"Baden Baden" : chronique d'un été

ECRANS | de Rachel Lang (Fr./Bel., 1h34) avec Salomé Richard, Claude Gensac, Swann Arlaud

Vincent Raymond | Mardi 3 mai 2016

Photo : © Cheval Deux Trois Tarantula


Concentré d'époque, Baden Baden appartient à cette catégorie de films ayant l'art de fixer une ambiance. Il tire sa substance originale non pas d'un dialogue brillant ou d'une construction scénaristique habile, mais de l'atmosphère qu'il parvient à restituer. À partir d'un argument ténu (le retour sur un coup de tête d'une jeune femme lisse de prime abord chez sa grand-mère à Strasbourg), la chronique d'un été particulier va se dérouler, au gré de séquences en apparence décousues, mais suffisamment allusives pour que l'on puisse recomposer dans les grandes lignes le passé compliqué de la protagoniste (ses amours éteintes, ses distorsions familiales…) comme son présent (une existence vaguement à la dérive).

Cette plongée dans la vie de l'inconnue qui nous est donnée pour héroïne se fait avec un minimum d'éléments ; une série de mises en situations jouant sur l'humour à froid et la longueur des plans. Il y a autant d'art chez l'auteure à échafauder ce puzzle, que de plaisir pour le spectateur à l'assembler. Quant au bout-à-bout de ces fragments, s'il ne délivre pas de réponse (puisqu'il n'y a pas de mystère à proprement parler), il nous donne l'impression de connaître, de comprendre un personnage. Et nous fait nous y attacher.

La “faute” en incombe à la comédienne Salomé Richard, étonnante garçonne en short (quasi sosie de la cinéaste), entourée par la jeune garde du cinéma français – Swann Arlaud, Olivier Chantreau. Une nouvelle génération se jette ici dans le grand bain ; elle pourrait bien faire des vagues…


Baden Baden

De Rachel Lang (Fr, Bel, 1h34) avec Salomé Richard, Claude Gensac, Swann Arlaud

De Rachel Lang (Fr, Bel, 1h34) avec Salomé Richard, Claude Gensac, Swann Arlaud

voir la fiche du film


Après une expérience ratée sur le tournage d'un film à l'étranger, Ana, 26 ans, retourne à Strasbourg, sa ville natale. Le temps d'un été caniculaire, elle tente de se débrouiller avec la vie.


entrez votre adresse mail pour vous abonner à la newsletter

Les "road movies" à toute vitesse

ECRANS | Retour aux activités pour le Ciné-Club de Grenoble, qui ouvre sa saison avec un cycle dédié au road movie, inauguré par deux projections au cinéma Juliet Berto. (...)

Damien Grimbert | Mardi 21 septembre 2021

Les

Retour aux activités pour le Ciné-Club de Grenoble, qui ouvre sa saison avec un cycle dédié au road movie, inauguré par deux projections au cinéma Juliet Berto. Si le temps n’a pas été tendre avec Easy Rider (1969), projeté mercredi 29 septembre, le film de Dennis Hopper a néanmoins ouvert la voie à toute une flopée de road movies contestataires nettement plus intéressants, comme Point Limite Zéro (1971), projeté mercredi 6 octobre. Film de poursuite d’un minimalisme épuré, le long-métrage de Richard C. Sarafian suit un anti-héros rude et désenchanté, fuyant les illusions perdues de son passé dans une longue course sans retour sous amphétamine à travers les Etats-Unis. Métaphore à peine voilée d’une contre-culture ayant déjà délaissé l’utopie en faveur du nihilisme, Point Limite Zéro fait partie des films qu’on n’oublie pas.

Continuer à lire

Soleil vert

Reprise | On s’en approche de plus en plus. En 1973, le film post-apocalyptique de Richard Fleischer apparaissait comme une dystopie du même acabit que La Planète (...)

Vincent Raymond | Mardi 6 octobre 2020

Soleil vert

On s’en approche de plus en plus. En 1973, le film post-apocalyptique de Richard Fleischer apparaissait comme une dystopie du même acabit que La Planète des Singes : on frissonnait pour rire sans y croire vraiment. Légèrement dépassé dix ans plus tard, Soleil vert revient comme un boomerang aujourd’hui, en particulier grâce sa visionnaire séquence d’ouverture résumant la course à l’abîme créée par la révolution industrielle. Pollution, désertification, famines, inégalités sur-creusées, ciel ocre et humains légalement asservis (coucou Uber). Ne manque qu’un élément faisant tout le sel de ce film se déroulant en 2022, c’est-à-dire demain, que le Pays Voironnais vous propose de découvrir gratuitement mercredi 14 octobre à 20h30 au Cap de Voreppe, dans le cadre du mois de la transition alimentaire. Bon appétit !

Continuer à lire

"Rêves de jeunesse" : conte… sur toi

ECRANS | de Alain Raoust (Fr., 1h32) avec Salomé Richard, Yoann Zimmer, Estelle Meyer…

Vincent Raymond | Jeudi 25 juillet 2019

Salomé quitte pour l’été sa coloc’ afin d’aller bosser dans la déchèterie du petit village de son enfance. Sur place, livrée à elle-même, elle renoue avec une partie de son passé et enchaîne des rencontres baroques. Dont celle d’une participante d’un jeu télé, échouée devant sa cahute… Les romans d’apprentissage illustrés ont toujours quelque chose d’attachant, surtout lorsqu’ils sont en phase avec la saison ; bien davantage s’ils touchent un public en osmose avec le sujet. En apparence soumis à une intrigue ténue portée par une héroïne discrète pour ne pas dire mutique (plus observatrice qu’actrice) squattant une camionnette abandonnée dans la solitude du mois d’août, Rêves de jeunesse tient plus des “Vacances de Monsieur Godot” que d’une fantaisie d’étudiants à la Klapisch ! Cependant, ce cadre rural où l’absurde surgit volontiers (rappelant le cinéma d’Alain Guiraudie) se révèle un creuset propice à la déconnexion et à l’introspection : Salomé peut poursuivre son histoire grâce au surgissement d’une fille en tout point opposée à ce qu’elle est et… "grandir". Période entre parenthèses, les vacances sont aussi un temps idéal

Continuer à lire

"Yesterday" : all you need is The Beatles

ECRANS | Un musicien sans succès se retrouve seul au monde à connaître le répertoire des Beatles et se l’approprie : sa vie change alors radicalement. Après "Steve Jobs", Danny Boyle reste dans l’univers Apple pour cette fable morale, musicale et nostalgique aux inspirations multiples.

Vincent Raymond | Lundi 1 juillet 2019

Jack Malik (Himesh Patel) a du succès à la guitare auprès de ses amis ; un peu juste pour vivre de ses chansons. Une nuit, un accident mystérieux le laisse le visage en vrac et riche d’un trésor : il s’est réveillé dans un monde où les Beatles n’ont jamais existé. Et lui seul connaît leurs chansons… Quel musicien n’a jamais rêvé (ou cauchemardé) connaître le sort de Jack Malick ? Puisque les Beatles, aux dires de John Lennon en 1966, étaient « plus populaires que Jésus », cela équivaudrait-il à se retrouver en position mosaïque, recevant les Tables de la Loi ? Débordant largement du registre musical, l’influence du groupe a été – et demeure – telle dans la culture contemporaine pop que son effacement pourrait légitiment causer un hiatus civilisationnel. Le postulat de départ est intellectuellement séduisant et, surtout, réjouissant pour les amateurs des Quatre de Liverpool. Ils savourent non seulement la renaissance du catalogue entier, mais ont droit en bonus à des surprises moins prévisibles et plus authentiquement émouvantes que celles parfumant d’habitude les biopics musicaux. Face A : Love me doux Le scénar

Continuer à lire

"Ray & Liz" : passé imparfait

ECRANS | De Richard Billingham (GB, 1h48) avec Ella Smith, Justin Salinger, Patrick Romer…

Vincent Raymond | Mardi 9 avril 2019

Lui est famélique et mutique ; elle, à tout point de vue, excessive. Il boit, elle fume. Vivant dans le quart-monde anglais des années 1980, ce couple dépareillé élève ses enfants à sa manière, entre maladresse, immaturité et désinvolture. Trois moments de leur existence relatés par leur fils… En 1996, alors qu’il débutait sa carrière de photographe, Richard Billingham avait déjà consacré un travail à sa famille, rendant compte de son caractère "extra-ordinaire". À l’époque, il avait pris conscience que cette démarche lui permettait de « [se] purifier (…) et, dès lors, d'avoir des relations normales avec les gens ». En transposant son histoire au cinéma, il parachève sans doute sa catharsis, sans jamais recourir aux grosses ficelles misérabilistes du pathos. Construits par fragments (un reste des instantanés photographiques ?) volontiers contemplatifs donnant à la durée son épaisseur, ce récit tragi-comique suintant d’alcool artisanal ne rechigne jamais à inscrire des éclats de voix ou de rire dans son architecture. Vu à hauteur de pré-adolescent, il rend compte d’une haute précarité sociale comme de l’éveil du jeune observateur à l

Continuer à lire

"Exfiltrés" : services extérieurs

ECRANS | L’exfiltration d’une djihadiste française repentie et de son fils orchestrée en marge des services de l’État. Emmanuel Hamon signe un très convaincant premier long-métrage aux confins de l’espionnage, du thriller et de la géopolitique contemporaine.

Vincent Raymond | Lundi 4 mars 2019

Prétextant des vacances en Turquie, Faustine a fui vers la Syrie avec son fils, laissant son époux Sylvain mort d’inquiétude. Mais le fils du patron de Sylvain effectuant des missions humanitaires dans la région va entreprendre les recherches pour les localiser. Une chance dans leur malheur… On devrait rechercher une corrélation entre l’âge auquel les cinéastes réalisent leur premier long-métrage et le nombre de kilomètres (ou de pays) que leurs protagonistes avalent – Newton a bien établi que les corps s’attiraient mutuellement en proportion de leur masse et de l'inverse du carré de leur distance ! Toute plaisanterie à part, ce désir "d’ailleurs" coïncide souvent avec des thématiques très éloignées des préoccupations auto-centrées mobilisant le cortex des néo-auteurs, davantage enclins à considérer leur nid que le monde les entourant. Comme l’expérimenté scénariste Thomas Bidegain avant lui pour Les Cowboys (2015), Emmanuel Hamon a trouvé dans le maelström géopolitique contemporain (et tout particulièrement dans la séduction mortifère exe

Continuer à lire

"Grâce à Dieu" : la voix est libre

ECRANS | D’une affaire sordide saignant encore l’actualité de ses blessures, François Ozon tire l’un de ses films les plus sobres et justes, explorant la douleur comme le mal sous des jours inattendus. Réalisation au cordeau, interprétation à l’avenant. En compétition à la Berlinale 2019.

Vincent Raymond | Mardi 12 février 2019

Lyon, années 2010. Fervent chrétien de quarante ans, Alexandre (Melvil Poupaud) découvre qu’un prêtre ayant abusé de lui lorsqu’il était jeune scout est encore au contact de mineurs. Il saisit donc la hiérarchie épiscopale et le cardinal Barbarin afin que le religieux soit écarté. Un long combat contre l’hypocrisie, l’inertie et le secret s’engage, révélant publiquement un scandale moral de plusieurs décennies… Il faut en général une raison impérieuse pour qu’un cinéaste inscrive à sa filmographie une œuvre résonant avec l’histoire immédiate. Surtout si l’originalité de son style, sa fantaisie naturelle et ses inspirations coutumières ont peu à voir avec la rigueur d’une thématique politique, sociétale ou judiciaire. De même que Robert Guédiguian avait fait abstraction de son cosmos marseillais pour Le Promeneur du Champ-de-Mars sur François Mitterrand, François Ozon pose son bagage onirique afin d'affronter un comportement pervers

Continuer à lire

Melvil Poupaud : « Dans "Grâce à Dieu", c’est plus l’institution qui est mise en cause que les personnes »

ECRANS | Dans le film de François Ozon "Grâce à Dieu", il incarne celui grâce auquel le scandale éclate enfin. Riche d’une carrière de plus de trente ans dans le cinéma (mais pas seulement), Melvil Poupaud enchaîne les partitions exigeantes et variées sans jamais se diluer. Conversation avec un comédien si précieux qu’il en devient indispensable…

Vincent Raymond | Mardi 12 février 2019

Melvil Poupaud : « Dans

Dans Grâce à Dieu, François Ozon a fait appel à vous pour la troisième fois. C’est toujours dans ses drames les plus réalistes. Est-ce le fait du hasard, ou bien discutez-vous ensemble de la manière dont il vous emploie ? Melvil Poupaud : Je ne sais pas, je serais effectivement curieux de savoir pourquoi il pense à moi pour des rôles toujours assez dramatiques. Dans ma carrière, je n’ai pas fait énormément de franches comédies – plutôt des comédies romantiques. Peut-être qu’il sent en moi un potentiel de tragédien… Mais je ne peux pas me plaindre : ce sont des rôles qui ont toujours marqué. Le Refuge [2010] était plus petit, mais Le Temps qui reste [2005] ou celui-ci marquent ma filmographie et mon expérience d’acteur. Je ne vais pas lui demander de changer de registre (sourire), ça me réussit plutôt pas mal. À tous les deux, d’ailleurs. Votre liberté dans le cinéma français est très singulière : vous épousez des rôles forts (prêtre suborneur chez

Continuer à lire

Une belle saloperie, « ce n’est pas du trash pour du trash »

Événement | Moins de 18 ans s’abstenir : du jeudi 17 au dimanche 27 janvier, l’association grenobloise RbGp propose la deuxième édition de son événement à caractère érotique lié au papier et à la microédition. Aux manettes, Richard Bokhobza, graphiste et éditeur, et Gaëlle Partouche, directrice de la librairie Les Modernes. Le premier nous en a dit un peu plus.

Alice Colmart | Lundi 14 janvier 2019

Une belle saloperie, « ce n’est pas du trash pour du trash »

« Tout de suite, le nom interroge ! » lance Richard Bokhobza de l’association grenobloise RbGp en présentant la manifestation gratuite Une belle saloperie, « émanation du Microsaloon, vivier de la microédition que l’on organise chaque année en mai ». Mais si le Microsaloon n’a pas de thème particulier, Une belle saloperie prend en l’occurrence un parti bien précis, puisque les expositions, les rencontres et l'installation interactive traitent d’érotisme. « On a une attirance pour l’immoralité, une volonté d’irrévérence. Tout tourne autour de l’imagerie du corps, sans censure ni limite. Mais ce n’est pas non plus du trash pour du trash ! » En effet, l’événement vise avant tout à détourner les stéréotypes autour de la pornographie. « Lorsque l’on parle d’érotisme, on pense à des endroits très identifiés autour de thématiques, à des lieux où l’on vend des sextoys… Ce n’est pa

Continuer à lire

"Un nouveau jour sur terre" : chic planète

ECRANS | de Richard Dale, Fan Lixin et Peter Webber (GB-Chi, 1h34) documentaire

Vincent Raymond | Jeudi 30 août 2018

24 heures de la vie… de la vie sur Terre. De l’aube au crépuscule, un florilège montrant l’influence de l’astre solaire sur le comportement de la faune et de la flore à travers les continents. Éclosion de varans, galopades de zèbres, combat de girafes, nage de paresseux et de manchots, escapade de souris et pousse du bambou… Une formidable diversité à l’équilibre précaire. Formant quasiment un genre à part entière, les documentaires pan-terrestres vantant les ch’tits zanimaux et la beauté de Nature (gourmandant au passage pour la forme la rapacité humaine) affluent sur les écrans, où ils rivalisent d’images spectaculaires inédites et/ou attendrissantes. Se peut-il qu’Un nouveau jour sur terre, orné de son label BBC, ait quelque chose de singulier à offrir ? Étonnamment, oui. Certes, si la forme et le propos n’ont rien de neuf, la collection d’instantanés sauvages tient la route ; il y a même d’authentiques parti pris de réalisation (le duel de girafes façon western), et un certain sens du suspense dans

Continuer à lire

Guillermo del Toro : « J’ai fusionné les dogmes catholiques avec les monstres »

ECRANS | Lion d’Or à Venise, Golden Globe et Bafta du meilleur réalisateur (en attendant l’Oscar qui devrait logiquement suivre) pour "La Forme de l’eau", Guillermo del Toro a hissé son art et ses monstres au plus haut degré d’excellence. Rencontre avec un maître du cinéma de genre adoubé par le gotha du cinéma mondial.

Vincent Raymond | Jeudi 22 février 2018

Guillermo del Toro : « J’ai fusionné les dogmes catholiques avec les monstres »

Quand vous avez reçu votre Lion d’Or à venise, vous avez dit « Si vous restez pur et fidèle à ce que vous croyez – et pour moi ce sont les monstres –, alors vous pouvez faire ce que vous voulez ». D’où vous vient cette fascination pour les monstres ? Guillermo del Toro : Tout d’abord, je veux revenir sur cette phrase : à Venise, ils avaient traduit "monsters" par "mustard", c’est-à-dire "moutarde" (rires), trouvant que c’était une métaphore géniale : « il aime les condiments ». Mais sinon pour moi, ça a commencé tôt, presque au berceau, quand j’avais deux ans. Mon psy dit que c’était un mécanisme d’inversion, tellement j’étais effrayé d’être né. Quand j’étais gosse, je me sentais étrange. Déjà, j’étais incroyablement mince – si si –, mes cheveux étaient extrêmement blonds, presque blancs, et j’étais tellement timide que je boutonnais ma chemise jusqu’au col. Je me battais si fréquemment que j’ai commencé à prendre du poids pour être capable de me défendre. Alors forcément, j’éprouvais de l’empathie pour les monstres : je voyais la

Continuer à lire

"La Forme de l'eau" : Guillermo del Toro en eaux tièdes

ECRANS | Synthèse entre "La Belle et la Bête" et un mélo de Douglas Sirk, ce conte moderne marque le triomphe de Guillermo del Toro, Lion d’Or 2017 à la Mostra de Venise, qui signe son film le plus consensuel, sans renoncer à ses marottes arty-trashy. Une transgression homéopathique mais un spectacle impeccable.

Vincent Raymond | Samedi 17 février 2018

États-Unis, début des années 1960. Jeune femme muette menant une existence monotone à peine égayée par ses caresses matinales et ses visites à son voisin homosexuel, Elisa travaille comme agent d’entretien dans un labo du gouvernement. Un jour, elle entre en contact avec un sujet d’expérience : un étrange être amphibie aux pouvoirs phénoménaux… Une créature que seuls les exclus et/ou les marginaux (les "âmes" innocentes bibliques) ont les ressources affectives pour accueillir et aider ; un méchant (irremplaçable Michael Shannon) ruisselant de cruauté, portant la haine sur son visage et la pourriture au creux du corps… Rien de bien nouveau sous la lune, mais on retrouve l’excitation de l’enfant aimant entendre pour la millième fois la même histoire avant de sombrer dans les bras de Morphée. Guillermo del Toro possède l’art de conter, et cette faculté de synthétiser des objets cinématographiques d’une remarquable rotondité : le moindre détail, qu’il soit plastique, narratif ou artistique, est toujours à sa place, et l’on suppose qu’il ne manque aucun bouton de guêtre entre l’idée de son film et sa réalisation. Revers de cette m

Continuer à lire

"Numéro Une" : Madame est asservie

ECRANS | Jusqu’où doit aller une femme pour conquérir un fauteuil de PDG ? Forcément plus loin que les hommes, puisqu’elle doit contourner les chausse-trapes que ceux-ci lui tendent. Illustration d’un combat tristement ordinaire par une Tonie Marshall au top.

Vincent Raymond | Mardi 10 octobre 2017

Cadre supérieure chez un géant de l’énergie, Emmanuelle Blachey (Emmanuelle Devos) est approchée par un cercle de femmes d’influence pour briguer la tête d’une grande entreprise – ce qui ferait d’elle la première PDG d’un fleuron du CAC 40. Mais le roué Jean Beaumel (Richard Berry) lui oppose son candidat et ses coups fourrés… Si elle conteste avec justesse l’insupportable car très réductrice appellation "film de femme" (dans la mesure où celle-ci perpétue une catégorisation genrée ostracisante des œuvres au lieu de permettre leur plus grande diffusion), la réalisatrice Tonie Marshall signe ici un portrait bien (res)senti de notre société, dont une femme en particulier est l’héroïne et le propos imprégné d’une conscience féministe affirmée. Peu importe qu’un ou une cinéaste ait été à son origine (« je m’en fous de savoir si un film été fait par une femme ou un homme » nous a d’ailleurs expliqué Marshall une interview) : l’important est que ledit film existe. Enquête de pouvoir Comme toute œuvre-dossier ou à thèse, Numéro Une ne fait pas l’économie d’un certain didactisme : le fi

Continuer à lire

Tonie Marshall : « Avec une réelle mixité, les répercussions sur la société seraient énormes »

ECRANS | Dans "Vénus beauté (institut)", elle avait exploré un territoire exclusivement féminin. Pour "Numéro Une", Tonie Marshall part à l’assaut d’un bastion masculin : le monde du patronat, qui aurait grand besoin de mixité, voire de parité…

Vincent Raymond | Mardi 10 octobre 2017

Tonie Marshall : « Avec une réelle mixité, les répercussions sur la société seraient énormes »

Comment en êtes-vous venue à vous intéresser à la (non-)place des femmes dans les hautes sphères du pouvoir ? Tonie Marshall​ : J’avais pensé en 2009 faire une série autour d’un club féministe, avec huit personnages principaux très différents. Chaque épisode aurait été autour d’un dîner avec un invité et aurait interrogé la politique, l’industrie, les médias, pour voir un peu où ça bloquait du côté des femmes. J’allais vraiment dans la fiction parce que ce n’est pas quelque chose dans lequel j’ai infusé. Mais je n’ai trouvé aucune chaîne que ça intéressait – on m’a même dit que c’était pour une audience de niche ! Mais vous n'avez pas abandonné... J’arrive à un certain moment de ma vie où non seulement ça bloque, mais l’ambiance de l’époque est un peu plus régressive. Moi qui suis d’une génération sans doute heureuse, qui ai connu la contraception, une forme de liberté, je vois cette atmosphère bizarre avec de la morale, de l’identité, de la religion qui n’est pas favorable aux femmes. De mes huit personnages, j’ai décidé de n’en faire qu’un et de le situer dans l’industrie. Parce qu’en généra

Continuer à lire

Hubert Charuel : « L’élevage est un métier de dévotion »

ECRANS | "Petit Paysan" deviendra-t-il grand cinéaste ? C’est bien parti pour Hubert Charuel, qui signe à 32 ans un premier long-métrage troublant. Entretien cartes sur étable.

Vincent Raymond | Lundi 28 août 2017

Hubert Charuel : « L’élevage est un métier de dévotion »

De quelle(s) épidémie(s) vous êtes-vous inspiré pour votre premier film Petit Paysan ? Hubert Charuel : La maladie du film est fictive : elle présente plusieurs symptômes de maladies réelles, mais qui se soignent. J’ai grandi pendant la période de vaches folles et de fièvre aphteuse. On était dans cet esprit de paranoïa : l’angoisse de mes parents, de ma famille, des amis aux alentours était totale, personne ne comprenait ce qui se passait. Les vétérinaires ne savaient pas ce qu’était Creutzfeldt-Jakob, n’avaient pas les résultats… Ça a vraiment choqué beaucoup de monde. Les abattages, c’est horrible : les gens arrivaient, on tuait tous les animaux, on creusait une fosse au milieu de la ferme, on brûlait les animaux sur place. Un traumatisme pour les éleveurs et les vétérinaires. Certains ne s’en sont pas remis de faire des abattages totaux à la chaîne. D’autres ne s’en pas remis financièrement. Quand on dit à l’éleveur qu’il va toucher des indemnités, c’est plus compl

Continuer à lire

"Petit Paysan" : de mal en pis

ECRANS | Un petit éleveur bovin tente de dissimuler l’épidémie qui a gagné son cheptel. Ce faisant, il s’enferre dans des combines et glisse peu à peu dans une autarcie paranoïaque et délirante. Une vacherie de bon premier film signée Hubert Charuel, à voir d’une traite.

Vincent Raymond | Lundi 28 août 2017

Difficile d’être plus en phase avec l’actualité qu’Hubert Charuel. Au moment où l’on s’interroge sur la pérennité des aides à l’agriculture biologique et où l’on peine à mesurer les première conséquences du énième scandale agro-industriel, son film nous met le nez dans la bouse d’une réalité alternative : celle des petits paysans. Ceux qui n’ont pas encore succombé, rongés par l’ingratitude de leur métier et les marges arrière de la grande distribution, ni été aspirés par leurs voisins, gros propriétaires fonciers ou de fermes automatisées – on en voit ici. Pierre est un petit paysan à la tête d’un domaine raisonnable – c’est-à-dire qu’il le gère tout seul, mais en lui consacrant tout son temps. Lorsqu'il détecte dans son troupeau des animaux malades d’une mystérieuse fièvre hémorragique, il redoute le pire : l’abattage de la totalité de ses bêtes. La dissimulation lui offre une illusion de répit, mais les conséquences ne font qu’aggraver le problème... Sans foin ni loi Le jeune réa

Continuer à lire

Le Microsaloon défend « une édition qui prend son temps »

Événement | Le Microsaloon, manifestation couteau suisse consacrée à la microédition, revient ce samedi 20 mai pour une troisième édition grenobloise. Temple à ciel ouvert de la sérigraphie, du fanzine et du "do it yourself" de l’édition, ce "saloon" prône un artisanat de qualité. Rencontre avec Gaëlle Partouche et Richard Bokhobza qui l'organisent.

Charline Corubolo | Mardi 16 mai 2017

Le Microsaloon défend « une édition qui prend son temps »

Samedi 20 mai aura lieu quartier Championnet à Grenoble la troisième édition du "saloon" de la microédition. Quelle est votre définition de la microédition ? Gaëlle Partouche et Richard Bokhobza : Il s'agit de la fabrication d’objets papier, que ce soit l’écriture, le dessin, le graphisme…, par des passionnés, qu’ils soient éditeurs indépendants, artistes ou pratiquants amateurs. Des objets produits ​de façon autonome et bien souvent artisanale. En résumé : livres, fanzines, affiches, tracts, dépliants... Les techniques tournent autour de la main : photocopie, sérigraphie, collage... C’est donc une édition qui prend son temps, qui a peu d’argent et qui favorise l’expression libre et les expérimentations, dans une idée de partage et de transmission des savoirs et des moyens de production.​ Quel est le but de ce "saloon" ? Il a pour vocation de présenter un large panel des productions papier d’ici et de maintenant, de faire découvrir la ​formidable (sur)

Continuer à lire

"Un profil pour deux" : (gentillet) Cyrano 2.0

ECRANS | de Stéphane Robelin (Fr.-All., , 1h40) avec Pierre Richard, Yaniss Lespert, Fanny Valette…

Vincent Raymond | Lundi 10 avril 2017

Depuis la mort de son épouse, Pierre vit reclus dans sa misanthropie et son appartement. Sa fille le confie aux soins du jeune Alex, afin qu’il l’initie à l’informatique. Le courant passe et bientôt Pierre décroche un rendez-vous sur un site de rencontres en ligne en affichant le portrait d’Alex… Nez en moins, cette transposition du thème de Cyrano de Bergerac est cousue d’un coquet fil blanc, dévidant sa pelote autour de la bobine de l’avenante Fanny Valette que convoitent les deux protagonistes. Malgré son envoûtante présence, le rythme trotte-menu de la bluette a tôt fait de nous entraîner dans une mollesse cotonneuse ; à peine en sort-on quelques instants grâce au lunaire Pierre Richard dont les étincelles poétiques ou les paillettes burlesques arrachent de tendre souvenirs ainsi que de maigres sourires. Gentil, donc.

Continuer à lire

"Paris pieds nus" : dernier tour de piste pour Emmanuelle Riva

ECRANS | Qui aurait cru que l’ultime film d’Emmanuelle Riva, récemment disparue et abonnée aux drames intimistes, serait une farce enfantine ? Noyade, valse, Canada et Pierre Richard sont au programme de ce conte aussi déglinguant que déglingué signé Fiona Gordon et Dominique Abel.

Julien Homère | Mardi 7 mars 2017

Bibliothécaire dégingandée, Fiona débarque de son Canada natal pour chercher sa tante Martha dans Paris et son dédale avec l’aide de Dom, SDF loufoque et séducteur. Voilà pour le début de l'histoire... Traversée d’une joie communicative, Paris pieds nus raconte les péripéties de deux clowns dans toute leur grâce d’êtres inadaptés, hors des conventions sociales. Son charme provient autant de la candeur des comédiens que de ses effets de mise en scène élégants et efficaces, servant à souligner un gag ou le révéler complètement. Il faut voir la scène où Dom s’enroule dans un câble électrique en plein restaurant, suivi d’un plan avec une fourchette s’entourant de spaghettis à une table voisine pour mesurer la force de ce mélange harmonieux entre le théâtre, le cirque et le cinéma. Humanité mon amour Travellings léchés, couleurs vives, cadres fixes blindés de détails, décors vivants et travaillés... : cette minutie esthétique s’accompagne d’un regard doux-amer sur l’Homme et ses bassesses. Chat de gouttière sans gène, Dom n’a ainsi aucun respect pour la mort et peut ruiner l’éloge funèbre d’une défunte à son enterrement.

Continuer à lire

"L'Étrangleur de Boston" : autopsie d'un serial killer

Reprise | Avant de se lancer dans une semaine de célébrations pour ses 50 ans, le Ciné-Club de Grenoble propose ce mercredi 8 mars un classique de Richard Fleischer sorti en 1968.

Julien Homère | Mardi 7 mars 2017

Pour l’ouverture de son cycle "Tueurs en série", le Ciné-Club de Grenoble propose L'Étrangleur de Boston de Richard Fleischer. Ce dernier, habitué aux séries B de triste mémoire en fin de carrière (Kalidor : la légende du talisman), fut pourtant l’artisan des meilleurs thrillers américains du début des années 1970 comme L’Étrangleur de la place Rillington et Les Flics ne dorment pas la nuit. Mais revenons-en à Boston. Après une fantaisie musicale, L’Extravagant Docteur Dolittle, Fleischer change complètement de registre en 1968. Il dirige alors Tony Curtis et Henry Fonda pour raconter la traque d’Albert de Salvo, meurtrier entre 1962 et 1964 d’une dizaine de femmes à Boston. Partant de ce fait divers, Fleischer déploie une mise en scène inventive, en constante prise avec la réalité qu’il scrute. La splendide photographie de Richard H. Kline et la construction complexe de ses cadrages portent à elles seules le sens psychanalytique de l’œuvre. Curtis y livre une interprétation

Continuer à lire

"First date" : quand Barack rencontre Michelle

ECRANS | de Richard Tanne (E.-U., 1h21), avec Parker Sawyers, Tika Sumpter, Jerod Haynes…

Vincent Raymond | Mardi 30 août 2016

Ah, la délicate pudibonderie du titre français – et cependant en anglais – "Premier rendez-vous" ! Une formule sibylline que les initiés décrypteront par : "Comment Barack a pécho Michelle…" Car Hollywood ne pouvait rester bien longtemps insensible aux charmes du couple présidentiel le plus décontracté et le plus glamour depuis les Kennedy ; il se devait de les "biopiquiser", histoire de dorer davantage leur légende – au moins, Richard Tanne a-t-il eu la décence d’attendre que le président parvienne au terme de son second mandat, pour éviter tout enjeu politique. L’on suit ici cette fameuse journée de 1989 où Barack, alors stagiaire de Michelle dans un cabinet d’avocats, parvient à convaincre la belle rétive à coup d’argumentations brillantes, d’éclatants sourires, de rentre-dedans et d’une visite dans le quartier où il a brillamment servi comme bénévole. Lui, un peu (de) gauche mais décidé, qui fume pour évacuer son stress ; elle, plus fragile qu’elle veut bien l’admettre, se pomponnant dans sa salle de bains avant le rendez-vous… En somme, une mignonne hagiographie se terminant par un baiser à la glace au chocolat. Alléluia.

Continuer à lire

"Sur quel pied danser"... ne sait pas sur quel pied danser !

ECRANS | de Paul Calori & Kostia Testut (Fr., 1h25) avec Pauline Etienne, Olivier Chantreau, François Morel...

Vincent Raymond | Mardi 5 juillet 2016

Que voilà un titre bien inspiré pour cette œuvre au séant certes remuant, mais ballottant entre deux sièges ! Portant la noble ambition de marier comédie musicale et film social en s’intéressant à la condition d’ouvrières de la chaussure flouées par leur immonde patron (pléonasme), elle rate son émulsion, sans parvenir non plus à mener aucun des deux projets artistiques à son terme. D’autant qu’osciller en permanence d’un conflit ouvrier traité au premier degré sur l’échelle Dardenne, au merveilleux évaporé et bariolé façon Demy, requiert du spectateur plus que de la souplesse : de la tolérance. Passons sur le fait que les séquences dansées pâtissent de cadrages étriqués et d’un montage dur comme une semelle ; que le premier chorus à l’usine souffre d’être comparé à Dancer in the Dark auquel il renvoie immanquablement, il reste encore une fausse bonne idée à déplorer : avoir confié à un aréopage de belles plumes (Jenne Cherhal, Albin de la Simone, Olivia Ruiz, Clarika…) le soin d’écrire paroles et musiques des chansons. Certes, la démarche participative est louable, mais le manque d’unité regrettable…

Continuer à lire

"Elvis & Nixon" : la rencontre improbable

ECRANS | de Liza Johnson (É.-U., 1h26) avec Michael Shannon, Kevin Spacey, Alex Pettyfer…

Vincent Raymond | Lundi 18 juillet 2016

À l’écran, les canailles authentiques et les immenses stars font d’épatants personnages : ils le sont déjà dans l’inconscient collectif. Leur aura habitant presque totalement le rôle, il ne reste souvent au comédien qu’un reliquat de job à accomplir. Certains feignants s’en accommodent, misant tout sur le seul mimétisme, à coups de grimaces et de maquillage. D’autres investissent l’intériorité de leur modèle, la personnalité davantage que le personnage. C’est le cas dans ce tête-à-tête insolite, mariage d’une carpe et d’un lapin à peine apocryphe, puisque le rockeur halluciné Elvis Presley a bien rencontré le président revêche Nixon pour lui proposer ses services comme "agent détaché du FBI", histoire de prémunir la jeunesse des ravages de la drogue – et d’avoir, surtout, un zouli insigne argenté. À peine grimés, Michael Shannon et Kevin Spacey évoquent les contours des deux figures historiques. Mais ce qu’ils dégagent se révèle infiniment plus précieux qu’une banale ressemblance. Cette réflexion sur les illusions des apparences, la vanité de la célébrité, du pouvoir ou de l’argent apparaît en filigrane tout au long du film, culminant lorsque le Chef du Monde libre se

Continuer à lire

Techno océanique avec DJ Richard et December

MUSIQUES | Ce samedi à l'Ampérage, la techno sera plus que de la techno. Et c'est tant mieux.

Damien Grimbert | Mardi 7 juin 2016

Techno océanique avec DJ Richard et December

Organisée conjointement par Hedone et Micropop, soit deux des collectifs techno grenoblois les plus aventureux en la matière, la soirée de ce samedi à l’Ampérage devrait réconcilier tous ceux qui attendent des musiques électroniques plus qu’un simple support monotone pour danser jusqu’à ce que la lassitude s’installe. Privilégiant l’investissement émotionnel et la puissance d’évocation à la fonctionnalité pure et simple, ses deux têtes d’affiches – DJ Richard et December – défendent en effet une vision de la techno radicalement différente du tout venant. Co-fondateur de l’excellent label new-yorkais White Material, le premier (en photo) est l’une des figures de proue de la scène "outsider techno" qui rassemble, comme son nom l’indique, des artistes évoluant en marge des clichés habituellement accolés au genre. Sorti l’an passé sur Dial Records, son premier album Grind est ainsi emprunt d’une nostalgie pour les atmosphères côtières de l’État de Rhode Island, dans le Nord-Est des États-Unis, qui l’a vu grandir.

Continuer à lire

"L’Origine de la violence" : Élie Chouraqui ose affronter le passé

ECRANS | Absent des écrans depuis presque une décennie, Élie Chouraqui revient avec un film inégal dans la forme mais prodigieusement intéressant sur le fond. Pas vraiment étonnant car il pose, justement, des questions de fond.

Vincent Raymond | Mardi 24 mai 2016

Comme beaucoup de cinéastes, d’artistes ou tout simplement d’êtres, Élie Chouraqui est double. Parfois il s’engage dans une veine sentimentale, dans le film-chorale “superficiel et léger” façon Les Marmottes ; parfois il montre sa face la plus tourmentée dans des œuvres graves, profondes – indiscutablement les plus réussies. Man on Fire (1989) ou Harrison’s Flowers (2000) constituent ainsi des repères précieux dans sa filmographie ; L’Origine de la violence pourrait les rejoindre – et ce en dépit d’une facture parfois un peu bancale, qu’un budget étriqué peut justifier. Bien qu’il s’agisse ici d’une adaptation d’un roman de Fabrice Humbert, l’œuvre en résultant s’avère éminemment personnelle ; une sorte de synthèse où il opère une réconciliation entre ses thèmes de prédilection : la famille, la mémoire et la guerre – pas n’importe laquelle, la Seconde Guerre mondiale. Partant questionner les silences intimes, les non-dits et les interdits (lors d’un voyage au camp de co

Continuer à lire

Bourgoin-Jallieu : quelles journées !

MUSIQUES | Il eut été difficile au festival berjallien Les Belles Journées de constituer un plateau rock indé plus attrayant que celui qui nous est présenté, qui plus est (...)

Stéphane Duchêne | Mardi 8 septembre 2015

Bourgoin-Jallieu : quelles journées !

Il eut été difficile au festival berjallien Les Belles Journées de constituer un plateau rock indé plus attrayant que celui qui nous est présenté, qui plus est pour son coup d'essai. C'est qu'outre Autour de Lucie, dont le statut d'icône d'une certaine pop indé en fait sans doute un peu le grand frère (ou sœur) de l'événement ; les cautions soulisantes que sont le Grenoblois Lull et le Lyonnais Sly Appolinaire, à qui on ne la fait plus ; 49 Swimming Pools dont les membres n'ont plus l'âge de la conduite accompagnée mais dont la pop reste fraîche comme une rose qui éclorait à l'infini ; et bien sûr H-Burns (consulter nos archives le concernant) ; c'est bien la jeune garde de la nouvelle (oui, encore) pop française

Continuer à lire

Cabaret frappé – jour 4 : écouter ou taper des mains

MUSIQUES | Pour la quatrième journée de festival, une soirée pop (au sens large) délimitée par deux groupes (Baden Baden et Shake Shake Go) aux conceptions musicales très différentes. Avec, au milieu, le folk de Neeskens.

Aurélien Martinez | Vendredi 24 juillet 2015

Cabaret frappé – jour 4 : écouter ou taper des mains

« C'est mignon » (un spectateur). Oui, c'est ça. De la musique naïve en quelque sorte, qui parle beaucoup d'amour, de nostalgie, de ressentis… Jeudi soir, le kiosque du Jardin de Ville a une nouvelle fois changé de couleur avec la pop élégante des cinq Français de Baden Baden. Une pop simple, humble même, sans effets de manche, pourtant solidement construite, notamment au niveau mélodique. C'était, comme le laissaient supposer leurs deux albums (qu'on vous invite à écouter si ce n'est pas déjà fait), très beau, même si l'heure de concert était un poil monocorde – beaucoup de morceaux se ressemblent. Côté public, avec une foule encore une fois importante devant le kiosque (revenu sous le soleil), ça a fonctionné avec, forcément, une ambiance plus calme qu'hier soir. Et tu tapes, tapes, tapes… À 22h30 sous le chapiteau, juste après Nees

Continuer à lire

Cabaret frappé : notre sélection

MUSIQUES | Les choses ont pas mal bougé à Grenoble ces derniers mois depuis l'élection d'un maire vert. Mais pas Cabaret frappé, festival d'été de la ville, si éco-citoyen que sa programmation semble être le fruit d'un tri de talents hautement sélectif. Exemples. La rédaction

Stéphane Duchêne | Mercredi 24 juin 2015

Cabaret frappé : notre sélection

Sallie Ford Avec Slap Back (littéralement "gifler en retour" ou "rendre une gifle"), la rockeuse vintage à lunettes Sallie Ford a laissé de côté le revival rock fifties et ses oripeaux de Buddy Holly 2.0 à chromosomes XX pour un garage rock à fort effet décapant sur lequel elle a entièrement pris les rênes après la séparation d'avec The Sound Outside – remplacé par un groupe 100% féminin. Et c'est un peu des Breeders – et même des Pixies parfois – en mode psychédélique que l'on entend au détour de ces pop songs cinglantes. SD Mardi 21 juillet, sous le chapiteau Vieux Farka Touré Digne fils de son père, la légende Ali Farka Touré, Vieux Farka Touré est davantage célébré aux États-Unis où l'on sait mieux que tout vient de là et donc du blues que dans nos contrées. Son album The Secret y avait fait un carton quand, sur Mon Pays, il célèbre tout à la fois son Mali natal – se désolant de ce qui s'y passe – en une approche transversale du blues que

Continuer à lire

Shaun le mouton

ECRANS | Les studios Aardman se sont transcendés avec cette adaptation des aventures de Shaun, dont Mark Burton et Richard Starzac respectent les partis pris initiaux (gags burlesques, rythme trépidant et pas une ligne de dialogue) en y ajoutant un esprit anar réjouissant. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 31 mars 2015

Shaun le mouton

La jeunesse, c’est l’âge de l’enthousiasme, des grands projets, de la vie libre et insouciante. Et puis le train-train quotidien s’installe, la routine du travail, des jours qui se ressemblent et des amis que l’on ne regarde plus. En cinq minutes déjà formidables, Shaun le mouton raconte ainsi comment un fermier passe de la joie d’élever son cheptel de moutons à l’application machinale d’un planning abrutissant pour lui, mais aussi pour ses animaux, proches de la dépression. À la faveur d’une publicité entrevue sur le flanc d’un bus, les moutons se prennent à rêver d’évasion, échafaudant un plan pour échapper à la surveillance de leur berger et de son chien Bitzer, lui aussi en plein relâchement. Commence alors une aventure débridée et impossible à décrire tant elle fourmille de trouvailles visuelles. On n’est pas des moutons ! Car Shaun le mouton, adaptation d’une série animée autour d’un personnage apparu dans Rasé de près, une des aventures de Wallace et Gromit, est avant tout un défi de mise en scène : raconter une histoire sans avoir recours aux dialogues, remplacés par des borborygmes et une gamme presque symphoniq

Continuer à lire

Indian Palace : Suite royale

ECRANS | De John Madden (Ang-Éu, 2h03) avec Dev Patel, Judi Dench, Maggie Smith, Richard Gere…

Christophe Chabert | Mardi 31 mars 2015

Indian Palace : Suite royale

Retour au Marigold Hotel avec ses sympathiques pensionnaires british du troisième âge et son truculent personnel autochtone, décidés à passer un braquet commercial en investissant dans un nouveau palace plus moderne et plus luxueux. Mais c’est plutôt "business as usual" dans cette suite sous tranxène, qui prend prétexte de la préparation d’un mariage indien pour multiplier les micro-intrigues toutes plus inintéressantes les unes que les autres sans jamais remettre en cause son caractère néo-colonial. Exemple ultime de ce qu’est aujourd’hui le cinéma pour seniors (qu’ont-ils fait pour qu’on leur réserve de telles purges ?), Indian Palace en reprend la grande idée : la vieillesse n’est ni un naufrage, ni un crépuscule, mais une deuxième jeunesse. Perspective rassurante qui permet du coup de laisser de côté toutes les questions qui fâchent : la perte d’autonomie physique, le corps plus à la hauteur d’un désir toujours vif et surtout la mort, que le film balaie d’une pichenette scénaristique assez honteuse. Les danses bollywoodiennes, les pitreries d’un Dev Patel en passe de rafler le trophée de pire acteur de l’année après sa performance anémiée dans

Continuer à lire

"Avant que j’oublie" : Vanessa van Durme, la mémoire dans le cœur

Théâtre | Avec tendresse et humour, la comédienne et auteure Vanessa van Durme et le metteur en scène Richard Brunel ont imaginé un spectacle touchant sur le dialogue difficile entre une fille et sa mère atteinte d’Alzheimer. Une belle aventure judicieusement baptisée "Avant que j’oublie".

Aurélien Martinez | Mardi 3 mars 2015

En 2008, on découvrait à la Rampe d’Échirolles Regarde maman, je danse, très beau spectacle de la comédienne belge Vanessa van Durme qui expliquait comment enfant, le petit garçon qu’elle était voulait à tout prix devenir une fille – elle se fera opérer à l’âge adulte. Une grande réussite qui se prolonge aujourd’hui avec Avant que j’oublie, Vanessa van Durme continuant ce dialogue littéraire amorcé avec sa mère des années plus tôt. Une « ombre » de mère aujourd’hui atteinte de maladie d’Alzheimer. « Heure après heure, une main douce et invisible efface tout souvenir, tout événement. » On est dans une autre temporalité, loin de l’incompréhension des débuts, lorsque la mère était violemment déboussolée par les envies de « son garçon qui a si mal grandi », perdant finalement contact avec. Il n’est du reste pas fait référence tout de suite à ce changement de sexe dans le spectacle, le point de tension dramatique se situant ailleurs, dans cette nouvelle renc

Continuer à lire

Boyhood

ECRANS | Pari fou de Richard Linklater : filmer pendant douze ans Ellar Coltrane, de son enfance à sa sortie de l’adolescence, dans un film hautement romanesque et souvent bouleversant qui montre la naissance d’un personnage et d’un comédien dans un même geste d’une grande force cinématographique. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 22 juillet 2014

Boyhood

En 2001, Richard Linklater tournait Waking life, drôle de film d’animation en forme de rêverie documentaire et philosophique. Dans une des séquences, deux filles discutaient dans un café et l’une d’entre elles disait ceci : « On pense à une image de soi bébé et on dit : "C’est moi." Pour faire le lien entre cette image et ce que l’on est aujourd’hui, on doit inventer une histoire : "C’est moi quand j’avais un an ; plus tard, j’ai eu les cheveux longs, puis nous avons déménagé à Riverdale et me voilà !" Il faut une histoire, une fiction pour créer cette connection entre nous et ce bébé, pour créer notre identité. » 2001, c’est le moment où Linklater commence à tourner Boyhood, qu’il achèvera douze ans plus tard. Impossible aujourd’hui de ne pas voir dans ce film unique et hors norme la mise en pratique de cette théorie de l’identité évoquée dans Waking life. Ces douze années – et les 165 minutes du film – c’est le temps nécessaire pour raccorder, par le biais d’une fiction, l’image du jeune Ellar Coltrane, gamin insouciant traversant les rues sur son vélo, de celle du même Coltrane, jeune adulte tout juste débarqué à l’université, regar

Continuer à lire

The Double

ECRANS | De Richard Aoyade (Ang, 1h33) avec Jesse Eisenberg, Mia Wasikowska…

Christophe Chabert | Vendredi 25 juillet 2014

The Double

Cette adaptation du roman de Dostoïevski brille d’abord par la pertinence de ses parti-pris visuels : Richard Aoyade a en effet choisi de ne pas choisir entre la reconstitution et l’actualisation du livre, préférant inventer un monde qui renvoie autant à la bureaucratie soviétique qu’au futur orwellien de 1984. Au milieu de cet univers gris et pré-technologique vit Simon, triste employé de bureau frustré et voyeur, qui voit débarquer un jour son double, James, bien décidé à prendre sa place et à séduire la femme qu’il épie depuis sa fenêtre. On pourrait énumérer les références conscientes ou inconscientes qui défilent dans le film (Brazil, Délicatessen, Le Locataire) mais cela ne ferait que souligner ce qui devient le défaut le plus évident de The Double : il s’enferme rapidement dans un exercice de style où la forme, soumise à un contrôle maniaque (lumières, cadres, mouvements de caméra, sans parler d’une bande-son très spectaculaire dans son accumulation de détails) prend le pas sur le récit. Aoyade vise manifestement le film-cerveau en droite ligne de Kubrick, Polanski ou des Coen, mais il ne produit qu’un objet froid et répétitif.

Continuer à lire

Mélodie Richard : l’actrice

Théâtre / portrait | Depuis trois ans, Mélodie Richard enchaîne les expériences prestigieuses, tant au théâtre qu’au cinéma. À l’affiche cette semaine des "Revenants", la dernière pièce du metteur en scène Thomas Ostermeier, elle apparaît une nouvelle fois comme l’une des comédiennes les plus passionnantes de sa génération, promise à une belle carrière. Ça valait bien un portrait.

Aurélien Martinez | Mardi 4 février 2014

Mélodie Richard : l’actrice

Fin du printemps 2011. Un spectacle, créé au Théâtre de Vidy à Lausanne (et présenté en 2012 à la MC2), commence à faire parler de lui. Il s’agit de Salle d’attente du metteur en scène polonais Krystian Lupa, sur un texte fort du Suédois Lars Norén centré sur plusieurs figures en errance sociale. Une pièce montée avec des jeunes diplômés de grandes écoles de théâtre francophones qui permet au public de découvrir celle qui se retrouve en une, cette semaine, du Petit Bulletin : la comédienne Mélodie Richard. Sa présence, à la fois magnétique et vaporeuse, nimbe la création d’un mystère captivant, notamment grâce à un costume rouge vif (photo) qui la démarque du groupe. Surtout, quand certains de ses camarades de jeu forcent le trait pour rendre crédible leurs personnages de marginaux, elle incarne littéralement cette poétesse lunaire, sans en rajouter. Un rôle décisif qui lui permet ensuite de croiser d’autres metteurs en scène de renom comme Thomas Osteirmeier ou Christophe Honoré. Mais remontons d’abord le fil

Continuer à lire

L’éternel retour d’Ostermeier

SCENES | Qu’on se le dise, la présentation du travail de Thomas Ostermeier est toujours un événement, quand bien même ce n’est plus aussi rare qu’auparavant. (...)

Nadja Pobel | Mardi 4 février 2014

L’éternel retour d’Ostermeier

Qu’on se le dise, la présentation du travail de Thomas Ostermeier est toujours un événement, quand bien même ce n’est plus aussi rare qu’auparavant. Habitué à faire deux à trois créations par an à la Schaubühne, le théâtre berlinois qu’il dirige depuis quatorze ans, ou dans des festivals internationaux, l'Allemand a franchi le pas de la mise en scène en français. Un exercice que bien des salles lui réclamaient depuis déjà longtemps et auquel il semble s’être plié avec un enthousiasme modéré. S’il s’est attaché à son auteur fétiche, Ibsen, dont il monte là une sixième pièce, il a choisi un texte qui, certes, a fait scandale à son époque et a été interdit, mais est plus psychologisant et moins politique que ne le sont les glaçants Hedda Gabler, Une maison de poupée ou l’époustouflant Un ennemi du peuple. Et surtout, comme à son habitude, il "contemporanise" le texte, sans aller ici jusqu’au bout de son idée, ne donnant pas au plateau d’indications temporelles claires. Difficile de dater la période dans laquelle il transpose le récit – traduit par Olivier Cadiot – ou de s’imaginer le décor intéri

Continuer à lire

Andrevon au pays du soleil vert

ECRANS | Il le dit lui-même : c’est un « monstre » dont il va accoucher, et comme souvent dans ces cas-là, l’accouchement n’est pas facile ! L'écrivain (mais pas (...)

Christophe Chabert | Mercredi 30 octobre 2013

Andrevon au pays du soleil vert

Il le dit lui-même : c’est un « monstre » dont il va accoucher, et comme souvent dans ces cas-là, l’accouchement n’est pas facile ! L'écrivain (mais pas que) isérois Jean-Pierre Andrevon s’apprête en effet à sortir aux éditions Rouge profond une somme de plus de 1000 pages retraçant cent années de cinéma fantastique et de science-fiction, et il devait fêter sa naissance ce 7 novembre à la Cinémathèque. Mais voilà, la sortie a pris du retard – mi-novembre, a priori ; la soirée est toutefois maintenue, et c’est tant mieux car Andrevon y présentera le formidable Soleil vert de Richard Fleischer. Joyau du cinéma d’anticipation américain des années 70, Soleil vert raconte, dans un futur pas si lointain, comment un flic – Charlton Heston, pas encore icône de la NRA mais acteur-producteur dans des films plutôt progressistes – découvre en enquêtant sur un meurtre que le gouvernement règle le problème de la surpopulation en nourrissant les pauvres avec… leurs propres congénères, transformés en barres protéiniques. C’est le «soleil vert» du titre, même si en Anglais, le mensonge est plus explicite

Continuer à lire

Il était temps

ECRANS | Richard Curtis, le maître de la comédie romantique anglaise, réussit un parfait film en trompe-l’œil. Derrière l’humour, la romance et le concept du voyage dans le temps, "Il était temps" est une méditation touchante sur la transmission entre les pères et les fils. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 30 octobre 2013

Il était temps

Pendant la première heure d’Il était temps, tout paraît un peu trop clair au spectateur : Tim, post-ado roux et maladroit avec les filles, arrivé de son Sussex tempétueux vers la très branchée city londonienne, se voit offrir un don extraordinaire, celui de voyager dans le temps. Il peut ainsi rectifier ses erreurs en recommençant autant qu’il le veut les moments décisifs de son existence. Richard Curtis, à qui l’on doit Love actually et les scénarios de Notting Hill et Cheval de guerre, fait ainsi se rencontrer le genre dans lequel il excelle, la comédie romantique, et une veine plus conceptuelle, rappelant celle d’Un jour sans fin. Que l’affaire soit très bien écrite, avec des seconds rôles pittoresques et un excellent couple d’acteurs principaux – le peu connu Domnhall Gleeson et la fameuse Rachel MacAdams – relève de l’évidence, et on se demande si l’ami Curtis ne déroule pas un peu trop tranquillement un savoir-faire désormais rodé.

Continuer à lire

Before midnight

ECRANS | De Richard Linklater (ÉU-Grèce, 1h48) avec Julie Delpy, Ethan Hawke…

Christophe Chabert | Vendredi 21 juin 2013

Before midnight

Tous les neuf ans, Linklater, Delpy et Hawke reviennent prendre des nouvelles du couple qu’ils ont inventé avec le film Before Sunrise : après la rencontre, après les retrouvailles, voici le temps du bilan. Céline et Jesse sont mariés, ils ont deux jumelles, et passent leur été sur une île grecque dans une résidence pour écrivains. Before midnight fonctionne à nouveau sur une unité de temps (une journée) mais Linklater et ses deux comédiens-scénaristes radicalisent un peu plus leur dispositif cinématographique : le film n’est constitué que de grands blocs de dialogues tournés en plans-séquences dont le plus "spectaculaire" dure 14 minutes, et se déroule entièrement dans une voiture en mouvement. Ces longues discussions, où les conflits peuvent être larvés ou ouverts, où ce qui s’exprime clairement est aussi important que les hésitations et les atermoiements des personnages, et où la mise en scène cherche à se rendre invisible – la grande scène de dispute à l’hôtel prouve pourtant qu’elle est souveraine, des seins dénudés de Julie Delpy à ses entrées et sorties faussement théâtrales – ne sont futiles qu’en apparence. Before midnight pose avec ac

Continuer à lire

Un geste, un rien

ARTS | Expo collective / Formes variées, médiums variés : l’exposition collective Outsider (un geste à part) exploite à l’envi la possibilité de confronter des œuvres (...)

Laetitia Giry | Vendredi 19 avril 2013

Un geste, un rien

Expo collective / Formes variées, médiums variés : l’exposition collective Outsider (un geste à part) exploite à l’envi la possibilité de confronter des œuvres qui n’ont apparemment rien à voir entre elles. Les regrouper sous le principe du « geste à part » relève d’une belle tautologie, tant chaque création et chaque œuvre est toujours un « geste à part » – et n’est sinon pas grand-chose. Mais on a ici affaire au geste à part considéré comme geste fou, geste du fou, conséquence de la folie. Cela précisé, on peut apprécier les différentes saillies proposées... Celles d’artistes confirmés : d’une vidéo tendue mettant en scène le jeu du couteau (dont la pointe sautille dangereusement entre les doigts du joueur) de Marina Abramovic à celle d’un clip et d’une chanson détournés par Pipilotti Rist. Celles aussi d’artistes moins présents sous les feux de la rampe artistique mais parfaitement honorables : ainsi par exemple de Richard Fauguet et sa table de ping pong trouée, dont chaque trou vient (dé)matérialiser l’impact, faire suite ou rendre visibles les conséquences possibles d’un geste.

Continuer à lire

Viva Italia

MUSIQUES | Après From Bach to Piazzola l'an dernier à la MC2, qui le voyait faire un grand écart résumant parfaitement son parcours d'accordéoniste aux multiples (...)

Aurélien Martinez | Vendredi 11 janvier 2013

Viva Italia

Après From Bach to Piazzola l'an dernier à la MC2, qui le voyait faire un grand écart résumant parfaitement son parcours d'accordéoniste aux multiples influences, Richard Galliano vient cette fois à Grenoble présenter un projet né discographiquement en 2011 : un hommage aux musiques de Nino Rota, incontournable compositeur de musiques de films. Italiens bien entendu, puisqu'il fut le compositeur attitré de Fellini (La Strada, I Vitteloni, Amarcord) mais pas que, puisqu'il fut également l'auteur de la musique du Parrain de Coppola (certes, on reste largement sous bannière italienne). En s'attaquant à ce répertoire, Galliano opérait et opère donc toujours un retour à ses racines. Un projet déjà tenté il y a fort longtemps mais qui n'avait pas pris – sans doute le musicien, et d'après l'intéressé, le public aussi, avaient-ils besoin de mûrir tous deux ce projet qui est aussi celui d'une vie. Celui du gamin qui, un jour, vit La Strada avec son père et ne s'en remit jamais, littéralement abasourdi par le film et la musique qui s'en échappait. SD Richard Galliano –

Continuer à lire

Cogan

ECRANS | Exemple parfait d’une commande détournée en objet conceptuel, le nouveau film d’Andrew Dominik (réalisateur de "L’Assassinat de Jesse James") transforme le thriller mafieux en métaphore sur la crise financière américaine. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Jeudi 29 novembre 2012

Cogan

Brad Pitt en blouson de cuir avec un fusil à canon scié : c’est l’affiche de Cogan, et tout laisse à penser que ça va envoyer du bois. Générique : alors qu’on entend une déclaration de Barack Obama durant la campagne de 2008, une silhouette s’avance sous un hangar pour déboucher sur un terrain vague. Est-ce Brad ? Non, juste un petit voyou venu monter un coup avec un autre gars de son engeance. S’ensuit un dialogue coloré qui laisse à penser que ce Cogansera en définitive plutôt dans une lignée Tarantino – Guy Ritchie. Un braquage en temps réel, filmé avec une certaine tension même si l’enjeu paraît étrangement dérisoire, contribue à brouiller encore les pistes. Quant à la star, au bout de vingt minutes, on ne l’a toujours pas vue à l’écran. Lorsqu’elle débarque, c’est pour aller s’enfermer dans une voiture et discuter à n’en plus finir avec un type en costard cravate officiant pour les pontes de la mafia (génial Richard Jenkins, au passage). À cet instant, le spectateur doit se rendre à l’évidence : Cogan n’est pas plus un polar que le précédent film d’Andrew Dominik, L’Assassinat de Jesse James, n’était un western. En bon cinéaste arty

Continuer à lire

Stars 80

ECRANS | Projet improbable emmené par l’équipe d’"Astérix aux jeux olympiques" autour de la réunion de vieilles gloires du "Top 50", "Stars 80" fascine par son envie farouche d’être aussi médiocre que son pitch. Y avait-il une autre issue ? Peut-être… Christophe Chabert

Christophe Chabert | Lundi 22 octobre 2012

Stars 80

Si tant est qu’on aime le cinéma et la musique, il n’y a aucun espoir au moment où l’on franchit les portes de Stars 80 : ce sera affreux, il ne peut pas en être autrement. Imaginer Thomas Langmann aux commandes d’une fiction retraçant l’histoire vraie de deux producteurs qui décident de monter un show avec les vedettes du Top 50 dans les années 80 (quelques noms, juste pour mesurer l’enfer : Début de soirée, Jeanne Mas, Sabrina, Émile et Images…), c’est déjà une sorte de cauchemar. Et pourtant, à la vision du film, quelque chose d’étrange se produit : Stars 80 n’est pas bon, nos yeux piquent et nos oreilles saignent à de nombreuses reprises durant ses 110 minutes, mais on se dit qu’on passe toujours à deux doigts d’une improbable réussite. Il suffit pour cela de se rappeler qu’il y a deux mois sortait Magic Mike ; sur le papier, l’idée est proche : raconter le passé de strip-teaseur de Channing Tatum, et dresser la chronique d’un groupe humain soudé par un métier alimentaire qu’ils exercent pourtant avec professionnalisme et dignité. Scénaristique

Continuer à lire

Pop up

MUSIQUES | On pourrait tenir sur Baden Baden (photo) le même discours que sur Kid North. Mais ce serait faire preuve de mauvaise foi. Il y a dans la musique de ces (...)

Stéphane Duchêne | Vendredi 14 septembre 2012

Pop up

On pourrait tenir sur Baden Baden (photo) le même discours que sur Kid North. Mais ce serait faire preuve de mauvaise foi. Il y a dans la musique de ces Parisiens, qui assument d'ailleurs à l'occasion l'exercice casse-gueule du chant en français, une finesse d'écriture qui ne cherche pas l'amour au premier regard. Plutôt à s'installer dans la durée et à varier les plaisirs : pop, ballades folk, tentations post-rock, Baden Baden, c'est un peu la pop de l'Atlantique à l'Oural. Et puis on ne va pas faire la fine bouche devant une scène française qui fait preuve d'autant de dynamisme. À l'image de The Bewitched Hands, co-leaders avec The Shoes et Yuksek d'une scène rémoise pour le moins surprenante. Là encore, pas question de pop prémâchée – ce qui ne l'empêche pas à l'occasion de s'avaler tout rond – mais une véritable recherche de la sophistication dont il n'a jamais été prouvé de toute façon qu'elle était l'ennemi de la séduction, du moment que l'on sait en user avec intelligence. SD

Continuer à lire

La boîte du diable

MUSIQUES | Tous les instruments de musique n’ont pas la même noblesse : bien souvent, le piano à bretelle évoque une vision prolétaire et champêtre, un ami proche du Tour de France. Une réputation que l’accordéoniste Richard Galliano a fait voler en éclat en réhabilitant le mal-aimé sur la scène mondiale. Régis Le Ruyet

Régis Le Ruyet | Vendredi 24 février 2012

La boîte du diable

L’image de Richard Galliano est attachée à la Vie violence du boxeur des mots Nougaro, pour qui il a écrit un Tango pour Claude à vous arracher des larmes. Mais sa filiation a plus à voir avec la côte argentine que son passé d’accompagnateur de la chanson française. C’est en 1983 qu’il rencontre et devient ami avec Astor Piazzolla, le maître du tango argentin. Dix ans après, guidé par le génial inventeur du Nuevo tango, il cuisine avec persévérance des racines de swing et de java dans un bouillon de jazz. Et ressort de la marmite un New musette débarrassé de la cocarde. Ce disque au titre de manifeste le distingue comme meilleur musicien de jazz de l’année 93. Après avoir ensemencé les terres du jazz, sa notoriété lui permet en 2009 d’enregistrer l’album Bach sur le prestigieux label Deutsche Grammophon. Un opus où il insuffle le swing aux partitions du Kantor de Leipzig. Faire d’une particularité une richesse Dès lors, Richard Galliano considère que jouer ces mélodies du génie allemand sur cet instrument inconnu montre l’universalité et encore plus l’intemporalité de sa musique. Non sans provocation, il aime assimiler la boî

Continuer à lire

La Dame de fer

ECRANS | De Phyllida Lloyd (Ang-Fr, 1h45) avec Meryl Streep, Jim Broadbent, Richard E. Grant...

Aurélien Martinez | Vendredi 10 février 2012

La Dame de fer

Le pire était donc à venir. Après vingt années de terres brûlées économiques et sociales, Margaret Thatcher méritait bien un film. Mais comment approcher une figure si radicale et contestable, quand l'intéressée est encore en vie et qu'on a pour CV l'affreuse adaptation de Mamma Mia ? Par le micro bout de la lorgnette, en traitant tout, l'Histoire, les conflits, le terrorisme, les syndicats mis en pièces, l'ascension politique, le pouvoir, depuis l'intime et le souvenir. Vaguement féministe en insistant lourdement sur ce monde exclusivement masculin qu'elle intègre, cette Dame de fer n'existe que par sa relation avec feu son mari et ses regrets familiaux, contradiction parfaite de ses ambitions que l'âge rend douloureux. Problème, le reste, jamais critiqué ni discuté, glisse alors comme une anecdote dérisoire, à l'image de ces plans d'une manifestation sanglante se reflétant sur les vitres d'une voiture où Thatcher est protégée loin de la réalité. Scandaleux ou involontairement terrifiant. Jérôme Dittmar

Continuer à lire

La fuite en avant

SCENES | Pari risqué pour le Tricycle, qui a programmé pour deux semaines une compagnie de Poitiers totalement inconnue à Grenoble, avec de surcroît un spectacle basé (...)

Aurélien Martinez | Vendredi 20 janvier 2012

La fuite en avant

Pari risqué pour le Tricycle, qui a programmé pour deux semaines une compagnie de Poitiers totalement inconnue à Grenoble, avec de surcroît un spectacle basé sur un texte lui aussi peu connu. Les premières représentations se sont donc déroulées avec très peu de public (tout juste huit spectateurs le soir où nous y étions). Dommage, car La Bouche pleine de terre, du Théâtre Sabir, est une proposition exigeante aussi passionnante que jusqu'au-boutiste. Richard Sammut s’est ainsi attelé au poème du Monténégrin Branimir Scepanovic, œuvre charnelle et fulgurante évoquant une chasse à l’homme en pleine nature lancée par hasard, et qui se terminera de façon presque mystique. Comment figurer cette course effrénée sur un plateau de théâtre ? En plongeant le corps d’un danseur dans une scénographie sombre et ingénieuse, ce dernier matérialisant toutes les tensions du récit que deux comédiens transmettent de chaque côté de la scène (l’un s’intéressant au fuyard, l’autre aux poursuivants, Scepanovic alternant continuellement les points de vue, comme une opposition sans issue). À découvrir jusqu’au samedi 28 janvier au Théâtre 145. AM

Continuer à lire

La Meute

ECRANS | De Franck Richard (Fr-Belg, 1h25) avec Émilie Dequenne, Benjamin Biolay, Yolande Moreau…

François Cau | Vendredi 24 septembre 2010

La Meute

Les vingt premières minutes de La Meute sont encourageantes : ambiance trou du cul du monde réussie, dialogues percutants à la Bernie Bonvoisin, casting à contre-emploi efficace. On nage alors dans une comédie très noire, qui s’arrête net avec l’irruption de l’horreur et du fantastique. Le film n’a alors plus grand chose à raconter, sinon les lieux communs du genre — des monstres dégueux, des humains obligés de se liguer pour lutter contre la menace comme dans certains Hawks. Étrange sensation d’une série B partie en trombe et qui tombe en panne sèche dès son premier tiers, se contentant alors de remplir pour remplir, sans espoir de retour. CC

Continuer à lire

Richard III outrenoir

SCENES | THÉÂTRE. Au milieu des deux cent sept mises en scène d’un texte de Shakespeare visibles chaque année, celle de David Gauchard détonne littéralement, avec son Richard III urbain, musical et hypotonique. Aurélien Martinez

François Cau | Mercredi 27 janvier 2010

Richard III outrenoir

Après la claque Hamlet, thème & variations (présenté il y a trois ans à l’Hexagone), on attendait non sans impatience la relecture par la compagnie L’unijambiste d’un autre monument shakespearien qu’est Richard III. Quelle ne fut pas notre surprise : alors qu’on subodorait logiquement que David Gauchard allait réutiliser les recettes qui lui avaient si bien réussi la fois précédente (à savoir mixer habilement la verve et la narration shakespeariennes aux sons très contemporains de l’électro et du hip hop), on se retrouve face à une version on ne peut plus fidèle à l’œuvre originelle – là où dans Hamlet il se permettait de tout passer au shaker. Bien sûr, le metteur en scène conserve son univers artistique, mais il le met pleinement au service du texte retravaillé pour le plateau par le traducteur André Markowicz. Son Richard III devient alors un spectacle froid et tendu, qui hypnotise ceux qui acceptent de se laisser guider dans ce monde de folie. Et je dis wii Si David Gauchard conserve son équipe d’Hamlet (le rappeur Arm, plume

Continuer à lire

The Box

ECRANS | On attendait comme le messie le nouveau film du réalisateur maudit de Southland Tales, Richard Kelly. Une seule certitude à l’arrivée de ce thriller parano et ésotérique : son cinéaste est un grand cinglé ! Christophe Chabert

François Cau | Jeudi 29 octobre 2009

The Box

À l’origine de The Box, une courte nouvelle de Richard Matheson adaptée à l’écran dans un épisode de La Quatrième dimension période années 80. Un homme étrange dépose un carton chez un couple ordinaire ; à l’intérieur, une boîte, avec une sorte de buzzer, et un pacte : si on appuie sur le bouton, quelqu’un meurt, mais le couple gagne 100 000 dollars. La vie d’un inconnu contre la promesse du confort matériel : voilà un conflit moral diabolique que The Box règle assez vite, dans un premier quart d’heure réussi quoique très classique pour qui suit de près le cinéma de Richard Kelly. Encore jeune, le cinéaste a déjà à son actif un film culte (Donnie Darko) et un film maudit (l’incroyable et controversé Southland Tales). Le défi de The Box, se dit-on, est aussi celui de son metteur en scène : tuer symboliquement sa personnalité de chien fou dans le cinéma américain et vendre son âme aux studios hollywoodiens. L’enfer, c’est les autres Or, ce qui est passionnant, c’est la manière dont Kelly va faire exploser son matériau de départ en le plongeant dans l’acide de son imaginaire t

Continuer à lire

L’apocalypse joyeuse

ECRANS | Faute de sortie en salles, c’est en DVD et Blu-Ray qu’il faudra découvrir le film essentiel de Richard Kelly "Southland tales", récit de fin du monde dont le futur est devenu antérieur, mais dont l’esthétique est toujours aussi contemporaine. Christophe Chabert

François Cau | Lundi 16 mars 2009

L’apocalypse joyeuse

Southland tales commence par un home movie : des enfants qui courent avec une DV au poing dans un goûter d’anniversaire. Et puis boum ! Un champignon atomique s’élève à l’horizon, l’onde de choc va tout dévaster, mais ce sont toujours ces images domestiques qui enregistrent l’événement. Scène suivante : l’écran se sépare en une multitude de petites fenêtres où défilent images d’actualité, dessins tirés d’une bande dessinée et docus animaliers, grand zapping d’une télé imaginaire qui nous raconterait en voix-off comment l’Amérique est entrée en guerre avec l’axe du mal et a promulgué un patriot act si radical qu’il empêche les citoyens de franchir les frontières entre ses états. C’est désormais au seul Texas que se joue l’élection présidentielle et ce sont, bien entendu, les Républicains qui l’emportent. Enfin, dernière news urgente, on apprend la disparition de l’acteur Boxer Santoros, soutien officiel du parti… La fiction de Southland tales a commencé depuis cinq minutes, et sa boulimie romanesque et visuelle est lancée. Qui l’aime (passionnément) la suive (jusqu’à la folie). Le film terminal de la culture geek

Continuer à lire