Parfum de Printemps

ECRANS | de Férid Boughedir (Fr./Tun., 1h39) avec Zied Ayadi, Sara Hanachi, Fatma Ben Saïdane…

Vincent Raymond | Mardi 19 avril 2016

Si, dans les faits, la Révolution de jasmin tunisienne a commencé par une immolation à Sidi Bouzid, Férid Boughedir lui imagine des prémices plus fleur-bleue. Cette manière “romantique” de reconsidérer l'Histoire immédiate peut surprendre ; pourtant, elle vaut (par l'esprit, conservons des proportions à chaque entreprise) la latitude que s'octroyait Shakespeare en relatant les guerres civiles britanniques, ou Musset lorsqu'il façonnait Lorenzaccio à partir des rivalités à la cour florentine.

Parfait candide, le héros de Parfum de Printemps parcourt une capitale-cocotte-minute peu avant que Ben Ali ne soit déposé. Indifférent aux factions, imperméable aux idéologies, hermétique aux événements, le brave garçon joue pourtant à son insu (mais par amour) un rôle déterminant dans la Révolution. La fable rappelle en cela Bienvenue Mr Chance de Hal Ashby, en gentillet (Zied Ayadi surjoue quand Peter Sellers visait l'understatement) ; quant à Boughedir, il renoue timidement avec l'érotisme de son film le plus connu, Halfaouine. Mais là aussi, en plus naïf…VR


Parfum de printemps

De Férid Boughedir (Fr-Tunis., 1h39) avec Zied Ayadi, Sara Hanachi...

De Férid Boughedir (Fr-Tunis., 1h39) avec Zied Ayadi, Sara Hanachi...

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Aziz, surnommé "Zizou", jeune diplômé au chômage, quitte son village du Sahara pour monter à la capitale, Tunis. Quand éclatent en Tunisie les prémices de la Révolution qui va donner naissance aux espoirs fous d’un « Printemps » des peuples libérés, Zizou devient célèbre malgré lui.


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"Corps étranger" : sans-papiers, sans pantalon

ECRANS | de Raja Amari (Fr.-Tun., 1h32) avec Hiam Abbass, Sara Hanachi, Salim Kechiouche…

Vincent Raymond | Mardi 20 février 2018

Le drame des réfugiés est le sujet du moment ; il irrigue donc à des degrés divers, et avec plus ou moins d’inspiration, une part non négligeable des scénarios actuels. Parfois, on a l’impression qu’il sert de prétexte commode à des auteurs pour "faire concernant" ou donne une colonne vertébrale socio-politique à une histoire manquant d’assise. Tel ce Corps étranger de la cinéaste tunisienne Raja Amari​. Bien sûr, il y a à la base l’arrivée clandestine en France de Samia, ayant fui le Maghreb et un frère fondamentaliste. Mais le cœur du film, c’est surtout la relation qu’elle va entretenir avec la femme qui lui donne un toit et du travail, Leila, ainsi qu’un jeune homme de son village, Imed. Ce ménage à trois violent et délétère, fait de trouble sensualité, de jalousies et de dominations à géométrie variable, intéresse en premier chef la réalisatrice, davantage que les misères des sans-papiers. Il ne s’agit pas là d’un jugement moral, seulement d'un constat. Le fait est que ses réalisations précédentes montraient déjà sa fascination pour l’érotisation des corps et le charme v

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Nous sommes tous des Tunisiens

ARTS | Composée de dessins satiriques, d’affiches au graphisme fort et de nécessaires recontextualisations, l’exposition itinérante Le Peuple Veut s’arrête aux Moulins de Villancourt pendant un mois, et offre aux visiteurs des points de vue singuliers sur la Révolution tunisienne. On est allés à la rencontre de deux de ses instigateurs, Raouf Karray, professeur des arts graphiques à Sfax, et Mohamed Guiga, graphiste à Tunis. Propos recueillis par François Cau

François Cau | Vendredi 25 novembre 2011

Nous sommes tous des Tunisiens

Quand vous est venue l’idée de cette exposition ?Raouf Karray : Le 15 janvier, le lendemain de la fuite de Ben Ali. On était soulagés, on a respiré et on a tout de suite eu l’idée en se concertant avec Mohamed et un ami graphiste français qui vit à Paris. On s’est dit qu’on allait lancer un appel sur Facebook, demander qu’on nous envoie des visuels de soutien et de participation à la révolution tunisienne – un dessin de presse, une caricature, une affiche, peu importe. On pensait qu’avec Internet, ça pouvait faire rapidement un effet boule de neige, et en une semaine, j’ai été bombardé de visuels extraordinaires, de blogueurs tunisiens mais aussi d’ailleurs. On s’est alors demandé que faire de toutes ces choses, et on a lancé un autre appel pour faire savoir qu’on avait ce contenu à disposition. On a eu des retours d’institutions, d’écoles partout dans le monde qui étaient intéressées pour faire une exposition. La France, l’Italie, la Belgique, l’Egypte, le Liban… il y a une liste d’attente énorme ! Parmi les propositions d’artistes tunisiens, avez-vous tout de suite senti une plus grande liberté d’expression ?

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