Le Coeur régulier

ECRANS | de Vanja d’Alcantara (Fr./Bel., 1h30) avec Isabelle Carré, Jun Kunimura, Niels Schneider…

Vincent Raymond | Mardi 29 mars 2016

D'un certain point de vue, Vanja d'Alcantara signe une adaptation conforme au roman d'Olivier Adam, Le Cœur régulier étant l'un de ses ouvrages les plus dépouillés, sinistres (sur ce point, il y a débat, car chaque nouveau livre de l'auteur de Je vais bien ne t'en fais pas rebat les cartes) et pour tout dire rébarbatifs, le film en découlant se révèle d'un intérêt chétif. Épure à la nippone ? Admettons, au risque de tomber dans le cliché.

Or, justement, Le Cœur régulier-film ressemble à une biennale de la photographie tant il en accumule : contemplation, caméra à hauteur de tatami, mutisme éloquent, jeune écolière en uniforme délurée (comprenez : qui va se dénuder), Isabelle Carré grave dans l'attente d'une illumination intérieure, puis Isabelle Carré dégageant une sérénité irénique de chrétienne pour chromo sulpicien… Ce drame assourdissait par les mots sur papier, il indiffère sur écran.

VR


Le coeur régulier

De Vanja D'Alcantara (Bel-Fr, 1h35) avec Isabelle Carré, Jun Kunimura...

De Vanja D'Alcantara (Bel-Fr, 1h35) avec Isabelle Carré, Jun Kunimura...

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Trop longtemps séparée de son frère, Alice se rend sur ses traces au Japon, dans un village hors du temps, au pied des falaises. Ici, Nathan avait retrouvé l'apaisement auprès d'un certain Daïsuke. C'est au tour d'Alice de se rapprocher du vieil homme, et de ses hôtes.


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"Les Choses qu’on dit, les choses qu’on fait" : pas sages à l’acte

ECRANS | ★★★★☆ De Emmanuel Mouret (Fr., 2h02) avec Camélia Jordana, Niels Schneider, Vincent Macaigne…

Vincent Raymond | Mardi 8 septembre 2020

C’est l’histoire de plusieurs histoires d’amour. Celles que Maxime raconte à Daphné, la compagne de son cousin François ; celles que Daphné raconte à Maxime. Et qu’advient-il lorsqu’on ouvre son cœur sur ses peines et ses joies sentimentales ? On finit par se rapprocher… Emboîtant et mélangeant les récits-souvenirs de ses protagonistes (à l’image de son délicat Un baiser s’il vous plaît), abritant un sacrifice amoureux absolu (comme le très beau Une autre vie) ; accordant aux jeux de langues et à la morale un pouvoir suprême (dans la droite ligne de Mademoiselle de Joncquières), ce nouveau badinage mélancolique d’Emmanuel Mouret semble une synthèse ou la quintessence de son cinéma. Jadis vu comme un héritier de Rohmer, le cinéaste trouve ici en sus dans la gravité sentimentale des échos truffaldiens ; son heureux usage de l’accompagnement musical (ah, Les Gymnopédies !) lui conférant une tonalité allenienne. Malgré le poids de ces références, ce que l’on apprécie à l’écran est bel et bien du Mouret et l’on en redemande.

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Écrans magiques

Festivals | Présente dans la programmation des festivals de cinéma Voir Ensemble, À vous de voir et Plein les yeux, l’animation japonaise jeune public n’a pas toujours profité d’une telle reconnaissance. Retour sur les raisons de ce (tardif) changement de statut et décryptage de quelques-uns des films à l’affiche ces prochains jours.

Damien Grimbert | Mardi 18 février 2020

Écrans magiques

C’est une histoire désormais bien connue. À l’origine de nombreux films remarquables depuis la fin des années 50, et bénéficiant d’une présence sur les (petits) écrans français dès la fin des années 70, l’animation japonaise jeune public a néanmoins dû attendre l’orée des années 2000 pour enfin commencer à être reconnue à sa juste valeur. S’il n’est pas le premier film d’Hayao Miyazaki à être sorti dans les salles françaises et d’une certaine reconnaissance critique (Porco Rosso, Mon Voisin Totoro et Princesse Mononoké lui avaient auparavant pavé la voie), Le Voyage de Chihiro est en revanche sans conteste celui par le biais duquel tout a changé. Immense succès public (1, 34 million d’entrées l’année de sa sortie en France), le métrage a ainsi permis à l’intégralité des productions du Studio Ghibli de s’imposer en véritables incontournables, et modifié irrémédiablement le regard porté par le grand public sur les films d’animation en provenance du Japon. Ouvrant de fait la voie, quelques années plus tard, à toute une nouvelle génération de réalisateurs (Mamoru Hosoda, Makoto Shinkai, Masaaki Yuasa, Keiichi Hara…), qui n’auraient sans doute jama

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Benjamin Parent : « J’avais envie de rendre un peu extraordinaire le quotidien »

Cinema | Pour son premier long métrage, "Un vrai bonhomme", Benjamin Parent s’aventure dans un registre peu coutumier en France : le "coming at age movie", une sorte de film d’apprentissage adolescent. Une jolie réussite dont il dévoile quelques secrets. Attention, un mini spoiler s’y dissimule…

Vincent Raymond | Mardi 7 janvier 2020

Benjamin Parent : « J’avais envie de rendre un peu extraordinaire le quotidien »

Un thème commun se dégage de votre film Un vrai bonhomme et de Mon inconnue que vous avez co-écrit avec Hugo Gélin : l’uchronie, ou l’idée de permettre à des personnage d’accomplir des destinées alternatives. Est-ce délibéré ? Benjamin Parent : Pas du tout. Dans Mon Inconnu, l’idée d’uchronie vient d’Hugo ; je l’ai développée et essayé de développer la dramaturgie sur l’uchronie "la plus intéressante". Je trouve que l’uchronie permet de raconter l’histoire d’une manière extrêmement drastique, avec ce truc d’inversion absolue des choses : et si on pouvait rencontrer ses parents et qu’on se rendait compte que son père était un blaireau et que sa mère voulait nous choper, qu’est-ce qu’on ferait ? L’uchronie, finalement, c’est un pitch radical, qui permet plein de possibilités et un déploiement de l’imaginaire. Un vrai bonhomme, où le personnage de Léo est une extension de celui de Tom, permet également le déploiement de l’imaginaire. Donc du vôtre à travers eux… Effectivement. Mais plus qu’une uchronie, cela joue sur le principe de ce que l’on montr

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"Un vrai bonhomme" : je mets les pas dans les pas de mon frère

Cinema | Un adolescent solitaire s’appuie sur le fantôme de son aîné pour s’affirmer aux yeux de ses camarades, de la fille qu’il convoite et de son père qui l’ignorait, perdu dans le deuil de son fils préféré. Une brillante première réalisation signée par le coscénariste de "Mon Inconnue".

Vincent Raymond | Mardi 7 janvier 2020

Ado introverti ayant toujours subi l’aura solaire de de son frère Léo, Tom fait sa rentrée dans un nouveau lycée. Heureusement, Léo est là pour lui prodiguer encouragements et conseils. Sauf que depuis un accident de la route fatal à Léo, celui-ci n’existe plus que dans la tête de Tom… On ne divulgâche rien en dévoilant d’entrée le fait que Léo est ici un personnage imaginaire, puisque Benjamin Parent s’arrange pour lever toute ambiguïté à ce sujet dès la minute 18. Tout l’enjeu de son film n’est pas de fabriquer un mystère à la Shayamalan pour le public, mais d’inclure ce dernier dans la névrose de son héros ; de lui faire partager les affects d’un adolescent mal remis d'un traumatisme et croyant trouver par cet expédient le chemin de la résilience. Mon frère, ce halo Comédie, drame ? Disons dramédie bien tempérée, ce qui constitue un tour de force : rares sont en effet les films hexagonaux capables d’aborder la question adolescente sans s’abandonner à des récits d’amourettes (La Boum), à des pitretries pathétiques (

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"L'Angle mort" : au revoir mon amour

ECRANS | De Patrick-Mario Bernard & Pierre Trividic (Fr., 1h44) avec Jean-Christophe Folly, Isabelle Carré, Golshifteh Farahani…

Vincent Raymond | Mardi 15 octobre 2019

Dominick (Jean-Christophe Folly) possède depuis l’enfance l’étrange pouvoir de se rendre invisible. Une faculté dont il fait un usage modéré (chaque "passage" lui coûtant cher en énergie vitale) car elle suscite aussi, surtout, moult quiproquos gênants avec ses proches. Est-ce un don ou une malédiction ? Les histoires de couples perturbés par des interférences créées par des mondes parallèles – ésotériques ou psychiques – forment "l’ordinaire fantasmatique" du cinéma de Patrick-Mario Bernard et Pierre Trividic, collectionneurs de discordances en tout genre. Dancing (2003) et L’Autre (2009) traquaient déjà en effet des irruptions singulières dans ce que l’on nomme la normalité, en adoptant des constructions cinématographiques volontiers elliptiques, mentales ou peu linéaires. Est-ce ici l’influence d’Emmanuel Carrère, qui leur a soufflé l’argument de L’Angle Mort ? Sans déroger à leur propension au fantastique, ce film manifeste un changement de forme radical, adoptant une narration plus posée et une structure de conte contemporain à morale philosophique – comme si R

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"Curiosa" : chambre avec vues

ECRANS | De Lou Jeunet (Fr, 1h47) avec Noémie Merlant, Niels Schneider, Benjamin Lavernhe…

Vincent Raymond | Mardi 2 avril 2019

Paris, fin XIXe. Pour sauver les finances familiales, Marie de Héredia est "cédée" par son poète de père au fortuné Henri de Régnier, alors qu’elle aime son meilleur ami, le sulfureux Pierre Louÿs. Tous deux entretiendront malgré tout une liaison suivie, émaillée de photographies érotiques… Quand une chambre (noire) peut être le lieu de toute les passions… La réalisatrice Lou Jeunet donne une vigueur nouvelle et réciproque à l’expression "taquiner la muse" en animant son élégant trio – lequel ne restera pas longtemps prisonnier de sa relation triangulaire. La relation entre Pierre et Marie (où Henri fait figure d’électron satellite, ou d’observateur consentant) admet plus ou moins volontiers d’autres partenaires et inspire, outre des clichés porno/photographiques, une abondante correspondance ainsi qu’une féconde production littéraire chez les deux amants – sans parler d’un rejeton adultérin. Aussi paradoxal que cela paraisse, c’est le voyeurisme de l’érotomane Louÿs qui permettra l’émancipation de Marie : en découvrant l’exultation des corps, la jeune femme va trouver les ressources pour s’affranchir d’un patriarcat plus obscène q

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"Esprit Japon, carte blanche à Martine Rey" : c’est la laque qu’elle préfère

Exposition | L'Année du Japon en Isère n'est pas encore terminée : la preuve avec cette nouvelle exposition proposée par le Musée Hébert de La Tronche.

Benjamin Bardinet | Mardi 8 janvier 2019

Voilà une exposition baptisée Esprit Japon qui devrait ravir les amateurs de beaux objets et de choses délicates. Dans le cadre d’une carte blanche qui lui est faite par le Musée Hébert, Martine Rey, artiste iséroise formée aux beaux-arts de Kyoto, propose un dialogue entre artistes-artisans français et japonais. Au rez-de-chaussée, un accrochage hétéroclite nous fait ainsi naviguer entre les vanneries hypnotiques de Takayuki Shimizu, les compositions vaporeuses de Hiroshi Ueta, les kimonos tissés à la main de Mami Adachi et les non moins délicats services à thé de Laetitia Pineda. Puis, à l’étage, Martine Rey présente plusieurs de ses pièces en dialogue avec celles de Naoko Ito – tous deux ayant fait du travail de la laque leur spécialité. Mais si la première compose des œuvres graphiques foisonnantes de mille détails évoquant des cartes géographiques, le second élabore de son côté des collages aux tonalités surréalistes qui prennent parfois la forme d’objets singuliers à mi-chemin entre art déco et arts plastiques. En bonus, et toujours dans le cadre de l’Année du Japon, le Musée Hébert propose un accrochage intit

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"Montagne et paysage dans l’estampe japonaise" : des paysages plein la vue au Musée de l’Ancien Évêché

Exposition | Encore une nouvelle exposition dans le cadre de l’Année du Japon en Isère ? Oui, et tant mieux. Car avec "Montagne et paysage dans l’estampe japonaise", le Musée de l’Ancien Évêché explore le regard porté par les Japonais sur la nature, complétant ainsi magnifiquement la proposition en cours au Musée dauphinois sur les relations entre le pays du Soleil-Levant et l’Occident.

Benjamin Bardinet | Mardi 18 décembre 2018

Généralement, quand un musée propose une exposition temporaire comprenant des œuvres d’un artiste "star" (genre, au hasard, Gauguin ou Delacroix), il se débrouille pour mettre en avant sur ses affiches une œuvre "blockbuster" dudit artiste. Et s’arrange pour trouver un titre qui mette cet aspect en avant – même s’il peut être trompeur sur la marchandise. Pour sa nouvelle exposition, le Musée de l’Ancien Évêché a fait fi de ces stratégies marketing en se contentant d’intituler sobrement Montagne et paysage dans l’estampe japonaise un accrochage qui réunit un nombre conséquent d’estampes des deux grands maîtres du genre dont l’évocation des seuls noms suffit à déplacer les foules : Katsushika Hokusai (1760 – 1849) et Utagawa Hiroshige (1797 – 1858). Le parcours n’essaye d’ailleurs pas de nous tenir en haleine en gardant le "meilleur" pour la fin puisqu’il démarre d’emblée avec la fameuse vague d’Hokusai. Comme c’est souvent le cas avec les images trop reproduites, cette vague n’est plus vraiment regardée : voilà donc une belle occasion de nous pencher dessus avec attention. On y voit trois barques de pêcheurs sur le point d’être submergées par une gigantesque va

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"Un amour impossible" : Christine Angot réussit bien à Catherine Corsini

ECRANS | de Catherine Corsini (Fr, 2h15) avec Virginie Efira, Niels Schneider, Estelle Lescure…

Vincent Raymond | Mardi 6 novembre 2018

Châteauroux, années 1950. Rachel Steiner est courtisée par Philippe, un fils de famille portant beau. Hostile à toute mésalliance sociale, il repart laissant Rachel enceinte. Bien plus tard, après plusieurs retrouvailles épisodiques houleuses, Philippe renoue le contact avec leur fille Chantal… Adaptant ici le "roman autobiographique" (on ne sait comment qualifier le genre de récit qu’elle pratique) de Christine Angot, Catherine Corsini réussit plusieurs tours de force. S’approprier son histoire tout en rendant digeste et dicible la voix de l’autrice sans la contrefaire, et raconter avec élégance ce qui rappelle la noirceur incestueuse de Perrault dans Peau d’Âne comme des meilleures tragédies raciniennes (où les amours sont aussi impossibles, car univoques). Renversant le propos du conte, l’ogre symbolique s’incarne ici dans un homme exerçant son emprise toxique et dévorante sur deux femmes… dont l’une est sa fille. À cette lecture analytique se superpose en fin de film une interprétation sociale qui, si elle évoque dans la forme le dénouement de Psychose où le comportement déviant du héros est "expliqué", marque surtout la

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"Des samouraïs au kawaii" au Musée dauphinois : bons baisers du Japon

Exposition | Produite dans le cadre de l’événement national Japonismes 2018 et de l’Année du Japon en Isère, l'exposition "Des samouraïs au kawaii, histoire croisée du Japon et de l'Occident" en place au Musée dauphinois propose un passionnant parcours autour de cinq siècles habilement résumés. Visite guidée et entretien avec la commissaire d’exposition.

Benjamin Bardinet | Mardi 6 novembre 2018

L'histoire commence plutôt bien : le hasard amène des navigateurs portugais à faire la découverte en 1543 d'une des îles de l'archipel du Japon. Dès l'introduction de l'exposition Des samouraïs au kawaii, histoire croisée du Japon et de l'Occident, en place à l’étage du Musée dauphinois, un paravent contemporain de l'événement témoigne de l'enthousiasme et de la curiosité partagés de ses protagonistes ; et un cabinet-écritoire, dont l'usage est aussi caractéristique de l'Occident que ses motifs décoratifs profondément nippons, atteste du dialogue culturel et commercial qui s'instaure rapidement. Plus loin, la fascination mutuelle se prolonge autour des techniques guerrières : une élégante armure de samouraï et un fusil à mèche en attestent. Tout va bien donc, jusqu'à ce que les Jésuites étrangers, un brin trop prosélytes, agacent le gouvernement local qui décide d'interdire le christianisme avant, finalement, de verrouiller totalement le pays en mettant un terme à (quasiment) toutes les relations avec l'extér

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Et voici l'Année du Japon en Isère !

ACTUS | On détaille le programme débuté mi-juin.

Aurélien Martinez | Jeudi 28 juin 2018

Et voici l'Année du Japon en Isère !

Des dessins de rescapés des bombardements de Nagasaki et d’Hiroshima accrochés au Musée de la Résistance et de la Déportation de l’Isère : d’accord, mais pourquoi ? Tout simplement parce que ce musée ne résume pas ses expositions temporaires à la période et l’aire géographique que son nom peut laisser sous-entendre (en gros, la Seconde Guerre mondiale en Isère). Et, surtout, parce qu'est lancée cet été l’Année du Japon en Isère (comme il y a eu précédemment celle de l’Italie ou de l’Afrique), à l’initiative du Département, et en lien bien sûr avec la célébration au niveau national du 160e anniversaire des relations diplomatiques entre la France et le Japon. Plusieurs musées départementaux sont ou seront associés à ces festivités, comme, donc, le Musée de la Résistance, mais aussi celui de la Révolution française à Vizille (sa nouvelle exposition Heurs et malheurs de Louis XVII,

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"Comment j'ai rencontré mon père" : mouais...

ECRANS | de Maxime Motte (Fr., 1h25) avec François-Xavier Demaison, Isabelle Carré, Albert Delpy…

Vincent Raymond | Mardi 6 juin 2017

Enguerrand a 6 ans et des parents adoptifs qui moulinent un peu avec ce concept. Alors lorsqu’il découvre un soir sur la plage un sans papiers d’origine africaine comme lui, il est persuadé d’avoir rencontré son père biologique. Sauf que non : Kwabéna veut juste passer en Angleterre… La promesse du titre est à moitié tenue : le "je" laisse entendre que le film va être vu à hauteur d’enfant. En réalité, ce sont les parents (et surtout le grand-père délinquant-débauché joué par Albert Delpy) qui occupent le premier plan ; l’enfant, doté de la maturité d’un grand pré-ado, se contentant de vignettes. Privé de cette ambition, le film équivaut à un Welcome traité façon comédie, émaillé de séquences de "Papy sème sa zone à l’hospice avec ses potes les vieux" et d’engueulades sitcom entre les parents (elle, juge rigide ; lui, libraire nonchalant). Un (gros) peu d’écriture en plus n’aurait pas nui.

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"Noma au Japon : (Ré)inventer le meilleur restaurant du monde" : la cuisine, c'est de l'art

ECRANS | de Maurice Dekkers (P-B., 1h33) documentaire

Vincent Raymond | Mardi 25 avril 2017

Couronné plusieurs années consécutives meilleure table du globe, le Noma de Copenhague se voit confier une carte blanche durant six semaines par le Mandarin Oriental de Tokyo. Pour l’équipe menée par le chef René Redzepi, le défi est de taille : il s’agit en effet de composer une carte nouvelle respectant l’esprit Noma tout en se nourrissant des particularités du terroir japonais. Une course contre la montre et pour les papilles s’engage… On ne saurait mieux expliquer le processus créatif de la haute cuisine, naissant d’une fusion de talents individuels et d’une symbiose d’inspirations sous la houlette d’un chef d’orchestre aux intuitions audacieuses. Capable de tirer le meilleur de chacun, de fuir les évidences gastronomiques et de se remettre en question sans concession, Redzepi apparaît comme un catalyseur et un liant. Sa curiosité et son perfectionnisme contagieux, respectueux de la nouveauté, des cultures, des saveurs ou de l’esthétique, rappellent la démarche de Benjamin Millepied dans l’excellent documentaire

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"Une vie ailleurs" : à propos de ta mère…

ECRANS | de Olivier Peyon (Fr, 1h36) avec Isabelle Carré, Ramzy Bédia, María Dupláa…

Julien Homère | Mardi 21 mars 2017

Épaulée par Mehdi (Ramzy Bedia), un assistant social, Sylvie (Isabelle Carré) se rend en Uruguay pour ramener en France son fils Felipe, enlevé par son père. Mais rien ne se passera pas comme prévu et sa relation avec l'enfant prendra une tournure inattendue. Olivier Peyon vient du documentaire et ça se voit. Caméra à l’épaule au plus près des visages, toujours au bon endroit au bon regard, la forme singe presque le reportage. Elle ne mise pas sur la symbolique, ses acteurs véhiculant le sens du film jusqu’à une fin ouverte bienvenue. La puissance du mélodrame émane de la retenue et de la pudeur, laissant le soin au spectateur de reconstruire l’histoire. Incarnant la filiation absente chez Sylvie, Mehdi devient ainsi un père de substitution, cordon ombilicale fragile nécessaire pour grandir. En somme, Peyon montre ce qu’il y a de plus douloureux et complexe : l’incertitude des retrouvailles où même une mère peut être l’étrangère.

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Isabelle Carré : « Olivier m’a amenée ailleurs en me rendant plus âpre »

ECRANS | La maternité présente de multiples facettes, difficiles à traiter pour certaines lorsque la loi s’en mêle. Entretien avec Isabelle Carré et le réalisateur Olivier Peyon, en écho au film "Une vie ailleurs" qu'ils sortent ce mercredi 22 mars.

Julien Homère | Mardi 21 mars 2017

Isabelle Carré : « Olivier m’a amenée ailleurs en me rendant plus âpre »

Est-ce l’histoire ou le pays (l'Uruguay) qui a construit Une vie ailleurs ? Olivier Peyon : L’histoire. Quand Isabelle a lu le scénario, ces problèmes de couples binationaux l’intéressaient. Dans ce type de récit, on se dit que la mère serait naturellement dans son droit. Ça l’a rassurée lorsqu’elle a vu que le personnage avait ses propres limites. Ce que j’ai dit à Isabelle, c’est qu’elle n’avait plus le temps d’être aimable. Elle est usée par quatre années de recherches et ne s’embarrasse de rien. Isabelle Carré : C’est un mélodrame qui aurait pu être facile mais tout ce qu’elle prévoit ne se déroule pas comme elle l’attendait. Comment avez-vous construit la psychologie de votre personnage ? I.C : La première piste était de changer de voix vers le grave durant les répétitions. La première mise en scène au théâtre que je venais de faire, De l’influence des rayons gamma sur le comportement des marguerites,

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Petit "Diamant noir" pour Arthur Harari

ECRANS | de Arthur Harari (Fr., 1h55) avec Niels Schneider, August Diehl, Hans Peter Cloos…

Vincent Raymond | Mardi 7 juin 2016

Petit

Un cadre réputé prestigieux et impénétrable (le monde dynastique des diamantaires d’Anvers), de la spoliation d’héritage, des truands, un cousin épileptique, une thésarde boxeuse, un négociant indien prêchant le jaïnisme, une bonne vengeance des familles bien remâchée, des cas de conscience en veux-tu en voilà et une séquence d’ouverture sanglante… Pour son premier long-métrage, Arthur Harari avait suffisamment d’éléments attrayants en mains pour signer un thriller original ou, à tout le moins, vif. Sauf qu’il a dû égarer en cours de route sa notice de construction. Cela reste dépaysant pour qui aime entendre causer flamand ou allemand, même si l’on attendait davantage des personnages et surtout du rythme, rivalisant ici en tonus avec un ressort distendu…

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Paris-Willouby

ECRANS | De Quentin Reynaud & Arthur Delaire (Fr., 1h23) avec Isabelle Carré, Stéphane De Groodt, Alex Lutz…

Vincent Raymond | Mardi 19 janvier 2016

Paris-Willouby

Collectionner des talents sur une affiche n’a jamais été gage de réussite artistique : si grandes soient leurs qualités, ils ne parviennent jamais à masquer ni compenser les défauts d’un film, et surtout pas ceux d’un scénario cacochyme. Constat à nouveau opéré avec ce poussif décalque de Little Miss Sunshine, qui oublie cependant de s’inspirer du rythme et de la transgression du modèle. Au lieu de singer des comédies “indépendantes” étasuniennes formatées, les jeunes auteurs français devraient lorgner du côté du vétéran Rappeneau et son Belles Familles : ils gagneraient en causticité, finesse et profondeur…

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Marie Heurtin

ECRANS | De Jean-Pierre Améris (Fr, 1h38) avec Ariana Rivoire, Isabelle Carré…

Christophe Chabert | Mercredi 12 novembre 2014

Marie Heurtin

Il y a deux manières de regarder Marie Heurtin : la première, c’est de se dire que l’on n’est pas dans une salle de cinéma, mais dans la douce torpeur de l’après-midi, sur son canapé, devant sa télé, à regarder les belles images d’une jolie histoire que l’on peut sans problème suivre malgré l’irrépressible envie d’une petite sieste digestive. On verra alors cette édifiante leçon de vie où une gentille nonne phtisique décide, parce qu’elle lui a caressé la main, de venir en aide à une enfant sauvage, sourde, muette et aveugle, pour lui apprendre à communiquer avec le monde, comme une œuvre à l’anachronisme rassurant et à l’académisme reposant. En revanche, si on décide de garder les yeux grands ouverts, le nouveau film de Jean-Pierre Améris (dont on garde en mémoire le précédent fiasco, L’Homme qui rit, massacre en règle du chef-d’œuvre de Hugo) sonne le retour en grande pompe de ce cinéma de qualité française tant détesté par les futurs cinéastes de la Nouvelle Vague. On ne voit là que performances outrées et angélisme dégoulinant, réal

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Du goudron et des plumes

ECRANS | De Pascal Rabaté (Fr, 1h30) avec Sami Bouajila, Isabelle Carré, Daniel Prévost…

Christophe Chabert | Mardi 8 juillet 2014

Du goudron et des plumes

Il aura fallu trois films pour que l’auteur de BD Pascal Rabaté réussisse sa mue de cinéaste, c’est-à-dire qu’il sorte d’un cinéma de la vignette pour développer une réelle dynamique de mise en scène où l’invention graphique se met au service de son récit et de ses personnages. Ce qui, dans Les Petits ruisseaux et Ni à vendre, ni à louer, semblait figé et ricanant, devient dans Du goudron et des plumes vivant et empathique. Christian, commercial divorcé aux combines peu reluisantes, perd son boulot et l’estime de sa fille, mais gagne le cœur d’une jeune femme, elle aussi mère célibataire. Ne reste plus qu’à accomplir l’exploit qui va le faire sortir de son rôle de gentil poissard : ce sera le Triathlon de l’été, sorte de mini-Intervilles local télédiffusé, compétition dans laquelle il va s’investir corps et âme. Rabaté en fait une sorte d’anti-héros français d'aujourd'hui, métissé et râleur, qui se fond dans le décor intemporel d’un Montauban fait de pavillons anonymes, de ronds-points, de boîtes de nuit triste

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Les Rencontres d’après minuit

ECRANS | De Yann Gonzalez (Fr, 1h32) avec Kate Moran, Niels Schneider, Éric Cantona…

Christophe Chabert | Vendredi 8 novembre 2013

Les Rencontres d’après minuit

Au prix du foutage de gueule 2013, il y aura photo finish entre La Fille de nulle part, Les Coquillettes, La Fille du 14 juillet, Tip Top et ces Rencontres d’après minuit, d’une nullité tout aussi abyssale quoique pour des raisons différentes. Ici, une partouze organisée dans un lieu mystérieux (une maison hi-tech au milieu d’une forêt enneigée) vire plutôt à la branlette mentale, chaque personnage –   «L’Étalon», «La Chienne», «La Star»… – exposant son passé dans une logorrhée verbale qui a le redoutable inconvénient d’être particulièrement mal écrite. Parfois, c’est comique, mais on ne sait p

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Cheba Louisa

ECRANS | De Françoise Charpiat (Fr, 1h35) avec Rachida Brakni, Isabelle Carré, Biyouna…

Christophe Chabert | Mardi 23 avril 2013

Cheba Louisa

Avec ses coups de théâtre à toutes les séquences, son image de téléfilm France 3, sa direction artistique atroce et ses mots d’auteur qui pèsent une tonne (un pour la route : « la cas soc’, elle te dit cassos »), Cheba Louisa a tout de l’accident pur et simple. Visiblement écrit avec un exemplaire de Robert McKee dans une main et La banlieue pour les nuls dans l’autre – dur de tenir le crayon, du coup – il se permet de sacrifier une actrice comme Isabelle Carré, enlaidie au-delà du raisonnable afin de la faire passer pour une caissière de supermarché. Rien à sauver là-dedans, mais de quoi se distraire au moins cinq minutes en regardant Steve Tran. Steve qui ? Depuis qu’il a tenu un des trois rôles principaux de Beur sur la ville, Steve Tran est devenu le bon pote asiatique de service dans les banlieues film, histoire de respecter une forme de représentativité raciale. On a pu le voir ailleurs – dans

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Du vent dans mes mollets

ECRANS | De Carine Tardieu (Fr, 1h29) avec Agnès Jaoui, Denis Podalydès, Isabelle Carré…

Aurélien Martinez | Mardi 17 juillet 2012

Du vent dans mes mollets

Depuis ses courts-métrages, Carine Tardieu s’applique à regarder le monde avec les yeux des enfants, en général confrontés à des drames qui bouleversent leur naïveté. Avec Du vent dans mes mollets, l’affaire vire au procédé, et on ne voit plus que les gimmicks et les formules à l’écran. Le ripolinage général, la brocante vintage 80 qui sert de direction artistique ou le jeu sur les différents régimes d’image, tout cela distrait sans cesse de l’histoire racontée, il est vrai pas palpitante en soi. Non seulement le film est surproduit, mais il est aussi surécrit, de la voix-off singe savant de sa jeune héroïne au jeu lassant sur les dialogues en franglais entre les parents Jaoui et Podalydès, ou encore une galerie de seconds rôles stéréotypés à souhait. Même quand le film aborde des rivages plus troubles, notamment sexuels, il s’avère d’un grand puritanisme, sur la forme comme sur le fond. Et en devient, du coup, assez irritant. Christophe Chabert

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Saya Zamuraï

ECRANS | De Hitoshi Matsumoto (Japon, 1h43) avec Takaaka Nomi, Jun Kunimura, Masato Ibu...

Aurélien Martinez | Lundi 7 mai 2012

Saya Zamuraï

Star de la télévision nippone où il anime un duo comique crétin, Hitoshi Matsumoto débarque avec son troisième film (le premier distribué en France), et une réputation de nouveau Takeshi Kitano. Histoire improbable d'un samurai errant avec sa fille, Saya Zamuraï se présente comme un film concept. Une comédie dans laquelle, pour dérider un jeune seigneur traumatisé par le décès de sa mère, le personnage doit multiplier les gags (après trente échecs, c'est hara kiri). Mis en scène par un tandem lui inventant diverses situations stupides, le samurai enchaîne ainsi les sketchs jusqu'à devenir une vraie marionnette de cinéma muet. Passé le côté absurde du bout à bout façon mini format télé, le film bascule progressivement dans un tragique délirant où les numéros toujours plus fous font du héros une star. Matsumoto transforme alors son acteur en clown triste pour retrouver la poésie de Kitano. Un peu trop forcé et cheap pour tutoyer le maître, sauf peut-être sa seconde période mal aimée. Jérôme Dittmar

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Des vents contraires

ECRANS | de Jalil Lespert (Fr, 1h31) avec Benoît Magimel, Isabelle Carré, Ramzy Bedia…

François Cau | Vendredi 9 décembre 2011

Des vents contraires

Cinéma français et roman hexagonal font rarement bon ménage. Adapté du livre éponyme d'Olivier Adam, déjà coupable de Je vais bien ne t'en fais pas, Des vents contraires emprunte la même voie d'un terrorisme émotionnel en quête de vérité sur la vie. Suivant la reconstruction d'un père et ses deux enfants immigrés à Saint Malo après la disparition inexpliquée de la mère, le film trouve dans ce macguffin un pur prétexte de scénario pour filmer moins l'absence de l'autre au monde, que ce qui autorise à compenser le manque en soi. Cinéma de l'égoïsme et de l'état d'âme brûlé au fer rouge par son ignoble petite intrigue rondement menée, Des vents contraires ne parle que de culpabilité et de fautes à excuser ; jamais d'un authentique amour en suspens. Du côté des pères qui en bavent, Lespert filme la vie comme une épreuve et avec le réalisme d'une thérapie de plateau télé. L'auteur est plus fin lorsqu'il observe les enfants, mais il a hélas pris le pire bouquin : gris, déprimant, vain.Jérôme Dittmar

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Les Émotifs anonymes

ECRANS | De Jean-Pierre Améris (Fr, 1h20) avec Isabelle Carré, Benoît Poelvoorde…

François Cau | Vendredi 17 décembre 2010

Les Émotifs anonymes

Au jeu de la comédie française sous influence Lubitsch, Jean-Pierre Améris s’en sort mieux que Pierre Salvadori avec ses Vrais mensonges. Pas de quoi grimper au rideau, mais Les Émotifs anonymes est sauvé par le côté élève appliqué de son cinéaste, compensant une écriture parfois pataude par une mise en scène rigoureuse et une direction artistique correcte (sauf la musique, insupportable). On n’est pourtant pas sûr de bien comprendre pourquoi Améris a placé cette rencontre amoureuse entre deux timides maladifs dans un environnement volontairement rétro et désuet, comme si un Jean-Pierre Jeunet se piquait de réalisme et abandonnait ses focales et ses pots de ripolin numériques. Pour souligner qu’il fait une comédie à l’ancienne ? Par peur de la modernité (il faut dire que quand une webcam débarque dans le cadre, c’est rencontre du troisième type) ? Il y a pourtant quelque chose de furieusement moderne dans le film : le jeu éblouissant de Benoît Poelvoorde. Jamais l’acteur n’avait à ce point osé faire rire de ses failles, de ses névroses et de ses angoisses, tout en conservant son incroyable instinct comique, ce timing parfait et cette gestion mag

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"Tellement proches !" : et soudain, Vincent Elbaz

ECRANS | D’Olivier Nakache et Eric Toledano (Fr, 1h42) avec Vincent Elbaz, Audrey Dana, Isabelle Carré…

Christophe Chabert | Vendredi 12 juin 2009

Le cinéma français semble s’être trouvé un nouveau pré carré : non plus le couple, mais la famille, prétexte à des modes de récits choraux et à des observations sociétales à vertu identificatoire. Ça peut donner des choses bien (Le Premier jour du reste de ta vie), mais aussi des désastres (Le Code a changé). Tellement proches ! part d’ailleurs très mal, dans la lignée du navet de Danielle Thompson : un dîner réunissant des stéréotypes humains assez médiocres, dont on prend spontanément la bêtise en grippe. Pas très bien écrite, plutôt mal filmée, cette longue première partie fait penser, et ce n’est pas un compliment, aux chansons de Benabar… Il faudra donc attendre que la folie prenne vraiment le dessus et qu’à force d’outrance, les personnages fassent vaciller leurs propres caricatures, pour que le film trouve la bonne distance. On s’aperçoit alors que les acteurs sont formidables, à commencer par ceux auxquels on ne croyait pas tellement : François-Xavier Demaison et Omar Sy. Mais c’est surtout Vincent Elbaz, dans son meilleur rôle depuis longtemps, qui s’avère le plus touchant. Pas de qu

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