Good Luck Algeria

ECRANS | de Farid Bentoumi (Fr., 1h30) avec Sami Bouajila, Franck Gastambide, Chiara Mastroianni…

Vincent Raymond | Mardi 29 mars 2016

Aux origines, une belle histoire… qui donne naissance à un film joliment ourlé. Pas si fréquent sous nos latitudes, alors que Hollywood est coutumier de ces contes exaltant le dépassement de soi, forgés à partir d'un exploit individuel accompli dans un cadre absurde. Comparable au mémorable Rasta Rocket (1994) et voisin de Eddie the Eagle (narrant le parcours du premier sauteur à ski olympique britannique, en avril sur les écrans), Good Luck Algeria s'inspire donc des rocambolesques péripéties du frère du réalisateur, un Rhônalpin désireux de concourir pour les JO et "promené" par les responsables de la fédération algérienne de ski, moins intéressés par l'athlète que par l'aubaine d'une subvention à détourner – des notables ici moqués avec causticité.

À partir de l'anecdote familiale, Farid Bentoumi tisse un scénario plus complexe où le résultat devient annexe, le défi seul étant prétexte à une redécouverte par le héros, Sam, de ses origines doubles ainsi qu'à une mise à plat des rapports entre lui, son père et ses oncles restés au bled. Si, pour la course, Sam affiche son attachement au drapeau paternel (ses racines retrouvées), il ne renonce pas pour autant à son pays maternel, où il a bâti sa vie : son engagement lui fait même prendre conscience de sa richesse, sa fierté d'être un trait d'union vivant entre deux cultures, deux nations. Que risquent, alors, les adversaires de la binationalité à voir ce film ? De réviser leur position.

VR


Good luck Algeria

De Farid Bentoumi (Fr, 1h28) avec Sami Bouajila, Chiara Mastroianni...

De Farid Bentoumi (Fr, 1h28) avec Sami Bouajila, Chiara Mastroianni...

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Sam et Stéphane, deux amis d'enfance, conçoivent avec passion des skis haut de gamme. Soumise à une rude concurrence, leur entreprise est en péril. Pour la sauver, ils se lancent dans un pari fou : qualifier Sam aux Jeux Olympiques d'hiver sous la bannière du pays d’origine de son père, l'Algérie.


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Stracho Temelkovski : « Je suis allé vers des influences plus urbaines »

ACTUS | Musique. Après le bon accueil de son premier album, le musicien grenoblois va remonter sur scène lors de la première soirée du festival Magic Bus, aux côtés du Student Groove Orchestra, le 17 juin. Un rendez-vous qu’il anticipe avec beaucoup de plaisir, comme il nous l’a expliqué il y a quelques jours.

Martin de Kerimel | Lundi 14 juin 2021

Stracho Temelkovski : « Je suis allé vers des influences plus urbaines »

Tu vas participer à la première soirée du festival Magic Bus. On imagine que ce sera avec joie… Oui, je suis content. Grenoblois, c’est vrai que j’ai plutôt eu tendance à voyager loin de ma terre natale. Revenir y jouer me fait vraiment plaisir. Habituellement, je tourne un peu dans les réseaux musiques du monde et jazz et, cette fois, on est un peu dans un dispositif de musiques actuelles. Pour ce concert qui m’associe avec le Student Groove Orchestra (SGO), on va bien sûr retrouver mon identité musicale, mais ce sera aussi un moment particulier avec cet ensemble plein de jeunesse et de talent. Jouer comme ça, avec un gros son et en extérieur, ça a quelque chose d’assez excitant ! On dit que ta musique n’a pas de frontières. Cela te paraît juste ? Absolument. Je le revendique ! Tu parles de tes origines macédoniennes. Il y a de cela aussi, dans tes compos ? Oui : un côté viscéral et rythmique, ainsi qu’une manière d’improviser, mais je ne retiens pas l’aspect traditionnel de la musique macédonienne. Je ne suis pas porte-drapeau et me méfie des récupérations. Je suis heureux d’êt

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Détours de Babel 2021 : un festival, plusieurs possibilités

MUSIQUES | Annulé l’année dernière pour cause de Covid, le festival de musiques du monde revient pour une nouvelle édition toute particulière, adaptable, bien ancrée dans une réalité sanitaire plus qu’incertaine.

Hugo Verit | Lundi 18 janvier 2021

Détours de Babel 2021 : un festival, plusieurs possibilités

« Le moral est plutôt bon, on maintient le cap », assure Benoît Thiebergien, directeur du Centre international des musiques nomades (CIMN), installé depuis 2019 sous les voûtes du Théâtre Sainte-Marie-d’en-bas. Malgré le reconfinement, les faux espoirs de réouverture et l’évolution inquiétante des courbes épidémiques ces jours-ci, l’équipe du CIMN ne baisse pas les bras, loin de là. Depuis le mois de septembre, elle accueille de nombreux artistes en résidence ainsi que des scolaires pour diverses activités. Mais elle planche surtout sur son fameux festival de musiques du monde, Détours de Babel, qui devrait bel et bien avoir lieu du 17 mars au 10 avril. Bel et bien, oui, car le CIMN envisage toutes les possibilités, toutes les contraintes probables, tous les écueils éventuels. Couvre-feu, confinement, configuration assise ou debout, monde d’avant ou monde d’après... Peu importe, tout a été prévu : « Dans le pire des cas, l’événement sera en livestream uniquement et nous prévoirons, en plus de la diffusion des concerts, des interviews ou des tables rondes pour apporter une touche nouvelle. S’il y a couvre-feu à 18h, seules les représentations du soir se fer

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"Ondine" : l’eau à la bouche

ECRANS | ★★★☆☆ De Christian Petzold (All.-Fr., 1h30) avec Paula Beer, Franz Rogowski, Maryam Zaree…

Vincent Raymond | Mardi 22 septembre 2020

Conférencière spécialisée dans l’urbanisme de Berlin, Ondine est brutalement quittée par son amant. Christoph, un scaphandrier, tombe alors sous son charme et entame avec elle une romance. Mais la belle, encore rongée par sa blessure, doit en finir avec son ex… Histoire sentimentale néo-romantique, songe fantastique rêvée par le scaphandrier, cette variation sur le mythe de la nixe (ou sirène) troquant par amour son royaume contre la terre ferme, évoque, en version aquatique, la situation des anges wendersiens des Ailes du désir, condamnés à porter la mémoire de la ville qu’il survolent, dépositaires de l’histoire des hommes mais incapables d’en partager les affects ni les plaisirs mortels. Ondine est aussi de ces êtres de passage si fréquents dans le cinéma de Petzold, permettant à leur partenaire d’accomplir une traversée, mais dont la destinée revêt une dimension sacrificielle les rendant d’autant plus tragiques et… désirables, horrible paradoxe ! Pas étonnant que la fiévreuse Paula Beer ait, pour ce rôle de gardienne de Berlin, conquis l’Ours d’argent de la meilleure interprète à la Ber

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Un fils

ECRANS | Si vous aveiz manqué l'avant-première d'Un fils concoctée par le Festival du film africain à Mon Ciné, rien n'est perdu ! Mercredi 26 février, à 20h15, Le Club vous (...)

Vincent Raymond | Mardi 18 février 2020

Un fils

Si vous aveiz manqué l'avant-première d'Un fils concoctée par le Festival du film africain à Mon Ciné, rien n'est perdu ! Mercredi 26 février, à 20h15, Le Club vous permet une séance de rattrapage (toujours dans l'anticipation, puisque le film n'est pas sorti) en présence du réalisateur Mehdi M. Barsaoui et de Sami Bouajila qui, en plus de venir en voisin, a obtenu pour son interprétation, un prix de meilleur acteur lors de la dernière Mostra vénitienne (section Orizzonti).

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"La Fille au bracelet" : maillons à partir avec la justice

ECRANS | De Stéphane Demoustier (Fr., 1h36) avec Melissa Guers, Chiara Mastroianni, Roschdy Zem…

Vincent Raymond | Mardi 11 février 2020

Sur une plage estivale, la police interpelle Lise, 16 ans. Deux ans plus tard, la cheville ceinte d’un bracelet électronique, la jeune femme s’apprête à comparaître pour l’assassinat de sa meilleure amie. Le procès va révéler un visage insoupçonné de Lise. En particulier pour ses parents… Deux plans d’une brillante maîtrise encadrent La Fille au bracelet : l’interpellation de Lise, vue à distance sans autre son que le bruit océanique des vacanciers alentour ; et puis Lise, une fois le jugement prononcé, accomplissant un geste si particulier qu’il ne permet pas de statuer sur son innocence ni sa culpabilité. Deux plans qu’on aurait pu voir chez Ozon ou Haneke, exposant sans imposer, donnant en somme la "règle du jeu" au public : « Voici les faits objectifs, à vous de vous prononcer en votre âme et conscience. » Certes, si l’on en sait un peu plus que des jurés lambda en s’invitant dans le foyer familial de la jeune fille un peu avant et pendant le procès, ce film de prétoire suit scrupuleusement la procédure, dans son crescendo dramatique ponctué de révélations, coups et rebondissements, sans jamais désopacifier l’affaire, b

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Saisissantes formes insaisissables

Exposition | L’univers graphique de Vincent Anaskieviez n’est pas d’un abord immédiat très évident. Dans ses compositions abstraites, les formes sont parfois rebutantes. (...)

Benjamin Bardinet | Mardi 14 janvier 2020

Saisissantes formes insaisissables

L’univers graphique de Vincent Anaskieviez n’est pas d’un abord immédiat très évident. Dans ses compositions abstraites, les formes sont parfois rebutantes. Quant aux œuvres plus figuratives, les scènes représentées sont franchement inquiétantes. Mais la cohérence avec laquelle se déploie l’exposition confère à l’ensemble une intensité saisissante à la hauteur du travail subtil que mène l’artiste en explorant la diversité des effets offerts par les matériaux graphiques (graphite, pierre noire, crayons…). Une première œuvre offre à voir un immense cercle à la surface duquel des volutes graphiques délicatement travaillées à la pierre noire évoquent des marbrures. Juste à côté, réalisés avec la même technique, quatre cercles évoquent des sphères dans lesquelles se développerait un écosystème donnant naissance à d’embryonnaires formes énigmatiques. Dans une autre série, ces formes semblent avoir achevé leur développement mais restent indéfinissables, entre l’organique et le végétal. Puis, progressivement, ces formes se font figuratives et amènent vers des grands formats conciliant univers clinique et surréalisme délirant : des jambes humaines boursouflées côtoient, dans un environne

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"Knives and Skin" : Harper bizarre

Cinema | De Jennifer Reeder (ÉU, 1h52) avec Marika Engelhardt, Raven Whitley, Tim Hopper…

Vincent Raymond | Mardi 19 novembre 2019

Pom-pom girl d’un lycée de l’Illinois, Carolyn Harper n’est pas reparue après un rendez-vous nocturne. Sa mère, qui dirige la chorale locale, peine à trouver du relais, à part chez trois élèves. Pourtant, dans cette communauté bizarre, l’un en sait long : le "petit ami" qui a molesté Carolyn. Au risque de surprendre, voire de choquer compte tenu du sujet (et de ses résonances avec les turbidités de l’actualité), c’est de prime abord un "beau" film, au sens plastique du terme que la réalisatrice américaine Jennifer Reeder signe ici. Elle offre en sus un bienvenu contrepoint féminin et féministe à ces récits lynchéens se déroulant au cœur de villes moyennes des États-Unis figées dans une malaisante harmonie pastel, où une singularité fantastique vient bousculer l’apparence d’équilibre et faire sourdre une trémulante angoisse sous-jacente. La normalité de surface se volatilise, chaque foyer révélant ses vices secrets ou turpitudes : tel enseignant déboursant des fortunes pour acquérir des sous-vêtements usagés, tel couple illégitime se retrouvant pour des ébats furtifs, tel lycéen jouant au Casanova de gouttière avec ses condisciples…

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"Oleg" : au plus balte

ECRANS | De Juris Kursietis (Lett.-Bel.-Lit.-Fr., 1h48) avec Valentin Novopolskij, Dawid Ogrodnik, Anna Próchniak…

Vincent Raymond | Mardi 29 octobre 2019

Travailleur letton émigré en Belgique, Oleg tombe dans l’illégalité et, pour son malheur, dans les rets d’une mafia polonaise dont il devient le larbin. Piégé, il doit accepter des tâches de plus en plus risquées et dégradantes… Europe, face B. Celle des travailleurs détachés et de la main-d’œuvre ligotée, d’un sous-prolétariat livré à une servitude grandissante par la "vertu" d’accords inter-états mal fagotés ; tout cela parce que l'Union repose moins sur un projet politique ou humain qu’économique, et que le libre-échange est sa doxa. Une manne pour tous les circuits parallèles, pour qui fausser l’équité théorique des transactions relève de la promenade et santé et constitue une source d’enrichissement inépuisable. On pense énormément au Skolimowski de Travail au noir face à cette histoire d’exploitation et d’isolement : ne parlant qu’un peu d’anglais, privé de papiers, figé par la honte de rentrer bredouille au pays, Oleg est une proie vulnérable que tout renvoie à sa situation de précaire. La séquence la plus cruelle est précisément ce

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"Chambre 212" : la clé des songes

ECRANS | De Christophe Honoré (Fr.-Bel.-Lux., 1h27) avec Chiara Mastroianni, Vincent Lacoste, Camille Cottin…

Vincent Raymond | Mardi 8 octobre 2019

Vingt ans après le début de son idylle avec Richard (Benjamin Biolay), Maria (Chiara Mastroianni) quitte le domicile conjugal pour faire le point dans l’hôtel d’en face, chambre 212. La nuit étant propice aux prodiges, Maria est submergée par les fantômes de ses amours du temps jadis, et ceux de son conjoint. Chambre 212 est un peu une version sentimentale (et érotisée) du Christmas Carol de Dickens où le personnage visité par des esprits du passé et se baladant dans des uchronies ne serait plus Scrooge l’avaricieux mais une quadragénaire random en plein cas de conscience. Et où les apparitions – en l’occurrence des doubles de ses amants d’antan – seraient plus désorganisées. Cette fantaisie grave oscillant entre le réalisme cru du drame sentimental et une artificialité assumée, comme elle module du cocasse au bizarre, évoque le cinéma de Blier où tous les temps et destins se superposent dans un cauchemar quantique ; où les personnages coexistent parfois sous divers âges et visages. On ne s’étonnera donc pas que le réalisateur de Merci la vie ! compte parmi les remerciements au géné

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"Tolkien" : dans la forge de l’anneau

ECRANS | De Dome Karukoski (GB, 1h52) avec Nicholas Hoult, Lily Collins, Colm Meaney…

Vincent Raymond | Mardi 18 juin 2019

Les premières années de la vie de J.R.R. Tolkien, orphelin pauvre mais brillant bénéficiant grâce à ses talents d’une bourse d’études. Comment son appartenance à une fraternité de collège et son passage dans les tranchées de la Grande Guerre influencèrent son œuvre à venir… Assumant son classicisme formel, ce biopic particulièrement sobre délivre le portrait non de John Ronald Reuel Tolkien, mais de sa maturation artistique ; de son enfance jusqu’à l’éclosion de son œuvre : littéralement, la rédaction des premières lignes du Hobbit. Ce parti pris risque de frustrer les fanatiques du romancier, espérant sans doute une débauche de fantasy. Faisant fi des années de gloire, le réalisateur Dome Karukoski en déploie peu (et à bon escient), en la surimprimant sur des faits de l’existence de Tolkien ayant joué un rôle inspirant dans son métier d’écrivain. De même que ce dernier eut besoin de se forger des langues imaginaires avant de pouvoir composer une œuvre d’imagination, le cinéaste s’applique à isoler les briques du réel ayant participé aux fondations des romans. Illustratif, d’accord, mais complémentaire des histoires

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"Roxane" : les œufs de la rampe

ECRANS | De Mélanie Auffret (Fr, 1h28) avec Guillaume de Tonquédec, Léa Drucker, Lionel Abelanski…

Vincent Raymond | Mardi 11 juin 2019

La coopérative du village ayant mis un terme au contrat le liant à son exploitation avicole, Raymond tente le tout pour le tout pour sauver ses poules : lui, le passionné de théâtre, se filme sur Internet en train de déclamer des vers à ses gallinacés. Au cas où ça ferait un buzz… Pas très éloigné en thématique (ni sur la carte) du pathétique Normandie nue (2018), ce premier long-métrage de Mélanie Auffret touche infiniment plus juste que la pantalonnade téléfilmesque de Philippe Le Gay. Oh, il y aura bien des esprits forts pour dénigrer par principe une comédie sociale s’inscrivant dans la ruralité ou moquer certains raccourcis. N’empêche : Roxane parle avec une appréciable fraîcheur de sujets aussi profonds que ceux abordés par Hubert Charuel dans Petit paysan (2017) : le cynisme des gros agro-industriels organisant la disparition des petites exploitat

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"Dieu existe, son nom est Petrunya" : la croix et la manière

ECRANS | Ayant perturbé par accident une tradition religieuse masculine, une jeune femme a défié l’équilibre passéiste de son village macédonien. Prise en étau entre le sabre et le goupillon, elle ne renonce pourtant pas à son bon droit. Un conte moral corrosif et une actrice d’enfer.

Vincent Raymond | Lundi 29 avril 2019

Stip, en Macédoine. Trentenaire, surdiplômée, corpulente, célibataire, Petrunya est dotée d’un solide tempérament. Elle le prouve en se jetant à la rivière pour attraper la croix porte-bonheur lancée par le prêtre de la paroisse aux hommes du village. À leur grand dam. Mais malgré les intimidations physiques et policières la pressant de rendre la croix, Petrunya n’en démord pas : elle l’a gagnée. Et son histoire, devant les caméras, devient une affaire nationale. Comment une tradition, en apparence bon enfant, apparaît comme le symptôme d’une société figée dans le jus rance du conservatisme : certains rites étant les faux-nez justifiant la survivance d’archaïsmes perpétuant ici le patriarcat, ailleurs la xénophobie, la haine du roux, de l’albinos ou du gay ; bref, tout ce qui n’est pas conforme à l’identité de la communauté, au sens "d’équivalence avec la majorité dominante" – et désirant le rester. Faut-il que la gent masculine se sente menacée pour rugir en meute infantile contre le "sacrilège" de Petrunya, obligeant le pouvoir temporel, vassal du spirituel, à enfreindre la loi en la retenant arbitrairement ? À une autre époque, cette anti-conformiste dépos

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Les neuf vies de Brodinski

Soirée | De ses débuts fulgurants dans le deejaying à son statut actuel de producteur pour la nouvelle génération de rappeurs d’Atlanta, Brodinski n’a cessé d’accumuler les casquettes et les expériences à une vitesse démesurée. Récapitulatif à l’occasion de son passage jeudi 14 mars au Black Lilith.

Damien Grimbert | Mardi 12 mars 2019

Les neuf vies de Brodinski

Toujours en décalage, mais toujours au bon endroit : c’est peu ou prou ce qui caractérise Brodinski depuis ses débuts il y a maintenant une douzaine d’années. À l’époque, l’opposition est farouche entre garants de l’orthodoxie électro-techno et jeunes pousses grandies à la blog-house et au téléchargement illégal. Une guerre des tranchées à laquelle le Français Louis Rogé de son vrai nom refuse d’emblée de prendre part, ponçant les classiques des décennies passées tout en restant à l’affût des dernières tendances. Ce qui ne l’empêche pas de connaître des débuts fulgurants, enchaînant les DJ-sets à l’international avant même ses vingt ans. Déjà doté d’un solide background en musiques électroniques, il se prend rapidement de passion pour le rap contemporain, qu’il vienne d’Atlanta, Memphis, Houston, Chicago ou la Bay Area. C’est autour de cette double identité qu’il va construire en 2011 l’esthétique musicale de son label Bromance, qui va rapidement servir de terre d’accueil à toute une petite famille d’artistes. Un amour partagé qui va aussi lui permettre de collaborer en 2013 avec Kanye West sur son avant-gardiste album Yeezus, aux côtés de son

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"La Dernière Folie de Claire Darling" : lady gaga

ECRANS | de Julie Bertuccelli (Fr, 1h35) avec Catherine Deneuve, Chiara Mastroianni, Samir Guesmi…

Vincent Raymond | Mardi 5 février 2019

Passé et présent se mélangent dans l’esprit de la très chic Claire Darling (Catherine Deneuve). Pensant être au seuil de son ultime jour sur terre, la voici qui brade tous ses meubles et bibelots pour une bouchée de pain. Peut-être que sa fille, qu’elle n’a pas vue depuis des année, pourrait remédier à ce chaos ? À chacune de ses réalisations de fiction, Julie Bertuccelli nous prouve qu’elle est décidément plutôt une grande documentariste, surtout lorsqu’elle s’attache à son sujet de prédilection qu’est la transmission, lequel n’est jamais bien loin de la mémoire – son premier long de fiction, Depuis qu’Otar est parti… (2003), était d'ailleurs furieusement documentarisant. Racontant la confusion mentale et spatio-temporelle d’une femme visiblement atteinte d’un Alzheimer galopant, ce Claire Darling propose de mettre en résonance le bric-à-brac interne du personnage et le marché aux puces qu’elle organise avec la forme déstructurée du film – façon onirisme à la Resnais, avec échos répétitifs entre passé et présent. L’effet, systématique, se révèle épuisant et finit par tourner à vide. Et l’o

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"Rosemary’s Baby" : beauté (cinématographique) du diable

ECRANS | Le Ciné-Club de Grenoble lancera mercredi 5 décembre son cycle "Ô Diable" avec ce film culte de Roman Polanski.

Vincent Raymond | Mardi 27 novembre 2018

Mercredi 5 décembre, le Ciné-Club de Grenoble entamera son cycle "Ô Diable" en invoquant une œuvre à la sulfureuse réputation : Rosemary’s Baby (1968). Oh, il ne la doit pas tant à son histoire délicieusement inquiétante de possession et d’enfantement satanique savamment ourdie par un Roman Polanski alors galvanisé par son premier tournage à Hollywood et la promesse de son avenir radieux avec Sharon Tate ; ni à l’interprétation terrifiante de retenue de John Cassavetes ; pas plus qu’à la puissance de la suggestion qui fit croire à des milliers de spectateurs qu’ils avaient vu le visage du bébé. Ce qui, hélas, a contribué à la postérité de ce film, ce sont les tragédies bien réelles que d’aucuns ont bien voulu lui rattacher : le meurtre de Sharon Tate par les émules de Charles Manson, l’assassinat de John Lennon devant l’immeuble servant de décor, les "errements" de Polanski – et l’on en passe. Ne jetons pas le bébé avec l’eau du bain et revoyons le film pour ce qu’il est : un chef-d’œuvre de l’épouvante, qui glace le sang dès les premières mesures du générique, sur cette berceuse dissonante chantée par une mère détraquée, à qu

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Corps croisés au Mois de la photo de Grenoble

ARTS | Avec une multitude de propositions, le Mois de le Photo, organisé par la Maison de l'Image de Grenoble, est l'occasion rêvée de se faire une cure photographique. Après débroussaillage et repérage dans le vaste programme, nous avons sélectionné quelques-unes des expositions qui ont accroché notre regard. Dont, forcément, celle, place forte de l’événement, proposée à l'Ancien musée de peinture autour du « corps en présence ».

Benjamin Bardinet | Mardi 13 novembre 2018

Corps croisés au Mois de la photo de Grenoble

Chaque année, le cœur battant du Mois de la photo se trouve dans le magnifique (même si plus très en forme) Ancien musée de peinture, place de Verdun. Pour cette édition, le parcours débute avec une présentation des cinq lauréats de l'appel à photo organisé par la Maison de l’image autour du thème « corps en présence ». Ô joie, c'est avec deux propositions inattendues et réussies que s'ouvre la sélection. Dans ses photos, Pablo-Martín Córdoba a enregistré le flux des citadins canalisés par les espaces architecturaux, tandis que Gilberto Güiza-Rojas propose de sobres mais percutantes mises en scène interrogeant la place du corps dans le monde du travail – anonyme pour les uns, bête de somme pour les autres. Autre bonne surprise : plus loin, immergé dans des raves-party dionysiaques, Étienne Racine nous crache à la figure des corps imbibés d'alcool et ruisselants de sueur – à l'opposée de l'imagerie aseptisée des corps stéréotypés de la pub et du cinéma.

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"Cold War" : rideau de fer et voix de velours

ECRANS | de Paweł Pawlikowski (Pol-GB.Fr, 1h27) avec Joanna Kulig, Tomasz Kot, Agata Kulesza…

Vincent Raymond | Vendredi 19 octobre 2018

Années 1950. Compositeur, Wiktor sillonne la Pologne rurale pour glaner des mélodies populaires et trouver des voix. Bouleversé par celle de Zula, il fait de cette jeune interprète sa muse et sa compagne. Leur romance connaîtra des hauts et des bas, d’un côté puis de l’autre du rideau de fer. Paweł Pawlikowski, ou la marque des origines. Est-ce un hasard si Cold War, ayant pour décor la Pologne d’après-guerre et d’avant sa naissance comme son film précédant Ida (2013), présente la également même radicalité formelle, la même rigueur quadrangulaire, le même noir et blanc ? Consciemment ou non, le réalisateur polonais renvoie ce faisant de ce pays au système intransigeant un visage âpre, et reproduit dans le même temps les procédés du cinéma des origines – en lui donnant toutefois la parole, même s’il l’économise. Son "année zéro" intime devient un peu celle de la Pologne, voire celle du cinéma. Encore davantage ici, où l’histoire de Wictor et Zula s’inspire (on ne sait à quel degré) de celle de ses parents. Mais la rigueur formelle n’abolit pas toute sensualité, c’est d’ailleurs l’un des sous-textes du film : les contra

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Le Ciné-Club de Grenoble reprend du service avec le cultissime "The Big Lebowski"

ECRANS | Rendez-vous mercredi 3 octobre au cinéma Juliet-Berto.

Vincent Raymond | Mardi 25 septembre 2018

Le Ciné-Club de Grenoble reprend du service avec le cultissime

Tout estivale qu’elle fut, l’attente de la reprise du Ciné-Club s’avéra longue. Heureusement qu’une nouvelle saison refleurit toujours avec l’automne. Celle du millésime 2018-2019 se révèle particulièrement appétissante, si l’on en juge par les trois cycles qui la scanderont jusqu’à la fin de l’année : "Au féminin", "Ô Diable" et, pour commencer, "Les Loosers magnifiques". Ah, la poésie sans limite des bras-cassés ; de ces ratés de l’extrême accumulant les tuiles mieux qu’une toiture ! Leur manque de bol chronique constitue une incroyable source d’inspiration pour des comédies autant que des drames ; la preuve dans le modeste (mais révélateur) échantillon ici retenu. À tout seigneur, tout honneur : mercredi 3 octobre, le premier des héros à montrer sa bouille défaite sur l’écran est sans doute l’empereur des poissards ; mais, cool attitude oblige, il s’en moque comme de son premier joint. Érigé dès la sortie du film en idéal de zen, le héros de The Big Lebowski (1997), le "Dude", n’aspire qu’à passer ses journées en pyjama et à améliorer de temps en temps l’ordinaire de sa fumette. Mais

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"Une valse dans les allées" : super supermarché

ECRANS | de Thomas Stuber (All, 2h) avec Sandra Hüller, Franz Rogowski, Peter Kurth…

Vincent Raymond | Lundi 16 juillet 2018

Embauché comme manutentionnaire de nuit dans un hyper, le taciturne et tatoué Christian est adopté par Bruno, le chef du rayon "boissons" qui lui enseigne les petits secrets du métier, la pratique du charriot-élévateur et remarque qu’il flashe sur leur collègue Marion des "sucreries"… De la vie, des amours et de la mort des invisibles… Ce portrait d’un groupe d’employés d’un "géant" (au sens de Le Clezio) en raconte autant sur le monstre vorace où se situe l’action (un puits sans fond dont il faut inlassablement charger les rayonnages et les étals, dévorés par des meutes de clients ; où il faut purger vers les poubelles les produits menacés de péremption) que sur les protagonistes chargés de ces besognes. Petite collectivité avec ses territoires organisés, ses prérogatives, ses alliances et ses routines, le monde de l’arrière-boutique apparaît malgré tout comme un royaume apaisé et bienveillant ; une enclave où des individus cabossés viennent se réchauffer ou se raccommoder : pas (ou peu) de pression hiérarchique, pas (ou peu) de contact avec la clientèle, pas (ou peu) de questions intrusives – et cependant dans ce vaste espace saturé de caméras de surveilla

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"Le Dossier Mona Lina" : promesses trompeuses

ECRANS | de Eran Riklis (Isr-All, 1h33) avec Golshifteh Farahani, Neta Riskin, Lior Ashkenazi…

Vincent Raymond | Mardi 3 juillet 2018

Remise d’une mission éprouvante, une agent du Mossad est affectée à une opération en théorie tranquille : veiller le temps de sa convalescence sur une transfuge du Hezbollah libanais, Mona (Golshifteh Farahani), dans une planque sécurisée en Allemagne. Mais les anciens alliés de Mona sont sur ses traces… Qui manipule qui, qui est l’appât, qui est la proie ? À la base complexe (et plongée dans un vortex diplomatique depuis les décisions intempestives de Donald Trump), la situation géopolitique au Levant constitue un terreau favorable pour un bon thriller d’espionnage en prise avec le réel. Rompu aux questions de frontières (voir notamment La Fiancée syrienne en 2005), le réalisateur israélien Eran Riklis n’hésite pas ici à critiquer le cynisme des officines d’État (y compris le sien) manœuvrant en dépit de la morale et en fonction des intérêts du moment, quitte à sacrifier autant de pions (c’est-à-dire de vies) que nécessaire. Après un démarrage tonitruant porté par une musique et une distribution dignes des grandes productions internationales, le film s’engage dans un face-à-face prometteur puisqu’il oppose une renég

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"Miracle" : porcs salut et rêve américain dans la Lituanie de 1992

ECRANS | de Egle Vertelyte (Lit., 1h31) avec Eglè Mikulionyté, Vyto Ruginis, Andrius Bialobzeskis…

Vincent Raymond | Mardi 8 mai 2018

Lituanie, 1992. L’effondrement du communisme provoque la désorganisation en cascade de toute la chaîne collectiviste. Dont la ferme porcine administrée par Irena. Au bord de l’asphyxie, elle espère un miracle. Il aura le visage d’un investisseur américain baroque. L’homme providentiel ? Alors que le temps a accompli son œuvre, créant de facto un sas entre la fin du bloc de l’Est et notre époque, les comédies post-ost ont été plutôt rares – Goodbye Lenine (2003) faisant figure de notable exception. Sans doute fallait-il pour cela, au-delà de l’ostalgie, éprouver le sentiment même inconscient de renouer avec la bipolarisation d’antan ; donc que la Russie retrouve son influence internationale. Après presque deux décennies de régime poutiniste, le moment est donc bien trouvé pour ce Miracle – à quelque chose, malheur est-il bon ? S’il s’ancre dans le lisier et la fin du communisme en Lituanie, ce premier long-métrage d’Egle Vertelyte tient beaucoup de la fable intemporelle : celle du Laboureur et ses Enfants ou de La Poule (voire, plutô

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Trois soirées pour un pont du 1er mai réussi (ça marche aussi si vous ne faites pas le pont)

MUSIQUES | Rendez-vous vendredi 27 avril à l'Ampérage, samedi 28 à la Belle électrique et lundi 30 au Black Lilith.

Damien Grimbert | Mardi 24 avril 2018

Trois soirées pour un pont du 1er mai réussi (ça marche aussi si vous ne faites pas le pont)

ven 27.04.18 > Ampérage Voiski et Kas:st Jeune duo français basé à Barcelone, Kas:st (photo) est l’auteur d’une techno deep, mentale et planante résolument moderne, qui privilégie le développement d’atmosphères et de climats sonores subtils à la dictature du kick à tout prix. De passage à Grenoble pour dévoiler leur nouveau live, ils partageront l’affiche avec le talentueux Parisien Voiski, fer de lance d’une techno aventureuse où s’entrecroisent sonorités analogiques, musique minimaliste, électro de Détroit et La Haye, bandes-son synthétiques des années 1980 et immersions ambient. sam 28.04.18 > Belle électrique Kink et Ryan Elliott Originaire de Sofia en Bulgarie, Kink, de son vrai nom Strahil Velchev, s’est imposé en l’espace d’un peu plus d’une dizaine d’années comme l’une des principales figures de proue de la scène techno mondiale, sillonnant sans relâche les clubs de la planète. Loin des modes et

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"Transit" : guerre sans naguère

ECRANS | de Christian Petzold (All-Fr, 1h41) avec Franz Rogowski, Paula Beer, Godehard Giese…

Vincent Raymond | Mardi 24 avril 2018

L’arrivée des forces d’occupation en France contraint l’Allemand Georg à gagner Marseille, où il compte rallier l’Amérique par la mer. Sur place, il récupère l’identité et le visa pour le Mexique de son compatriote Weidel dont il a trouvé le corps. Mais une femme, Marie, l’intrigue et le retient… Étrange concept que celui de ce film qui replace dans le contexte actuel et des décors contemporains une situation ancienne, à savoir datant d’il y a quatre-vingt-ans. Comme au théâtre, il s’agit pour le spectateur de souscrire un pacte et d’admettre une double réalité entre ce qu’il voit et ce qui est évoqué au-delà de l’image – Lars von Trier avait procédé de même dans Dogville, réduisant son dispositif à l’extrême. Cette dualité a certes du sens : Georg ne se dissimule-t-il pas sous le "masque" d’un autre individu ? De même, un état d’égarement se ressent à la vue de ce Marseille en état de siège où les repères sont abolis, chacun devenant pareil à un étranger. Hélas, Transit reste prisonnier de ce ping-pong référentiel et théorique, qui pousse nécessairement à chercher des comparaisons entre les deux époques. La figure évanesc

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Voreppe : lundi, Sami Bouajila sera intronisé parrain du cinéma le Cap

ECRANS | Le cinéma Art et plaisirs de Voreppe, rouvert en décembre après d’importants travaux et appelé maintenant le Cap, s’est trouvé un parrain en la personne de Sami (...)

Aurélien Martinez | Mardi 17 avril 2018

Voreppe : lundi, Sami Bouajila sera intronisé parrain du cinéma le Cap

Le cinéma Art et plaisirs de Voreppe, rouvert en décembre après d’importants travaux et appelé maintenant le Cap, s’est trouvé un parrain en la personne de Sami Bouajila. Le comédien, né à Grenoble et qui alterne entre cinéma grand public et cinéma d’art et d'essai (comme le fait le Cap), sera présent lundi 23 avril à Voreppe pour officialiser tout ça, dans le cadre d’une soirée où sera projeté Les Témoins, chef-d’œuvre d’André Téchiné sorti en 2007. Un film sur l'irruption de l'épidémie du sida au début des années 1980 dans lequel Sami Bouajila joue aux côtés de Michel Blanc et Emmanuelle Béart et qui lui permit d’obtenir le César du meilleur second rôle masculin en 2008. Classe le parrain.

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"Mysterious Skin" : Gregg Araki à la recherche de la mémoire perdue

ECRANS | Mardi 6 mars, le Ciné-Club de Grenoble projette le plus grand film du réalisateur de "Kaboom" et "The Doom Generation". Et un grand film tout court.

Aurélien Martinez | Mardi 27 février 2018

C’est l’un des plus grands films de ce début de siècle (rien que ça, oui), et Vues d’en face, festival grenoblois dédié au cinéma LGBT, a décidé de le programmer, avec l’aide du Ciné-Club, en amont de ses cinq jours événements prévus du vendredi 9 au mardi 13 mars au Club – on en parlera la semaine prochaine. Sorti en 2005 en France, Mysterious Skin rompt ainsi ouvertement avec les précédents longs-métrages pop et trashs de son réalisateur étatsunien Gregg Araki et s’aventure sur un sujet on ne peut plus casse-gueule : la pédophilie. En partant de l’histoire, piochée dans un roman de Scott Heim, d’un adolescent du Kansas persuadé d’avoir été, plus jeune, enlevé par des extraterrestres, Gregg Araki tisse un récit qui se déploie progressivement en prenant des directions inattendues pour chacun des deux personnages principaux – ils réagissent différemment face à ce passé si lourd à supporter. Et un récit qui, surtout, s’écarte des chemins compatissants et de la morale rassurante pour voguer vers un lyrisme voluptueux (grâce notamment à la bande-son) presque dérangeant vu le propos. Mais la maîtrise parfaite de l’

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Xavier Machault : « Faire connaître le répertoire caché de Brigitte Fontaine »

Concert | Du mardi 27 février au dimanche 4 mars, les musiciens grenoblois Xavier Machault et Martin Debisschop reprendront au Midi / Minuit "L'Incendie", album de Brigitte Fontaine sorti en 1974. Un projet qui consiste à faire découvrir le répertoire poétique d’une chanteuse au talent parfois mal compris. Xavier Machault nous en dit plus.

Alice Colmart | Mardi 20 février 2018

Xavier Machault : « Faire connaître le répertoire caché de Brigitte Fontaine »

À partir du mardi 27 février et pendant toute la semaine, le théâtre le Midi / Minuit (ex-Petit 38) proposera un concert baptisé L’Incendie. Soit une réinterprétation de l’album (culte pour quelques fans) de Brigitte Fontaine et Areski Belkacem sorti en 1974, par le chanteur Xavier Machault (à qui l’on doit le récent – et enthousiasmant – projet Pelouse) et Martin Debisschop à la grosse caisse et à la basse. « Le projet est né il y a moins d’un an. On est partis à la recherche de pépites oubliées. Après avoir écouté des albums d’Alain Bashung et Bernard Lavilliers, on est vite tombés sur celui de Brigitte Fontaine et Areski Belkacem. C’est un disque sensible, à la poésie mélancolique et surréaliste » nous explique Xavier Machault, ancien chargé de communication à la Métropole de Grenoble qui s’est lancé dans la musique il y a pl

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"The Last Family" : il était une fois Zdzisław Beksiński

ECRANS | de Jan P. Matuszynski (Pol., 2h03) avec Andrzej Seweryn, Dawid Ogrodnik, Andrzej Chyra…

Vincent Raymond | Mardi 16 janvier 2018

Principalement connu des amateurs d’art et de faits divers, Zdzisław Beksiński (1929, assassiné en 2005) est un peintre polonais dont la singulière existence, au moins aussi atypique que ses toiles (classées "surréalistes"), méritait a minima un coup de projecteur. Créant de l’étrangeté par son hypernaturalisme, ce biopic propose une approche astucieuse des trente dernières années de ce plasticien vivant quasi reclus avec sa famille (comptant un fils bancal et suicidaire), en faisant se succéder de longues séquences empruntées à leur quotidien. L’acte créatif ne figure pas au centre du propos du réalisateur polonais Jan P. Matuszynski : c’est bien la vie privée, ce ferment de l’imaginaire, qui l’intéresse. Beksiński y apparaît comme exagérément stable dans des situations requérant des émotions chez des individus lambda (comme la maladie ou la mort de ses proches), doublé d’un authentique maniaque enregistrant tout, jusqu’aux conversations domestiques. Imperméable à ce qui se passe hors de son pâté de maison, il l’est aussi aux chamboulements considérables rencontrés par la Pologne durant ces trois décennies : c’est le

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Marc Minkowski : « Le principal est que les Musiciens du Louvre sont toujours en vie ! »

ACTUS | Alors que Marc Minkowski va diriger ses Musiciens du Louvre à la MC2 vendredi 15 décembre dans un programme baptisé "Oratorio de Noël" construit autour de cantates de Bach, on en a profité pour lui poser quelques questions sur son orchestre, ses rapports avec la Ville de Grenoble (qui a sucré sa subvention fin 2014) ou encore ses autres activités – comme celle de directeur de l’Opéra de Bordeaux.

Aurélien Martinez | Mardi 12 décembre 2017

Marc Minkowski : « Le principal est que les Musiciens du Louvre sont toujours en vie ! »

Un peu d’histoire pour commencer. Les Musiciens du Louvre est un orchestre français mythique, fondé en 1982 à Paris, et qui a déménagé à Grenoble en 1996, en fusionnant avec l’ensemble instrumental de la ville. Un orchestre qui est la « grande fierté » de Marc Minkowski. « C’est l’un des, si ce n’est le meilleur orchestre sur instruments anciens du XXIe siècle – et je ne dis pas ça parce que je l’ai fondé ! – de part sa variété de répertoire et de style, avec aussi bien dans l’opéra, dans le symphonique, dans le baroque, dans le romantisme ; s’adaptant à toute sorte de chef et pouvant être dirigé aussi bien par le premier violon, le claveciniste, par le chef fondateur, par d’autres chefs. C’est une machine extrêmement souple. » « En 35 ans, l’ensemble s’est métamorphosé plusieurs fois depuis sa naissance, mais il est toujours là. Par contre on est un ensemble désormais rhônalpin – j’anticipe votre prochaine question ! –, volant de ses propres ailes. » Car il fut un temps où la chargée de communication de l’orchestre insistait beaucoup auprès des partenaires et des journalistes afin qu’ils n’oublient surtout p

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Petit Fantôme et Chapelier Fou : 50 muances de pop

Concert | Posté, a priori, chacun à une extrémité du spectre des musiques actuelles, il se pourrait bien que les deux locataires d'un soir de la Belle électrique – l'electronicien classique Chapelier Fou et son ouvreur rock DIY Petit Fantôme – aient beaucoup plus à voir l'un avec l'autre que supposé.

Stéphane Duchêne | Mardi 28 novembre 2017

Petit Fantôme et Chapelier Fou : 50 muances de pop

À première vue, il n'y a pas grand-chose de commun entre les deux artistes français qui se partageront la scène de la Belle électrique ce soir du 1er décembre. Pas grand-chose à part un nom qui évoque l'univers du conte pour enfants : Chapelier Fou pour l'un, Petit Fantôme pour l'autre. Pour le reste, l'un est lorrain et verse dans un savant alliage d'électronica premium et de musique classique ; l'autre est basque et se révèle enfant du rock "do it yourself", de la pop sucrée, des guitares saturées et des synthés vintages. De fait, rien ne pourrait davantage éloigner deux personnages dont la transversale géographique n'a d'égale que la diagonale musicale qui les sépare plus qu'elle ne les relie. Pourtant, si l'on se penche plus avant sur le cas de Louis Warynski et Pierre Loustaunau, on s'aperçoit qu'au-delà des esthétiques propres à chacun et de leurs sobriquets, il y a comme un cousinage : une histoire de démarche, une manière d'être à la musique dans sa conception, un amour commun pour le travail de laborantin et le syncrétisme musical. Quand l'un, Chapelier fou, accouche dans son home-

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Musique classique : neuf concerts pour une saison cadencée

Panorama de rentrée culturelle 2017/2018 | Avec du classique de chez classique mais aussi de la philosophie en musique, du lyrisme théâtralisé ou encore du violoncelle.

Régis Le Ruyet | Mercredi 13 septembre 2017

Musique classique : neuf concerts pour une saison cadencée

Orchestre philharmonique de Radio France Muse géniale de l’opéra contemporain, la soprano canadienne Barbara Hannigan stupéfiait, en 2011, les spectateurs du festival Présences de Radio France par ses talents de cheffe. Combinant audace et précision, la chanteuse y soutenait les plus folles vocalises du Grand Macabre de György Ligeti pendant que, d'une poigne ferme, elle menait en extase les musiciens finnois de l'Avanti ! Chamber. Un exercice de direction et de haut vol lyrique qu’elle réitéra à Grenoble avec l’Orchestre philharmonique de Radio France dans les atours de Lulu d'Alban Berg et de la Fille folle de George Gershwin. À la MC2 le 6 octobre Michel Onfray et Henri Demarquette – musique et philosophie Accompagné par le violoncelliste Henri Demarquette, le philosophe hédoniste Michel Onfray nous expliquera comment, avec les penseurs, dire et entendre le monde. Une passionnante rencontre en pe

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Simple question de l’été #1 : à quoi sert un chef d’orchestre ?

ACTUS | À chaque concert, on le voit s’agiter avec entrain devant ses musiciens. Mais que fait-il réellement ? Le chef d’orchestre Marc Minkowski, à la tête des Musiciens du Louvre Grenoble, nous l’a expliqué.

Nicolas Joly | Jeudi 20 juillet 2017

Simple question de l’été #1 : à quoi sert un chef d’orchestre ?

« Le chef d’orchestre décide du nombre de cordes par exemple, de l'instrumentarium – aux Musiciens du Louvre, nous jouons sur instruments d'époque – et du diapason. Il émet également des souhaits sur la disposition de l'orchestre en fonction de l'œuvre, de l'interprétation qu'il souhaite en faire, de l'acoustique de la salle... Le chef donne ainsi sa vision : lors des répétitions, il impose sa conception de la partition que tous les musiciens vont suivre. Le sens de l’interprétation d’une partition ne se bâtit pas de façon collégiale. Le chef d’orchestre décide. » Et la baguette ? « Lorsque le répertoire est romantique ou moderne, et implique un gros orchestre, elle est de mise. Car la gestique est importante. La baguette permet que sa ligne soit plus précise, les gestes plus carrés et surtout lisibles même depuis le fond de la scène. La main droite impulse le rythme, assure le volet énergie de la sensation. La main gauche donne le relief de l'interprétation : les nuances, le caractère. » Plus d’infos sur Marc Minkowski : www.mdlg.net

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Les trois soirées de la semaine

DJs | Bloquez votre jeudi 27, vendredi 28 et samedi 29 avril : on a un conseil pour chaque soir !

Damien Grimbert | Mardi 25 avril 2017

Les trois soirées de la semaine

27.04.17 > Bar de la Belle électrique Retro-Futur #8 avec Tryphème, Jutix et Wayatt Alternative bienvenue aux autoroutes house et techno sans âme, les soirées Rétro-Futur mettent en avant « ambiances vintage et sonorités futuristes » en invitant la crème des DJs aventureux de la région. Pour cette huitième édition, leur organisateur Wayatt a ainsi convié à ses côtés son compère Jutix, chef de file de l’excellent collectif lyonnais Notte Brigante, mais aussi la DJ/productrice lyonnaise Tryphème, auteure il y a peu d’un passionnant premier album, Online Dating, pour le label de référence Central Processing Unit. ________ 28.04.17 > Drak-Art Bassodrome Outlook Festival Launch Party Organisé chaque année début septembre en Croatie, l’Outlook Festival s’est imposé en véritable lieu de pèlerinage pour les amateurs de bass music. Pour donner le coup d’envoi des festivités, pl

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Electrochoc, puissance 12

Festival | Zoom sur la nouvelle édition du « festival de musiques électroniques et arts numériques » organisé jusqu’au samedi 8 avril à Bourgoin-Jallieu.

Damien Grimbert | Jeudi 30 mars 2017

Electrochoc, puissance 12

Lancer un festival dédié aux musiques électroniques et aux arts numériques à Bourgoin-Jallieu, ce n’était pas forcément gagné d’avance. Mais avec désormais douze éditions à son actif, force est de reconnaître qu’Electrochoc, lancé à l’initiative de la "scène de musiques actuelles" Les Abattoirs, a bel et bien remporté son pari. En optant pour le parti pris d’une programmation ouverte et fusionnelle, axée avant tout sur le mélange des genres (électro et rock, électro et hip-hop, électro et world) ainsi que la présence de têtes d’affiche fédératrices (cette année les Puppetmastaz et Skip&Die), le festival s’est ainsi imposé progressivement en outsider de choix dans la région. Ce qui ne l’empêche pas quand l’envie lui prend de défendre aussi à l’occasion une ligne artistique plus ambitieuse comme le démontre la venue ce vendredi 7 avril de l’excellente formation Konono n°1 (en photo), orchestre polyrythmique iconoclaste de République Démocratique du Congo à l’époustouflante présence scénique. Fondé dans les années 1960 à Kinshasa, puis redécouvert il y a maint

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"Convergence" : carrefour de création

Exposition | Mêlant actions sociales et histoire de l’art, l’exposition met en regard les pratiques artistiques de l’association Ruetabaga avec des œuvres contemporaines. Un point de rencontre qui ouvre un espace de création démocratique et sociologique, à découvrir à l’Ancien musée de peinture.

Charline Corubolo | Mardi 28 février 2017

Derrière le doux nom Mme Ruetabaga se cache une association dont la pratique sociale est le leitmotiv. De bidonvilles en camps, l’équipe organise des ateliers de rue mettant de côté toutes questions de genre et de différences sociales, ouvrant ainsi une brèche démocratique et collective afin de se réapproprier l’espace urbain à travers des moments de créations. Ces actions demeurent le point de départ de l’exposition Convergence où une multitude de productions entrent en résonance. Dans l’enceinte de l’Ancien musée de peinture se dévoilent ainsi des photographies documentaires des travaux menés et leur résultat plastique. Un angle militant et réflexif où incube une dimension sociologique ; angle investit également par l’art contemporain. Artistes locaux, tels que Johan Parent, Virginie Piotrowski et Stéphane Billot pour ne citer qu’eux, apportent leur regard sur la question aux côtés d’artistes nationaux comme Ben ou Claude Closky. Détournements de codes quotidiens et discours sur la création contemporaine s’imbriquent alors, dans la pratique amateur comme professionnelle, pour une exposition savamment populaire où tout le mon

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Gore Verbinski : « "A Cure for Life" essaie de pénétrer en vous psychologiquement »

Interview | Réalisateur des trois premiers volets de "Pirates des Caraïbes", de "Rango" (2011) et de "Lone Ranger" (2013), Gore Verbinski s’essaie au thriller fantastico-métaphysique avec "A Cure for Life". Rencontre.

Vincent Raymond | Mardi 14 février 2017

Gore Verbinski : «

Pourquoi avoir situé A Cure for Life en Suisse germanophone ? Gore Verbinski : Parce que notre influence principal avec le coscénariste Justin Haythe, c’était La Montagne magique de Thomas Mann. Nous voulions l’idée d’un sanatorium en hauteur depuis des siècles, contemplant la société, et qui ait été le témoin de la révolution industrielle, de l’avénement des ordinateurs. En somme, toutes ces choses ayant petit à petit mis l’Homme moderne dans la condition de maladie où il se trouve. Ce lieu est aussi un endroit de purification, comme une bulle, hors de l’espace-temps : quand l’on s’en approche, les portables ne marchent plus, les montres s’arrêtent, le temps s’écoule dans un registre différent. Lorsque le héros y arrive, il est "ailleurs". Quelles sont vos autres influences, en particulier cinématographiques ? Au moment de la production, alors que le film était déjà écrit, l’un des producteurs m’a conseillé de regarder Trai

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"Les Fleurs bleues" : bouquet final signé Andrzej Wajda

ECRANS | de Andrzej Wajda (Pol., 1h38) avec Bogusław Linda, Aleksandra Justa, Bronislawa Zamachowska…

Vincent Raymond | Lundi 20 février 2017

Le Polonais Andrzej Wajda (1926 – 2016) achève sa carrière par un film retraçant le combat de Władysław Strzemiński, artiste peintre opprimé par la férule communiste à Łódź au mitan des années cinquante, soit pile au moment où le réalisateur y étudiait le cinéma. Quel troublant symbole ! Nullement crépusculaire ni testamentaire, ce portrait-hommage d’un homme défendant sa liberté jusqu’à l’ultime extrémité (ce qui n’est pas un vain mot pour Strzemiński, amputé d’une jambe et d’un bras) use d’un classicisme formel pour célébrer l’audace, voire la subversion de ce théoricien et précurseur de l’art contemporain. Mais classicisme ne signifie pas académisme : Wajda intègre le minimalisme chromatique, le dépouillement décoratif et architectural emblématique de son œuvre dans l’esthétique de son film. Ce faisant, il réinscrit l’artiste polonais dans son époque, à la barbe de ses détracteurs, et montre qu’après la triste parenthèse soviétisante valant à Władysław d’être martyrisé à la façon d’un Joseph K., la postérité lui a donné raison. Mention particulière à Bogusław Linda, l’interprète de Str

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"A Cure for Life" : le conte (gothique) n'est pas bon

ECRANS | de Gore Verbinski (ÉU.-All, 2h27) avec Dane DeHaan, Mia Goth, Jason Isaacs…

Vincent Raymond | Mardi 14 février 2017

Impatient de gravir les échelons de son entreprise, l’ambitieux Lockhart accepte une étrange mission : aller chercher l’un de ses patrons en cure dans une clinique suisse. Mais, sur place, le jeune trader se trouve piégé dans cet institut aux procédés peu orthodoxes. Au point d’en devenir patient… La lecture de La Montagne magique de Thomas Mann peut entraîner des effets secondaires différant selon les tempéraments. Ainsi, quand Wes Anderson développe un Grand Budapest Hotel d’une noire fantaisie baroque, le bien prénommé Gore Verbinski accouche d’une série B horrifique aux tendances schizoïdes. Las ! Sa symbolique ampoulée suggère plutôt le Alan Parker tardif découvrant les mutations stylistiques des années 1990, tout en le plaçant bien loin des atmosphères Mitteleuropa saturées de vapeurs jaunâtres exhalées par

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"Sahara" : Pour qui sont ces serpents qui sifflent dans le désert ?

ECRANS | Appartenant à des peuples ne frayant jamais ensemble, Ajar le serpent des sables et Eva la serpente de l’oasis bravent les interdits en franchissant les (...)

Vincent Raymond | Mardi 31 janvier 2017

Appartenant à des peuples ne frayant jamais ensemble, Ajar le serpent des sables et Eva la serpente de l’oasis bravent les interdits en franchissant les frontières de leurs territoires. Mais leur expédition tourne mal et Eva est capturée par un montreur de reptiles. Ajar part à sa recherche… Dans le paysage plutôt singulier de l’animation français, où fleurissent d’un côté des créations aux partis pris stylistiques et/ou scénaristiques radicaux (Avril, Ma vie de courgette, Tout en haut du monde…), de l’autre de médiocres décalques des studios américains (Le Petit Prince), Sahara apparaît comme une curiosité. Car s’il emprunte à ces dernières leur esthétique “standardisée” ainsi que la bonne vieille trame d’une quête initiatique riche en personnages aux formes rondes et aux couleurs vives, le propos ne se trouve pas pour autant aseptisé. Derrière l’apparente convention se tient un buddy movie solide à l’animation tout sauf boiteuse — en même temps, a-t-on déjà vu serpent boiter… Pierre Coré n’est pas là pour épater l’œil en oubliant de raconter son histoire, il réfléchit à une harmonie d’ensemble et livre une œuvre d’une jol

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"La Mécanique de l'ombre" : affaires intérieures

ECRANS | de Thomas Kruithof (Fr.-Bel., 1h33) avec François Cluzet, Denis Podalydès, Sami Bouajila…

Vincent Raymond | Mardi 10 janvier 2017

Solitaire, chômeur et buveur repenti, un comptable (François Cluzet) est recruté par un discret commanditaire pour retranscrire à la machine à écrire des écoutes téléphoniques enregistrées sur cassettes magnétiques. Sans le savoir, il va pénétrer dans les sordides coulisses de l’appareil d’État… Un thriller politique s’inscrivant dans le contexte de ces officines supposées gripper ou fluidifier les rouages de notre république bénéficie forcément d’un regard bienveillant. Pas parce qu’il alimente la machine à fantasmes des complotistes (fonctionnant sans adjonction de carburant extérieur) mais parce qu’elles recèlent autant de mystères et d’interdits que les antichambres du pouvoir américaines, si largement rebattues. Comme un creuset où se fonderaient entre elles les affaires Rondot, Squarcini, Snowden et Takieddine, cette première réalisation de Thomas Kruithof est à la fois très concrète et pétrie de symboles (tel celui du puzzle l’objet fétiche du héros ; une structure complexe rendue inopérante dès lors que la plus misérable pièce fait défaut). Esthétiquement composé en Scope, ce film à la lisière de l’enquête intérieure

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Noël avant l’heure avec les Musiciens du Louvre Grenoble

Musique classique | Jeudi 17 novembre, Marc Minkowski proposera un florilège d'airs de "Casse-noisette" dans un programme intitulé "Voyage en féerie". On vous en dit plus.

Régis Le Ruyet | Mardi 15 novembre 2016

Noël avant l’heure avec les Musiciens du Louvre Grenoble

Tandis que les agents des collectivités s'affairent autour des éclairages de Noël, Marc Minkowski, fameux chef des Musiciens du Louvre Grenoble devenu en septembre directeur de l'Opéra de Bordeaux, revient à la salle de ses débuts grenoblois dans un florilège d'airs de Casse-noisette. Tout d'abord annoncé au Prisme de Seyssins, puis relogé pour raisons techniques à la salle Olivier Messiaen, ce Voyage en féerie plongera donc dans les musiques du ballet-féerie de Piotr Ilitch Tchaïkovski créé à Saint-Pétersbourg en 1892 avec le chorégraphe français Marius Petipa. Un peu d’histoire du coup : c'est à la demande du directeur des théâtres impériaux de l’époque que la paire chanceuse du Lac des Cygnes (1877) et de La belle au bois dormant (1890) renoue pour cette heureuse troisième collaboration. Cette fois, ils s'inspirent d'un conte de Noël d'Alexandre Dumas père, lui-même adapté de l'œuvre d’Hoffman décrivant un monde de bonbons et de jouets, hélas mis à mal par des rats, dans lequel la jeune Marie se retrouve entraînée par son fantassin de bois. Un classique des fêtes,

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Virginie Piotrowski : fenêtre sur œuvre

ARTS | Avec "Une autre exposition", Virginie Piotrowski expose l’intime dans la sphère public tout en amenant cette dernière dans le privé. À découvrir dans la rue, du côté de la galerie Showcase.

Charline Corubolo | Mardi 4 octobre 2016

Virginie Piotrowski : fenêtre sur œuvre

La pièce de Virginie Piotrowski ne pouvait rêver meilleur écrin que la vitrine de Showcase. Le projet photographique de l’artiste rentre en résonance directe avec l’espace d’exposition de la galerie, qui interroge par essence l’espace public et privé, fermé et ouvert. En proposant Une autre exposition, elle prolonge un travail amorcé depuis 2003 consistant en une série photographique intitulée Chez les gens. À travers la double fenêtre de Showcase se dévoile un intérieur vidé de présence humaine mais habité par une création de l’artiste. Par cet acte d’appropriation d’un intérieur grâce son œuvre et de la photographie qui en résulte pour ensuite être exposée, elle élabore une double dialectique en transformant l’intimité de la pièce en scène d’exposition et en faisant de l’art un élément du quotidien. Le regard et la notion d’image sont alors bousculés dans leur certitude, face à cette mise en scène qui joue entre le réel et l’imaginaire par la double fenêtre privé/public. Et au-delà de la question de l’image, cette étrange mise en abyme nous renvoie à nos propres pulsions voyeuristes en instaurant un triang

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Tu ne manqueras point "Le Décalogue"

ECRANS | La série de films signée du réalisateur polonais Krzysztof Kieślowski est reprise au cinéma le Club. On vous explique pourquoi c'est culte.

Vincent Raymond | Mardi 28 juin 2016

Tu ne manqueras point

Projet digne d’un bénédictin et sans aucun équivalent, Le Décalogue a stupéfié le cinéma international à la fin des années 1980, qui ne s’imaginait pas que de pareilles entreprises pussent s’accomplir de l’autre côté du Rideau de Fer. Loin d’être une illustration sottement linéaire ou gentiment religieuse des injonctions des Tables de la Loi, ce cycle de dix moyens-métrages d’une heure initialement conçu pour la télévision polonaise se présente plutôt comme une variation morale et philosophique de ses préceptes fondateurs dans le monde contemporain. Sa profondeur et son ambition maîtrisée ont immédiatement imposé Krzysztof Kieślowski comme un auteur majeur, porteur d’une esthétique et d’un souffle nouveaux – sa formation à l’école de Łódź puis son long passé de documentariste ont affûté son style cru, néanmoins empreint de lyrisme. Sans prendre le temps de se reposer sur ses lauriers, le cinéaste enfonça le clou avec La Double Vie de Véronique et la trilogie Trois Couleurs Bleu, Blanc, Rouge, avant de disparaître prématurément en 1996. Si deux des segments du Décalogue ont fait l’objet de versions longues (

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"Le Labyrinthe du silence" : le passé allemand regardé en face

ECRANS | Mon Ciné, à Saint-Martin-d'Hères, organise ce mercredi un ciné-débat autour du film de Giulio Ricciarelli sorti en avril 2015. Soit, en 1958, l'histoire d'un jeune procureur qui met la main sur des pièces essentielles permettant l’ouverture d’un procès contre d’anciens SS...

Vincent Raymond | Lundi 13 juin 2016

Si le match France-Albanie de ce mercredi 15 juin ne suscite en vous qu’une curiosité modérée, préférez au petit écran l’immersion dans la grande Histoire proposée par Mon Ciné à l’occasion d’un ciné-débat autour du film Le Labyrinthe du silence (2015). Soit un retour aux temps du "Wirtschaftswunder", c’est-à-dire l’époque où l’économie de l’Allemagne de l’Ouest se relevait triomphalement, conduisant un pays pacifié malgré sa partition à sa réintégration dans le concert des nations. Un pays où, durant près de quinze ans après les procès de Nuremberg, le passé honteux et criminel du régime nazis avait été comme tu, permettant à des dignitaires SS reversés dans la haute administration ou le patronat de mener une carrière florissante sans être inquiétés. Jusqu’à ce qu’une troupe de magistrats opiniâtres ouvre une instruction en 1958, et mène devant les tribunaux des anciens tortionnaires d’Auschwitz. Très proche du récent Fritz Bauer, un héros allemand, le film de Giulio Ricciarelli relate

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Passeurs d'histoires au Centre d'art Bastille

ARTS | Dans une ère accélérée, la maxime « résister au temps » tend à accentuer la nécessité de se raconter. Un socle réflexif pertinent proposé par le Centre d'art Bastille dans le cadre de ses dix ans, avec l'exposition collective "N(v)otre H(h)istoire". Une sorte de rétrospective qui interroge les murs du lieu mais aussi la pérennité de l'art contemporain, à travers nos histoires individuelles et communes.

Charline Corubolo | Mardi 3 mai 2016

Passeurs d'histoires au Centre d'art Bastille

Si la dernière exposition du Centre d'art Bastille questionnait notre mémoire collective à travers l'Histoire des déportés politiques sous l'empire colonial, l'actuelle s'insère dans un souvenir local et artistique, où chacun se raconte. N(v)otre H(h)istoire, regroupant 15 œuvres d'artistes français et étrangers, interroge le temps qui passe à travers la notion d’implantation, sur le site même de la Bastille comme carrefour historique et touristique grenoblois, et la persistance de l'art, en tant qu'objet mais aussi expérience. En une décennie, une cinquantaine de projets ont eu lieu entre ces murs de pierres, et tel un mémento artistique introspectif, l'exposition sonde les esprits sur ce qui doit rester de ces dix ans. Face à la perte de mémoire, l'Histoire et les histoires intimes s'entremêlent pour résister à l'effacement. Des souvenirs croisés que le centre d'art tente de rejoindre en présentant quelques artistes déjà passés ici, comme pour défier le temps qui passe et réactiver un moment où plusieurs éléments étaient en jeu : l'expérience individuelle, la participation commune à une exposition et l'apport de l'art contemporain. Rémin

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Avant-première : Sami Bouajila à Échirolles pour "Good Luck Algeria"

ECRANS | Rendez-vous mardi 8 mars à 20h.

Vincent Raymond | Mardi 1 mars 2016

Avant-première : Sami Bouajila à Échirolles pour

Farid Bentoumi s’est inspiré de la folle aventure de son frère pour écrire Good Luck Algéria : l’histoire d’un Isérois ayant représenté l’Algérie aux Jeux olympiques d’hiver. Le réalisateur et son interprète échirollois Sami Bouajila seront certainement très diserts sur les coulisses de ce film lors de l’avant-première à laquelle ils participent mardi 8 mars à 20h au Pathé Échirolles.

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Pattaya

ECRANS | Reconstituant un trio de "Kaïra", Franck Gastambide s’envole pour la Thaïlande, histoire de voir si la misère sexuelle est moins pénible au soleil. S’il n’entame pas son goût pour un humour trash ne se cachant pas derrière son petit doigt, l’exotisme semble l’avoir (un peu) poli…

Vincent Raymond | Mardi 23 février 2016

Pattaya

Le succès mérité des Kaïra (2012) dans les salles rendait mécanique la mise en chantier d’un équivalent de suite. Comme la nature a horreur du vide, un producteur normalement constitué envisage forcément l’esquisse d’un potentiel profit supplémentaire. Par son cadre de départ, son esprit décalé, sa triplette gagnante (l’abruti à casquette / l’Arabe / le nain), Pattaya s’inscrit donc dans la continuité du film précédent. Toujours devant et derrière la caméra, Franck Gastambide fait figure d’exception dans le trio, les autres têtes d’affiches étant substituées. Dans sa première partie, Pattaya recourt à la formule héritée de la pastille télévisuelle Kaïra-Shopping, qui avait fait des Kaïra une réussite originale : son traitement trépidant des cités de l’intérieur, sur un mode comique rugueux et sans pincettes, au risque d’écorcher la bienséance, si éloignée du quotidien réel. Boxe thaï, petites tailles et racailles Gastambide excelle en effet dans ce mode “chroniqueur”, enchaînant les anecdotes et les méchefs vécus par les habitants de son quartier – il se montre à ce titre bien plus perc

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Voiski : tête chercheuse

MUSIQUES | Auteur d'une techno ambitieuse et inspirée flirtant volontiers avec l'expérimental, le Parisien Voiski jouera en live à l'Ampérage ce vendredi.

Damien Grimbert | Mardi 19 janvier 2016

Voiski : tête chercheuse

Dans la techno il y a, pour simplifier à outrance, ceux qui aiment avant tout "envoyer du lourd", et ceux, plus rares, qui préfèrent explorer les chemins de traverse. Ces derniers construisent pas à pas une forme de scénographie sonore où prévalent, à travers des atmosphères et des climats sonores soigneusement mis en place, la puissance émotionnelle, les mélodies ambivalentes et les évocations futuristes. DJ/producteur parisien en activité depuis la fin des années 2000, Voiski appartient clairement à la seconde catégorie. Initié à la techno très jeune, il en livre une vision ambitieuse et non-formatée qui a su séduire au fil des années des labels internationaux de premier plan comme L.I.E.S., Delsin, Dement3d ou Construct Re-Form. De son passage à l’école des Beaux-Arts de Cergy, il garde ainsi un goût prononcé pour l’expérimentation et les formes conceptuelles, que l’on retrouve aussi bien au sein des sorties de son passionnant label Silicate Music que dans ses multiples collaborations (Kartei avec Crysta Patterson, Unforeseen Alliance avec Antigone, Zadig et Birth Of Frequency…). Passionné en vrac par les sonorités analogiques, les pionniers de la musique

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My Skinny Sister

ECRANS | Très loin de se limiter à une chronique de l’anorexie (trouble qu’il décrit par ailleurs avec une admirable pudeur), le premier long métrage de Sanna Lenken capte de l’enfance une infinité de nuances. Sensible, et sans sensiblerie.

Vincent Raymond | Mardi 15 décembre 2015

My Skinny Sister

Comment évoquer l’anorexie au cinéma sans tomber dans le tire-larmes ni le documentaire clinique et mortifère ; sans donner l’impression non plus que l’auteur s’est servi de son scénario pour évacuer un trauma personnel, en maquillant une période douloureuse mais surmontée en fiction ? La réponse qu’apporte Sanna Lenken avec My Skinny Sister est aussi simple que réconfortante : en rejetant la question de l’anorexie au second plan. Parce qu’un film n’est en rien unidimensionnel : son intrigue gagne même en épaisseur dramatique lorsqu’elle s’inscrit dans une perspective plus complexe, emboîtée. En donnant à voir l’évolution de la maladie d’une jeune fille à travers les yeux de sa petite sœur, non seulement la réalisatrice oppose à une frontalité brute et voyeuriste un traitement divergé plus délicat (et plus adapté, lorsqu’il s’agit de filmer des enfants), mais surtout elle "donne vie" à ces deux immenses personnages que sont Katja, la grande sœur et Stella, la petite. Aucune n’est le faire-valoir de l’autre ; chacune dispose d’une vraie densité. Et la ligne sinueuse de leur relation suit un fil subtil, à partir duquel se tisse un récit sobre. Et elle

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Cosmos

ECRANS | Absent des écrans depuis quinze ans, Andrzej Zulawski revient enfin avec la transposition d’un roman de son compatriote Witold Gombrowicz. Convulsivement fascinant et d’un humour mâtiné d’inquiétude… Vincent Raymond

Vincent Raymond | Mardi 8 décembre 2015

Cosmos

Il n’est jamais anodin pour un cinéaste de renouer avec son art après une période d’abstinence. Et le film par lequel il revient, conjointement chargé du poids de son œuvre passée et de l’espérance placée en son retour, doit s’imposer par ses qualités, tout en rappelant l’absolue originalité de son auteur. Justifier, en somme, que l’artiste ait décidé d’interrompre le cours de son silence. Tel L’Homme sans âge, marquant en 2007 la sortie de Coppola de dix ans de mutisme – une formidable et audacieuse proposition de cinéma, amorçant un glissement vers des formes moins narratives et davantage expérimentales (Tetro puis Twixt). On attendait pareille fulgurance de la part de Zulawski, dont chaque réalisation possède un étrange pouvoir d’envoûtement, un charme quasi maléfique mais délicieux. Si on le savait travailler à un scénario original, c’est dans le roman de Gombrowicz qu’il a trouvé un matériau apte à déclencher son envie d’écrire pour tourner

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Le « dialogue équestre et musical » de Minkowski

MUSIQUES | Événement : les fameux Musiciens du Louvre Grenoble de Marc Minkowski vont s’installer trois jours durant sous un chapiteau devant la MC2 pour donner cinq représentations de Tact et Tempo. Soit un spectacle mêlant art équestre et musique plus ou moins classique. Intrigués par ce mariage et, plus largement, par cette proposition atypique, on a passé un coup de fil au chef d’orchestre pour en savoir un peu plus. Magnéto. Propos recueillis par Aurélien Martinez

Aurélien Martinez | Mardi 24 novembre 2015

Le « dialogue équestre et musical » de Minkowski

Les chevaux et vous, c’est une histoire passionnelle. Il paraît que vous aviez même imaginé travailler dans cet univers… Marc Minkowski : Quand j’étais jeune, j’ai été entre plusieurs passions, entre plusieurs vocations : les chevaux mais aussi la musique ou encore la littérature. Puis, finalement, mon parcours a fait que la musique a tout avalé. Mais ça aurait pu tourner différemment… Ce n’est donc pas un hasard que l’on retrouve des chevaux sur scène dans Tact et Tempo ou dans un autre spectacle que vous avez récemment créé avec Bartabas… Oui, même si c’est un concours de circonstances qui a fait que les chevaux sont revenus dans ma vie. Ce n’était pas prémédité, ça aurait pu arriver plus tôt ou plus tard, mais c’est maintenant. Tact et Tempo, c’est donc la rencontre entre les Musiciens du Louvre Grenoble et la compagnie Of K’Horse du cavalier voltigeur rétais Manu Bigarnet… C’est un spectacle que l’on a monté en deux parties [Tactus a vu le jour en 2014 – NDLR] ; il est devenu un peu le symbole de

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