"Vicky", l'ego trip de Victoria Bedos

ECRANS | de Denis Imbert (Fr., 1h28) avec Victoria Bedos, Chantal Lauby, François Berléand, Benjamin Biolay…

Vincent Raymond | Mardi 7 juin 2016

En théorie, on devrait éprouver compassion et bienveillance pour Victoria Bedos, la pauvre petite fille riche racontant ici sa difficulté d'avoir pour père un comédien misanthrope et pour frère un monstre d'égoïsme se servant d'elle comme d'un paillasson – de préférence les soirs de pluie. C'est à cause, ou grâce, à ces modèles masculins étouffants qu'elle a voulu se réinventer sur grand écran en devenant chanteuse underground, car elle a du talent, elle aussi…

Mais notre empathie, on s'assoira dessus, puisque la comédienne-scénariste affirme qu'il ne faut chercher aucun règlement de compte dans ce film servant sa gloire et fusillant les affreux machos autocentrés de sa parentèle. Elle s'est pourtant donné bien du mal pour accentuer les ressemblances et que chacun identifie sans peine les Bedos derrière les Bonhomme.

Cela dit, en étant de presque tous les plans dans l'autoficiton qu'elle se consacre, Victoria montre n'avoir rien à envier à son entourage en matière d'ego. Voir Vicky, c'est un peu comme assister à un spectacle scolaire de fin d'année joué par d'autres enfants que les vôtres : à quoi bon ?


Vicky

De Denis Imbert (Fr) avec Victoria Bedos, Chantal Lauby...

De Denis Imbert (Fr) avec Victoria Bedos, Chantal Lauby...

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À presque 30 ans, Victoire la petite dernière de la célèbre famille Bonhomme, l'éternelle enfant sage de la tribu, décide enfin de s'émanciper en découvrant l'alcool, le sexe, et... sa voix.


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Mathieu Amalric : « Notre génération a fait beaucoup de progrès avec l’émotion »

Entretien | Une femme feint de quitter son mari et ses enfants ; en réalité, ceux-ci ont disparu dans une avalanche et elle préfère leur inventer une vie à part de la sienne. Tel est l’argument du nouveau film réalisé par Mathieu Amalric, kaléidoscope mental et fascinant, où chaque détail compte. Propos rapportés d’une conversation fleuve…

Vincent Raymond | Mercredi 8 septembre 2021

Mathieu Amalric : « Notre génération a fait beaucoup de progrès avec l’émotion »

Le son de votre film débute non par la Norma de Bellini du distributeur Gaumont, ni les jingles des autres coproducteurs Canal+ et Arte, mais par la musique que vous avez choisie pour votre générique. Est-ce vous qui l’avez imposé ? Mathieu Amalric : Oui oui ! Ils ont eu cette gentillesse. Ça n’a pas été un débat ni un conflit à la force du poignet. Franchement, il ne fallait pas d’autre musique, quoi ! Parfois, quand on est spectateur, il y a des logos tellement sophistiqués qu’on pense que c’est le début et… ah non ! En fait, on ne sait plus quand les films commencent. Là, ça commence par la musique jouée par Marcelle Meyer, la même pianiste qu’au générique final. Comment Je reviens de loin, la pièce que vous adaptez ici, vous est-elle parvenue ? Grâce à un ami, acteur et metteur, Laurent Ziserman. On se connaît depuis toujours : il avait joué dans mon premier court métrage, Sans rires. C’est lui qui va monter aux Célestins l’année prochaine l’adaptation de

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Faisez tous comme nous, revoyez "La Cité de la peur"

ECRANS | Ce sera vendredi 31 mai à 19h45 aux Pathé Chavant et Échirolles. Et ce sera forcément culte !

Élise Lemelle | Mardi 28 mai 2019

Faisez tous comme nous, revoyez

Un quart de siècle après la sortie de La Cité de la peur, le film des Nuls (réalisé par Alain Berberian), Alain Chabat et Gérard Darmon (alias Serge Karamazov et le commissaire Patrick Bialès) sont remontés sur les planches. C’était à l’occasion d’une projection commémorative cannoise, et dans le but de redanser la carioca, leur improbable chorégraphie immortalisée dans une scène culte. Comme ils sont partageurs, ils proposent à tout un chacun de retrouver sur grand écran et en version restaurée ce long-métrage devenu depuis l'objet d’un culte bon enfant, et dont pas mal de monde connaît les répliques et l’histoire par cœur. L’histoire, justement, est celle d’un tueur en série qui terrorise le Festival de Cannes en assassinant tous les projectionnistes d’un film d’horreur minable dont il favorise sans le vouloir le succès. Une trame qui n’est bien sûr qu’un prétexte à une avalanche de gags absurdes, scatos, visuels ou encore parodi

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"Qu'est-ce qu'on a encore fait au Bon Dieu ?" : et nous donc…

ECRANS | De Philippe de Chauveron (Fr, 1h39) avec Christian Clavier, Chantal Lauby, Pascal NZonzi…

Vincent Raymond | Jeudi 24 janvier 2019

La suite d’un succès du box-office est au cinéma ce qu’une pub pour du parfum est à une star à la mode : inévitable, mais souvent dispensable. Sans surprise donc, Philippe de Chauveron prolonge ici les tribulations de sa famille surcomposée, les Verneuil, dont le patriarche survolté (Clavier, évidemment) doit à présent convaincre ses gendres de ne pas quitter le merveilleux Hexagone, où ceux-ci se sentent brimés et discriminés… Comment dire ? À part une pique à destination de cette kyrielle d’enfants gâtés (on leur suggère le smic, pour rigoler) moqués par papa-Verneuil parce qu’ils ont tous voté Macron (ce qui en dit finalement long sur leur sociologie), on reste dans une vraie-fausse dénonciation des racismes et communautarismes. Chauveron semble recaser au passage des "gags" invendus de son précédent À bras ouverts (2017), en intégrant (sans passeport) dans l’histoire un réfugié afghan, brave bouc émissaire sur lequel se défouler (pas de Rrom disponible ?), et ajoute un mariage lesbie

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"The Mumbai Murders" : le venin du mal

ECRANS | Le copycat d’un tueur en série de Bombay provoque un flic déglingué en qui il a repéré un joli potentiel. Commence une longue traque faite de victimes collatérales. Une cavale bien noire puant le vice où toute innocence sera sacrifiée. Attention, c’est du violent.

Vincent Raymond | Lundi 19 novembre 2018

Policier coké jusqu’à ses verres teintés, Raghavan traque le balafré Ramanna, un tueur en série aussi cintré qu’arrogant qu’il a laissé filer alors qu’il s’était livré à ses services. Reparti dans la nature, Ramanna continue à le provoquer en exécutant ses victimes avec une sauvagerie gratuite… Dans la volumineuse production indienne, par ailleurs très mal diffusée en Occident, il faut s’armer de patience pour trouver l’aiguille au creux de la meule de foin, ou le clou de girofle au milieu du garam masala. Mais quand on s’y pique, on tient sa récompense. C’est le cas avec ce film, enfin visible deux ans et demi après son passage à la Quinzaine des réalisateurs cannoise – une éternité pour le prolifique réalisateur des Gangs of Wasseypur. The Mumbai Murders s’inspire des méfaits de Raman Raghav, un authentique tueur en série paranoïaque ayant sévi durant les années 1960 dans les rues de Bombay, dont Ramanna se veut une manière de version réactualisée et "augmentée" – le titre original est d’ailleurs Raman Raghav 2.0. Dépositaire d’une forme de mal à la limite du fantastique, le criminel cherche à e

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"La Ch’tite famille" : Dany Boon ne perd pas le Nord

ECRANS | de et avec Dany Boon (Fr., 1h47) avec également Laurence Arné, François Berléand, Line Renaud…

Vincent Raymond | Lundi 26 février 2018

Designer star, Valentin s’est créé un passé d’orphelin par honte de sa famille nordiste prolétaire. L’irruption inopinée de celle-ci chamboule son quotidien ultra-maniaque et est la cause indirecte d’un accident le rendant amnésique mais aussi ch’ti à nouveau. Un malheur ? Une chance. On se souvient que le précédent Dany Boon, Raid dingue​ (2017), était littéralement inégal : après un début burlesque très convenable, le film s’enlisait dans la gaudriole franchouillarde improbable à base de travestis avec accent d’Europe centrale – Christian Clavier aurait été lapidé s’il s’était commis là-dedans. Par un effet de symétrie assez singulier, La Ch’tite famille souffre d’un commencement désastreux (sur-caricatures de bouseux du Nord et de Parisiens prétentieux, défilé de copains people, décors hurlant le studio), que rattrape une suite à dominante tendre, illuminée par Laurence Arné – dont le personnage insupportable de prime abord évolue (et c’est heureux) très favorablement. Ce retour aux basiques a tout de la piqûre de rappel inconsciente : Dany Boon doit sa gloire et sa fortun

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"Phantom Thread" : l'amour et la violence par Paul Thomas Anderson

ECRANS | Derrière le voile d’un classicisme savamment chantourné, l’immense Paul Thomas Anderson renoue avec le thème du "ni avec toi, ni sans toi" si cher au François Truffaut de "La Sirène du Mississippi" et de "La Femme d’à côté". Un (ultime) rôle sur mesure pour l’élégant Daniel Day-Lewis.

Vincent Raymond | Lundi 12 février 2018

Il y a quelque malice à sortir le nouvel opus de Paul Thomas Anderson (There will be blood, The Master, Inherent Vice...) le jour de la Saint-Valentin. Car si l’amour et la passion sont au centre de Phantom Thread, ils ne sont en rien conventionnels ni réductibles au chromo du couple de tourtereaux roucoulant ses vœux sucrés sur fond de cœur rose. La relation ici dépeinte – ou plutôt brodée – tiendrait plutôt d’un ménage à quatre où Éros partagerait sa couche enfiévrée avec Thanatos ; où les corps à corps psychologiques supplanteraient les cabrioles et le climax du plaisir serait atteint en habillant plutôt qu’en dévêtant ses partenaires. Rien d’ét

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"La Douleur" : Mélanie Thierry, étonnante Marguerite Duras

ECRANS | de Emmanuel Finkiel (Fr., 2h06) avec Mélanie Thierry, Benoît Magimel, Benjamin Biolay…

Vincent Raymond | Lundi 22 janvier 2018

L’ironie sordide de l’actualité fait que ce film sort sur les écrans peu après la disparition de Paul Otchakovsky-Laurens, l’éditeur ayant publié le livre dont il est l’adaptation. Un livre qui aurait pu demeurer dans une confidence obstinée : Marguerite Duras prétendait avoir oublié jusqu’à l’existence de la rédaction de cette partie de son journal intime – la mémoire sait être sélective pour s’épargner certaines souffrances. Son mari Robert Antelme ayant été arrêté puis déporté, Marguerite Duras jette sur des cahiers le cri muet de son attente quotidienne ; cette douleur sourde avivée par l’incertitude et la peur pour l’autre, pour le réseau, pour soi. Dans la moiteur d’une Occupation expirante, un flic collabo profite de l’absence de nouvelles (bonnes ou mauvaises) pour engager avec elle un jeu pervers de séduction… Mais qui instrumentalise qui ? Mémoire effacée et ravivée, souvenir de la Shoah… On comprend que le réalisateur Emmanuel Finkiel ait été touché par le thème et la démarche de Duras. Pour cette adaptation naturellement sèche, il convoque la grande Histoire dans ses compartiments les plus intimes, faisant abstrac

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"C’est tout pour moi" : joyeuse Nawell (Madani)

ECRANS | de Nawell Madani & Ludovic Colbeau-Justin (Fr., 1h43) avec Nawell Madani, François Berléand, Mimoun Benabderrahmane…

Vincent Raymond | Lundi 27 novembre 2017

Encore un "self-biopic" ? Et d’une stand-upeuse en plus, qui malgré son jeune âge (34 ans) prétend nous narrer son incroyable parcours contrarié vers le succès ? En effet. Mais défiez-vous des a priori : en dépit d’un argument cousu de fil blanc et d’un charmant égocentrisme bien canalisé, Nawell Madani signe une très agréable comédie autocentrée, avec la dose de distance, de dérision et de griffures pour éviter le prospectus ou le mélo, qui de surcroît tient sur la longueur. Combien "d’épopée" d’artistes s’essoufflent après vingt minutes ayant duré sept heures ? Nawell Madani s’est certes nourrie d’épisodes réels pour construire son film, mais la part de vécu authentique comme le contexte de la découverte de sa "vis comica" importent peu, l’essentiel étant que le personnage qu’elle interprète à l’écran ait une cohérence dramatique solide. Singulièrement, ce n’est pas la battante, la performeuse efficace ni la belle plante qui ressort de ce portrait, mais la candide ; la jeune femme sincère dont une meute de vautours aux aguets (escrocs et/ou confrères de la scène) profitent sans complexe. Quant à sa mise en lumière des coulisses des "comed

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"Le Jeune Karl Marx" : belle graine de coco

ECRANS | de Raoul Peck (All.-Fr.-Bel., 1h58) avec August Diehl, Stefan Konarske, Vicky Krieps, Olivier Gourmet…

Vincent Raymond | Mardi 26 septembre 2017

1844. Chassé d’Allemagne pour ses écrits jugés subversifs, le jeune Karl Marx s'expatrie à Paris avec son épouse Jenny. Au même moment à Londres, jeune Friedrich Engels s’insurge contre son père industriel et exploiteur. La rencontre entre Marx et Engels va accoucher d’une nouvelle doctrine… Raoul Peck se ferait-il une spécialité de dresser les portraits des grandes figures politico-morales progressistes ? Après son très récent documentaire consacré à James Baldwin (I am not your Negro) et surtout son Lumumba (2000) qui ressuscitaient des visages méconnus du grand public, le cinéaste haïtien braque ici sa caméra sur le totem rouge par excellence. Ce biopic polyglotte à hauteur d’"honnête d’homme", en cela certainement fidèle au contexte de l’époque, ne sacralise pas le philosophe en le renvoyant régulièrement à ses contingences physiques (sexe, faim…) et matérielles – ce qui est, somme toute, d’une grande logique concernant le théoricien du matérialisme. Karl est un corps massif, qui use de sa présence pour asseoir ses idées. Si son amitié avec Engels tient du coup de foudre intellectuel mutuel, son charisme va jouer autant

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Le beau Biolay nouveau est arrivé

MUSIQUES | Quatre ans après "Vengeance", Benjamin Biolay revient avec un album frappant d'originalité et de sincérité. Véritable renaissance après sa dépression, "Palermo Hollywood" est un pied de nez aux préjugés qui lui collaient à la peau. Il sera jeudi à la Belle électrique.

Gabriel Cnudde | Mardi 15 novembre 2016

Le beau Biolay nouveau est arrivé

« C'est en s'oubliant qu'on trouve. » Qu'il ait été inspiré ou non par cette prière de saint François, Benjamin Biolay s'est vraisemblablement retrouvé sur son septième album studio, Palermo Hollywood. Au fond du gouffre pendant de longues semaines, perdu entre l'alcool et les médicaments, c'est en Argentine que le chanteur à texte a trouvé un échappatoire. Sept ans après le magistral La Superbe (2009), Biolay devait faire taire ceux qui pensaient que sa carrière avait alors atteint son apogée. Si Vengeance (2012) n'avait pas fait l'unanimité, Palermo Hollywood, lui, a davantage séduit. Ce succès retentissant, Benjamin Biolay le doit avant tout à sa capacité de réaction. Raillé pour son penchant naturel à la mélancolie, moqué pour son côté sombre, il a aujourd'hui réussi à sortir de ce carcan pour s'ouvrir à de nouveaux horizons musicaux. Resort de cette éclosion un album à l'orchestration magnifique sur lequel Ennio Morricone et quelques bandas prennent tour à tour le contrôle du chanteur. On remue des épaules sur le festif La noche ya no existe puis on danse plus franche

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Les onze concerts de l'automne (onze, oui)

Saison 2016 / 2017 | On fait quoi jusqu'à la fin de l'année ? On va écouter qui ? Voici une sélection extraite de notre panorama de rentrée culturelle sorti le 14 septembre. Mais allez fouiller aussi sur notre site, dans le coin "les choix de la rédaction" ; vous verrez : on attend de nombreux autres concerts !

La rédaction | Jeudi 15 septembre 2016

Les onze concerts de l'automne (onze, oui)

Ben Harper À en croire la chanson titre de son album Call it what it is, et en tout cas sur ce morceau au moins, Ben Harper continue, après un album avec maman, de revenir aux sources et aux tripes du blues, quelque part du côté de chez Taj Mahal, mais sans se départir de ses accents politiques. Ici, il est question de la vague de bavures meurtrières de la police américaine à l'endroit de nombre de jeunes noirs. C'est donc un Ben Harper habité, comme il l'est aussi en mode Stevie Wonder sur Shine, que l'on retrouvera sur la scène du Summum pour la deuxième en deux ans. Au Summum mardi 4 octobre __________ Stranded Horse Génial esprit transversal, le dénommé Yann Tambour n'en finit plus de tirer le fil que constituent les cordes d'une kora, produisant un mariage de folk, de pop et bien sûr de musique traditionnelle mandingue qui est allé un jour jusqu'à s'échouer magnifiquement sur les terres grises de Joy Division (ah, cette reprise de

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"Irréprochable" : inquiétante Marina Foïs

ECRANS | de Sébastien Marnier (Fr., 1h43) avec Marina Foïs, Jérémie Elkaïm, Joséphine Japy, Benjamin Biolay…

Vincent Raymond | Mardi 5 juillet 2016

On ne spolie pas grand-chose de l’intrigue en laissant entendre que Constance, jouée par Marina Foïs, est ici tout sauf irréprochable. Crampon vaguement crevarde au début, elle se révèle ensuite mytho et érotomane, avant de dévoiler au bout du bout un visage plus trouble. Une cascade de "retournements" un peu outrés, censés changer notre point de vue sur ce personnage donné (trompeusement) pour bohème sympa. Le problème, c’est que l’on sait d’entrée qu’il y a un souci : regard fixe et lourd, attitudes maniaques, Constance n’a rien de la fille à qui vous confiriez votre sandwich ni votre code de carte de crédit ; elle respire le vice plus que la vertu. Modeler de la noirceur et des ambiances intrigantes ou inquiétantes semble davantage intéresser Sébastien Marnier qu’animer un personnage cohérent. Dommage, car il dispose par ailleurs d’atouts non négligeables : une distribution surprenante (mais qui fonctionne), ainsi qu’une excellente bande originale signée Zombie Zombie – un adjuvant essentiel.

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L’Art de la fugue

ECRANS | De Brice Cauvin (Fr, 1h40) avec Laurent Lafitte, Agnès Jaoui, Benjamin Biolay, Nicolas Bedos…

Christophe Chabert | Mardi 3 mars 2015

L’Art de la fugue

Tiré d’un best-seller de Stephen McCauley, L’Art de la fugue se présente en film choral autour de trois frères tous au bord de la rupture : Antoine se demande s’il doit s’engager plus avant avec son boyfriend psychologue ; Gérard est en instance de divorce avec sa femme ; et Louis entame une relation adultère alors qu’il est sur le point de se marier. Le tout sous la férule de parents envahissants et capricieux – savoureux duo Guy Marchand / Marie-Christine Barrault. On sent que Brice Cauvin aimerait se glisser dans les traces d’une Agnès Jaoui (ici actrice et conseillère au scénario) à travers cette comédie douce-amère à fort relents socio-psychologiques. Il en est toutefois assez loin, notamment dans des dialogues qui sentent beaucoup trop la télévision – les personnages passent par exemple leur temps à s’appeler par leurs prénoms, alors qu’ils sont à dix centimètres et qu’ils entretiennent tous des liens familiaux ou professionnels… C’est un peu pareil pour la mise en scène, plus effacée que transparente, tétanisée à l’idée de faire une fausse note. Malgré tout cela, le film se laisse voir, il arrive même à être parfois touchant (notamment le beau

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Gaby baby doll

ECRANS | De Sophie Letourneur (Fr, 1h27) avec Lolita Chammah, Benjamin Biolay, Félix Moati…

Christophe Chabert | Mardi 16 décembre 2014

Gaby baby doll

Qu’est-il arrivé à Sophie Letourneur ? Depuis son prometteur La Vie au Ranch, elle s’est enfermée dans un cinéma de plus en plus autarcique et régressif. Les Coquillettes sentait le truc potache vite fait mal fait, un film pour "happy few" où la blague principale consistait à reconnaître les critiques cinéma parisiens dans leurs propres rôles de festivaliers traînant en soirées. Gaby baby doll, à l’inverse, choisit une forme rigoureuse, presque topographique, reposant sur la répétition des lieux, des actions et des plans, pour raconter… pas grand-chose. Car cette love story campagnarde longuement différée entre un ermite barbu et épris de solitude (Biolay, égal à lui-même) et une Parisienne qui ne supporte pas de passer ses nuits seule (Lolita Chammah, plutôt exaspérante) est pour le moins inconsistante. Letourneur semble parodier la forme de la comédie rohmerienne en la ramenant sur un territoire superficiel et futile, une

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"Love Songs" : l’amour à la française avec Vanessa Paradis

Concert | Retour au sommet cette année pour Vanessa Paradis, grâce à un album produit et réalisé par Benjamin Biolay. Un duo gagnant qui confirme que l’interprète est une subtile pâte à modeler pour des auteurs-compositeurs capables de révéler ses multiples facettes artistiques.

Aurélien Martinez | Jeudi 21 novembre 2013

Plus de vingt-cinq ans que Vanessa Paradis navigue dans le monde de la chanson française, sous-catégorie variété haut de gamme. Une longévité remarquable pour celle qui n’écrit pas (ou si peu) ses morceaux : un pari risqué, la rendant dépendante d’autres – souvent des hommes d’ailleurs. Mais ce serait sans compter sur ce mystère qui lui permet de subtilement diffuser sa sève pour que les albums qu’on lui compose semblent venir directement d’elle. Normal, puisqu’elle s’est souvent associée à des auteurs-compositeurs de renom avec qui elle entretenait une relation plus que professionnelle – amicale ou amoureuse. Serge Gainsbourg en 1990 pour le moins cul-cul qu’il n’y paraît Variations sur le même t’aime, Lenny Kravitz en 1992 pour l’envoûtant (et tout en anglais) Vanessa Paradis, ou encore Matthieu Chédid et quelques autres auteurs de la même veine en 2000 pour l’écrin Bliss : chaq

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Benjamin Biolay : elles et lui

Concert | Après des débuts difficiles tant avec le public que la critique, Benjamin Biolay met pas mal de monde d’accord depuis quelques années. Ce qui lui vaut d’être désigné pote de cénacle des Gainsbourg, Bashung & co. Un artiste prolifique qui diffuse aussi son venin charnel chez d’autres artistes – principalement des femmes. Petit tour d’horizon des plus emblématiques de ces couples d’un temps, avant le concert que Monsieur BB donnera cette semaine à Grenoble.

Aurélien Martinez | Vendredi 7 juin 2013

Benjamin Biolay : elles et lui

Keren Ann Le premier album en français de la chanteuse d’origine néerlandaise voit le jour en 2000. Il est écrit en collaboration avec un Biolay qui n’a pas encore livré de production solo (Rose Kennedy sortira un an plus tard). Très Suzanne Vega et Joni Mitchell, La Biographie de Luka Philipsen est un petit bijou mélodique, sobre, gracieux, plus folk que chanson française, qui met discrètement en lumière le talent de cette souffleuse de mots constamment Sur le fil. Fort de cette réussite (qui se réitérera sur deux autres albums), le tandem est alors invité la même année à travailler sur Chambre avec vue, le nouveau disque du vétéran Henri Salvador porté par le fameux Jardin d’hiver (déjà présent sur La Biographie de Luka Philipsen). Une réussite, et un véritable succès qui replace Salvador sur le devant de la scène (explosion des ventes, Victoires de la musique à la pelle...) – même si ce dernier tenta par la suite de minorer la participation de

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Cher homme connu

MUSIQUES | Compte-rendu énamouré de concerts. Nadja Pobel

Aurélien Martinez | Vendredi 7 juin 2013

Cher homme connu

Nous nous rencontrons dès l’automne 2007, toi sur la scène du Kao (Lyon), moi en face, dans une salle pleine. À l’époque, tu es le bad boy de la chanson française que la presse adore détester, faisant ses choux gras de tes crachats sur Bénabar et consorts. Mais, au plateau, c’est un homme heureux qui assure 2h30 de concert et joue les multi-instrumentistes (dont le trombone, l’instrument de tes gammes). Une claque. Quand on se retrouve en mars 2010, La Superbe a remis les pendules à l’heure chez les grincheux. Les médias t’adoubent enfin, tu remplis des mois à l’avance le Transbordeur (Lyon encore), deux fois la jauge du Kao. Un concert de cordes avec harpe, piano… Superbe forcément. Quatre mois plus tard, je me mords les doigts de ne pas être aux Nuits de Fourvière (Lyon toujours) où tu es accompagné par le jeune orchestre symphonique du Conservatoire, là même où tu as traîné tes guêtres. 22 mai dernier. Retour au Transbo. L’album Vengeance a moins tourné sur ma platine que les précédents. Mais qu’est-ce que ça peut faire ? D’emblée, ce soir-là, une évidence 

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Dead man talking

ECRANS | De et avec Patrick Ridremont (Belg, 1h41) avec Virginie Efira, François Berléand…

Christophe Chabert | Jeudi 21 mars 2013

Dead man talking

Qui trop embrasse, mal étreint. Pour sa première réalisation, Patrick Ridremont avait visiblement beaucoup de sujets à traiter : la relativité de la justice, la mise en spectacle de celle-ci par l’intrusion de la télévision, les regrets d’un homme condamné à laisser sa vie en plan sans l’avoir accomplie… Sa mise en scène traduit le même appétit de tout faire en même temps : de la comédie de caractère, de l’étude psychologique, un zeste de film noir… Cette générosité n’est pas blâmable, mais elle est contre-productive à l’écran ; surtout, le film souffre d’une esthétique de court-métrage étiré, avec ses décors cheap et irréalistes, son concept décliné jusqu’à plus soif et surtout, l’omniprésence d’un dialogue sentencieux qui prend sans cesse le pas sur l’image et l’action. Quant à Virginie Efira, pourtant en passe de trouver enfin une crédibilité sur grand écran avec 20 ans d’écart, elle est ici totalement à côté de la plaque. Christophe Chabert

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Benjamin Biolay, la "Vengeance" aux deux visages

MUSIQUES | Connaissant l'animal et sa réputation de flingueur tous azimuts, son statut de tête à claque officielle pour beaucoup, ainsi que certaines de ses mésaventures (...)

Stéphane Duchêne | Vendredi 11 janvier 2013

Benjamin Biolay, la

Connaissant l'animal et sa réputation de flingueur tous azimuts, son statut de tête à claque officielle pour beaucoup, ainsi que certaines de ses mésaventures avec la presse (Technikart, la presse people), quand on a appris que Benjamin Biolay sortait un album intitulé Vengeance, on a crû au massacre. C'est tout l'inverse qui est arrivé à nos oreilles : certes inégal (un Biolay parfait ne serait pas un Biolay – mais on se permet de préciser qu'arrêter de rapper ne serait pas un mal), Vengeance est un album de haute volée rempli de pépites et de duos savants (dont un avec Carl Barat). Plus qu'une vengeance, même douce : un cadeau légèrement empoisonné, le potlatch d'un homme qui se préoccupe surtout de tracer sa route et ne cesse pour le coup – selon un cliché consacré – de gagner en maturité. Annoncée avant même la sortie de l'album pour le printemps 2013, la tournée Vengeance est attendue de pied ferme. Un couteau entre les dents. Benjamin Biolay, le vendredi 14 juin à la MC2

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Pourquoi tu pleures ?

ECRANS | De Katia Lewkowicz (Fr, 1h39) avec Benjamin Biolay, Emmanuelle Devos, Nicole Garcia…

François Cau | Mercredi 8 juin 2011

Pourquoi tu pleures ?

Avant qu’il ne s’enfonce dans une énième chronique des atermoiements amoureux, il y a une bonne idée dans Pourquoi tu pleures ? Raconter les dernières heures de célibat de son héros (Benjamin Biolay, autour de qui le film a manifestement été conçu) comme un labyrinthe kafkaïen dont nous serions, comme lui, les témoins passifs et incrédules. Une nuit d’ivresse, des Israëliens qu’on conduit dans un appartement surpeuplé et une absente, Anna, dont on ne sait ni où elle est, ni qui elle est. Bien sûr, Lewkowicz doit à un moment clarifier les choses, et le petit charme du film s’envole, laissant la place à une galerie de personnages colorés mais antipathiques digne du pire Klapisch. Les acteurs font alors ce qu’ils veulent, la caméra aussi, et le montage tente de mettre en ordre ce grand foutoir moyennement accueillant, qui fait appel au vécu du spectateur plutôt que de soigner pour lui ses effets (comiques, notamment) et sa direction artistique (décors tristes de quotidienneté, mixage incohérent). Beaucoup d’intentions, peu de réalisation : un travers très français. Christophe Chabert

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"Vicky Cristina Barcelona" : sous l'espagnolade, la vérité sociale

ECRANS | En visite à Barcelone, Woody Allen propose une nouvelle variation, faussement convenue, autour de ses thèmes favoris : le couple et la fatalité culturelle.

Christophe Chabert | Jeudi 2 octobre 2008

Deux amies américaines sont en visite estivale à Barcelone, l’une pour ses études, l’autre pour se remettre de son énième déconfiture sentimentale. La brune Vicky (Rebecca Hall), solidement assise sur ses principes, est promise au mariage avec un jeune cadre new-yorkais ; la blonde Cristina (Scarlett Johansson) se cherche quelque part entre cinéma et photographie, célibataire par indécision plus que par choix. Woody Allen, après une trilogie londonienne au propos social détonnant, semble avoir mis le cap vers l’Espagne pour des raisons similaires à celles de ses héroïnes : s’offrir un break ensoleillé et touristique (de Gaudí à la guitare au clair de lune, les clichés sont à la fête), le temps de retrouver ses thèmes de prédilection : l’incertitude sentimentale et les aléas du couple. Avec un classicisme très sage, la première partie de Vicky Cristina Barcelona se pose en comédie romantique sans réel enjeu, notamment quand Juan Antonio (Javier Bardem), peintre bohème assumant son désir pour les deux demoiselles, sort le grand jeu et emballe toutes les pistes lancées par le récit. Niv

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