Jean-Luc Gaget : « On a eu les planètes qui s'alignent »

ECRANS | Scénariste de "L’Effet aquatique", mais aussi des précédents longs-métrages de Sólveig Anspach, Jean-Luc Gaget a accompagné tout le film jusqu’à son montage après le décès de la réalisatrice, le 7 août 2015…

Vincent Raymond | Mardi 28 juin 2016

Pourquoi avoir choisi des personnages de maîtres-nageurs ?

Jean-Luc Gaget : Avec Sólveig, on était allés voir Deep End de Jerzy Skolimowski et on avait adoré – on en était raides dingues ! En sortant, on s'est dit : "on va écrire un film qui se passera dans une piscine", et c'est parti de là. Dans le film précédent, Queen of Montreuil, le personnage d'Agathe faisait du documentaire – mais ça ne marchait pas fort, donc elle pouvait très bien devenir maître-nageur (rires). Et sans Deep End, elle aurait pu travailler dans un supermarché. En plus, une piscine, ça peut être très glauque… Mais Sólveig, avec la chef-opératrice Isabelle Razavet, a rendu ce lieu super sensuel, acidulé. Ça amène beaucoup de poésie.

Teniez-vous à conclure par un happy end votre trilogie engagée par Back Soon et Queen of Montreuil ?

C'est une suite sans être une suite : on a repris les personnages de Back Soon et de Queen of Montreuil, mais on n'a pas besoin de voir les deux autres. C'est parce que l'on a coupé une scène où Samir et Agathe se croisaient dans la première version de Queen of Montreuil que ce film a été possible. Quant au happy end, oui : dès l'écriture, le but était de boucler la boucle de la trilogie en emmenant le spectateur dans l'atmosphère d'une comédie romantique. Et une comédie romantique qui se termine mal, c'est bizarre ! (sourire)

Sólveig Anspach est décédée pendant le montage. Comment avez-vous vécu l'achèvement du film, puis ses premières projections ?

Sólveig avait travaillé sur les deux-tiers du montage. On l'a terminé avec sa monteuse, l'équipe et notre producteur Patrick Sobelman en septembre. Déjà que le film avait été difficile à monter : nous n'avons même pas eu l'avance sur recettes et seulement 27 jours de tournage en deux phases – 10 jours en octobre en piscine à Montreuil, puis 17 jours en mai en Islande. Alors ensuite, le fait d'aller à Cannes dans la Quinzaine des Réalisateurs a été extraordinaire pour le film, pour nous. C'était une sorte d'apothéose par rapport à notre aventure avec Sólveig. On ne voulait pas que le film sorte entre deux portes. La projection a été émouvante, et l'on a remporté le prix de la SACD. C'est ce qu'on appelle avoir les planètes qui s'alignent…

Elle travaillait sur un autre projet ; que va-t-il devenir ?

C'est un film qui s'appelle Just two of us, qu'elle a écrit avec Agnès de Sacy, inspiré d'une histoire très forte et très intime arrivée à sa maman. Patrick Sobelman va tout faire pour que le film se tourne. Il n'y a pas encore de réalisatrice désignée, mais ça en prend le chemin…


L'effet aquatique

De Solveig Anspach (Fr-Isl, 1h23) avec Florence Loiret-Caille, Samir Guesmi...

De Solveig Anspach (Fr-Isl, 1h23) avec Florence Loiret-Caille, Samir Guesmi...

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Samir, la quarantaine dégingandée, grutier à Montreuil, tombe raide dingue d’Agathe. Comme elle est maître-nageuse à la piscine Maurice Thorez, il décide, pour s’en approcher, de prendre des leçons de natation avec elle, alors qu’il sait parfaitement nager. Mais son mensonge ne tient pas trois leçons - or Agathe déteste les menteurs! Choisie pour représenter la Seine-Saint-Denis, Agathe s’envole pour l’Islande où se tient le 10ème Congrès International des Maîtres-Nageurs. Morsure d’amour oblige, Samir n’a d’autre choix que de s’envoler à son tour...


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"La Dernière Folie de Claire Darling" : lady gaga

ECRANS | de Julie Bertuccelli (Fr, 1h35) avec Catherine Deneuve, Chiara Mastroianni, Samir Guesmi…

Vincent Raymond | Mardi 5 février 2019

Passé et présent se mélangent dans l’esprit de la très chic Claire Darling (Catherine Deneuve). Pensant être au seuil de son ultime jour sur terre, la voici qui brade tous ses meubles et bibelots pour une bouchée de pain. Peut-être que sa fille, qu’elle n’a pas vue depuis des année, pourrait remédier à ce chaos ? À chacune de ses réalisations de fiction, Julie Bertuccelli nous prouve qu’elle est décidément plutôt une grande documentariste, surtout lorsqu’elle s’attache à son sujet de prédilection qu’est la transmission, lequel n’est jamais bien loin de la mémoire – son premier long de fiction, Depuis qu’Otar est parti… (2003), était d'ailleurs furieusement documentarisant. Racontant la confusion mentale et spatio-temporelle d’une femme visiblement atteinte d’un Alzheimer galopant, ce Claire Darling propose de mettre en résonance le bric-à-brac interne du personnage et le marché aux puces qu’elle organise avec la forme déstructurée du film – façon onirisme à la Resnais, avec échos répétitifs entre passé et présent. L’effet, systématique, se révèle épuisant et finit par tourner à vide. Et l’o

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"Jeunesse" : c’est Conrad qu’on rate

ECRANS | de Julien Samani (Fr., Por., 1h23) avec Kévin Azaïs, Jean-François Stévenin, Samir Guesmi…

Vincent Raymond | Mardi 6 septembre 2016

À force, les cinéastes devraient savoir que transposer un roman de Joseph Conrad dans le monde contemporain n’est pas sans risque : Welles s’y était cassé les dents et Coppola a failli y perdre la raison (avant d’accoucher, il est vrai, du chef-d’œuvre monstre Apocalypse Now, adaptation libre de la nouvelle Au cœur des ténèbres). Peu superstitieux, Julien Samani s’est jeté à l’eau en portant à l’écran Jeunesse, un récit partiellement autobiographique qui devient, hélas, une chronique initiatique aussi vague que démodée. Comment croire en effet qu’en 2016, un jeune gars puisse traîner sur un port dans l’espoir d’embarquer sur un cargo pour aller faire fortune en Afrique ? Comment admettre qu’un matelot novice devienne en l’espace de deux séquences et un regard distrait sur son manuel un sous-officier expérimenté ? Pour faire "authentique", sans doute, Samani ranime des figures légendaires : le vieux capitane, loup de mer roublard et éthylique (campé par un Jean-François Stévenin en mode Haddock) et son lieutenant, incapable de se départir d’un rictus patibulaire comme de son cure-dent (on plaint les gencives de Samir Guesmi), ainsi

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"L’Effet aquatique" : ultime romance pour Sólveig Anspach

ECRANS | de Sólveig Anspach (Fr./Isl., 1h23) avec Florence Loiret-Caille, Samir Guesmi, Didda Jonsdottir…

Vincent Raymond | Mardi 28 juin 2016

Un(e) auteur(e) faisant le grand plongeon avant la sortie de son film sur les écrans laisse son œuvre orpheline, autant que ses spectateurs – le public éprouve en effet une impression d’inachèvement, comme si la voix portant le récit s’était étouffée en cours de phrase. Car une réalisation posthume tient de l’énigme ; certes, elle triomphe de la mort, mais ne peut se défaire d’une incertitude : correspond-elle aux désirs de l’absent(e) ? Cette charge funèbre pèse sur L’Effet aquatique comme un péché originel. Dommage pour une comédie, pourrait-on penser, mais ce qu’elle amène de mélancolie se marie avec la musique intime de Sólveig Anspach, dont le cinéma n’a cessé de redonner à des éclopés ou des pieds-nickelés le goût de la fantaisie. Elle a même ici l’arrière-goût chloré des bassins bleutés, ce (mi)lieu intermédiaire où l’on se met presque totalement à nu. Démarrant comme un huis clos timide et recroquevillé (un homme tombe amoureux d'une femme maître-nageuse), le film se déploie au contact de l’eau pour gagner les rives de l’Islande et celles de la comédie romantique – ou plutôt de la romance comique. Assumant sa naïveté comme une douceur, il semble prôner

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Lulu femme nue

ECRANS | De Solveig Anspach (Fr, 1h27) avec Karin Viard, Bouli Lanners, Claude Gensac…

Christophe Chabert | Mercredi 15 janvier 2014

Lulu femme nue

Signe des temps : après Elle s’en va, voici un nouveau portrait de femme qui choisit la rupture sociale, l’errance et l’aventure au confort étouffant de sa vie bourgeoise. Là où Bercot se fourvoyait dans une vague et embarrassante pulsion ethnologique, Solveig Anspach choisit au contraire la fantaisie comique pour montrer comment Lulu se "dénude" socialement, réapprend l’amour physique puis la compassion envers autrui. La première moitié, où elle batifole avec un ancien repris de justice à qui ses deux frères un peu tarés collent en permanence aux basques, fait preuve d’un sens du croquis burlesque sans doute hérité de la BD originale. Le tandem Karin Viard / Bouli Lanners fonctionne à la perfection, et la mise en scène, qui utilise avec intelligence l’écran large pour donner de l’air aux situations, prend à revers le bâclage en vigueur dans la comédie française. La deuxième partie, autour de la vieille dame interprétée par Claude Gensac, est moins convaincante, plus attendue et moins farfelue, mais le film a pour lui sa concision et l’aba

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Queen of Montreuil

ECRANS | De Solveig Anspach (Fr, 1h27) avec Florence Loiret-Caille, Didda Jonsdottir…

Christophe Chabert | Mardi 19 mars 2013

Queen of Montreuil

L’ambition de Solveig Anspach est ici ni plus ni moins de croquer la bourgeoisie bohème d’aujourd’hui, tout en peignant le portrait d’une femme encore jeune et déjà veuve, incapable de trouver la bonne distance pour faire son deuil. Le choix de Montreuil, terreau de prédilection des bobos parisiens, n’est pas anodin : à la fois urbaine et pavillonnaire, elle donne à cette comédie douce-amère un petit exotisme, renforcé par la présence de deux comédiens islandais et d’un… phoque, créature bizarre et comédien imprévisible. Tout cela donne lieu à des vignettes sympathiques et inoffensives, qui se laissent suivre même si Anspach semble accumuler les scènes plutôt que de construire une dramaturgie, ce que la fin, rassemblement expéditif de tous les personnages loin de leur territoire, souligne par son caractère arbitraire. Christophe Chabert

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Camille redouble

ECRANS | Actrice condamnée à jouer les silhouettes dans des films gore, Camille voit son existence partir à vau-l’eau quand son mari Éric décide de la quitter, et se (...)

Christophe Chabert | Jeudi 6 septembre 2012

Camille redouble

Actrice condamnée à jouer les silhouettes dans des films gore, Camille voit son existence partir à vau-l’eau quand son mari Éric décide de la quitter, et se laisse glisser dans les volutes de cigarettes et les vapeurs d’alcool – apesanteur retranscrite dans un générique génial, comme on n’en voit pas souvent dans le cinéma français. Par la grâce d’un horloger un peu sorcier et après un nouvel an très arrosé, elle fait un malaise et se réveille le 1er janvier 1985 à l’hôpital, dans la peau de l’ado qu’elle était alors, quelques jours avant de rencontrer Éric et quelques semaines avant la mort de sa mère. Sur ce canevas, qui tient autant de Nietzsche – supporter de revivre la totalité de son existence, douleur et plaisir confondus – que du Coppola de Peggy Sue s’est marié, Noémie Lvovsky, devant et derrière la caméra, s’offre une fantaisie foutraque dans laquelle elle place de vrais moments de mélancolie. Convoquant une galerie de personnages secondaires hauts en couleur et s’entourant d’un groupe de copines au bord de l’hystérie, cousines burlesques de celles qu’elle mettait en scène dans La Vie ne me fait pas peur, Lvovsky privilégie une énergie juvénile à la f

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