télévision (et ça se sent), en offre en fait une caricature où le mélange d’empathie, de critique sociale et de mélancolie des Risi, Scola, Gassman et Tognazzi serait remplacé par une misanthropie ricanante face à un monde contemporain où violence, frustration et aigreur sont devenues des sentiments ordinaires. Passé le prologue, plutôt amusant, le film s’enfonce dans une laideur morale et un regard complaisant qui, au passage, ne gomme pas les réelles inspirations de Szifron, à la limite du plagiat : de Duel à Chute libre, chaque sketch semble piquer des idées à d’autres films pour les passer à la moulinette d’une réalisation clipesque qui renvoie aux formats courts façon Canal +. L’ultime segment où une femme fait payer, le jour de son mariage, ses infidélités à son époux volage, en dit long sur la vision conservatrice du cinéaste, qui pense mettre à mal les valeurs familiales mais ne fait que louer une beaufe

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A most violent year

ECRANS | J. C. Chandor explore à nouveau les flux du capitalisme américain en montrant l’ascension d’un "self-made-man" dans le New York violent et corrompu de 1981. Un thriller glacial, élégant et cérébral qui confirme son auteur comme la révélation américaine des années 2010. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 23 décembre 2014

A most violent year

La chute d’une banque et de ses employés lors de la crise financière de 2008 ; un marin solitaire en perdition sur l’océan ; un entrepreneur cherchant à faire fructifier son business malgré une violence omniprésente et la pression des juges et de ses concurrents. Quoi de commun entre Margin call, All is lost et A most violent year, les trois premiers films (en trois ans !) de J. C. Chandor ? Une affaire de flux et de cap, de tempêtes et d’éthique, de systèmes déréglés et d’humanité en péril. Abel Morales, le protagoniste de A most violent year, aime les lignes droites. On le découvre longeant les quais de New York pour son footing quotidien, dans un travelling latéral qui vaut résumé de son caractère – il ne cessera de le répéter : toute sa vie, il a suivi « le droit chemin ». Cet entrepreneur ambitieux, qui a fait de la distribution du pétrole son fonds de commerce, est sur le point de gravir un échelon en rachetant des ent

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The Two faces of January

ECRANS | D’Hossein Amini (EU-Ang-Fr, 1h37) avec Viggo Mortensen, Kirsten Dunst, Oscar Isaac…

Christophe Chabert | Mardi 17 juin 2014

The Two faces of January

Dans les années 60 en Grèce, un petit arnaqueur américain officie comme guide touristique et se rapproche d’un couple bien sous tous rapports, lui très riche, elle très belle. Sauf que le mari est en fait un escroc recherché, cachant à sa femme la réalité de ses activités et embringuant le guide dans un jeu dangereux. Tiré d’un roman de Patricia Highsmith, The Two faces of January prolonge le travail entrepris par feu-Anthony Minghella sur Le Talentueux Monsieur Ripley, à qui Hossein Amini, scénariste de Drive (ce qui est à la fois un bon et un mauvais présage, la valeur du film tenant surtout à la mise en scène de Winding Refn) reprend une évidente volonté de classicisme. De fait, The Two faces of January tente de retrouver l’atmosphère des polars exotiques à l’ancienne, mais ne dépasse pas dans sa mise en scène le niveau d’un joli catalogue d’images glacées et racées, lissant tout le trouble de l’intrigue et réduisant les personnages à des stéréotypes sans épaisseur. Cette aseptisation touche particulièrement le jeu d’ordinaire fiévreux de Mort

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"Le Loup de Wall Street" : voyage au bout de l'enfer (du capitalisme)

ECRANS | La vie de Jordan Belfort, courtier en bourse obsédé par les putes, la coke et surtout l’argent, permet à Martin Scorsese de plonger le spectateur trois heures durant en apnée dans l’enfer du capitalisme, pour une fresque verhovenienne hallucinée et résolument burlesque, qui permet à Di Caprio de se transcender.

Christophe Chabert | Vendredi 27 décembre 2013

« Greed is good. » C’était la maxime de Gordon Gecko / Michael Douglas dans le Wall Street d’Oliver Stone. Un film de dénonce balourd qui a eu pour incidence contre-productive de transformer Gecko en héros d’une meute d’abrutis cocaïnés et irresponsables, trop heureux de se trouver un modèle ou un miroir selon le degré d’avancement de leur ambition. Jordan Belfort, auquel Martin Scorsese consacre cette bio filmée de trois heures et à qui Leonardo Di Caprio prête ses traits, est de cette génération-là, celle qui a eu Gecko pour modèle et son slogan comme obsession. Le film, passé son prologue provocateur (grosse bagnole et coke à même l’anus d’une prostituée) attrape d’ailleurs son héros dans un instant paradoxal : le lundi noir de 1989 où, alors qu’il s’apprête à concrétiser son rêve et devenir courtier à Wall Street, la bourse plonge et avec elle une partie de l’économie mondiale. Faux départ, retour à zéro : l’itinéraire de Jordan Belfort s’édifie sur un moment de purge financière supposée assainir le système et qui ne fait que préparer l’avènement d’une corruption plus grande encore, par de jeunes loups ayant tiré

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L’enfance de l’art

SCENES | Quand on se rend à un spectacle d’Oscar Gómez Mata, on ne sait jamais vraiment ce que l’on va découvrir. « Mes pièces sont difficiles à expliquer, il faut les (...)

Aurélien Martinez | Vendredi 22 novembre 2013

L’enfance de l’art

Quand on se rend à un spectacle d’Oscar Gómez Mata, on ne sait jamais vraiment ce que l’on va découvrir. « Mes pièces sont difficiles à expliquer, il faut les vivre. » L’ovni scénique Kaïros inspiré de la physique quantique (en 2009) ; l’inégal mais passionnant Suis à la messe, reviens de suite (en 2012) : l’Hexagone de Meylan a souvent accueilli l’artiste espagnol installé en Suisse. Cette fois-ci, c’est une nouvelle facette de son art qu’il présente, moins barrée, notre homme s’étant confronté à la fable cruelle de Robert-Louis Stevenson La Maison d’antan. Mais ce n’est pas tant le récit en lui-même, réglé au centre du spectacle par les comédiens de la compagnie, qui l’a intéressé, mais la puissance évocatrice de ce récit sur l’enfance et la transmission – un gosse rêve de libérer ses concitoyens de leurs chaînes, mais échouera tragiquement. Et quoi de mieux pour évoquer ce sujet que de travailler directement avec d

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Inside Llewyn Davis

ECRANS | Nouvelle merveille des frères Coen, l’odyssée d’un chanteur folk raté des années 60 qui effectue une révolution sur lui-même à défaut de participer à celle de son courant musical. Triste, drôle, immense… Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 30 octobre 2013

Inside Llewyn Davis

Les dernières répliques de Burn after reading valent définitivement comme maxime du cinéma des frères Coen. Llewyn Davis, leur dernier anti-héros, n’échappe pas à cette loi : au terme d’un cycle narratif étourdissant, il n’a rien appris, sinon qu’il ne le refera pas – mais cet éternel retour laisse entendre qu’en fait si, il se fourvoiera dans la même impasse sombre… Llewyn Davis n’est pas un mauvais chanteur folk : les Coen le prouvent en le laissant interpréter en ouverture un de ses morceaux dans son intégralité, et c’est effectivement très beau. Mais le talent ne garantit pas le succès et Llewin collectionne surtout les déconvenues. Ses disques ne se vendent pas, son manager le fait tourner en bourrique – scène admirablement écrite où la surdité du vieux grigou devient paravent à sa pingrerie – il met enceinte la copine d’un autre chanteur, qui lui répète en boucle son statut de loser. Et il n’est même pas foutu de veiller sur le chat de ses hôtes, fil rouge d’un premier acte d’une éton

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Raging bull, la passion du christ-boxeur

ECRANS | Après dix ans à se chercher des anti-héros dans les marges de la société, le cinéma américain entamait les années 80 en poussant un cran plus (trop ?) loin les (...)

Christophe Chabert | Lundi 21 octobre 2013

Raging bull, la passion du christ-boxeur

Après dix ans à se chercher des anti-héros dans les marges de la société, le cinéma américain entamait les années 80 en poussant un cran plus (trop ?) loin les choses, inventant une poignée de flamboyants héros négatifs. Orgueilleux, aveugles, bêtes, cyniques ou tout cela en même temps, ils hantent des œuvres aussi essentielles que La Porte du paradis de Cimino ou Scarface de De Palma. De tous, Jake La Motta est sans doute le plus retors : ce boxeur, qui fut un des rares blancs à aller décrocher un titre de champion du monde au nez et à la barbe de ses adversaires blacks, était dans le privé un monstre paranoïaque, jaloux et profondément égocentrique, ce qui le conduira à une suite de choix désastreux qui ruineront sa carrière, sa famille ; avant de l’envoyer faire un petit tour en taule. Sous la caméra de Martin Scorsese – et dans la peau extensible d’un De Niro plus vrai que nature –, la vie de La Motta devient une passion christique, manière habile de contourner les écueils de la bio filmée – pas aussi en vogue à l’époque qu’aujourd’hui

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Taxi Driver, compteur à héros

ECRANS | Cela fait presque quarante ans que Taxi Driver est sorti sur les écrans. C’est à peine pensable tant le film semble habiter un espace-temps furieusement (...)

Christophe Chabert | Mardi 24 septembre 2013

Taxi Driver, compteur à héros

Cela fait presque quarante ans que Taxi Driver est sorti sur les écrans. C’est à peine pensable tant le film semble habiter un espace-temps furieusement contemporain, qui saisit à chaque nouvelle vision ; le propre des chefs-d’œuvre. Le Travis Bickle incarné par Robert De Niro reste le personnage le plus fort de toute la filmographie, pourtant riche, de Martin Scorsese : vétéran du Vietnam insomniaque devenu chauffeur de taxi dans les rues de New York, il en absorbe toute la misère pour la recracher, déformée et monstrueuse, en une longue rumination intérieure, avant de se commuer en ange exterminateur. Bickle est-il un héros positif ou négatif ? Tout dépend, répond Scorsese ; son désir d’exister, de servir à quelque chose, le poussent à adopter la première cause qui passe, assassinat d’un candidat à la Maison Blanche ou massacre sanglant dans un lupanar tenu par un pimp blanc. Inadapté, un peu idiot sinon carrément facho, il provoque partout où il passe le malentendu. Même la fin du film, d’une souveraine ambiguïté, le sanctifie pour des raisons pour le moins réversibles moralement. La caméra nerveuse de Scorsese, le jeu fiévreux de De Niro – a

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Gatsby le magnifique

ECRANS | Cinéaste de l’imagerie pop, Baz Luhrmann surprend agréablement en trouvant la puissance romanesque nécessaire pour transposer le Gatsby de Fitzgerald. Et trouve en Di Caprio un acteur à la hauteur du personnage. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 15 mai 2013

Gatsby le magnifique

Gatsby le magnifique version Baz Luhrmann ressemble, dans sa première heure, à ce que l’on pouvait en attendre. Ou presque. Le réalisateur de Moulin Rouge retrouve ce qui a fait sa marque – c’est loin d’être un défaut en période de standardisation : promenade pop à l’intérieur d’une époque à coups de grands mouvements de caméra impossibles, anachronismes musicaux, jeu sur les surfaces et sur la profondeur faisant ressembler sa mise en scène à un livre pop up, et le film dans son entier à un carnaval pop. L’ajout de la 3D intensifie tous ses partis pris – comme si le cinéma de Luhrmann avait toujours désiré cet artifice, mais pouvait enfin en avoir la jouissance – et il serait facile de ne voir là qu’épate visuelle et pyrotechnie gratuite. Mais que raconte Gatsby le magnifique sinon l’histoire d’un homme qui use et abuse de cette pyrotechnie pour attirer l’attention d’une seule personne, et qui déploie un faste sans égal pour mieux disparaître, se fondre dans la masse et faire oublier qui il est vraiment. En cela, Luhrmann a sans doute trouvé un sujet idéal, et ce n’est pas un hasard s’il

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Django Unchained

ECRANS | Chevauchée sanglante d’un esclave noir décidé à retrouver sa fiancée en se vengeant de blancs cupides et racistes, "Django Unchained" n’est pas qu’une occasion pour Quentin Tarantino de rendre hommage aux westerns ; c’est aussi un réquisitoire contre l’Histoire américaine, d’autant plus cinglant qu’il conserve le style fun de ce définitivement immense cinéaste. Critique et généalogie d’un homme nommé Django. Texte : Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 8 janvier 2013

Django Unchained

Première réaction à la sortie de ce Django unchained : Tarantino est fidèle à lui-même, et c’est pour ça qu’on aime son cinéma. De fait, ils sont peu aujourd’hui à offrir 2h45 de spectacle qui semblent passer en quelques minutes, sans pour autant renier le fondement de leur style : des scénarios écrits contre toutes les règles hollywoodiennes, privilégiant le dialogue et la durée des épisodes à une construction en trois actes où l’action et la parole sont dosées équitablement. Tarantino y ajoute cette élégance de mise en scène qui frappe dès le générique, où une chaîne d’esclaves torses nus et l’haleine fumante traverse de nuit une étendue aride et rocailleuse. Pourtant, il convient de tempérer ce jugement hâtif : oui, Tarantino est immense et oui, Django unchained est un très grand film, mais il n’est que l’aboutissement d’une mue amorcée entre les deux volumes de Kill Bill. Cette césure n’avait rien d’artificiel : elle marquait un tournant décisif, celui où le cinéaste cessait de déployer sa maestria en cinéphile compulsif visitant avec une gourmandise enfantine le cinéma bis, et où il donnait une réelle gravité à ses sujets, prenant ce qu’il montre

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De la nécessité de rire

SCENES | Le monde peut être vu sous divers angles. Le metteur en scène Oscar Gómez Mata le regarde lui à sa façon : décalée. Et compose alors des spectacles totalement barrés bien que reposant sur des bases théoriques solides. La preuve cette semaine avec le déroutant et loufoque "Suis à la messe, reviens de suite", qui s’intéresse ni plus ni moins qu’à la métaphysique. Rencontre. Propos recueillis par Aurélien Martinez

Aurélien Martinez | Lundi 17 décembre 2012

De la nécessité de rire

C’est un fait : la fin du monde aura lieu pour certains en pleine représentation d’un spectacle d’Oscar Gómez Mata. Ce qui semble beaucoup plus naturel que de la subir devant, par exemple, un vaudeville tout rance. Car le théâtre du metteur en scène espagnol (installé en Suisse depuis une quinzaine d’années) flirte avec l’absurde et le burlesque, tout en se basant constamment sur des fondements théoriques forts. On se souvient ainsi de son Kaïros, présenté lors de l’édition 2009 des Rencontres-i, le festival arts-sciences de l’Hexagone de Meylan : un véritable ovni scénique inspiré de la physique quantique. Suis à la messe, reviens de suite suit la même logique : derrière une création a priori complètement barrée, convoquant un présentateur télé, un musicien bien inspiré ou encore un buisson prénommé Belinda, se cache une réflexion déroutante. « La notion de catastrophe présente dans la pièce trouve écho avec cette idée de fin du monde. C’est une pièce animiste, qui pose une thèse comme quoi les objets et tout ce qu’il y a autour d

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L’opium des spectateurs

SCENES | Oscar Gómez Mata est un metteur en scène qui élabore des spectacles a priori déjantés, surréalistes et foutraques, mais qui s’avèrent habilement construits quand on (...)

Aurélien Martinez | Mercredi 5 septembre 2012

L’opium des spectateurs

Oscar Gómez Mata est un metteur en scène qui élabore des spectacles a priori déjantés, surréalistes et foutraques, mais qui s’avèrent habilement construits quand on les regarde de plus près. On avait ainsi pu le découvrir il y a trois ans pendant la biennale arts-sciences Les Rencontres-i, avec Kaïros, ovni scénique inspiré de la physique quantique. On le retrouvera à l’Hexagone avec une création sobrement baptisée Suis à la messe, reviens de suite. Où il sera, nous dit-on, question de l’âme des humains comme des objets, et de métaphysique. « Soyons animistes, croyons en l’âme, devenons animistes de la réalité. » D’accord ! Suis à la messe, reviens de suite, jeudi 20 et vendredi 21 décembre, à l’Hexagone (Meylan)

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À côté de la plage

SCENES | Festival d'Avignon (1) /Séverine Chavrier et Oscar Gómez Mata

Aurélien Martinez | Mercredi 11 juillet 2012

À côté de la plage

Et c’est parti pour le marathon Avignon, qui a commencé pour nous ce mardi 10 juillet à 18h avec le spectacle Plage ultime de Séverine Chavrier, que l’on verra la saison prochaine à la MC2 de Grenoble et au Théâtre de la Renaissance d’Oullins (près de Lyon). Séverine Chavrier ? Celle qui fut artiste associée au 104 (Paris) a notamment beaucoup bossé avec François Verret, en tant qu’interprète. Ce qui transpire sur le plateau, dans cette façon de concevoir des images évocatrices en jouant avec tous les aspects qu’offre la scénographie assez  impressionnante. Pourquoi pas, même si sur la durée, ça peut lasser. Mais le problème principal de cette création, annoncée comme durant plus de 2h30, pour être finalement ramenée à 1h30, c’est qu’on ne sait jamais où elle veut nous emmener (il y a un gros problème de rythme), malgré un discours on ne peut plus balisé. Severine Chavrier a choisi comme source d’inspiration l’œuvre de JG. Ballard, célèbre auteur de science-fiction anglais. Pour dire quoi ? Que notre société est pourrie de l’int

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J. Edgar

ECRANS | Clint Eastwood revient à son meilleur avec cette bio de J. Edgar Hoover, dont la complexité et la subtilité sont à la hauteur de cette figure controversée de l’histoire américaine. Christophe Chabert

François Cau | Dimanche 8 janvier 2012

J. Edgar

Qui était J. Edgar Hoover, puissant patron du FBI pendant plus de quarante ans ? Un réactionnaire obsédé par un potentiel complot bolchevique ? Un homosexuel honteux incapable de s’affranchir d’une mère castratrice ? Un junkie cherchant à repousser le moment tragique où il n’aura plus la puissance physique de résister à ceux qui réclament son départ ? Un mythomane qui ne cesse de réécrire son histoire, s’inventant un destin héroïque et romanesque ? Il était tout cela, mais ce tout est aussi un grand vide, et l’énigme Hoover demeure entière. Clint Eastwood, fidèle à sa dialectique qui lui permet de critiquer les mythes fondateurs de l’Amérique sans pour autant en dénoncer les valeurs, fait du portrait de Hoover un labyrinthe temporel où chaque séquence viendrait brouiller la précédente, où le personnage ne serait jamais saisi dans une alternance de blanc et de noir, mais dans de constantes zones de gris. De fait, si le cinéaste déconstruit Hoover, il refuse toute explication psychologique. Et pour cause : le film ne cesse de dire qu’Hoover n’existe pas, qu’il est une invention, un être dont la vie n’a été qu’une affaire d’adaptation, d’opportunisme et de survie. La grand

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Hugo Cabret

ECRANS | Sous couvert d’un conte familial aux accents dickensiens, Martin Scorsese signe une œuvre ambitieuse et intemporelle, où il s’empare de la 3D pour redonner vie au cinéma des origines et à un de ses maîtres, Georges Méliès.

Christophe Chabert | Jeudi 8 décembre 2011

Hugo Cabret

Dans la première partie d’Hugo Cabret, le jeune orphelin Hugo délaisse un temps les horloges de la Gare Montparnasse pour emmener sa nouvelle amie Isabelle au cinéma. Elle n’y est jamais allée, son père — qu’elle appelle Papa Georges — vouant une haine inexplicable envers ses images en mouvement. Dans cette salle obscure où les deux gamins sont rentrés clandestinement, on diffuse Monte là-dessus, avec Harold Lloyd suspendu dans le vide se retenant aux aiguilles d’une immense pendule. Ce parallèle entre les activités d’Hugo et la fiction qu’il regarde n’est pas ce qui intéresse la mise en scène de Martin Scorsese. En effet, le cinéaste ne cherche pas la rime mais le contraste. Car si l’image du film dans le film reste obstinément dans sa 2D originelle, celle des deux enfants face à lui est en 3D, et les rayons lumineux du projecteur découpent à la perfection leurs silhouettes avant de se jeter hors de l’écran vers le spectateur, à son tour émerveillé. En quelques plans, Scorsese trace un pont fulgurant entre l’image cinématographique des débuts du XXe siècle, muette, en noir et blanc, plate mais véhiculant l’émotion naïve des films pionniers,

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Biutiful

ECRANS | Un ex-dealer en phase terminale cherche le salut au milieu de l’enfer social. Au sommet de son cinéma sulpicien et complaisant, Alejandro Gonzalez Iñarritu tombe le masque dans un film désespérant de médiocrité. Christophe Chabert

François Cau | Jeudi 14 octobre 2010

Biutiful

Dans Biutiful, on ne sait pas qui va le plus mal : le héros Uxbal (Javier Bardem, méritant), ancien dealer dont la femme couche avec son frère, et qui se meurt lentement d’un cancer incurable ? Le monde, qui sous la caméra d’Alejandro Gonzalez Iñarritu ressemble à une sorte d’enfer social où tout est sale, corrompu, gangrené par le désespoir ? Ou le film lui-même, qui se repaît de ces humeurs malades jusqu’à en faire un système de représentation ? Revenu à une pure linéarité, débarrassé des constructions tarabiscotées de son scénariste Guillermo Arriaga, le cinéma d’Iñarritu est ici tout nu : son regard sulpicien et complaisant sur la misère sous toutes ses formes arrive à peine à se planquer derrière de grossiers effets de mise en scène et un déluge de pathos. Mauche Un exemple est frappant : Uxbal possède le pouvoir de parler avec les morts. Cette intrusion du fantastique dans le récit ne débouche sur rien, sinon quelques séquences où le trouble d’Uxbal conduit à une bande-son bourdonnante et une caméra qui tremble comme sous l’effet d’un séisme. À l’autre extrême de cette virtuosité sans enjeu, la scène de l’arrestation des

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Inception

ECRANS | L’ambitieux projet de blockbuster onirico-philosophique de Christopher Nolan débouche sur un film prototype, qui passe du temps à expliquer son mode d’emploi avant de se lancer dans une pratique ébouriffante du cinéma comme montagne russe spatio-temporelle. Christophe Chabert

François Cau | Samedi 10 juillet 2010

Inception

Inception part d’une idée magnifique : si le cinéma est une fabrique de rêves, aucun film n’avait jusque-là osé montrer des personnages dont c’était littéralement le métier. Des architectes, un scénariste, un technicien, un metteur en scène et des acteurs, toute une équipe qui ressemble à une équipe de tournage cachée derrière une bande de malfrats sophistiqués dont le but est de voler des secrets enfouis dans le subconscient de leurs victimes (les spectateurs ?). Christopher Nolan dans Le Prestige avait déjà prouvé que la réussite d’une illusion cinématographique reposait sur l’envie du public d’être dupé ; la suspension d’incrédulité devenait l’enjeu, la théorie et la matière scénaristique du film. Inception va plus loin : dès l’ouverture, impressionnante, le cinéaste plonge les personnages dans un labyrinthe de rêves encastrés les uns dans les autres, les secousses du réel (la plongée dans une baignoire d’eau froide) devenant des séismes dans le monde onirique (une vague gigantesque qui vient dévaster le décor). Quant à la mort, elle n’est que le plus court chemin vers le retour à la réalité. Rien n’est vrai, tout est simulé, imaginé, façonn

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Shutter island

ECRANS | Martin Scorsese adapte le thriller de Dennis Lehane, retrouve Leonardo Di Caprio et confirme son nouveau statut, unique à Hollywood, de cinéaste de studio personnel et audacieux. Christophe Chabert

François Cau | Jeudi 18 février 2010

Shutter island

La brume se lève sur Shutter island, un matin de 1954. Un bateau s’apprête à accoster avec à son bord deux détectives, Teddy Daniels et Chuck Aule, appelés pour une enquête mystérieuse : sur cette île au large de Boston où l’on soigne des criminels atteints de déficience mentale, une des patientes a disparu sans explication. Au fil de sa plongée dans l’univers oppressant de Shutter island, Teddy Daniels va voir ressurgir les traumas de son passé… Le dernier film de Martin Scorsese suit ainsi avec fidélité les méandres du roman éponyme de Dennis Lehane, et ce jusqu’à son twist final. Les lecteurs du bouquin en seront quitte pour l’effet de surprise, mais ceux qui ne le connaissent pas risquent aussi de deviner assez vite le pourquoi du comment tant Scorsese, cinéaste tout sauf roublard, se refuse à perdre le spectateur dans un labyrinthe de fausses pistes. Qu’importe à vrai dire ce relatif manque de suspense sur le long cours de l’intrigue : Shutter island est malgré tout un film passionnant et, c’est sa force, extrêmement prenant. Île-cerveau Car Scorsese transforme le décor de l’île en circuit mental que le personnage explore comme s’il se dép

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Les Noces rebelles

ECRANS | de Sam Mendes (ÉU, 2h05) avec Leonardo Di Caprio, Kate Winslet…

François Cau | Lundi 19 janvier 2009

Les Noces rebelles

Ben Stiller a décidemment joué un mauvais tour au cinéma américain avec son dévastateur Tonnerre sous les tropiques. En voyant Les Noces rebelles, on pense sans arrêt à Satan’s alley, le faux film dont on voyait la vraie bande-annonce au début : du cinéma à oscars balisé, où clignote sans arrêt dans le coin du cadre «Attention sérieux», où les acteurs tirent en permanence la tronche sur une musique dramatique et dans une lumière chiadée. C’est très beau tout cela, mais aussi terriblement ennuyeux, surtout quand le propos du film, progressiste à souhait, vire constamment au pontifiant. Dans les années 50, un jeune couple veut casser la routine du "papa travaille pendant que maman brique la baraque" en partant pour l’Europe accomplir ses rêves de bohème. Mas le poids des conventions sera plus fort, et Les Noces rebelles tourne à la scène de ménage façon Qui a peur de Virginia Woolf. Théâtrale au possible, la mise en scène de Sam Mendes coule tout dans un béton infernal, à commencer par les deux comédiens principaux, en roue libre de grimaces et d’émotions surjouées. Pénible spectacle, mais qu’on prend l’habitude de voir en début

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Des abeilles et des hommes

SCENES | L’acte 1 de la biennale arts-sciences-entreprises, qui s’intéresse cette année aux abeilles, débute dès le 21 mars, avec la présentation de "Kaïros", spectacle totalement déjanté d’Oscar Gomez Mata. AM

François Cau | Jeudi 8 janvier 2009

Des abeilles et des hommes

La 5e édition des Rencontres-i, biennale conjuguant arts et sciences, se déroulera en octobre prochain. Cette manifestation a vu le jour en 2003, à l’initiative de l’Hexagone de Meylan, dans le but de tisser des liens entre les chercheurs de la région et les artistes. Mais inutile d’attendre l’automne pour commencer à réfléchir, c’est dès le 21 mars, jour du printemps, que les hostilités commencent. En tant qu’artiste associé, Olivier Darné, plasticien et éleveur d’abeilles urbaines, donnera le ton de cette édition placée sous le signe de l’essaimage. Onze ruches seront disséminées un peu partout dans l’agglo (près des anciennes usines Cémoi, à l’intérieur du lycée Stendhal, devant l’Hexagone avec la banque du miel…), chacune d’entres elles étant associée à une structure culturelle, un artiste, un scientifique... « Là où l’homme exploite et tire profit en zones de grandes cultures, les abeilles meurent » s’inquiète Olivier Darné. « Comment les épargner ? Comment nous épargner ? Peut-être en essaimant. Essayons-le. Essaimons-nous. » Car comme le prophétisait déjà Einstein en son temps, « si l’abeille venait à disparaître, l’homme n’aurait plus que quelques année

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