Room

ECRANS | de Lenny Abrahamson (Can./Irl., 1h58) avec Brie Larson, Jacob Tremblay, Joan Allen…

Vincent Raymond | Mardi 8 mars 2016

Étonnante symétrie que celle de ce film, construit en diptyque (ou, si l'on suit la mode, comme une mini-série en deux épisodes accolés) ; deux volets successifs sur l'enfermement. Au mitant de Room intervient la libération (haletante) de la mère et du fils qu'elle a eu en captivité. Et au huis clos entre ces deux êtres fusionnels succède alors le traumatisme… de la gestion post-traumatique : le fils découvre un monde infini et s'épanouit, sa génitrice se claquemure en elle-même. Un concentré d'Œdipe qui se résoudra dans la séquence finale. Malgré quelques lourdeurs (le pesant accent porté sur le fiston, sur lequel il faudrait qu'on s'extasie), Room s'en sort plutôt bien dans la catégorie enlèvement-réclusion : une vision du très mitigé À moi seule (2012) Frédéric Videau, inspiré de l'affaire Natascha Kampusch, permet de s'en convaincre…

Il est, à plus d'un titre, intéressant que les votants de l'Académie des Oscars aient salué l'interprétation de la comédienne principale de Room. Une fois n'est pas coutume, ils ne se sont pas fait embobiner par la prestation de l'enfant (le critère “mignon” biaise toujours le jugement critique), mais ont tenu à distinguer le jeu de l'actrice, en particulier l'effacement et l'effondrement de son personnage dans la seconde partie. Le triomphe surprise de la jeune Brie Larson (balayant Blanchett, Rampling, Lawrence et Saoirse Ronan, sa concurrente de Brooklyn) célèbre aussi une nouvelle génération : belle plante sans être hyper sexuée, passant des séries télé aux productions indépendantes sans sourcilier, c'est une bosseuse plus qu'une carriériste planifiant la moindre apparition. Un peu de fraîcheur dans ce monde de dupes…

VR


Room

De Lenny Abrahamson (ÉU, 1h58) avec Brie Larson, Jacob Tremblay...

De Lenny Abrahamson (ÉU, 1h58) avec Brie Larson, Jacob Tremblay...

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Jack, 5 ans, vit seul avec sa mère, Ma. Elle lui apprend à jouer, à rire et à comprendre le monde qui l’entoure. Un monde qui commence et s’arrête aux murs de leur chambre, où ils sont retenus prisonniers, le seul endroit que Jack ait jamais connu.


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Les sorties ciné de cette fin d'année

A l'affiche | Les films qu'on a vus avant leur sortie, et ceux qu'on n'a pas (encore) vus…Revue de détail cinéma pour les dernières semaines de l'année.

Vincent Raymond | Mardi 14 décembre 2021

Les sorties ciné de cette fin d'année

★★☆☆☆ Les Elfkins : opération pâtisserie De Ute von Münchow-Pohl (All., 1h18) avec les voix de Jella Haase, Louis Hofmann, Leon Seidel… (dès 6 ans) En salle depuis le 8 décembre. Appartenant à un peuple de lutins vivant à l’écart des humains, la maladroite Elfie décide contre l’avis de tous d’apprendre un métier dans le monde des "géants". Elle atterrit à point nommé chez le grincheux Théo, un pâtissier artisanal en guerre contre son industriel de frère… Familiers des folklores nordiques et germaniques, les lutins se situent entre les auxiliaires de maison (façon Dobby dans Harry Potter) et les chapardeurs malicieux, du style rongeurs comme… Ratatouille, tiens ! N’y a-t-il pas quelque similitude avec ce gentil conte opposant émotion de l’art culinaire et insipidit&eac

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L’Autre Marché, par Miss Oscar Factory

Emplettes | Il est tout petit certes, mais sans doute plus sympathique et vertueux que la plupart des marchés qui prospèrent avant Noël. (...)

Jérémy Tronc | Lundi 29 novembre 2021

L’Autre Marché, par Miss Oscar Factory

Il est tout petit certes, mais sans doute plus sympathique et vertueux que la plupart des marchés qui prospèrent avant Noël. L’Autre Marché est un rassemblement de créateurs organisé le dimanche 5 décembre par Céline Maras, de la boutique Miss Oscar Factory, implantée tout proche de la gare de Grenoble. Ses machines à coudre et surjeteuses utilisées habituellement pour son métier et ses cours de couture seront temporairement poussées dans un coin afin d'accueillir les six artisans qu’elle a sélectionnés dans son réseau. « Ce ne sont que des petits créateurs locaux qui se sont lancés il y a peu de temps. Tous ont des produits et des univers très différents et originaux. L’idée c’est de les révéler au public et de créer la surprise », assure Céline Maras. On retrouvera ainsi Conquest Squares et ses dessins sur papier velin aux ambiances dark et ésotériques ; Patatouille Créations avec des bijoux et accessoires dans l’univers kawaii

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Voguing et waacking, danses de résistance

ACTUS | Ce samedi 23 octobre, le Pacifique propose une soirée dédiée au voguing et au waacking, deux formes de danse underground nées aux Etats-Unis au sein des communautés LGBT noires et latinos. L’occasion pour nous de revenir sur la culture qui les entoure et le contexte qui leur a donné naissance.

Damien Grimbert | Mardi 19 octobre 2021

Voguing et waacking, danses de résistance

Si le waacking et le voguing n’ont pas la même origine géographique ni temporelle (le premier est né dans les années 1970 à Los Angeles dans des clubs disco comme le Dino’s ou le Paradise Ballroom et le second à New York dans les années 80 au sein de la scène ballroom de Harlem), ils n’en partagent pas moins de nombreuses caractéristiques communes. « Ces danses sont toutes les deux issues de la même communauté LGBT afro-américaine et latina », explique Prince Paul, danseur de waacking qui interviendra au Pacifique, « comme une réponse à différentes formes d’oppression : les premiers danseurs de waacking comme Arthur, Tinker, et Andrew par exemple, étaient connus sont le nom de "punkers". A l’origine, le terme "punk" était un synonyme de "faggot", une insulte envers les homosexuels qu’ils se sont réappropriés, en retournant le stigma dans une expression artistique d’ "empowerment" ». Issues des classes les plus stigmatisées et défavorisées de la population, ces danses urbaines se sont ainsi construites dans l’ombre, à l’abri des regards extérieurs, en détournant les codes d’une forme d’élégance, de glamour et d’opulence traditionnellement asso

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"Adults in the Room" : quand l’Europe tentait le régime sans Grèce

ECRANS | Comment la Grèce a tenté de résister, grâce à Yánis Varoufákis, au chantage de l’Eurogroupe et à l’intrusion humiliante des technocrates dans son économie… Costa-Gavras revient en force avec un thriller économico-politique constatant un déni de démocratie ordinaire.

Vincent Raymond | Lundi 4 novembre 2019

Grèce, janvier 2015. Syriza, parti de gauche radicale, remporte les législatives. Élu député, l’économiste Yánis Varoufákis est nommé aux Finances et s’emploie à convaincre les instances européennes de renégocier la dette, sans nouveaux sacrifices. Une mission quasi impossible… La Providence aurait-elle un goût pervers pour l’ironie ? Aurait-elle ourdi cette tragédie grecque 2.0 que constitue la crise de la dette publique ayant frappé la République hellénique à partir de 2008, pour qu’au terme d’un infernal sirtaki dans les hautes sphères, Costa-Gavras puisse signer ce thriller économico-politico-diplomatique, retrouvant le mordant combatif faisant défaut à sa dernière réalisation en date, Le Capital (2012) – promenade dans l’univers de la haute finance plus désabusée qu’à l’accoutumée ? À l’instar des précieux Z, L’Aveu ou Missing, Adults in the Room relate le parcours d’un individu contre une machine étatique que sa puissance bureaucratique et sa doctrine économique ou politique ont transformée en monstre totalitaire asservissant le peuple qu’

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"Raconte-toi" : microexpo pour macroartistes et macroambitions

Exposition | Pour la quatorzième édition de son programme hors les murs, le Musée de Grenoble s’installe dans les locaux de l’association Solexine, quartier Bouchayer-Viallet, avec cette petite expo qui présente des grands noms de l’art contemporain. Une façon pour cette honorable institution d’aller à la rencontre d’un public parfois intimidé à l’idée de se confronter à ses collections.

Benjamin Bardinet | Lundi 20 mai 2019

Située dans le quartier Bouchayer-Viallet, au sein des anciennes usines Cémoi, l’association Solexine propose depuis 20 ans de nombreux projets d’éducation populaire à des personnes en situation de fragilité. Il est probable que cette mission ait joué dans la proposition que l’association a faite au Musée de Grenoble d’imaginer une exposition qui puisse être une réflexion sur la manière dont on se met en scène, en tant qu’artiste ou en tant que sujet, pour témoigner de ce qui nous traverse intimement ou socialement. Une exposition qui convoque de grands noms de l’art contemporain. Tandis que le dessin hyperréaliste d’Oscar Muñoz et la magnifique composition géométrique de Leonardo Cremonini jouent ainsi de l’absence de personnes pour inciter notre regard à imaginer les fictions susceptibles de se jouer dans ces intérieurs vides aux allures de décors, les photographies de Patrick Faigenbaum nous présentent deux sujets plongés dans leur « dé

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"Ma vie avec John F. Donovan" : du Xavier Dolan en toutes lettres

ECRANS | de Xavier Dolan (Can, 2h03) avec Kit Harington, Jacob Tremblay, Susan Sarandon…

Vincent Raymond | Lundi 11 mars 2019

Jeune acteur dans le vent, Rupert Turner raconte à une journaliste pète-sec dans quelles circonstances il entretenait, enfant, une correspondance épistolaire avec John F. Donovan, autre comédien à l’existence torturée. Et comment cet échange influa sur leurs destinées… Un petit saut de l’autre côté de la frontière et voici donc enfin Xavier Dolan aux manettes d’un film états-unien. Mais, outre la langue et donc les interprètes la pratiquant, point de métamorphose dans le cosmos de Dolan : la structure nucléaire basique de son cinéma reste inchangée – une relation fusion/répulsion entre un fils et sa mère renforcée par l’absence du père, le sentiment teinté de culpabilité de se découvrir habité par des pulsions différentes de la "norme hétéro", de la musique pop forte plaquée sur des ralentis, des éclats de voix… Certes, le maniérisme formel est (un peu) mis en sourdine au profit de l’histoire (un enchâssement de récits), mais il demeure quelques facilités consternantes empesant inutilement le tableau. Comme ce besoin de faire de la journaliste un concentré caricatural d’arrogance hermétique, finalement gagné par la profondeur de l’artiste – y

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"In My Room" : seul au monde, Deutschland

ECRANS | De Ulrich Köhler (All, 2h) avec Hans Löw, Elena Radonicich, Michael Wittenborn…

Vincent Raymond | Mardi 8 janvier 2019

Cadreur un brin irascible et je-m’en-foutiste, sans attache amoureuse, Armin semble avoir prolongé son adolescence. Un lendemain de cuite, il s’éveille dans un monde où l’humanité s’est étrangement évanouie. Il va devoir vivre en étant le dernier des hommes. Mais pas des Hommes. Largement repris depuis Daniel Defoe, le thème du naufragé a donné lieu à bien des variations insulaires, la taille de l’île variant de l’atoll à la planète – coucou Matt Damon. Si d’ordinaire la question de la survie du malheureux survivant se pose comme la priorité cardinale, elle s’évacue ici très rapidement dès lors que l’on a intégré que ledit survivant se trouve tout sauf malheureux du sort qui lui est échu : l’éradication de ses congénères tient davantage pour ce misanthrope inavoué d’un rêve libératoire ou d’un accomplissement que d’une punition. Quant à sa subsistance, elle est assurée par les ressources désormais surabondantes d’une Terre édénique, même pas convoitées par quelque zombie ou opposant à cet idéal rousseauiste. En clair, Armin se trouve comme le prétend un dicton allemand : « Wie G

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"Wonder" : tenir tête à la méchanceté

ECRANS | de Stephen Chbosky (E.-U., 1h51) avec Julia Robertsn Jacob Tremblay, Owen Wilson…

Vincent Raymond | Lundi 18 décembre 2017

Auggie, 10 ans, redoute un peu plus la rentrée des classes que ses camarades. Affligé d’une sévère déformation du crâne et du visage, il n’a en effet jamais été scolarisé. Le brillant garçonnet fera pourtant face aux moqueries et humiliations, avec l’aide des siens et de ses nouveaux amis… On en voit à longueur d’année de ces portraits plus ou moins ornés de l’estampille "inspiré d’une histoire vraie" ; de ces leçons de vie plus onctueuses et édifiantes les unes que les autres finissant toutes par la plus merveilleuse des concordes et l’harmonie humaniste. Sans échapper totalement à ce schéma (ah, l’insupportable musique standardisée, jouée au piano par trois doigts arthritiques, et qui souligne au lieu de susciter !), le réalisateur américain Stephen Chbosky consent à de nombreux efforts pour que son Wonder ne soit pas un tire-larmes bonne conscience de plus. Car si Auggie est le héros, il n’est pas la seule "voix" d’un film raconté également par son entourage – ses copains, sa grande sœur, l’ancienne meilleure copine de celle-ci… Ce choix de narration "diffractée" ne change rien à la place de l’enfant au c

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"Kóblic" : chasse au pilote

ECRANS | de Sebastián Borensztein (Arg.-Esp., 1h32) avec Ricardo Darín, Oscar Martinez, Inma Cuesta…

Vincent Raymond | Mardi 4 juillet 2017

Argentine, sous la dictature. Pilote dans l’armée, Kóblic déserte après avoir dû larguer des opposants au-dessus de l’océan. Pensant se fondre dans l’anonymat d’un village du Sud, il est identifié par un flic local retors et vicieux qui veut connaître la raison de sa présence chez lui… Si le point de départ (c’est-à-dire les méthodes d’élimination) rappelle Le Bouton de nacre de Patricio Guzmán, évoquant la dictature du voisin chilien, ce puissant contexte historique reste à l’état de lointain décor. La menace qu’il représente s’avère plus que diffuse, les personnages se retrouvant, dans ce Sud profond, livrés à eux-mêmes et à leurs passions. Incontournable interprète du cinéma argentin, Ricardo Darín donne du flegme tourmenté au héros-titre, dans une prestation honorable mais prévisible. Heureusement qu’il a face à lui ce caméléon d’Oscar Martinez, déjà impressionnant ce début d’année dans Citoyen d’honneur. En ripou cauteleux au faciès répugnant, il vaut le vautour. Pardon, le détour.

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"Free Fire" : trop de la balle

ECRANS | de Ben Wheatley (Fr.-G.-B., int.-12 ans, 1h30) avec Brie Larson, Cillian Murphy, Armie Hammer…

Vincent Raymond | Mardi 13 juin 2017

Un hangar, quelque part dans les années 1970. Justine a organisé une rencontre entre des membres de l’IRA (l'armée républicaine irlandaise) et des trafiquants d’armes. Au moment de la transaction, un grain de sable en forme d’histoire d’honneur familial (donc de fesses) met le feu aux poudres. Et c’est l’hallali… Certes moins composé que le précédent opus de Ben Wheatley (le vertigineux High-Rise en 2016), Free Fire y fait écho par son ambiance vintage (ah, les looks croquignolets de Brie Larson, Armie Hammer et Cillian Murphy !) et son inéluctable spirale de violence dévastatrice. À ceci près que le ton est ici à la comédie : les traits comme les caractères sont grossis, les répliques énormes fusent autant que les projectiles, mais il faut moult pruneaux pour faire calancher un personnage : c’est un jeu vidéo revu par Tex Avery. N’en déduisez pas une expurgation de toutes les scènes gore : Scorsese figurant tout même au générique en qualité de producteur exécutif, l’hémoglobine coule dru ; certaines exécutions valent même leur pesa

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Wolves In The Throne Room : métal mais pas que

Concert | Le groupe américain très black métal mais voguant aussi vers d'autres styles sera mardi 2 mai à l'Ampérage. On vous en dit plus.

Damien Grimbert | Mardi 25 avril 2017

Wolves In The Throne Room : métal mais pas que

Souvent considéré comme l’un des dérivés les plus extrêmes et les plus puristes du genre, le black métal est aussi, paradoxalement, le style qui a le plus réussi à attirer l’attention des auditeurs extérieurs à cette sphère musicale. Originaire de la petite ville d’Olympia, dans l’État de Washington, Wolves In The Throne Room, composé des deux frères Aaron et Nathan Weaver, est sans doute l’un des groupes qui incarne le mieux cette dichotomie. Fortement influencé par la nature sauvage, les cascades perdues dans la brume et les paysages forestiers grandioses et inhospitaliers de sa région natale, le duo, formé en 2002, tire ainsi sa formidable puissance d’évocation des mêmes sources d’inspiration que la première vague de black métal scandinave. Pour autant, leur goût prononcé pour l’expérimentation, qui les amène à flirter avec des styles comme le drone, l’ambient et la folk, et à intégrer l’usage de synthés analogiques dans leurs compositions, leur a permis de dépasser les frontières originelles du genre sans jamais renier ses racines profondes. Après un premier opus inaugural en 2006, une trilogie remarquée d’albums pour le label de référen

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Guide urbain : les temps forts de mai et juin

Agenda | Ateliers yoga et pilates chez Lolë Les férus de yoga, pilates et fitness y ont leurs habitudes : la boutique Lolë, installée à la Caserne de (...)

Sandy Plas | Mercredi 26 avril 2017

Guide urbain : les temps forts de mai et juin

Ateliers yoga et pilates chez Lolë Les férus de yoga, pilates et fitness y ont leurs habitudes : la boutique Lolë, installée à la Caserne de Bonne, propose un vaste choix de vêtements adaptés à la pratique, mais pas que. Le lieu se transforme également en atelier le temps de « meet-up », rencontres pendant lesquelles chacun peut participer à une séance de yoga, pilates ou sophrologie. Des cours accessibles à tous, débutants ou confirmés, sur simple inscription et moyennant 5 euros, reversés en bon d’achat dans la boutique. Prochain rendez-vous : jeudi 27 avril à 18h15, pour une séance de pilates. Les 27 avril, 2 mai, 8 mai, 11 mai, 15 mai… À l’Atelier Lolë de la Caserne de Bonne. Séance : 5 euros Challenge the room… dans les rues de Grenoble Nombre de Grenoblois ont déjà

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Marietta, antidote à la tiédeur

Musique | Zoom (très enthousiaste) sur celui qui partagera l'affiche de la Belle électrique jeudi 23 mars avec Superpoze.

Damien Grimbert | Mardi 21 mars 2017

Marietta, antidote à la tiédeur

Depuis maintenant une bonne dizaine d’années, a émergé en France toute une nouvelle vague de "sensations électro-pop-rock du moment", souvent très soutenues médiatiquement mais dont l’habillage arty/indépendant a parfois de plus en plus de mal à camoufler une fadeur absolument terrifiante. Soit, pour reprendre les termes de l’excellent critique musical Etienne Menu, « toutes ces choses hyper-standardisées qu'on voudrait faire passer pour de la musique pointue, alors qu'elles sont de l'indie FM calibré pour servir de musique de pub ou de jingle ». D’où la profonde sensation de soulagement et de bonheur ressentie à l’écoute de Basement Dreams Are The Bedroom Cream, premier album solo de Guillaume Marietta, chanteur du groupe français de rock psyché The Feeling Of Love. Recueil de chansons pop/folk lo-fi intimistes bricolées à l’abri des regards, Basement Dreams… ressuscite ainsi une certaine atmosphère psychédélique tout droit venue des 70’s, sans jamais tomber dans le piège de la citation à outrance pour autant. Lignes mélodiques à tomber par terre, arrangements d’une finesse infinie, chant sensible mais pas maniéré

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Le Ministère Pimenté est de retour avec DJ Mellow

Soirée | Rendez-vous samedi 25 mars au Drak Art pour retrouver ce fameux collectif de DJs locaux adeptes de musiques tropicales modernes.

Damien Grimbert | Mardi 21 mars 2017

Le Ministère Pimenté est de retour avec DJ Mellow

Depuis l’arrêt à l’automne dernier de leur fameuse résidence du mercredi au Canberra, on était restés sans nouvelles du Ministère Pimenté, foisonnant collectif de DJs locaux défendant avec ferveur les musiques tropicales modernes dans toute leur diversité – dancehall, grime, afrobeats, tropical bass, UK house, club music, jungle, ghetto funk… Avec l’arrivée du printemps, les voici enfin de retour au grand complet, le temps d’un Samedi (25 mars, à 23h) Pimenté exceptionnel au Drak-Art qui s’annonce propice aux pas de danse chaloupés. Une bonne nouvelle ne venant jamais seule, on retrouvera au line-up, aux côtés des dix DJs du Ministère, l’excellent DJ Mellow (en photo), co-fondateur du label bruxellois Lowup et spécialiste incontesté des rencontres entre bass music et sonorités afro-caribéennes, ainsi que BJF, jeune recrue du très bon blog musical Couvre x Chefs et des soirées Plage Club de Nancy qui se chargera pour sa part du warm-up de la soirée.

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"Citoyen d'honneur" : nul n'est Nobel en son pays

ECRANS | De retour dans son village natal pour être célébré, un Prix Nobel voit se télescoper ses œuvres avec ceux dont il s’est inspiré… à leur insu. Il va devoir payer, ou au moins, encaisser. Un conte argentin subtil et drôle sur cet art de pillard sans morale qu’on appelle la littérature.

Vincent Raymond | Mardi 7 mars 2017

Reclus dans sa villa espagnole depuis l’attribution de son Prix Nobel de littérature, Daniel Mantovani n’écrit plus et ne répond guère aux invitations. Lorsque survient la proposition de Salas, son village natale d’Argentine, de le faire "citoyen d’honneur", il accepte autant par nostalgie que curiosité. Mais était-ce une si bonne idée que cela ? Mariano Cohn et Gastón Duprat n’étaient pas trop de deux pour signer ce film jouant simultanément sur autant de tableaux : s’engageant comme une comédie pittoresque teintée de chronique sociale, Citoyen d’honneur change au fur et à mesure de tonalité. L’aimable farce tourne en effet à l’aigrelet, transformant un auteur habitué depuis des lustres à gouverner son destin (et celui de ses personnages, en bon démiurge) en sujet dépendant du bon vouloir de ses hôtes. Mantovani semble alors propulsé dans un épisode inédit de la série Le Prisonnier, qu’on jurerait ici adaptée par Gabriel García Márquez, avant de plonger dans une inquiétante transposition du film Delivrance – cette fois retouchée par Luis Sepúlveda ! Comme

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"Green Room" : no future

ECRANS | Un groupe punk à la dérive vérifie à ses dépens la réalité du slogan "No Future" en se produisant devant un public de fachos. S’ensuit un huis clos surprenant, avec larsen et acouphènes modulés par l'Américain Jeremy Saulnier. Prix du Petit Bulletin lors du dernier festival Hallucinations collectives de Lyon. Vincent Raymond

Vincent Raymond | Mardi 26 avril 2016

On le sait depuis Psychose d’Hitchcock : les films qui bifurquent sans crier gare dans l’hémoglobine méritent toujours qu’on consente un détour en leur direction. Faisant mine de nous emmener dans des contrées connues, ils se plaisent à nous projeter au milieu d’un ailleurs terrifiant confinant parfois au nulle part – cette terra incognita cinématographique qui se réduit comme une peau de chagrin. Green Room appartient à cette race bénie d’œuvres maléfiques se payant même le luxe de changer plusieurs fois de directions. Conservant le spectateur pantelant, dans un état d’incertitude en accord avec l’intranquillité seyant à des personnages de films de survie. Et ourlant ses massacres de ponts rock (ou plutôt punk) du plus bel effet. Haches tendres et battes de bois Partant d’un chaos dérisoire, de la situation minable d’un groupe tirant le diable par la queue, Green Room semble brandir l’étendard d’une comédie ingénue, laissant entrevoir de fines plaisanteries sur les musiciens à cheveux gras, leur combi pourri ou les parquets en bois norvégien. On s’attend à une succession de mésaventures anecdotiques (tendance Cameron Cr

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DiCaprio et l’Oscar : Attrape-moi si tu peux !

ECRANS | Et si Leonardo DiCaprio remportait enfin l'Oscar du meilleur acteur pour sa performance dans "The Revenant" d'Alejandro González Iñárritu ? Histoire de conjurer la malédiction...

Vincent Raymond | Mardi 23 février 2016

DiCaprio et l’Oscar : Attrape-moi si tu peux !

“Caramba, encore raté !” C’est une phrase de ce goût qu'Iñárritu lâchera si, par malheur, Leonardo DiCaprio quittait bredouille le Dolby Théâtre à l’issue de la 88e cérémonie des Oscars prévue ce dimanche 28 février. Depuis vingt-deux ans, le comédien joue de malchance : régulièrement nommé, il semble frappé par une malédiction qui ressemble à celle de Peter O’Toole et Kirk Douglas, jamais récipiendaires de la fameuse statuette malgré de multiples citations – obligeant l’Académie, embarrassée, à leur décerner un trophée d’honneur. Pour Leo, la série noire commence en 1994, avec un second rôle dans Gilbert Grape : trop tendre du haut de ses 19 printemps, il ne fait pas le poids face au buriné Tommy Lee Jones, qui emporte la mise avec Le Fugitif. Ignoré par la profession l’année de Titanic (alors que Kate Winslet était en compétition), il revient en lice en 2005 porté par les ailes de l’Aviator de Scorsese ; mais les votants n’ont d’yeux cette année-là que pour Jamie Foxx dans Ray. Transformé en aventurier africain pour Blood Diamond

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Bang Gang

ECRANS | Des lycéens comblent le désert de leur existence en se prenant en main, c’est-à-dire les uns avec les autres et dans tous les sens… Inspirée par un fait divers, Eva Husson n’a pas froid aux yeux pour son premier long-métrage qui, sans être bégueule, se révèle plus stuporeux que stupreux…

Vincent Raymond | Mardi 12 janvier 2016

Bang Gang

Identifié par ses pom-pom girls aux pectoraux avantageux, ses capitaines d’équipe de football athlétiques mais bas du front, ainsi que par ses forts en thème malingres, myopes, boutonneux et polycomplexés, le film de lycée ("high school movie") est un genre à part entière outre-Atlantique. Cette catégorie de comédies plus ou moins émoustillantes destinées à être consommées avec popcorn et boy/girlfriend sort rarement de l’ornière, à moins d’un miracle ou d’une volonté de pervertir les codes – voir Carrie (1977) de De Palma ou Retour vers le futur (1985) de Zemeckis. Si le cinéma français s’adonne parfois à ces bluettes sucrées (La Boum, LOL), il propose aussi des traitements alternatifs de l’âge “ingrat” – ou “des possibles”. Dans des œuvres saisissant l’adolescence comme un état mystérieux ou inquiétant, et ceux qui la traversent pareils à une tribu autonome, abandonnée à elle-même ; des œuvres valant parfois davantage pour les ambiances construites, nimbées d’interdits et de tabous transgressés que les histoires racontées. De par son climat d’étrangeté diffuse, son goût pour l’architecture froide des banlieues pavillonnai

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Ex-Machina

ECRANS | Pour son premier film derrière la caméra, Alex Garland, ex-scénariste de Danny Boyle, s’aventure dans la SF autour du thème de l’intelligence artificielle, dont il livre une variation qui peine à trouver sa forme, entre didactisme dialogué et sidération visuelle. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 2 juin 2015

Ex-Machina

Imitation game a popularisé la figure d’Alan Turing auprès du grand public ; sans le succès du film, il est peu probable que les spectateurs comprennent spontanément à quoi Alex Garland fait référence dans Ex-Machina. On y voit un informaticien remporter, lors d’un prologue expéditif, une sorte de loterie interne à son entreprise pour aller passer un séjour auprès de son patron dans sa somptueuse villa isolée du reste du monde. Assez vite, il se rend compte que loin d’être des vacances, il s’agit encore et toujours de travail – n’y voyez pas là une quelconque critique sociale, nous sommes dans le futur. En l’occurrence, faire passer un test de Turing à une androïde sexy dotée d’une intelligence artificielle, histoire de voir si celle-ci prend conscience de son caractère robotique ou si elle persiste à se considérer comme humaine – auquel cas, le test est réussi. Ex-Machina devient alors un long développement autour de la scène inaugurale de Blade runner, le réplicant moustachu étant remplacé par une bimbo diaphane au corps inachevé, laissant

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Deux ans et tous ses piments

MUSIQUES | L'incontournable soirée hebdomadaire du mercredi fête ses deux ans avec l’intégralité des résidents du Canberra aux platines.

Damien Grimbert | Lundi 27 avril 2015

Deux ans et tous ses piments

Apparus sans crier gare au printemps 2013, les Mercredis pimentés se sont rapidement imposés comme la soirée incontournable du milieu de semaine à Grenoble. Il faut dire aussi que ses atouts ne manquent pas : un cadre idyllique en plein air (l’immense terrasse en hauteur du Canberra, qui jouxte la piscine du campus), un sound-system au son à la fois propre et massif et quatre équipes de DJs se passant le relais de semaine en semaine pour diffuser une sélection musicale rafraîchissante (dancehall, tropical, grime, bass music, afrobeats, jungle, cumbia, jersey club, reggaeton, UK house, ghetto funk, électro-swing et on en passe). Toutes les conditions étaient donc réunies pour aboutir à une ambiance à la fois chaleureuse, festive et décontractée. Après un premier anniversaire qui avait déjà mis la barre très haut l'an passé, ce second mercredi 29 avril promet de battre de nouveaux records : BBQ light-shows, fumée, lance-flammes, concours en tout genre (limbo, street-golf, twerking…), et bien sûr l’intégralité des résidents du lieu aux platines.

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Tahiti 80, nippon ni mauvais

MUSIQUES | Groupe fâcheusement boudé par la France (du moins beaucoup plus qu'il ne le mérite), Tahiti 80 est allé comme bien d'autres trouver l'eldorado au Japon, puis dans quelques pays plus accueillants. Il y a trouvé le luxe de pouvoir bâtir une œuvre pop superficielle par profondeur, comme en témoigne son sixième album "Ballroom", ajoutant une pointe de noirceur à ses habituelles explosions de couleurs. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Mardi 31 mars 2015

Tahiti 80, nippon ni mauvais

« Les choses sont faciles quand tu es gros au Japon ; oooh, quand tu es gros au Japon. » Ben tiens. Si l'on en croit la fin du refrain (ici librement traduit) de Big in Japan, fameux tube de ces sacrés garçons coiffeurs teutons d'Alphaville (à qui l'on doit aussi Forever Young, ne l'oublions jamais) et qui ne fait absolument pas allusion à la culture sumo, tout roulerait donc du moment qu'on est un tant soit peu connu, gros, grand ; bref célèbre au Japon. Tant il est vrai par ailleurs que la dévotion du fan japonais ne souffre de modération d'aucune sorte, ni même de début de quart de demi-mesure : quand le Japonais aime, il s'en planterait volontiers un couteau à beurre dans la cage à tripoux. De là à dire qu'être « big in Japan » cela fait tout, il y a loin. Et ce loin c'est Tahiti 80. D'où vient qu'un groupe qui semble toujours jouer une musique à écouter pieds nus et le t-shirt trop serré sous le soleil couchant de Californie ou de quelques îles au taux d'ensoleillement plus élevé que la moyenne (au hasard Tahiti) ait autant de succès au pays du Soleil Levant ? Et ce depuis le début des années 2000, date du coup de foudre. Sans doute une

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Frank

ECRANS | De Lenny Abrahmson (Irl, 1h35) avec Michael Fassbender, Domhnall Gleeson, Maggie Gyllenhaal…

Christophe Chabert | Mardi 3 février 2015

Frank

Quelque part en Irlande, Jon, un jeune musicien, rêve de rock et de gloire, mais végète chez ses parents. Le hasard le met sur la route d’un groupe avant-gardiste dont le claviériste vient de devenir fou ; Jon le remplace au pied levé et découvre, médusé, que le chanteur ne se montre qu’avec une énorme tête en carton-pâte sur scène… mais aussi en privé ! Frank est-il un génie torturé ou un as du buzz post-Daft punk ? Et, par conséquent, Frank-le film est-il une comédie sarcastique ou un hommage à ces doux dingues qui ont construit la légende du rock’n’roll ? Difficile de trancher au départ, tant Abrahamson brouille les pistes, fidèle à un certain esprit de la comédie british qui force le trait de la caricature tout en l’adoucissant d’un sirop émotionnel qu’on sent souvent sincère. Mais il n’arrive jamais à résoudre cette contradiction de base : peut-on faire un film aussi calibré et normé sur des personnages à ce point en dehors des clous, refusant à tout prix de vendre leur âme au "music business" ? Frank pose par ailleurs une autre question, fondamentale pour quiconque s’intéresse à un si grand acteur : Michael Fassbender est-il magnétique de

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Les Nouveaux sauvages

ECRANS | De Damián Szifron (Arg-Esp, 2h02) avec Ricardo Darin, Oscar Martinez…

Christophe Chabert | Mardi 13 janvier 2015

Les Nouveaux sauvages

Prenant au pied de la lettre l’adage qui veut qu’un Argentin, c’est un Italien qui parle espagnol, Les Nouveaux sauvages se veut hommage aux comédies italiennes à sketchs façon Les Monstres. Mais Damian Szifron, qui vient de la télévision (et ça se sent), en offre en fait une caricature où le mélange d’empathie, de critique sociale et de mélancolie des Risi, Scola, Gassman et Tognazzi serait remplacé par une misanthropie ricanante face à un monde contemporain où violence, frustration et aigreur sont devenues des sentiments ordinaires. Passé le prologue, plutôt amusant, le film s’enfonce dans une laideur morale et un regard complaisant qui, au passage, ne gomme pas les réelles inspirations de Szifron, à la limite du plagiat : de Duel à Chute libre, chaque sketch semble piquer des idées à d’autres films pour les passer à la moulinette d’une réalisation clipesque qui renvoie aux formats courts façon Canal +. L’ultime segment où une femme fait payer, le jour de son mariage, ses infidélités à son époux volage, en dit long sur la vision conservatrice du cinéaste, qui pense mettre à mal les valeurs familiales mais ne fait que louer une beaufe

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Awards 2014 expo

ARTS | L'award de l'expo la plus geek : À quoi tu joues ? Depuis juin dernier, la Casemate (le centre de culture scientifique grenoblois) s'est transformée en (...)

Charline Corubolo | Mardi 23 décembre 2014

Awards 2014 expo

L'award de l'expo la plus geek : À quoi tu joues ? Depuis juin dernier, la Casemate (le centre de culture scientifique grenoblois) s'est transformée en temple du jeu vidéo dans lequel néons lumineux et manettes revisitées ouvrent une faille spatio-temporelle au cœur de la technologie. Cette « expo-à-jouer » dévoile des moteurs de recherche ultra high-tech comme le minitel, des jeux très XXIe siècle comme le Pac Man pédalo, et plein d'autres surprises. Sans conteste la meilleure manifestation sur la culture geek à Grenoble cette année, qui se prolonge jusqu'au 26 juillet, juste avant l'arrivée de Marty et Doc. L'award de l'expo contemporaine qui casse trois pattes à un canard : The Blackbird must be flying &

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A most violent year

ECRANS | J. C. Chandor explore à nouveau les flux du capitalisme américain en montrant l’ascension d’un "self-made-man" dans le New York violent et corrompu de 1981. Un thriller glacial, élégant et cérébral qui confirme son auteur comme la révélation américaine des années 2010. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 23 décembre 2014

A most violent year

La chute d’une banque et de ses employés lors de la crise financière de 2008 ; un marin solitaire en perdition sur l’océan ; un entrepreneur cherchant à faire fructifier son business malgré une violence omniprésente et la pression des juges et de ses concurrents. Quoi de commun entre Margin call, All is lost et A most violent year, les trois premiers films (en trois ans !) de J. C. Chandor ? Une affaire de flux et de cap, de tempêtes et d’éthique, de systèmes déréglés et d’humanité en péril. Abel Morales, le protagoniste de A most violent year, aime les lignes droites. On le découvre longeant les quais de New York pour son footing quotidien, dans un travelling latéral qui vaut résumé de son caractère – il ne cessera de le répéter : toute sa vie, il a suivi « le droit chemin ». Cet entrepreneur ambitieux, qui a fait de la distribution du pétrole son fonds de commerce, est sur le point de gravir un échelon en rachetant des ent

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Jeu d'images, jeu de regards

ARTS | Questionner l’image et la scénographie, c'est ce que proposent les expositions "The blackbird must be flying" et "Project Room" actuellement au Centre d'art Bastille. Jouant sur la répétition et la modification de l'espace, trois artistes offrent un mélange plastique pertinent et contemplatif, comme autant de façons de percevoir les choses. Charline Corubolo

Charline Corubolo | Mardi 28 octobre 2014

Jeu d'images, jeu de regards

Trois artistes pour deux expositions, c'est le programme actuellement dévoilé au Centre d’art Bastille. D’un côté, la proposition The Blackbird must be flying élaborée par l’Autrichien Nick Oberthaler et le Suisse Thomas Julier ; de l’autre Project Room mise en place par le Grenoblois Hugo Scibetta. Malgré le découpage de l'ensemble, les deux parties ne sont pas hermétiques et les projets interagissent pour donner deux expositions en une avec un espace de confrontation de l’image, selon plusieurs modes opératoires. Le binôme prend pour point de départ le poème Thirteen ways of looking at a blackbird de l'Américain Wallace Stevens, publié dans l’ouvrage Harmonium en 1923. Ils reprennent à leur compte cette idée de regarder un merle sous treize angles différents, en permutant l'oiseau par un élément commun à leur travail : la scénographie, ou l'art de mettre en espace une exposition. L'interrogation de l'image se fait donc par une mise en abyme habile, qui s'avère plus frontale avec Hugo Scibetta mais tout aussi pertinente. L'artiste cherche dans l'origine de la peinture les fondements de notre imagerie du XXIe siècle en l'assimilant aux

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« Notre moteur, c’est la danse »

MUSIQUES | Composé de deux frères passionnés de musique jamaïcaine, Selecta Lox et MC Flow, le Bassroom Sound fête mercredi prochain ses quinze ans d’existence. Une épopée au (...)

Damien Grimbert | Mardi 17 juin 2014

« Notre moteur, c’est la danse »

Composé de deux frères passionnés de musique jamaïcaine, Selecta Lox et MC Flow, le Bassroom Sound fête mercredi prochain ses quinze ans d’existence. Une épopée au long cours qui commence à la Villeneuve au milieu des années 90, et après quelques allers-retours à Londres et son fameux Carnaval de Notting Hill, se concrétise progressivement dans les lieux les plus divers : maisons de campagne, free-parties, squats, Festival Drugi Most en Bosnie, salles aujourd’hui disparues (L’Entrepôt, La Clinique) ou rebaptisées (L’Adaep, devenue l’Ampérage)... Années après années, des liens se nouent avec divers acteurs du mouvement (Stereo Earthquake, Yessaï Crew, Soul Stereo, Saï Saï Posse, Papet J. & DJ Kafra…), la collection de vinyles (aujourd’hui riche de plus de 3500 disques) s’étoffe, les dates se multiplient, et les aptitudes aux platines et au micro s’améliorent. De 2002 à 2010, le sound-system développe même une structure pour organiser des soirées, Monkey Bizness, qui s’impose rapidement en référence. Recentré sur le deejaying ces dernières années, mais ouvert à de nouvelles gammes stylistiques (la ragga-jungle, qui enrichit désormais leurs sets), Bassroom n’en

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The Two faces of January

ECRANS | D’Hossein Amini (EU-Ang-Fr, 1h37) avec Viggo Mortensen, Kirsten Dunst, Oscar Isaac…

Christophe Chabert | Mardi 17 juin 2014

The Two faces of January

Dans les années 60 en Grèce, un petit arnaqueur américain officie comme guide touristique et se rapproche d’un couple bien sous tous rapports, lui très riche, elle très belle. Sauf que le mari est en fait un escroc recherché, cachant à sa femme la réalité de ses activités et embringuant le guide dans un jeu dangereux. Tiré d’un roman de Patricia Highsmith, The Two faces of January prolonge le travail entrepris par feu-Anthony Minghella sur Le Talentueux Monsieur Ripley, à qui Hossein Amini, scénariste de Drive (ce qui est à la fois un bon et un mauvais présage, la valeur du film tenant surtout à la mise en scène de Winding Refn) reprend une évidente volonté de classicisme. De fait, The Two faces of January tente de retrouver l’atmosphère des polars exotiques à l’ancienne, mais ne dépasse pas dans sa mise en scène le niveau d’un joli catalogue d’images glacées et racées, lissant tout le trouble de l’intrigue et réduisant les personnages à des stéréotypes sans épaisseur. Cette aseptisation touche particulièrement le jeu d’ordinaire fiévreux de Mort

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States of Grace

ECRANS | De Destin Cretton (ÉU, 1h36) avec Brie Larson, John Gallagher Jr…

Christophe Chabert | Mardi 22 avril 2014

States of Grace

Prototype du cinéma calibré Sundance, States of Grace additionne sujet sensible, outsiders névrosés et attachants, sentimentalisme en sourdine et forme lo-fi. La galerie de personnages qui habitent ce foyer pour adolescents à problème en Californie fournit donc une ronde scénaristique au centre de laquelle trône Grace, qui tente de soigner leurs fêlures tout en dépassant la sienne, encore à vif. Ce manque d’enjeux dramaturgiques est la limite de States of Grace, qui n’est pas déshonorant mais dans lequel on peine à percevoir un regard de cinéaste vraiment neuf et original. Destin Cretton sait écrire et filmer, comme le prouvent les deux séquences en miroir qui ouvrent et ferment le récit, mais il se laisse parfois aller à de grosses ficelles mélodramatiques qui viennent alourdir un propos déjà chargé. Étrangement, plus le film se veut bouleversant, plus il paraît artificiel et anodin, et c’est au contraire quand Cretton s’en tient à la petite musique d’un quotidien fragile qu’il est le plus touchant. Christophe Chabert

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Culture sound-system

MUSIQUES | Souvent moins connus du grand public que les groupes de reggae locaux, les sound-systems reggae, dancehall et dub n’en restent pas moins les principaux propagateurs de musique jamaïcaine dans les soirées grenobloises. État des lieux. Damien Grimbert

Damien Grimbert | Mardi 4 février 2014

Culture sound-system

Part intégrante de la culture jamaïcaine apparue dès les années 50, les sound-systems sont à l’origine des sortes de "discothèques ambulantes" destinées à diffuser la musique dans les quartiers défavorisés. Réunissant autour du matériel de sonorisation une petite équipe répartie dans différents rôles (le "selector" qui joue les disques, le "deejay" qui chante et "toast" sur les morceaux, le "MC" qui ambiance la soirée et l’"operator" qui travaille le son), les sound-systems se sont progressivement développés dans le monde entier et étendus à d’autres styles musicaux. Une culture très spécifique qui fait son apparition à Grenoble dès 1993 avec Stereo Earthquake, rejoint quelques années plus tard par Yessaï Crew, puis une flopée d’autres sounds : Bassroom, CLX, Ghetto Vibes, Iternal… Si le contexte différent nécessite forcément quelques adaptations, reste néanmoins pour les sounds grenoblois la volonté de proposer une expérience aussi fidèle que possible à la formule jamaïcaine, ainsi qu’une sélection musicale extrêmement affutée et érudite, enrichie de quelques "dubplates" (morceaux exclusifs) à l’occasion… Tour d’horizon

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L’enfance de l’art

SCENES | Quand on se rend à un spectacle d’Oscar Gómez Mata, on ne sait jamais vraiment ce que l’on va découvrir. « Mes pièces sont difficiles à expliquer, il faut les (...)

Aurélien Martinez | Vendredi 22 novembre 2013

L’enfance de l’art

Quand on se rend à un spectacle d’Oscar Gómez Mata, on ne sait jamais vraiment ce que l’on va découvrir. « Mes pièces sont difficiles à expliquer, il faut les vivre. » L’ovni scénique Kaïros inspiré de la physique quantique (en 2009) ; l’inégal mais passionnant Suis à la messe, reviens de suite (en 2012) : l’Hexagone de Meylan a souvent accueilli l’artiste espagnol installé en Suisse. Cette fois-ci, c’est une nouvelle facette de son art qu’il présente, moins barrée, notre homme s’étant confronté à la fable cruelle de Robert-Louis Stevenson La Maison d’antan. Mais ce n’est pas tant le récit en lui-même, réglé au centre du spectacle par les comédiens de la compagnie, qui l’a intéressé, mais la puissance évocatrice de ce récit sur l’enfance et la transmission – un gosse rêve de libérer ses concitoyens de leurs chaînes, mais échouera tragiquement. Et quoi de mieux pour évoquer ce sujet que de travailler directement avec d

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Inside Llewyn Davis

ECRANS | Nouvelle merveille des frères Coen, l’odyssée d’un chanteur folk raté des années 60 qui effectue une révolution sur lui-même à défaut de participer à celle de son courant musical. Triste, drôle, immense… Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 30 octobre 2013

Inside Llewyn Davis

Les dernières répliques de Burn after reading valent définitivement comme maxime du cinéma des frères Coen. Llewyn Davis, leur dernier anti-héros, n’échappe pas à cette loi : au terme d’un cycle narratif étourdissant, il n’a rien appris, sinon qu’il ne le refera pas – mais cet éternel retour laisse entendre qu’en fait si, il se fourvoiera dans la même impasse sombre… Llewyn Davis n’est pas un mauvais chanteur folk : les Coen le prouvent en le laissant interpréter en ouverture un de ses morceaux dans son intégralité, et c’est effectivement très beau. Mais le talent ne garantit pas le succès et Llewin collectionne surtout les déconvenues. Ses disques ne se vendent pas, son manager le fait tourner en bourrique – scène admirablement écrite où la surdité du vieux grigou devient paravent à sa pingrerie – il met enceinte la copine d’un autre chanteur, qui lui répète en boucle son statut de loser. Et il n’est même pas foutu de veiller sur le chat de ses hôtes, fil rouge d’un premier acte d’une éton

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Room 514

ECRANS | De Sharon Bar-Ziv (Israël, 1h34) avec Asia Naifield, Ohad Hall…

Christophe Chabert | Mardi 1 octobre 2013

Room 514

Étouffant au-delà du raisonnable, Room 514 l’est à au moins deux titres : d’abord par son sujet, où une enquêtrice de l’armée israélienne tente de confondre un officier gradé qui aurait fait subir des violences gratuites à un Palestinien. Le film ne sort presque jamais de la salle d’interrogatoire, sinon pour quelques trajets en bus, et ne dévie de l’enquête que pour accéder à l’intimité de l’héroïne, en l’occurrence une relation essentiellement physique avec un autre soldat. Cela ne suffit pas à donner du corps à ce dilemme moral qui n’a d’original que sa localisation géopolitique. Mais l’étouffement, c’est surtout celui que procure une mise en scène monolithique, qui ne connaît que le plan séquence, serré qui plus est. Ce mélange de claustrophobie et de temps réel est assez insupportable à l’écran, et culmine lors d’une scène de cul d’un ennui absolu, où la caméra semble secouée au rythme du coït et des râles des amants. N’y a-t-il pas mieux à montrer aujourd’hui en matière de cinéma israélien ? Christophe Chabert

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Room 237

ECRANS | De Rodney Ascher (ÉU, 1h42) documentaire

Christophe Chabert | Samedi 15 juin 2013

Room 237

Peu de cinéastes ont suscité autant d’exégèses que Stanley Kubrick, et Shining est, avec 2001, son plus grand remue-méninges. Ce documentaire part donc à la rencontre d’une poignée de mordus ayant disséqué le film jusqu’à son moindre photogramme, traquant faux raccords et indices pour en donner des interprétations parfois attendues – le génocide indien – parfois audacieuses – la shoah – parfois parfaitement farfelues – le type qui y voit des images subliminales partout. Amusant au début, lassant à la longue, notamment à cause du choix d’Ascher d’illustrer ces théories par des images tirées non seulement de Shining et d’autres films de Kubrick, mais aussi d’une pléiade de classiques détournés façon La Classe américaine, Room 237 pose surtout question au cinéphile averti. Les intervenants s’appuient à de nombreuses reprises sur des scènes de la version américaine, plus longue, que Kubrick avait ensuite coupées pour le reste du monde, les jugeant «trop explicatives». En voyant le délire dans lequel certains s’enferment, on aurait tendance, une fois de plus, à lui donner raison. Christophe Chabert

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De la nécessité de rire

SCENES | Le monde peut être vu sous divers angles. Le metteur en scène Oscar Gómez Mata le regarde lui à sa façon : décalée. Et compose alors des spectacles totalement barrés bien que reposant sur des bases théoriques solides. La preuve cette semaine avec le déroutant et loufoque "Suis à la messe, reviens de suite", qui s’intéresse ni plus ni moins qu’à la métaphysique. Rencontre. Propos recueillis par Aurélien Martinez

Aurélien Martinez | Lundi 17 décembre 2012

De la nécessité de rire

C’est un fait : la fin du monde aura lieu pour certains en pleine représentation d’un spectacle d’Oscar Gómez Mata. Ce qui semble beaucoup plus naturel que de la subir devant, par exemple, un vaudeville tout rance. Car le théâtre du metteur en scène espagnol (installé en Suisse depuis une quinzaine d’années) flirte avec l’absurde et le burlesque, tout en se basant constamment sur des fondements théoriques forts. On se souvient ainsi de son Kaïros, présenté lors de l’édition 2009 des Rencontres-i, le festival arts-sciences de l’Hexagone de Meylan : un véritable ovni scénique inspiré de la physique quantique. Suis à la messe, reviens de suite suit la même logique : derrière une création a priori complètement barrée, convoquant un présentateur télé, un musicien bien inspiré ou encore un buisson prénommé Belinda, se cache une réflexion déroutante. « La notion de catastrophe présente dans la pièce trouve écho avec cette idée de fin du monde. C’est une pièce animiste, qui pose une thèse comme quoi les objets et tout ce qu’il y a autour d

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L’opium des spectateurs

SCENES | Oscar Gómez Mata est un metteur en scène qui élabore des spectacles a priori déjantés, surréalistes et foutraques, mais qui s’avèrent habilement construits quand on (...)

Aurélien Martinez | Mercredi 5 septembre 2012

L’opium des spectateurs

Oscar Gómez Mata est un metteur en scène qui élabore des spectacles a priori déjantés, surréalistes et foutraques, mais qui s’avèrent habilement construits quand on les regarde de plus près. On avait ainsi pu le découvrir il y a trois ans pendant la biennale arts-sciences Les Rencontres-i, avec Kaïros, ovni scénique inspiré de la physique quantique. On le retrouvera à l’Hexagone avec une création sobrement baptisée Suis à la messe, reviens de suite. Où il sera, nous dit-on, question de l’âme des humains comme des objets, et de métaphysique. « Soyons animistes, croyons en l’âme, devenons animistes de la réalité. » D’accord ! Suis à la messe, reviens de suite, jeudi 20 et vendredi 21 décembre, à l’Hexagone (Meylan)

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À côté de la plage

SCENES | Festival d'Avignon (1) /Séverine Chavrier et Oscar Gómez Mata

Aurélien Martinez | Mercredi 11 juillet 2012

À côté de la plage

Et c’est parti pour le marathon Avignon, qui a commencé pour nous ce mardi 10 juillet à 18h avec le spectacle Plage ultime de Séverine Chavrier, que l’on verra la saison prochaine à la MC2 de Grenoble et au Théâtre de la Renaissance d’Oullins (près de Lyon). Séverine Chavrier ? Celle qui fut artiste associée au 104 (Paris) a notamment beaucoup bossé avec François Verret, en tant qu’interprète. Ce qui transpire sur le plateau, dans cette façon de concevoir des images évocatrices en jouant avec tous les aspects qu’offre la scénographie assez  impressionnante. Pourquoi pas, même si sur la durée, ça peut lasser. Mais le problème principal de cette création, annoncée comme durant plus de 2h30, pour être finalement ramenée à 1h30, c’est qu’on ne sait jamais où elle veut nous emmener (il y a un gros problème de rythme), malgré un discours on ne peut plus balisé. Severine Chavrier a choisi comme source d’inspiration l’œuvre de JG. Ballard, célèbre auteur de science-fiction anglais. Pour dire quoi ? Que notre société est pourrie de l’int

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Des abeilles et des hommes

SCENES | L’acte 1 de la biennale arts-sciences-entreprises, qui s’intéresse cette année aux abeilles, débute dès le 21 mars, avec la présentation de "Kaïros", spectacle totalement déjanté d’Oscar Gomez Mata. AM

François Cau | Jeudi 8 janvier 2009

Des abeilles et des hommes

La 5e édition des Rencontres-i, biennale conjuguant arts et sciences, se déroulera en octobre prochain. Cette manifestation a vu le jour en 2003, à l’initiative de l’Hexagone de Meylan, dans le but de tisser des liens entre les chercheurs de la région et les artistes. Mais inutile d’attendre l’automne pour commencer à réfléchir, c’est dès le 21 mars, jour du printemps, que les hostilités commencent. En tant qu’artiste associé, Olivier Darné, plasticien et éleveur d’abeilles urbaines, donnera le ton de cette édition placée sous le signe de l’essaimage. Onze ruches seront disséminées un peu partout dans l’agglo (près des anciennes usines Cémoi, à l’intérieur du lycée Stendhal, devant l’Hexagone avec la banque du miel…), chacune d’entres elles étant associée à une structure culturelle, un artiste, un scientifique... « Là où l’homme exploite et tire profit en zones de grandes cultures, les abeilles meurent » s’inquiète Olivier Darné. « Comment les épargner ? Comment nous épargner ? Peut-être en essaimant. Essayons-le. Essaimons-nous. » Car comme le prophétisait déjà Einstein en son temps, « si l’abeille venait à disparaître, l’homme n’aurait plus que quelques année

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