Les Malheurs de Sophie

ECRANS | Cinéaste aux inspirations éclectiques (mais à la réussite fluctuante), Christophe Honoré jette son dévolu sur deux classiques de la Comtesse de Ségur pour une surprenante adaptation à destination des enfants autant que des adultes… Vincent Raymond

Vincent Raymond | Lundi 18 avril 2016

Photo : Jean-Louis Fernandez


La filmographie de Christophe Honoré ressemble à la boîte de chocolats de Forrest Gump (« on ne sait jamais sur quoi on va tomber »), à la différence notable que chacune de ses douceurs est dûment ornée d'une étiquette… omettant de signaler sa teneur en poivre ou piment. Résultat : appâtés par ses distributions appétissantes, becs sucrés et novices ressortent invariablement de ses films la gueule en feu ; quant aux autres, à force d'être échaudés, ils ont appris la méfiance et à espérer davantage de saveur dans la “seconde couche”, lorsque l'enrobage les déçoit.

Sophistication, heurs et malheurs

Bien que prolifique auteur de romans jeunesse, Honoré n'avait encore jamais franchi le pas au cinéma, où il flirte avec un public de préférence âgé de plus de 16 ans. S'emparant d'un pilier des bibliothèques respectables que sont Les Malheurs de Sophie, il procède à l'inverse de Jean-Claude Brialy, lequel avait réalisé en 1981 une transposition sagement premier degré, aux remugles de vieille confiture. Plutôt qu'égrener les sottises de la gamine dans une enfilade de saynètes (ce que l'ouvrage, dans sa forme théâtrale, incite à faire, et l'amorce du film laisse croire avec l'apostrophe au spectateur par le valet), Honoré en fait une sélection dans une masse mélancolique et languide, épousant le caractère de Mme de Réan, la mère dépressive de l'héroïne.

Il évacue ainsi toute tentation de dérive vers le “mignon” : Les Malheurs… sont un récit d'apprentissage triste, perclus de déréliction voire de maltraitance. Une approche confortée dans la seconde partie, adaptant Les Petites Filles modèles, où Sophie, orpheline, se trouve sous la coupe de sa marâtre fouettarde, Mme Fichini. Le drame s'y épaissit, et les incursions d'animaux animés par Benjamin Renner n'y changent rien – les pauvres bêtes finissent immanquablement mal.

Cette part de cruauté assumée correspond à une lecture moderne de l'œuvre ; cependant Honoré multiplie les références interloquantes aux années 1970 : apposition d'une marguerite Gaumont vintage en ouverture, format 1:37, générique à lisière de l'équivoque lorgnant vers l'esthétique David Hamilton, jeunes interprètes au jeu irrégulier (Caroline Grant, alias Sophie, ânonne ses répliques dans la première partie)… Comme si le cinéaste se remettait lui aussi en situation d'enfance. Il aurait pu en tout cas s'abstenir de boucler son film avec une chanson chorégraphiée. À la limite de l'intelligible, elle n'ajoute rien à la gloire d'Alex Beaupain et vaut presque la scie de Chantal Goya…

Les Malheurs de Sophie de Christophe Honoré (Fr., 1h46) avec Caroline Grant, Anaïs Demoustier, Golshifteh Farahani, Muriel Robin...


Les malheurs de Sophie

De Christophe Honoré (Fr, 1h46) avec Anaïs Demoustier, Golshifteh Farahani...

De Christophe Honoré (Fr, 1h46) avec Anaïs Demoustier, Golshifteh Farahani...

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Depuis son château, la petite Sophie ne peut résister à la tentation de l'interdit et ce qu'elle aime par dessus tout, c'est faire des bêtises avec son cousin Paul. Lorsque ses parents décident de rejoindre l'Amérique, Sophie est enchantée. Un an plus tard, elle est de retour en France avec son horrible belle-mère, Madame Fichini.


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Muriel Robin : on ne demande qu’à en rire encore

Humour | Avec "Et pof ! ", la comédienne reprend ses sketchs cultes coécrits avec Pierre Palmade il y a 30 ans, et c’est une excellente idée, tant elle a marqué le monde de l’humour avec ces véritables petites pièces hilarantes et magistralement interprétées. Elle sera mardi 18 février sur la scène du Summum.

Aurélien Martinez | Mardi 11 février 2020

Muriel Robin : on ne demande qu’à en rire encore

Pierre Palmade, Zabou Breitman, Dany Boon, Jérôme Commandeur, Vincent Dedienne : fin septembre, lors des premières représentations de son spectacle best-of Et pof ! dans le très feutré Théâtre de la Porte Saint-Martin (Paris), Muriel Robin s’est offert des premières parties de luxe. Chacune de ces stars de l’humour français rejouait l’une des partitions cultes de la patronne, avant qu’elle-même n’interprète les autres. Classe. Mais, contre toute attente, c’est ni plus ni moins qu’Isabelle Huppert qui fut sa chauffeuse de salle le soir de la toute première. Un mariage étrange sur le papier : mais pourquoi donc l’une des plus grandes figures du cinéma d’auteur français pour jouer une partition comique – le fameux sketch La Solitude ? Et qui dit pourtant tout de ce qu’est devenue Muriel Robin au fil des ans : une référence qui dépasse largement le monde des fans de franche rigolade, et qui lui vaut même un retour de hype bienvenu (dans les médias notamment) qu’elle ne se prive pas de savourer. En 30 ans de carrière, Muriel Robin s’est transformée en l’une des respectables taulières de l’humour français à saynètes, si ce

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"L'Angle mort" : au revoir mon amour

ECRANS | De Patrick-Mario Bernard & Pierre Trividic (Fr., 1h44) avec Jean-Christophe Folly, Isabelle Carré, Golshifteh Farahani…

Vincent Raymond | Mardi 15 octobre 2019

Dominick (Jean-Christophe Folly) possède depuis l’enfance l’étrange pouvoir de se rendre invisible. Une faculté dont il fait un usage modéré (chaque "passage" lui coûtant cher en énergie vitale) car elle suscite aussi, surtout, moult quiproquos gênants avec ses proches. Est-ce un don ou une malédiction ? Les histoires de couples perturbés par des interférences créées par des mondes parallèles – ésotériques ou psychiques – forment "l’ordinaire fantasmatique" du cinéma de Patrick-Mario Bernard et Pierre Trividic, collectionneurs de discordances en tout genre. Dancing (2003) et L’Autre (2009) traquaient déjà en effet des irruptions singulières dans ce que l’on nomme la normalité, en adoptant des constructions cinématographiques volontiers elliptiques, mentales ou peu linéaires. Est-ce ici l’influence d’Emmanuel Carrère, qui leur a soufflé l’argument de L’Angle Mort ? Sans déroger à leur propension au fantastique, ce film manifeste un changement de forme radical, adoptant une narration plus posée et une structure de conte contemporain à morale philosophique – comme si R

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"Chambre 212" : la clé des songes

ECRANS | De Christophe Honoré (Fr.-Bel.-Lux., 1h27) avec Chiara Mastroianni, Vincent Lacoste, Camille Cottin…

Vincent Raymond | Mardi 8 octobre 2019

Vingt ans après le début de son idylle avec Richard (Benjamin Biolay), Maria (Chiara Mastroianni) quitte le domicile conjugal pour faire le point dans l’hôtel d’en face, chambre 212. La nuit étant propice aux prodiges, Maria est submergée par les fantômes de ses amours du temps jadis, et ceux de son conjoint. Chambre 212 est un peu une version sentimentale (et érotisée) du Christmas Carol de Dickens où le personnage visité par des esprits du passé et se baladant dans des uchronies ne serait plus Scrooge l’avaricieux mais une quadragénaire random en plein cas de conscience. Et où les apparitions – en l’occurrence des doubles de ses amants d’antan – seraient plus désorganisées. Cette fantaisie grave oscillant entre le réalisme cru du drame sentimental et une artificialité assumée, comme elle module du cocasse au bizarre, évoque le cinéma de Blier où tous les temps et destins se superposent dans un cauchemar quantique ; où les personnages coexistent parfois sous divers âges et visages. On ne s’étonnera donc pas que le réalisateur de Merci la vie ! compte parmi les remerciements au géné

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"Alice et le maire" : pensée commune (et excellente surprise)

ECRANS | Un maire à bout d’idées se régénère grâce aux perfusions intellectuelles d’une philosophe. Levant un coin du voile sur les coulisses de nos institutions, Nicolas Pariser raconte aussi l’ambition, la sujétion, le dévouement en politique, ce métier qui n’en est pas un…

Vincent Raymond | Mardi 1 octobre 2019

Usé, fatigué… vieilli ? Paul Théraneau (Fabrice Luchini), maire de Lyon, éprouve en tout cas un passage à vide intellectuel incitant son cabinet à recruter une jeune philosophe, Alice Heimann (Anaïs Demoustier), pour lui redonner des idées. Dans les arcanes du pouvoir, Alice se fait sa place et devient indispensable… L’époque impose de dénigrer les dirigeants politiques, lesquels donnent bien volontiers le bâton pour se faire battre (dans les urnes). Aussi, chaque film s’intéressant à la chose publique et révélant la réalité d’une gouvernance, loin des fantasmes et des caricatures, est salutaire. Alice et le maire s’inscrit ainsi dans le sillage de L’Exercice de l’État (2011) de Pierre Schoeller. Sans angélisme non plus puisque les manœuvres d’appareil, les mesquineries et jalousies de cabinet ne sont pas tues – mais n’est-ce pas là le quotidien de n’importe quelle entreprise où grenouillent les ambitieux ? Ce sur quoi Nicolas Pariser insiste, c’est la nécessité

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Humour : nos huit temps forts de la saison

Panorama de rentrée culturelle 2019/2020 | Avec des têtes d'affiche, des stars sur le retour ou encore des humoristes à découvrir.

La rédaction | Mardi 17 septembre 2019

Humour : nos huit temps forts de la saison

Didier Super Si nous n’avons pas vu cette nouvelle livraison de Didier Super intitulée tout de même Didier Super est beaucoup plus marrant que tous ces comiques de merde, on en attend beaucoup comme au PB, nous adorons ce personnage fort en gueule, aussi bien comédien, chanteur que plein d’autres choses, qui propose des spectacles dans lesquels il prend plaisir à mettre le public mal à l’aise pour mieux le faire rire. « Ça y est ! Après avoir été pendant 15 ans l’égérie à l’arôme gauchisant d’un public allant de l’altermondialiste post-ado au retraité bobo sous perfusion intellectuelle de France Inter, Didier s’est enfin mis en marche » nous annonce le programme. OK ! À la Salle noire mercredi 9 et jeudi 10 octobre Julien Santini On qualifie de "pince-sans-rire" la façon qu’a Julien Santini de pratiquer l'humour et c'est idiot car, pour le coup, on rit beaucoup à l'écoute des bassesses et envies de grandeur de ce Corse installé à Lyon à l'apparence mi-professorale mi-patraque (

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"Sauver ou périr" : feu le pompier

ECRANS | Le parcours d’un pompier parisien, de l’adrénaline de l’action à la douleur du renoncement après l’accident. Une histoire de phénix né à nouveau par le feu qui faillit le consumer, marquant (déjà) la reconstruction d’un cinéaste, Frédéric Tellier, pourtant parti de guingois avec son premier long.

Vincent Raymond | Mardi 27 novembre 2018

Jeune sapeur-pompier dévoué et heureux en ménage, Franck (Pierre Niney) aspire à diriger des opérations sur des incendies. Hélas, sa première intervention se solde par un grave accident le laissant plusieurs mois à l’hôpital, en lambeaux et défiguré. Un lent combat pour réapprendre à vivre commence… Consacrer un film à un soldat du feu juste après avoir jeté son dévolu sur la brigade du Quai des Orfèvres ayant traqué Guy Georges (dans le très inégal L’Affaire SK1, 2014) risque de laisser penser que le réalisateur Frédéric Tellier donne dans le fétichisme de l’uniforme ou des agents du service public. Pour autant, ses deux longs-métrages n’ont pas grand-chose en commun, si ce n’est qu'ils s'inspirent d’une histoire vraie et bénéficient de l’appoint d’un bon co-scénariste, David Oelhoffen (auteur par ailleurs du réussi Frères ennemis sorti en octobre dernier). Tellier débute sans prendre de gants par une contextualisation brute et édifiante

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"Le Dossier Mona Lina" : promesses trompeuses

ECRANS | de Eran Riklis (Isr-All, 1h33) avec Golshifteh Farahani, Neta Riskin, Lior Ashkenazi…

Vincent Raymond | Mardi 3 juillet 2018

Remise d’une mission éprouvante, une agent du Mossad est affectée à une opération en théorie tranquille : veiller le temps de sa convalescence sur une transfuge du Hezbollah libanais, Mona (Golshifteh Farahani), dans une planque sécurisée en Allemagne. Mais les anciens alliés de Mona sont sur ses traces… Qui manipule qui, qui est l’appât, qui est la proie ? À la base complexe (et plongée dans un vortex diplomatique depuis les décisions intempestives de Donald Trump), la situation géopolitique au Levant constitue un terreau favorable pour un bon thriller d’espionnage en prise avec le réel. Rompu aux questions de frontières (voir notamment La Fiancée syrienne en 2005), le réalisateur israélien Eran Riklis n’hésite pas ici à critiquer le cynisme des officines d’État (y compris le sien) manœuvrant en dépit de la morale et en fonction des intérêts du moment, quitte à sacrifier autant de pions (c’est-à-dire de vies) que nécessaire. Après un démarrage tonitruant porté par une musique et une distribution dignes des grandes productions internationales, le film s’engage dans un face-à-face prometteur puisqu’il oppose une renég

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"Plaire, aimer et courir vite" : un peu, pas du tout et pas avec les bonnes chaussures

ECRANS | Pour raconter ses jeunes années entre Rennes et Paris, quand le sida faisait rage, le cinéaste Christophe Honoré use de la fiction. Et les spectateurs se retrouvent face à un pensum dépourvu de cette grâce parfois maladroite qui faisait le charme de ses comédies musicales. En compétition à Cannes 2018.

Vincent Raymond | Vendredi 11 mai 2018

Paris, 1993. Écrivain dans la radieuse trentaine, célibataire avec un enfant, Jacques (Pierre Deladonchamps) a connu beaucoup de garçons. Mais de ses relations passées, il a contracté le virus du sida. Lors d’une visite à Rennes, il fait la connaissance d’Arthur (Vincent Lacoste), un jeune étudiant à son goût. Et c’est réciproque… Il faudrait être d’une formidable mauvaise foi pour, quelques mois après le triomphe de 120 battements par minute, taxer Christophe Honoré d’opportunisme parce qu’il situe son nouveau film dans les années 1990 à Paris – ces années de l’hécatombe pour la communauté homosexuelle, ravagée par le sida. Car Plaire, aimer et courir vite s’inscrit dans la cohérence de sa filmographie, dans le sillage de Non ma fille, tu n’iras pas danser (20

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"Cornélius, le meunier hurlant" : futur classique intelligent du cinéma jeune public ?

ECRANS | de Yann Le Quellec (Fr., 1h47) avec Bonaventure Gacon, Anaïs Demoustier, Gustave Kervern…

Vincent Raymond | Lundi 30 avril 2018

Cornélius Bloom choisit d’installer son futur moulin dans un village du bout du monde, où il tape dans l’œil de Carmen, la fille du maire – belle comme un coquelicot. Mais le meunier souffre d’une étrange affection : il hurle la nuit comme un loup. La population finit par le chasser… Avec son titre à moudre debout, cette fable chamarrée donne déjà de sérieux gages d’excentricité. Elle les assume dès son introduction, escortée par une ballade infra-gutturale chewing-gumisée par Iggy Pop dans son français rocailleux si… personnel. Auteur de Je sens le beat qui monte en moi (2012), Yann Le Quellec sait s’y prendre pour créer une ambiance décalée à base d’absurdités légères. Il a de quoi la maintenir tout au long des (més)aventures de Cornélius, dans un style entre Jacques Tati et James Thierrée, où il conjugue la virtuosité acrobatique de ces poètes du déséquilibre et une fantaisie de jongleur de mots. Histoire d’exclusion et de différence avec un prince charmant un peu crapaud (à barbe), un loup (ou du moins son cri), une fille du roi (enfin, du maire), un rival jaloux et une sorcière (bon, d’accord, c’est un toubib i

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"La Nuit a dévoré le monde" : Paris, je te zombifie

ECRANS | Jeu d'évasion dans les conditions d’un réel apocalyptique, ce premier long-métrage aussi sobre que maîtrisé réunit un trio brillant autour d’un scénario rigoureux. En peuplant la capitale de zombies désarticulés, Dominique Rocher gagne haut le moignon son Paris.

Vincent Raymond | Lundi 5 mars 2018

Au lendemain d’une nuit agitée, dans un recoin de l’appartement de son ex (où il était venu chercher ses affaires en pleine soirée festive), Sam découvre que le monde est désormais peuplé de zombies. Se pourrait-il qu’il soit l’ultime homme sur Terre ? À lui d’organiser sa survie… De son titre poétique à sa réalisation d’une efficacité à faire pâlir George A. Romero, La Nuit a dévoré le monde s’impose par sa singularité dans un paysage contemporain montrant une insatiable appétence pour le cinéma de genre, et tout particulièrement horrifique. Les séries à succès telles que The Walking Dead ou Les Disparus n’y sont sans doute pas étrangères, elles qui ont également contribué au décloisonnement des univers et prouvé aux derniers rétifs que Cronenberg ou Carpenter sont davantage que des seigneurs (saigneurs ?) dans leur partie gore. Naufrage, ô désespoir Maîtrisant la grammaire du film de zombies, le réalisateur Dominique Rocher installe un climat parfaitement anxiogène de bout en bout : il évite tout temps mort – si l’on ose – en dosant les surgissements de figures terrifiantes et disti

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"Santa & Cie" : on tient enfin le futur classique télévisuel de Noël !

ECRANS | de & avec Alain Chabat (Fr., 1h35) avec également Pio Marmaï, Golshifteh Farahani, Audrey Tautou…

Vincent Raymond | Lundi 4 décembre 2017

Comme par un fait exprès, la Saint-Nicolas tombe cette année le jour de la sortie de la nouvelle comédie d’Alain Chabat consacrée au Père Noël. Un Père Noël à sa hotte, c’est-à-dire prêt à transgresser les conventions. En l’occurence de quitter le pôle Nord en avance afin de venir chercher de quoi soigner la soudaine épidémie frappant ses lutins. Sauf que Santa Claus n’ayant pas l’habitude des usages du monde réel, ni des enfants éveillés, il va un peu patiner… Chabat ne cesse de se bonifier avec le temps. Au départ très inféodé aux ZAZ (ces stakhanovistes du gag visuel/référentiel le distribuant à la mitraillette dans Y a-t-il un pilote dans l’avion et compagnie), le réalisateur-comédien s’est depuis affranchi de ces tutelles d’outre-Atlantique hurlantes pour travailler un registre où la connivence demeure, mais à un niveau plus souterrain : la parodie n’étant plus une finalité, il dispose de plus de place pour sa vaste fantaisie. Ses multiples niveaux de lecture font de ce film une authentique comédie grand public et familiale, dépourvue de ce kitsch façon glaçage de cupcake dont la majorité des films de Noël sont recouverts. On ti

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Alex Beaupain, mélancolique rieur

MUSIQUES | Avec son sixième album solo, "Loin" (2016), Alex Beaupain continue de tordre le cou aux préjugés qui collent à la variété. Moderne et simple, il chante sa vie sans la pleurer, regardant derrière lui avec une nostalgie apaisante. Il sera mardi sur la scène du Grand Angle de Voiron.

Gabriel Cnudde | Vendredi 13 janvier 2017

Alex Beaupain, mélancolique rieur

Alors que certains de ses contemporains usent de toutes les pirouettes pour ne pas admettre qu'ils créent de la "variété", Alex Beaupain, lui, le revendique. Avec son dernier album, Loin (2016), il prouve encore une fois qu'en musique, il n'y a pas de genres sots, seulement des a priori à briser. Alors il s'efforce de faire de sa variété une musique moderne, aux arrangements résolument pop et entraînants et à la production bien léchée. Comme beaucoup, il chante sa vie, ses émotions, ses joies et ses peines. Mais même lorsqu'il pleure, il le fait avec une certaine classe, une certaine mélancolie rieuse, celle qu'on ressent quand on choisit de ne se rappeler que des bons moments. Preuve que la nostalgie n'est pas forcément larmoyante, Alex Beaupain la chante simplement, même quand il replonge, avec Je te supplie, dans les souvenirs de sa compagne brutalement décédée avant le début de sa carrière. Avec ce titre, qui compte déjà parmi les plus beaux de la chanson française, le chanteur s'affirme comme un parolier au talent pur et simple. Les choses de la vie n'ont pas besoin d'être alambiquées pour être chantées et Alex Beaupain l'a bi

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"Paterson" : poète, vos papiers (du véhicule)

ECRANS | Une semaine ordinaire dans la vie de Paterson, chauffeur de bus à Paterson, New Jersey, et poète à ses heures. Après la voie du samouraï, Jim Jarmusch nous indique celle d’un contemplatif alter ego, transcendant le quotidien sur son carnet. Une échappée hors du temps bienvenue.

Vincent Raymond | Mardi 20 décembre 2016

Dalí soutenait que la gare de Perpignan était le centre du monde. Alors la ville de Paterson, avec ses rues peu fréquentées, ses murs de briques rouges et sa quiétude provinciale, ne pourrait-elle pas être le nord magnétique de la poésie américaine ? Escale obligée – semble-t-il – pour une foule de maîtres du verbe, de Ginsberg à Iggy Pop, ce cadre apparemment dépourvu de pittoresque et de distractions a inspiré le poète et romancier américain William Carlos Williams tout au long de sa carrière. Il est aussi la patrie d’un bien nommé Paterson, émule du précédent ; le lieu d'où il compose son œuvre dans le secret d’un carnet de notes, sans jamais se départir de son impassibilité. Citoyen en apparence quelconque d’une ville banale, Paterson trouve dans son train-train matière à émerveillement, transmutant les choses vues en vues singulières. Carnet de notes sur revêtement de ville Emboîtant les pas de ce scribe machiniste, Jim Jarmusch révèle le caractère ininterrompu du processus d’écriture : entre la cristallisation de l’inspiration et la fixation du texte sur le papier, les mots s’affichent, s’accumulent, s’agencent dans son esprit – et, pour nou

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"Go Home" : maison, dure maison

ECRANS | de Jihane Chouaib (Fr.-Sui.-Bel.-Lib., 1h38) avec Golshifteh Farahani, Maximilien Seweryn, François Nour…

Vincent Raymond | Mardi 6 décembre 2016

Longtemps après avoir dû quitter la maison familiale, une Libanaise exilée en Europe est de retour pour exhumer des souvenirs et élucider un mystère datant de son enfance malgré l’indifférence – voire l’hostilité du village. Creuser le passé comme on déblaye un sol jonché de détritus ; réinvestir sa maison pour se réapproprier son histoire… La métaphore choisie par Jihane Chouaib est plutôt transparente dans ce film à certains égards austère : silences, obscurité, intériorité, permanence d’un deuil, tension continue et surtout machisme latent. Dans ce village où règne la tradition du patriarcat, Nada l’héroïne est ignorée, tandis que son frère considéré comme un messie – guère surprenant, mais toujours consternant. La réalisatrice dépeint l’inconscient d’un pays marqué par la guerre, où le refoulé a encore de beaux jours devant lui grâce à l’omerta. Comédienne caméléon pour toutes les productions moyen-orientales, Golshifteh Farahani constitue davantage qu’une colonne vertébrale à ce film, hanté à chaque plan ou presque par sa beauté douloureuse ; elle en est quasiment la raison d’être.

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Caprice

ECRANS | Après le virage dramatique raté d’"Une autre vie", Emmanuel Mouret revient à ce qu’il sait faire de mieux, le marivaudage comique autour de son éternel personnage d’amoureux indécis, pour une plaisante fantaisie avec une pointe d’amertume. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 21 avril 2015

Caprice

L’ingrédient typique d’une bonne comédie pourrait se résumer à cela : prenez un individu ordinaire, plutôt bien dans sa vie et dans sa peau, puis faites lui traverser des épreuves dramatiques pour lui mais drôles pour le spectateur, avant de le ramener dans son environnement initial. Le discret culot dramaturgique de Caprice, le nouveau film d’Emmanuel Mouret, consiste à renverser ce schéma. Au départ, Clément (Mouret lui-même, retrouvant avec délectation son registre d’amoureux indécis et maladroit) est un instituteur pas franchement en veine : divorcé et gérant tant bien que mal la garde alternée de son fils, il passe ses soirées seul au théâtre à admirer Alicia (Virginie Efira), une actrice hors de sa portée sociale. Le bonheur va lui tomber dessus sans prévenir : non seulement Alicia s’éprend de lui, mais il séduit sans le vouloir une autre fille, Caprice (Anaïs Demoustier), aussi charmante qu’envahissante. Trop de bonheur Le problème de Clément, c’est donc que tout va (trop) bien et ce soudain accès de félicité provoque en retour atermoiements et culpabilité. Mouret ne fait ici que retrouver ce qui a toujours été son territoire de pr

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À trois on y va

ECRANS | Entre vaudeville et étude des indécisions sentimentales, Jérôme Bonnell livre sa vision du triangle amoureux dans un film qui ne manque ni de charme, ni de sincérité, mais de rigueur dans sa mise en scène et son scénario. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 24 mars 2015

À trois on y va

Charlotte vit avec Micha, mais elle aime en secret Mélodie. Or, Mélodie va tomber amoureuse de Micha, tentant de dissimuler cette aventure à Charlotte. Le triangle amoureux est-il un triangle isocèle ou équilatéral, à partir du moment où se retrouvent abolies les barrières de sexe et de genre ? La réponse à cette équation est dans le dernier film de Jérôme Bonnell, qui pourtant n’a que faire des mathématiques. Son cinéma reste obstinément dans le viseur d’une tradition bien française héritée de la littérature et du théâtre, avec cette petite musique qui lui sert de style depuis Le Chignon d’Olga jusqu’au Temps de l’aventure. Il y aura donc des amant(e)s dans le placard – ou sur le rebord de la fenêtre – comme dans tout bon vaudeville qui se respecte ; et si le téléphone portable et les SMS font ici figure de portes qui claquent, cette mise à jour n’occulte pas les ressorts boulevardiers du scénario. Plus originale est la matière humaine que pétrit Bonnell : celle de ses jeunes acteurs, en particulier Anaïs Demoustier, qui semb

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Une nouvelle amie

ECRANS | De François Ozon (Fr, 1h47) avec Romain Duris, Anaïs Demoustier, Raphaël Personnaz…

Christophe Chabert | Mardi 4 novembre 2014

Une nouvelle amie

Argument de vente déjà bien calé en une des magazines, la transformation de Romain Duris en femme dans le nouveau film de François Ozon est son attraction principale. Il faut prendre le mot "attraction" au pied de la lettre : non seulement un phénomène freak plutôt réussi (Duris a souvent joué sur son côté féminin, mais le film se plaît à mettre en scène ce grand saut d’abord comme un apprentissage maladroit, puis comme une évidence naturelle) mais aussi le centre d’une névrose obsessionnelle qui saisit Claire (formidable Anaïs Demoustier, aussi sinon plus troublante que son partenaire) lorsqu’elle découvre que le mari de sa meilleure amie choisit de se travestir après le décès de son épouse. Embarrassée, troublée et finalement séduite, elle accompagne sa mue tout en la guidant pour des motifs opaques – voit-elle en lui une « nouvelle amie » prenant la place de la précédente ou un pur objet de désir ? Autant de pistes formidables qu’Ozon ne fait qu’ébaucher, préférant jouer à l’auteur démiurge épuisant les possibles de son scénario. On passe ainsi sans transition de Vertigo à La Cage aux folles, de Chabrol à Mocky, de la peinture ironique à la

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Bird People

ECRANS | De Pascale Ferran (Fr, 2h07) avec Anaïs Demoustier, Josh Charles…

Christophe Chabert | Mardi 3 juin 2014

Bird People

Face à Bird People, on ne peut nier que Pascale Ferran a des idées sur le monde ; et même, sans trop se forcer, qu’elle en a quelques-unes concernant la mise en scène, puisqu’elle arrive à rendre sensuel un environnement qui ne l’est pas le moins du monde – les chambres et les couloirs d’un grand hôtel en bordure d’aéroport. Mais voilà, ces idées-là ne font pas une œuvre de cinéma aboutie, plutôt une ossature désincarnée qui juxtapose les choses plutôt que de les faire vivre et dialoguer entre elles. Ainsi de la construction du film : un diptyque qui suit d’abord un riche homme d’affaire en plein burn out, décidant de laisser en plan business et famille, puis une femme de ménage aliénée par son travail et qui parvient enfin à voler de ses propres ailes. Ferran se garde le meilleur pour la fin (la première partie est absolument sans intérêt, enfonçant des portes ouvertes sans style ni passion) mais même lorsqu’elle ose le fantastique, elle le leste d’une voix off gnangnan et d’un discours social écrasant sur la précarité plus forte que la liberté. Le film est ainsi entièrement à analyser selon ses intentions, les événements à l’écran n’étant que le prétexte pour

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Mélodie Richard : l’actrice

Théâtre / portrait | Depuis trois ans, Mélodie Richard enchaîne les expériences prestigieuses, tant au théâtre qu’au cinéma. À l’affiche cette semaine des "Revenants", la dernière pièce du metteur en scène Thomas Ostermeier, elle apparaît une nouvelle fois comme l’une des comédiennes les plus passionnantes de sa génération, promise à une belle carrière. Ça valait bien un portrait.

Aurélien Martinez | Mardi 4 février 2014

Mélodie Richard : l’actrice

Fin du printemps 2011. Un spectacle, créé au Théâtre de Vidy à Lausanne (et présenté en 2012 à la MC2), commence à faire parler de lui. Il s’agit de Salle d’attente du metteur en scène polonais Krystian Lupa, sur un texte fort du Suédois Lars Norén centré sur plusieurs figures en errance sociale. Une pièce montée avec des jeunes diplômés de grandes écoles de théâtre francophones qui permet au public de découvrir celle qui se retrouve en une, cette semaine, du Petit Bulletin : la comédienne Mélodie Richard. Sa présence, à la fois magnétique et vaporeuse, nimbe la création d’un mystère captivant, notamment grâce à un costume rouge vif (photo) qui la démarque du groupe. Surtout, quand certains de ses camarades de jeu forcent le trait pour rendre crédible leurs personnages de marginaux, elle incarne littéralement cette poétesse lunaire, sans en rajouter. Un rôle décisif qui lui permet ensuite de croiser d’autres metteurs en scène de renom comme Thomas Osteirmeier ou Christophe Honoré. Mais remontons d’abord le fil

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Beau comme du Beaupain

MUSIQUES | Chanson / Les chansons d'Alex Beaupain ont le don de faire passer des poignées de chiendent pour des bouquets d'oiseaux de paradis. Hier le cinéma (...)

Benjamin Mialot | Mercredi 15 mai 2013

Beau comme du Beaupain

Chanson / Les chansons d'Alex Beaupain ont le don de faire passer des poignées de chiendent pour des bouquets d'oiseaux de paradis. Hier le cinéma nombriliste et anachronique de Christophe Honoré, proclamé digne héritier de la Nouvelle Vague par le truchement d'un César de la meilleure musique. Aujourd'hui, la jalousie mal placée qui s'empare au lendemain d'une rupture de celui ou celle qui l'a prononcée, matière première d'Après moi le déluge, un single confondant de justesse et de naturel («Je sais c'est moi qui t'ai / Quitté, mais toi qui t'es / Pour penser qu'après moi / L'herbe repoussera ? / Après moi je veux / Qu'on soit malheureux»). L'album éponyme dont il est extrait est à l'avenant : plus encore que Pourquoi battait mon cœur, le disque qui voilà deux ans fit définitivement entrer cet élégant Bisontin dans la cour des grands romantiques de la variété (notamment grâce à Au départ, belle mise en r

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Syngué Sabour

ECRANS | D’Atiq Rahimi (Fr-All-Afghanistan, 1h42) avec Golshifteh Farahani, Hamidreza Javdan…

Christophe Chabert | Vendredi 15 février 2013

Syngué Sabour

Il faut reconnaître à Atiq Rahimi une bonne décision, peut-être la seule de cette auto-adaptation de son roman goncourisé : miser énormément sur son actrice principale, l’épatante Golshifteh Farahani, pour apporter une force d’incarnation très troublante à son personnage, une vie que le scénario, chargé d’intentions et de vouloir-dire, ne cesse de lui dénier. Car le discours de Rahimi pèse une tonne : il ne s’agit pas seulement pour cette femme de raconter le présent des événements à son époux dans le coma, mais aussi de révéler derrière le héros de guerre célébré le mari négligent et sourd au désir de sa compagne. Récit d’émancipation très théorique, dont l’horizon est beaucoup trop évident : dire que la femme afghane n’a pas encore gagné le droit d’exister en tant que femme. Le film se heurte aussi à son dispositif, qui n’arrive jamais à être tout à fait cinématographique. Rahimi a beau essayer d’aérer l’action, celle-ci revient toujours entre les quatre murs de la maison où elle se retrouve mise en mots, pure paraphrase des images. Un sujet traité en thèse, antithèse, synthèse, un rapport purement illustratif à la mise en scène, un zeste de bonne conscience : Syngué Sabou

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Deux histoires françaises

SCENES | Festival d'Avignon (2) / Nicolas Lambert et Christophe Honoré

Aurélien Martinez | Mercredi 11 juillet 2012

Deux histoires françaises

Matinée engagée ce mercredi 11 juillet, avec un passage par le Théâtre du Chêne noir (festival Off) pour découvrir Avenir Radieux, une fission française, deuxième volet de la (future) trilogie « bleu blanc rouge » de Nicolas Lambert consacrée aux « produits du terroir ». Après Elf, la pompe Afrique, spectacle à succès qui porte bien son nom, et avant une troisième création sur l’industrie de l’armement, Nicolas Lambert s’attaque au sujet sensible du nucléaire, et à la construction depuis une soixantaine d’années du mythe qui l’entoure (une énergie propre, sûre, qui permet l’indépendance énergétique...). Sur scène, il incarne tout un tas de personnages, du politicien au directeur de la filière nucléaire française, en passant par le citoyen lambda ou encore le journaliste, pour cerner au plus près son objet d'étude. Le tout en retranscrivant mot à mot les discours des acteurs en présence, issus de coupures de presse, d’archives télévisées, ou encore de verbatims. On croise donc sur scène Sarkozy vantant ses choix énergétiques, VGE

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Bleu blanc rouge

MUSIQUES | Treizième édition du traditionnel festival Paroles de chanteurs, temps fort de la saison musicale pour les amateurs de chanson française dite à texte. (...)

Aurélien Martinez | Mercredi 18 janvier 2012

Bleu blanc rouge

Treizième édition du traditionnel festival Paroles de chanteurs, temps fort de la saison musicale pour les amateurs de chanson française dite à texte. Jusqu’au samedi 28 janvier, on croisera ainsi sur la scène du Théâtre Sainte-Marie-d’en-Bas la jeune L (photo), qui viendra défendre le mercredi 25 son très estimable premier album Initiale, œuvre charnelle aussi riche niveau mélodique que littéraire. Le lendemain, c’est Joseph d’Anvers qui investira les lieux : un auteur-compositeur-interprète qui avait notamment collaboré avec Alain Bashung sur Bleu pétrole (la chanson Tant de nuits est de lui), et qui présentera Rouge fer, un troisième disque mariant habilement chanson et rock, à l’image de Ma peau va te plaire, titre d’ouverture… initialement écrit pour Bashung ! Et le vendredi, c’est le très clivant Alex Beaupain, compagnon de route du cinéaste Christophe Honoré (c’est lui qui fait pousser la chansonnette à Catherine Deneuve, Ludivine Sagnier, Louis Garrel et autres dans Les Bien-Aimés ou encore Les Chansons d’amour), qui ravira les aficionados d’une chanson très centrée sur l’amour et ses vicissitudes (« Je t

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Les Bien-aimés

ECRANS | De Christophe Honoré (Fr, 2h15) avec Catherine Deneuve, Chiara Mastroianni, Ludivine Sagnier…

François Cau | Mardi 12 juillet 2011

Les Bien-aimés

Une mère et sa fille. Dans les années 60, la mère (Ludivine Sagnier) fait la pute pour se payer des chaussures et tombe amoureuse d’un médecin tchèque qu’elle quitte au moment du Printemps de Prague. Au début des années 2000, la fille (Chiara Mastroianni) s’éprend d’un gay malade du sida, tandis que la mère (Catherine Deneuve) retrouve son amant de l’époque (Milos Forman). Plus que jamais, le cinéma de Christophe Honoré joue de la référence (Truffaut et ses romans cinématographiques sont les grands parrains du film) mais aussi de l’autoréférence : comme dans Les Chansons d’amour, Alex Beaupain a composé de pénibles intermèdes musicaux, sans doute ce qu’il y a de moins bien dans le film. Pénible aussi, la capacité d’Honoré dialoguiste à mettre dans la bouche de ses acteurs un texte bourré de poncifs sentencieux sur l’amour, la vie, le temps qui passe. Ratée enfin, l’évocation de l’époque : la reconstitution au début donne une sensation désagréable d’entre-deux, ni rigoureuse, ni fantaisiste, et quand le 11 septembre passe par là, on change vite de chaîne. Si Les Bien-aimés s’avère toutefois supérieur aux précédents Honoré, c’est grâce à l’énergie

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Homme au bain

ECRANS | De Christophe Honoré (Fr, 1h12) avec François Sagat, Chiara Mastroianni…

François Cau | Lundi 8 novembre 2010

Homme au bain

On ne voit que le scandaleux film de Valérie Donzelli La Reine des pommes pour égaler au prix du foutage de gueule 2010 cet Homme au bain du multirécidiviste Christophe Honoré. Il détourne ici une commande de court-métrage du Théâtre de Gennevilliers (et de son directeur, le redoutable Pascal Rambert : association de malfaiteurs !) tournant autour de l’acteur porno gay François Sagat pour en tirer un long grossièrement cousu avec un home movie en DV de la présentation new-yorkaise de Non ma fille tu n’iras pas danser (d’où la présence de Chiara Mastroianni !). Dans Homme au bain, il n’y a qu’une seule idée : faire du viril Sagat un amoureux fragile — ce qui ne l’empêche pas de rentrer dans tout ce qui bouge de sexe masculin, pendant que son ex jette son dévolu sur un soi-disant sosie d’Al Pacino. Le tous à poil général tient lieu de scénario, de mise en scène et de dialogue, agrémenté de deux moments politiques qui devraient logiquement faire rougir de honte l’auteur, en service commandé pour le PS. Ce cinéma français fier d’être vide, qui ne se regarde plus le nombril mais la bite, est pire que nul ; il est non avenu. CC

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Homme au bain

ECRANS | De Christophe Honoré (Fr, 1h12) avec François Sagat, Chiara Mastroianni…

François Cau | Vendredi 17 septembre 2010

Homme au bain

On ne voit que le scandaleux film de Valérie Donzelli La Reine des pommes pour égaler au prix du foutage de gueule 2010 cet Homme au bain du multirécidiviste Christophe Honoré. Il détourne ici une commande de court-métrage du Théâtre de Gennevilliers (et de son directeur, le redoutable Pascal Rambert : association de malfaiteurs !) tournant autour de l’acteur porno gay François Sagat pour en tirer un long grossièrement cousu avec un home movie en DV de la présentation new-yorkaise de Non ma fille tu n’iras pas danser (d’où la présence de Chiara Mastroianni !). Dans Homme au bain, il n’y a qu’une seule idée : faire du viril Sagat un amoureux fragile — ce qui ne l’empêche pas de rentrer dans tout ce qui bouge de sexe masculin, pendant que son ex jette son dévolu sur un soi-disant sosie d’Al Pacino. Le "tous à poil" général tient lieu de scénario, de mise en scène et de dialogue, agrémenté de deux moments politiques qui devraient logiquement faire rougir de honte l’auteur, en service commandé pour le PS. Ce cinéma français fier d’être vide, qui ne se regarde plus le nombril mais la bite, est pire que nul ; il est non avenu.CC

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Les Grandes personnes

ECRANS | d’Anna Novion (Fr, 1h24) avec Jean-Pierre Darroussin, Anaïs Demoustier…

François Cau | Vendredi 7 novembre 2008

Les Grandes personnes

Albert, père célibataire un rien trop protecteur, emmène sa fille Jeanne en vacance en Suède. Une fois arrivée, la famille décomposée se rend compte qu’elle va devoir cohabiter avec la propriétaire de la maison louée pour leur séjour et son amie française, suite à un malentendu. Tandis que Jean-Pierre Darroussin s’engonce dans le registre de bougon lunaire qui lui sied si bien au teint, Anaïs Demoustier tente de se soustraire à sa férule pour vivre sa vie d’ado. Une fois son socle narratif installé, Anna Novion opte de façon dommageable pour la demi-mesure : le récit ne sortira jamais des sentiers battus et s’acheminera vers son attendue conclusion, les confrontations entre les personnages s’opèreront sur un mode ludique mais toujours fugace, et le film ne se départira jamais de son statut de chronique évanescente en mode mineur, d’où émerge trop rarement une belle mélancolie. FC

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La belle personne

ECRANS | De Christophe Honoré (Fr, 1h30) avec Léa Seydoux, Louis Garrel…

François Cau | Vendredi 12 septembre 2008

La belle personne

De Christophe Honoré (Fr, 1h30) avec Léa Seydoux, Louis Garrel… Alors certes, l’intention ne manque pas d’un adorable panache quasi juvénile (démontrer que, contrairement à ce que prétend l’actuel chef de l’État, La Princesse de Clèves demeure pertinent à l’heure d’aujourd’hui), mais force est d’admettre que monsieur Honoré est en plein relâchement. En fait d’adaptation post-moderne du texte de Madame de Lafayette, Christophe Honoré nous livre ici un menu best-of assez indigeste de son cinéma (intermède chanté écrit par Alex Beaupain en option), ce qui ne nous aurait pas forcément déplu si le film avait moins donné l’impression d’avoir été bâclé, dans un souci assez cynique de capitalisation sur ses (maigres) acquis. Cadres foutraques, photo littéralement dégueulasse, dialogues à la limite de l’audible, confrontations à peine effleurées des niveaux de langage, inanité de la transposition contemporaine, le film nage dans un marasme artistique total. FC

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