"Retour chez ma mère" : oh la bonne comédie !

ECRANS | de Éric Lavaine (Fr., 1h37) avec Alexandra Lamy, Josiane Balasko, Mathilde Seigner…

Vincent Raymond | Mardi 31 mai 2016

Auteur du très injustement mésestimé Protéger et Servir (comme du moins mémorable Barbecue), Éric Lavaine adore adapter au format de la comédie des sujets de société ne prêtant pas forcément à rire. Se saisissant des désarrois de la "génération boomerang" humiliés par un retour subit et subi chez môman, il signe un double portrait de femmes d'autant plus réussi qu'il est dépourvu de vulgarité, ce saprophyte du rire ordinaire.

Malgré les apparences, la mère n'y est pas qu'une mamie poussiéreuse dépassée par la modernité ; elle possède son petit tempérament – sans surprise, Josiane Balasko se montre parfaite pour jouer sur les deux registres. Quant à Alexandre Lamy en fille déprimée, elle se ferait presque manger par sa sœur à l'écran, Mathilde Seigner : en peau de vache, elle retrouve enfin de la subtilité dans son interprétation et redevient attachante.

Certes, la presque trop grande efficacité du dialogue, aux répliques sur-ciselées façon Francis Veber, donne à l'ensemble des allures de succès des planches transposé devant la caméra. Mais au moins, il y a du rythme et à la différence du théâtre filmé qu'on nous inflige si souvent, les comédiens ne récitent pas ici leurs tirades l'air satisfait l'œil en coin, cabots aux abois mendiant le fou-rire des premiers rangs. Grâce à Éric Lavaine, vous ne mangerez plus surgelé comme avant…


Retour chez ma mère

D'Eric Lavaine (Fr, 1h37) avec Alexandra Lamy, Josiane Balasko...

D'Eric Lavaine (Fr, 1h37) avec Alexandra Lamy, Josiane Balasko...

voir la fiche du film


À 40 ans, Stéphanie est contrainte de retourner vivre chez sa mère. Elle est accueillie les bras ouverts : à elle les joies de l'appartement surchauffé, de Francis Cabrel en boucle, des parties de Scrabble endiablées et des précieux conseils maternels sur la façon de se tenir à table et de mener sa vie…


entrez votre adresse mail pour vous abonner à la newsletter

"Vous êtes jeunes, vous êtes beaux" : battling vieux

ECRANS | De Franchin Don (Fr., 1h40) avec Gérard Darmon, Josiane Balasko, Patrick Bouchitey…

Vincent Raymond | Mardi 1 octobre 2019

À 73 ans, Lucius (Gérard Darmon) se sait condamné à brève échéance. Mais il a encore du jus. Alors, quand on lui propose contre un petit pactole de participer à des combats clandestins entre "vieux", il accepte. Pour se prouver qu’il existe encore. Ou pour sa chère Mona (Josiane Balasko), qui sait ? Inutile de frapper la viande pour attendrir. La preuve avec ce premier long-métrage de Franchin Don aux lisières de la série blême et du surréel onirique lynchéen, dont la stylisation extrême s’ajoute à un propos fort ainsi qu’à une interprétation solide. Or, si c’est un plaisir de retrouver Josiane Balasko déployant ce registre dramatique qu’elle a déjà offert à Guillaume Nicloux ou François Ozon, voix basse et gravité à fendre les pierres, tout comme Patrick Bouchitey en clown épuisé et Denis Lavant en meneur de jeu méphistophélique, il est plus surprenant de voir Gérard Darmon distribué dans une "non-comédie" – et qui plus est, au premier rôle. Quel dommage que les cinéastes n’aient pas l’imagination de Franchin Don, car Darmon se révèle aussi brillant que touchant dans cet emploi sacrificiel rappelant à bien des égards

Continuer à lire

Josiane Balasko sera samedi à la librairie Arthaud

Littérature | « Je me dis que c'est dommage que les Debout n'éprouvent pas les mêmes plaisirs que nous, au niveau de la truffe. De ce côté-là ils sont vraiment (...)

Aurélien Martinez | Mardi 5 mars 2019

Josiane Balasko sera samedi à la librairie Arthaud

« Je me dis que c'est dommage que les Debout n'éprouvent pas les mêmes plaisirs que nous, au niveau de la truffe. De ce côté-là ils sont vraiment handicapés. » Dans son recueil de nouvelles Jamaiplu (une référence à Edgar Allan Poe qu’elle explique dans le bouquin) sorti ce mois-ci, Josiane Balasko (oui, l’actrice que l’on a connue dans l'équipe du Splendid) se met dans la peau d’un chien. Et dans d’autres, comme celle d’une femme qui communiquent avec les animaux ou encore d’une réalisatrice embarquée dans une aventure sordide… Des récits qui, si l’écriture et le style n’ont rien de sensationnels, se suivent avec plaisir et tiennent en haleine. Et dont l’autrice viendra parler samedi 9 mars à 15h30 à la librairie grenobloise Arthaud. Soit l’occasion de pouvoir rencontrer une comédienne et réalisatrice à la palette plus large que l’image gouailleuse qu’on lui renvoie souvent. Et, tout simplement, un monument du cinéma populaire français.

Continuer à lire

"Edmond" : naissance d’un nouveau nez

ECRANS | De et avec Alexis Michalik (Fr, 1h50) avec également Thomas Solivérès, Olivier Gourmet, Mathilde Seigner…

Vincent Raymond | Mardi 8 janvier 2019

Malgré la présence de Sarah Bernhardt, la dernière pièce d’Edmond Rostand a été un four cuisant. Deux ans plus tard, il a l’occasion de se refaire… s’il signe en trois semaines une comédie épique pour l’illustre comédien Coquelin. Seul le titre est trouvé : Cyrano de Bergerac… Éloge de la mise en abyme : la pièce racontant l’histoire d'un des plus grands succès théâtraux de l’Histoire a connu un tel succès qu’elle a été transposée au cinéma. L’heureux jeune dramaturge de ce triomphe contemporain, Alexis Michalik, s’est même vu confier le soin de signer la réalisation de ce qui se trouve être son premier long-métrage. À l’auteur, l’industrie cinématographique confiante – en attendant d’être reconnaissante ? Sans minimiser leur investissement, reconnaissons que les producteurs jouent sur du velours : le prestige des planches est double (grâce à la référence patrimoine et la tournée toujours en cours), la distribution extra-large et le style de nature à n’effrayer personne : non point une qualité française, mais une facture charentaise dirons-nous (puisqu’il a été en compétition au festival d’Angoulême) dans laquelle se lover conforta

Continuer à lire

"Le Poulain" : l’art de miser sur le bon cheval

ECRANS | de Mathieu Sapin (Fr., 1h37) avec Alexandra Lamy, Finnegan Oldfield, Gilles Cohen…

Vincent Raymond | Mardi 18 septembre 2018

Étudiant surdiplômé, Arnaud (Finnegan Oldfield) se retrouve fortuitement embauché comme assistant d’une directrice de campagne électorale (Alexandra Lamy) à l’approche de la Présidentielle. À ses côtés, il va découvrir la réalité d’un métier où l’image compte davantage que les mots, et les opportunités que les convictions… Cela ne pouvait finir autrement. À force de se frotter à la sphère politique (pour ses reportages dessinés en immersion lors de la présidentielle 2012 ou dans les coulisses élyséennes) ; à force de frayer avec Gérard Depardieu, des exploitants (le documentaire Macadam Popcorn) mais aussi des confrères illustrateurs ayant déjà franchi le pas (Joann Sfar, Riad Sattouf…), Mathieu Sapin était forcé de passer à la réalisation. Et d’aborder la chose politique par la voie intérieure. Voyage d’un candide apprenant à nager dans un marigot de requins, cette fable documentée ne prétend pas brosser un portrait fidèle des sous-ca

Continuer à lire

"7 jours pas plus" : à la petite semaine

ECRANS | de Héctor Cabello Reyes (Fr., 1h31) avec Benoît Poelvoorde, Alexandra Lamy, Pitobash…

Vincent Raymond | Mardi 29 août 2017

Quincailler pointilleux attaché à ses habitudes de célibataire, Pierre (Benoît Poelvoorde) se trouve contraint d’héberger un Indien dépouillé de ses biens et papiers, le temps qu’il parvienne à contacter sa famille. Pierre lui a donné 7 jours, pas plus. Et c’est déjà énorme pour lui… Pour sa première réalisation, Héctor Cabello Reyes signe le remake de El Chino (2012), comédie sud-américaine ayant connu son petit succès en salles – troquant, par le jeu de la transposition, le massif Ricardo Darín contre l’explosif Poelvoorde et le Chinois contre un Indien. Commun outre-Atlantique, où les films étrangers sont rarement vus (et recherchés), ce type d’adaptation reste marginal dans l’Hexagone, gouverné par la tradition de l’auteur. Mais quel est ici l’auteur réel ? Le cinéaste ayant flairé un matériau adéquat pour Poelvoorde mais qui se borne à une réalisation utilitaire théâtralisante, ou bien le comédien déployant impeccablement ses gammes de l’hystérie à l’émotion, dans un emploi sur mesure, comme jadis de Funès, Fernandel ou le Gabin tardif ? Il manque derrière la caméra un soupçon de personnalité pour se dist

Continuer à lire

"Nos Patriotes" : les bonnes intentions ne font pas tout

ECRANS | de Gabriel Le Bomin (Fr., 1h47) avec Marc Zinga, Alexandra Lamy, Pierre Deladonchamps…

Vincent Raymond | Mardi 13 juin 2017

Que la guerre, en tant que concept, travaille Gabriel Le Bomin est compréhensible ; c’est surtout une évidence. Depuis son court métrage Le Puits (2001), il a exploré la majeure partie des champs de bataille français du XXe siècle, de manière documentaire ou fictionnelle ; traditionnelle ou plus expérimentale – voir son premier long Les Fragments d’Antonin (2006). Avoir à ce point fait le tour de la question devrait à tout le moins l’inciter à quelques audaces ; où diable sont-elles dans Nos Patriotes ? Adaptant ici Le Terroriste Noir de Tierno Monénembo, il raconte l’histoire authentique d’Addi Ba, tirailleur sénégalais caché par des villageois des Vosges, devenu l’une des pièces maîtresses d’un maquis de la région, avant d’être arrêté et exécuté. S’il faut bien sûr reconnaître au cinéaste le mérite d’illustrer un chapitre longtemps occulté de l’histoire officielle, quel dommage qu’il ait souscrit à une forme aussi policée, accumulant tant de facilités et de conventions : personnages caricaturaux (nazis à la mâchoire carrée, paysans bien braves, fonction

Continuer à lire

"L’Embarras du choix" : non merci (malgré Alexandra Lamy)

ECRANS | de Éric Lavaine (Fr, 1h37) avec Alexandra Lamy, Arnaud Ducret, Jamie Bamber…

Vincent Raymond | Mercredi 15 mars 2017

Maladivement incapable de choisir, Juliette s’embarque dans une double relation avec deux hommes apparemment parfaits. Chacun lui proposant de l’épouser, elle va devoir trancher… À Alexandra Lamy, il sera toujours beaucoup pardonné : l’actrice se montre en toute circonstance d’un indéfectible enthousiasme et d’une absolue sincérité. Cette générosité naturelle lui fait hélas du tort lorsqu’elle s’embringue dans des films hâtivement bâclés tel que celui-ci, précipitamment torché par Éric Lavaine, un an à peine après leur précédente collaboration – le plutôt aimable Retour chez ma mère. Ce n’est point tant la prévisibilité de l’intrigue qui pêche (on se doute bien que dans une comédie romantique, la dame finit avec au moins un des deux messieurs), mais plus l’écriture en gruyère moisi, à base de trous scénaristiques (des manques qui n’ont rien à voir avec des ellipses) et d’excroissances inutiles – mais pourquoi ce caméo Franck Dubosc ? Dommage pour Jamie Bamber, transfuge de

Continuer à lire

Joséphine s'arrondit

ECRANS | De et avec Marilou Berry (Fr., 1h30) avec Mehdi Nebbou, Cyril Gueï…

Vincent Raymond | Mardi 9 février 2016

Joséphine s'arrondit

En s’arrondissant, Joséphine s’affranchit de la BD d’origine signée Pénélope Bagieu. Marilou Berry prend également son autonomie et les commandes du film (au revoir Agnès Obadia !) pour ce qui devient sa première réalisation. L’actrice accouche d’une comédie plutôt satisfaisante sur le thème rebattu et casse-museau (n’est-ce pas Remi Besançon ?) des conséquences d’une gestation sur une primipare et son conjoint (pas vrai Patrick Braoudé ?). Ce n’est donc pas l’originalité de l’histoire, connue (ou vécue) par n’importe quel(le) spectateur(trice) qui mérite le détour, mais sa manière d’être racontée et jouée : sans les niaiseries post-pubères girlie émaillant ce type de production et dynamisée par une distribution très homogène qui ne lorgne pas sur les comédies new-yorkaises pour savoir ce qu’il convient de faire. Mentions spéciales à la séquence de jérémiades sous-titrées et à la couette ornée de petites fraises.

Continuer à lire

Barbecue

ECRANS | D’Éric Lavaine (Fr, h38) avec Lambert Wilson, Franck Dubosc, Florence Foresti…

Christophe Chabert | Mardi 29 avril 2014

Barbecue

Le concept – une comédie avec des potes, un barbecue et Franck Dubosc – pouvait laisser penser à un ersatz de Camping ; grave erreur ! Barbecue est en fait un ersatz des Petits mouchoirs de Guillaume Canet. Même humour pas drôle entre gens riches pleins de problèmes de riches, même envie de capturer l’air du temps générationnel des gens riches, même vague suspense mélodramatique autour de la mort possible d’un des mecs riches présents sur l’écran. Et, surtout, même morale décomplexée où l’argent ne fait pas le bonheur, mais quand même, si tu n’en as pas, ben t’es qu’un gros raté. On le sait : la comédie française vote depuis belle lurette à droite et, après tout, elle fait bien ce qu’elle veut. Mais dans ce film horriblement mal écrit au casting aussi furieusement opportuniste que totalement à côté de la plaque – exception : Florence Foresti, qui se sauve courageusement du désastre – la chose est affirmée clairement : le pauvre de la bande a un job de merde, pas de copine et est à moitié simplet. Comme disait l’autre : vive l

Continuer à lire

De toutes nos forces

ECRANS | De Nils Tavernier (Fr, 1h30) avec Jacques Gamblin, Alexandra Lamy…

Christophe Chabert | Mardi 25 mars 2014

De toutes nos forces

Attention, recrudescence de téléfilms sur grand écran en ce début de saison ! À ce titre, le film de Nils Tavernier (fils de Bertrand, qui donne ici une furieuse et imprévue modernité au cinéma de son père) est quasi imbattable. Les bons sentiments, les rebondissements téléphonés, la platitude visuelle et les dialogues surannés renvoient impitoyablement à la plus mauvaise des télévisions, et le scénario se contente de recycler les schémas éculés du mélodrame sportif. À ceci près que le héros est handicapé physique et qu’il va convaincre son père (Jacques Gamblin, à la filmographie longtemps irréprochable, et qui commence à enchaîner les faux-pas) de courir à nouveau un triathlon mythique, en tandem cette fois. Cette originalité-là consignée, rien ne différencie De toutes nos forces de n’importe quel Rocky, où doute, culpabilité, élan, effort, découragement et dépassement de soi se succèdent selon une construction archi-prévisible, avec les inévitables brouilles et réconciliations familiales en sauce froide mélodramatique. Christophe Chabert

Continuer à lire

Mes héros

ECRANS | D’Eric Besnard (Fr, 1h27) avec Josiane Balasko, Gérard Jugnot, Clovis Cornillac…

Jerôme Dittmar | Lundi 10 décembre 2012

Mes héros

Exemple effarant d'un cinéma post-sarkozy qu'on n'aurait jamais voulu voir naître, Mes héros confirme l'état alarmant de la production française en 2012. Pire que tout, cette comédie d'occupation où la tendresse neuneu côtoie le militantisme débile a des airs de Mamie fait de la résistance chez Jardiland. Dans un décor digne d'un shooting pour magazine déco, Josiane Balasko cache un jeune sans-papiers (le juif de l'an 2000) qui, séparé un temps de sa mère, trouve refuge à la campagne où il découvre les joies des tartines au beurre et de la 2CV vintage. Venue d'un autre temps, cette fable morale qui lave plus blanc que la Mère Denis veut tout réconcilier : la famille, le pays, les années Hortefeu et ses gendarmes. Mené tambour battant par un duo Jugnot/Balasko ayant enfanté de Clovis Cornillac (pire casting de l'année), Mes héros laboure l'humanisme blotti dans le petit cœur de chacun. L'enfant, qui n'a rien demandé à personne, enfonçant le clou de ce cauchemar hygiénique. Jérôme Dittmar

Continuer à lire

J'enrage de son absence

ECRANS | De Sandrine Bonnaire (France, 1h38) avec William Hurt, Alexandra Lamy, Jalil Mehenni...

Aurélien Martinez | Jeudi 25 octobre 2012

J'enrage de son absence

Deuxième réalisation de Sandrine Bonnaire après un premier docu sur sa soeur autiste, J'enrage de son absence prouve, encore, que les films d'acteurs font rarement des miracles. Histoire d'un deuil impossible : traumatisé par la mort de leur enfant, un homme hante la vie recomposée de son ex pour nouer une relation maladive avec son fils, cette nouvelle incursion dans la folie part pourtant sur de bonnes intentions. Consciente de devoir faire cinéma, Bonnaire aimerait filmer d'abord les corps et l'espace. Problème : ce qui avait tout pour devenir un Dark Water français se voit sans cesse rattrapé par la psychologie et son incapacité à pousser les choses dans une étrangeté plus radicale et surtout formelle. Le film s'enlise alors, suivant l'enfermement d'un William Hurt poussif dans une cave d'immeuble dont Bonnaire ne sait plus que faire, sinon un bon gros symbole. Le sens s'y retrouve étouffé, exsangue devant ce désir bizarre de rendre la peine de l'autre indiscutable. Jérôme Dittmar

Continuer à lire

Possessions

ECRANS | D’Éric Guirado (Fr, 1h45) avec Jérémie Rénier, Julie Depardieu, Alexandra Lamy…

François Cau | Vendredi 2 mars 2012

Possessions

L’affaire Flactif (ou affaire du Grand Bornand) avait marqué la France : un couple de prolos du nord avait assassiné puis tenté de faire disparaître les corps d’une famille, dont les époux étaient aussi leurs propriétaires. Qu’on le prenne par tous les bouts, le fait-divers disait avec une grande brutalité l’écart béant qui se creusait entre ceux qui ont tout (réussite, argent, maison) et ceux qui doivent leur donner le peu qu’ils ont. Éric Guirado, en transposant librement cette histoire traumatisante, fait lui aussi un grand écart avec l’optimisme réconciliateur du Fils de l’épicier : Possessions est une œuvre au noir, jamais rassurante, et c’est cette obstination à plonger au fond de l’horreur qui en fait le prix, ainsi que son apparente entre deux conditions différentes. Le malentendu part de là : les différences entre les deux couples ne sont pas si tranchées que cela, et c’est bien le matérialisme dans lequel ils évoluent qui creuse le fossé. C’est la mise en scène qui le souligne, comme dans cette scène où le son et le montage tentent de saisir l’odeur délicate d’un parfum de luxe déclenchant la pulsion de convoitise. Si le film n’atteint pas toujours ce

Continuer à lire

Bienvenue à bord

ECRANS | D'Eric Lavaine (Fr, 1h45) avec Franck Dubosc, Valérie Lemercier…

François Cau | Jeudi 29 septembre 2011

Bienvenue à bord

Franck Dubosc dans un ersatz de Croisière s'amuse par l'auteur de Poltergay, forcément ça fait peur. Sans miracle, Bienvenue à bord se hisse pourtant par-dessus la mêlée des comédies françaises qui font de la peine. Inutile de tergiverser sur les fantasmes hollywoodiens d'Eric Lavaine, le film est un brouillon de comédie US. Trop gras pour convaincre, mais avec un échafaudage qui par rares moments fonctionne. L'essentiel c'est bien sûr Dubosc, dont la nullité intrigue. Idiot généreux et fédérateur, son personnage (toujours le même) rappelle parfois ceux de Will Ferrell. Le talent en moins, mais avec la même envie de déjouer l'ironie, d'être plus littéral que parodique, sentimental que cynique ou juste caricatural. Jérôme Dittmar

Continuer à lire

La Guerre des boutons

ECRANS | De Yann Samuell (Fr, 1h35) avec Éric Elmosnino, Mathilde Seigner…

François Cau | Lundi 12 septembre 2011

La Guerre des boutons

Avec cette première Guerre des boutons, la catastrophe attendue est au rendez-vous. Le film est impitoyablement dénué d’intérêt et même de savoir-faire : les enfants sont très mal dirigés, leurs dialogues incompréhensibles ou bêtement récités (pauvre Petit Gibus !), la réalisation multiplie les faux-raccords et les plans illisibles à force de caméra secouée, certains postes techniques semblent avoir été désertés en cours de route (exemple hilarant : la maquilleuse se contente de faire des genoux au mercurochrome, toujours de la même taille !). Même les comédiens adultes pataugent dans la semoule (Alain Chabat mauvais, impossible ? Ben si, ici…). Yann Samuell, crédité au scénario, confirme son incompétence totale après L’Âge de raison : il n’a aucune affinité avec ce qu’il filme, déclinant des plans sans âme et des péripéties laborieuses, et sa tentative pour mettre le récit en perspective historique est expédiée dans la confusion. La Guerre des boutons est un téléfilm à 13 millions d’euro, ni fait ni à faire, d’un ennui incommensurable, qui du coup laisse le champ libre à la version de Christophe Barratier la semaine prochaine. CC

Continuer à lire

La guerre des moutons

ECRANS | Cinéma / Précipitée par une avalanche de bons films en août, la rentrée cinématographique s’offre comme un concentré limpide de la production actuelle, entre projets couillus et formules de studios, comme l’illustre la déjà triste affaire de la guerre de La Guerre des boutons. Christophe Chabert

François Cau | Vendredi 26 août 2011

La guerre des moutons

D’ordinaire, pour débuter la rentrée, il faut pousser quelques exclamations de joie et de bonne humeur. C’est vrai que c’est beau, la rentrée, toutes ces promesses de grands films faits par des réalisateurs intelligents, avec des histoires originales, des acteurs talentueux… Mais là, la rentrée cinéma nous accueille avec des culs de bus et des colonnes Morris placardées d’affiches mettant en scène non pas l’habituel défilé de longs-métrages alléchants, mais la rivalité absurde et pathétique entre deux films sortant à une semaine de distance et portant (presque) le même titre. C’est la guerre de La Guerre des boutons, qui faisait déjà ricaner le monde entier à Cannes ; devenue réalité à l’orée de ce mois de septembre, elle ressemble au cauchemar d’un responsable marketing interné à l’asile. Du coup, plus question de se taire, sous peine d’être reconnu complice de la mascarade : tout cela n’a plus rien à voir avec le cinéma, et on aurait voulu révéler au grand jour les pratiques agressivement mercantiles de la production française actuelle, on ne s’y serait pas mieux pris. Car vouloir faire une nouvelle adaptation du livre de Louis Pergaud, après celle toujours regardable d’Yves Robe

Continuer à lire