Brooklyn

ECRANS | de John Crowley & Paul Tsan (Irl./G.-B./Can., 1h53) avec Saoirse Ronan, Domhnall Gleeson, Emory Cohen…

Vincent Raymond | Mardi 8 mars 2016

Avec Une éducation, on avait découvert que le cœur de l'auteur britannique Nick Hornby était plus vaste qu'un stade de foot, et que son âme vibrait à d'autres musiques que sa playlist de 33t rock. Brooklyn, dont il est à nouveau scénariste, enfonce le clou puisqu'il y raconte à nouveau le parcours semé d'embûches d'une jeune femme s'affranchissant de toutes les tutelles (parentale, religieuse, culturelle…) pour s'accomplir, quitte à faire le deuil d'une partie de son identité.

Portrait de femme moderne (dans l'acception du XXe siècle, mais qui pourrait revenir à la mode eu égard au conservatisme ambiant), d'une migrante qui plus est (sujet brûlant d'actualité), Brooklyn ne s'écarte pas du classicisme attendu. Saoirse Ronan n'est pas à blâmer : elle s'en tient aux limites de son personnage et de ce film plus anecdotique que définitif. Quant à Hornby, espérons pour lui qu'il s'ouvre à d'autres schémas…

VR


Brooklyn

De John Crowley, Paul Tsan (Irl-Angl, 1h53) avec Saoirse Ronan, Domhnall Gleeson...

De John Crowley, Paul Tsan (Irl-Angl, 1h53) avec Saoirse Ronan, Domhnall Gleeson...

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Dans les années 50, attirée par la promesse d'un avenir meilleur, la jeune Eilis Lacey quitte son Irlande natale et sa famille pour tenter sa chance de l'autre côté de l'Atlantique. À New York, sa rencontre avec un jeune homme lui fait vite oublier le mal du pays... Mais lorsque son passé vient troubler son nouveau bonheur, Eilis se retrouve écartelée entre deux pays... et entre deux hommes.


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"Brooklyn Secret" : Mari à tout prix ?

ECRANS | D'Isabel Sandoval (É.-U. et Phi., 1h29) avec Isabel Sandoval, Eamon Farren, Ivory Aquino...

Vincent Raymond | Mardi 23 juin 2020

Aide-ménagère d’origine philippine, Olivia s’occupe d’Olga, grand-mère juive de Brooklyn dont le petit-fils prodigue Alex vient de rentrer au bercail. Espérant obtenir des papiers définitifs en épousant un Étasunien contre rémunération, Olivia a un secret : elle est née homme… Présenté lors du dernier festival Écrans Mixtes, ce nouveau film d’Isabel Sandoval tresse plusieurs fils avec une délicatesse rare : chacun des brins pris à part a beau nous être familier (pour avoir figuré dans la trame d’œuvres précédentes), leur agencement compose ici un motif des plus harmonieux, où cohabitent, sans qu’aucun jamais ne recouvre l’autre, plusieurs discours comme autant de voix témoignant de conditions particulières. La situation d’Olivia, dans l’espoir d’une régularisation, fait ainsi écho à celle de la génération d’Olga et de la communauté juive de Brighton Beach. Un temps, on croirait voir une mise en images de la chanson de Mort Shuman, Brooklyn by the Sea. Bruit de fond nourrissant l’inquiétude ambiante, des fragments de discours de Trump contextualisent

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"Marie Stuart, Reine d'Écosse" : reines à l’arène

ECRANS | de Josie Rourke (ÉU-GB, 2h04) avec Saoirse Ronan, Margot Robbie, Jack Lowden…

Vincent Raymond | Mardi 26 février 2019

Son récent veuvage renvoie la jeune reine de France Marie Stuart dans son Écosse natale, où son trône est convoité par sa parente Elizabeth Ière d’Angleterre, laquelle se verrait bien doublement couronnée. Marie lui fait part de ses vues sur Albion. Diplomatie, trahisons et guerre à l’horizon… La Favorite de Yórgos Lánthimos vient récemment de prouver qu’il était possible d’être fidèle à l’esprit d’une époque en adoptant une esthétique décalée et volontairement anachronique. Sur un sujet voisin (grandeurs et misères des monarques britanniques), Marie Stuart offre a contrario l’exemple d’un dévoiement calamiteux de l’Histoire à la limite du révisionnisme, gâchant un bon sujet par des intentions politiquement correctes nuisant à la véracité et à l’authenticité factuelles d’un film semblant, en apparence, soigner le moindre détail au nom de son idée du "réalisme". Ce n’est pas tant la lecture "féministe" – le terme est, là encore, anachronique – dans la gouvernanc

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"Lady Bird" : au nid soit qui mal y pense

ECRANS | de Greta Gerwig (ÉU, 1h34) avec Saoirse Ronan, Laurie Metcalf, Tracy Letts…

Vincent Raymond | Lundi 26 février 2018

Exigeant d’être appelée Lady Bird par son entourage, Christine ambitionne d’étudier à New York. Pour l’heure lycéenne à Sacramento, elle cache ses origines modestes, tendant à se rapprocher de ses condisciples plus populaires et plus huppées. Quitte à trahir ses amis… ou elle-même. Chronique du tournant du siècle, ce portrait d’une ado aspirant à une vie intellectuellement exaltante, hors d’un ordinaire familial qu’elle toise d’un regard systématiquement dépréciatif, s’inspire du passé de la réalisatrice. Quinze ans après les faits, Greta Gerwig les revisite en effet dans la position de celle qui a franchi les obstacles, figurant aujourd’hui parmi une certaine élite branchée du cinéma. Dans la bande de Noah Baumbach (il partage sa vie) et Wes Anderson (elle partage son producteur), frayant quand ça lui chante avec les studios, la comédienne fait ici ses débuts solo de cinéaste. Qui croirait qu’elle a gravité dans une mouvance alternative au vu du résultat ? Film indé formaté, avec personnage d’ado de province rebelle, ultra mature mais naïf (ça plaît à NY, LA ou en Europe), enjeu social et premières amours décevantes, cet auto-biopic s’inscri

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"Brooklyn Village" : vintage mon désamour

ECRANS | de Ira Sachs (E.-U., 1h25) avec Theo Taplitz, Michael Barbieri, Greg Kinnear…

Vincent Raymond | Mardi 20 septembre 2016

La mode est au vintage, et l'Américain Ira Sachs y succombe à sa façon avec ce simulacre de film indépendant tel qu’on les faisait dans les années quatre-vingt-dix – avec une économie de moyen, une caméra 16mm et une poignée de trentenaires. Sauf qu’ici, ce sont des quinquas, et des ados, lesquels font la tête à leur parents parce que ceux-ci se chamaillent pour de méchantes histoires de sous. Un sujet minimal à périmètre familial, des lumières douces filtrées par le rideau, le son de la rue à peine étouffé… pourquoi pas ? Le souci, c’est que cela complaît dans une prévisibilité et une désuétude assommantes. Hésitant à se faire le descendant de Woody Allen pour les séquences avec les adultes, le Gregg Araki ou le Gus Van Sant timoré pour les scènes entre les adolescents, Ira Sachs ne se retrouve finalement nulle part. Bien sûr, Greg Kinnear joue les Droopy avec beaucoup de conviction (il n’a que peu de mérite : sa paupière tombante lui est d’un précieux concours), mais cela ne suffit pas à justifier un Grand Prix à Deauville. Car après tout, ce court-métrage délayé ayant pour titre original Little Men se devrait d’être centré sur les gamins ;

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"The Revenant" : Iñárritu et DiCaprio ont vu l'ourse

ECRANS | Délaissant comme Tarantino les déserts arides au profit des immensités glacées, Alejandro González Iñárritu poursuit sa résurrection cinématographique avec un ample western épique dans la digne lignée d’Arthur Penn et de Sydney Pollack. Un "survival" immersif et haletant mené par des comédiens au poil, dont le potentiellement oscarisé DiCaprio. Vincent Raymond

Vincent Raymond | Mardi 23 février 2016

Aux États-Unis, on excelle dans la culture de l’art du paradoxe. Le pays suit avec un mixte de répulsion et de plaisir la campagne pour l’investiture républicaine menée par Donald Trump, populiste démagogue, ouvertement xénophobe, avide de succéder au premier chef d’État noir de son Histoire ; au même moment, la société s’émeut de voir les membres de l’Académie des Oscars (présidée par l’Afro-Américaine Cheryl Boone Isaacs) s’entre-déchirer à qui mieux-mieux au sujet du manque de représentativité des minorités visibles parmi les candidats à la statuette. Au Texas et en Californie, une muraille-citadelle gardée a été érigée ces dernière années pour préserver le territoire de toute intrusion ; tandis qu’à Hollywood le cinéma sort de l’impasse en empruntant une diagonale mexicaine. Issus de familles de classe moyenne ou supérieure, Guillermo del Toro, Alfonso Cuarón ou Alejandro González Iñárritu n’ont pas fui de misérables villages (tels que fantasmés par les conservateurs hostiles aux mouvements migratoires) pour profiter des avantages supposés du systè

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Brooklyn

ECRANS | De Pascal Tessaud (Fr., 1h26) avec KT Gorique, Rafal Uchiwa, Jalil Naciri, Liliane Rovère…

Vincent Raymond | Mardi 22 septembre 2015

Brooklyn

Coralie, alias Brooklyn, quitte la Suisse pour Saint-Denis où elle aspire à une carrière de rappeuse. Embauchée comme cantinière dans une association, elle se rapproche d’Issa, vedette en devenir aux dents longues et au flow court… Pascal Tessaud transpose l’inusable trame « jeune-qui-n’en-veut trompée par un beau gosse fourbe et bien moins talentueux qu’elle » dans un décor urbain très contemporain. Privilégiant les très gros plans, traquant la vérité derrière le prétexte de son film, le réalisateur balance, entre deux séquences de live, quelques scuds à destination des socio-cu’ ayant trouvé dans la banlieue un gentil fromage à parasiter. Tonique et digne de l’hommage rendu au générique au cinéaste Paul Carpita, l’insoumis.

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Ex-Machina

ECRANS | Pour son premier film derrière la caméra, Alex Garland, ex-scénariste de Danny Boyle, s’aventure dans la SF autour du thème de l’intelligence artificielle, dont il livre une variation qui peine à trouver sa forme, entre didactisme dialogué et sidération visuelle. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 2 juin 2015

Ex-Machina

Imitation game a popularisé la figure d’Alan Turing auprès du grand public ; sans le succès du film, il est peu probable que les spectateurs comprennent spontanément à quoi Alex Garland fait référence dans Ex-Machina. On y voit un informaticien remporter, lors d’un prologue expéditif, une sorte de loterie interne à son entreprise pour aller passer un séjour auprès de son patron dans sa somptueuse villa isolée du reste du monde. Assez vite, il se rend compte que loin d’être des vacances, il s’agit encore et toujours de travail – n’y voyez pas là une quelconque critique sociale, nous sommes dans le futur. En l’occurrence, faire passer un test de Turing à une androïde sexy dotée d’une intelligence artificielle, histoire de voir si celle-ci prend conscience de son caractère robotique ou si elle persiste à se considérer comme humaine – auquel cas, le test est réussi. Ex-Machina devient alors un long développement autour de la scène inaugurale de Blade runner, le réplicant moustachu étant remplacé par une bimbo diaphane au corps inachevé, laissant

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Lost River

ECRANS | Après un petit tour en salle de montage, le premier long de Ryan Gosling arrive en salles dans une version sensiblement plus digeste que celle vue à Cannes. Et s’avère un objet singulier, dont la poésie noire se distille au gré de ses fulgurances visuelles. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 7 avril 2015

Lost River

À Cannes, ce premier long métrage de Ryan Gosling nous était tombé des yeux. Le hiatus entre une narration bordélique et l’envie flagrante de copier ses modèles tel un étudiant d’art passant sa journée au Louvre donnait à Lost River une dimension à la fois prétentieuse et vaine. À peine pouvait-on décerner à son chef opérateur, le brillant Benoît Debie, un satisfecit pour avoir créé une matière visuelle parfois fulgurante. Probablement refroidi par l’accueil glacial réservé au film, Gosling est donc retourné en salle de montage pour mettre un peu d’ordre dans ce foutoir et enlever dix-sept minutes qui ne manquent pas, loin de là, à la version définitive. On cerne donc enfin son propos qui, à défaut d’être particulièrement novateur, a maintenant le mérite de la clarté : un adolescent, Bones (référence sans doute au bouquin de Russell Banks), traîne dans les ruines industrielles de Détroit à la recherche de tuyaux en cuivre qu’il revend pour se faire un peu d’argent de poche. Sa mère (la rousse Christina Hendricks, échappée de Mad Men) se voit proposer par un patron de club lubrique de devenir danseuse dans un cabaret macabre et gore – l’occas

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Frank

ECRANS | De Lenny Abrahmson (Irl, 1h35) avec Michael Fassbender, Domhnall Gleeson, Maggie Gyllenhaal…

Christophe Chabert | Mardi 3 février 2015

Frank

Quelque part en Irlande, Jon, un jeune musicien, rêve de rock et de gloire, mais végète chez ses parents. Le hasard le met sur la route d’un groupe avant-gardiste dont le claviériste vient de devenir fou ; Jon le remplace au pied levé et découvre, médusé, que le chanteur ne se montre qu’avec une énorme tête en carton-pâte sur scène… mais aussi en privé ! Frank est-il un génie torturé ou un as du buzz post-Daft punk ? Et, par conséquent, Frank-le film est-il une comédie sarcastique ou un hommage à ces doux dingues qui ont construit la légende du rock’n’roll ? Difficile de trancher au départ, tant Abrahamson brouille les pistes, fidèle à un certain esprit de la comédie british qui force le trait de la caricature tout en l’adoucissant d’un sirop émotionnel qu’on sent souvent sincère. Mais il n’arrive jamais à résoudre cette contradiction de base : peut-on faire un film aussi calibré et normé sur des personnages à ce point en dehors des clous, refusant à tout prix de vendre leur âme au "music business" ? Frank pose par ailleurs une autre question, fondamentale pour quiconque s’intéresse à un si grand acteur : Michael Fassbender est-il magnétique de

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How I live now

ECRANS | L’éducation sentimentale d’une jeune Américaine névrosée chez ses cousins anglais en pleine troisième guerre mondiale : Kevin MacDonald mixe SF réaliste et romantisme sans jamais dégager de point de vue cinématographique sur ce qu’il raconte. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Jeudi 13 mars 2014

How I live now

Quand l’Américaine Daisy débarque chez ses cousins anglais, c’est d’abord le choc des cultures : d’un côté, une post-ado grunge névrosée — elle entend des voix et souffre d’anorexie — de l’autre, une famille rurale dont la mère, inexplicablement, s’affaire à des questions de politique internationale. Il faut dire que la troisième guerre mondiale menace et que le péril nucléaire plane au-dessus de Londres — Paris, on l’apprend dans un flash télé, a déjà été réduite en cendres. Alors que Daisy s’amourache du solide Eddy et qu’ils folâtrent entre cousins au bord d’une rivière bucolique, le souffle d’une explosion et une pluie de cendres signalent que le conflit a commencé, et que l’heure n’est plus à la rigolade. Ça s’appelle une rupture de ton, et c’est tout le pari d’How I live now : passer presque sans transition du récit d’apprentissage à la SF réaliste, de la romance teen au survival post-apocalyptique. Comment Kevin MacDonald, documentariste brillant (voir son récent Marley) mais cinéaste de fiction balourd (Le Dernier roi d’Écosse,

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Hanna

ECRANS | De Joe Wright (GB/All/EU, 1h57) avec Saoirse Ronan, Eric Bana…

François Cau | Jeudi 30 juin 2011

Hanna

Après une introduction relativement originale, voyant une ado entraînée avec une radicale obstination par son paternel en vu d’une obscure mission, plus il abat ses cartes, et plus cet improbable thriller devient limite gênant, pour devenir franchement grotesque lors de sa grande révélation finale. Pour relever l’intérêt, encore eut-il fallu un réalisateur un minimum investi par son sujet ou doué d’un talent certain ; mais avec aux commandes Joe Wright, réalisateur du pompeux Reviens-moi, il ne fallait pas s’attendre à grand-chose, et c’est effectivement ce que l’on obtient : un film dont le plus grand exploit est d’être arrivé à faire mal jouer Cate Blanchett. FC

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