Quand Miyazaki et Takahata dessinaient des pandas

ECRANS | Ce mois-ci, le Méliès ressort "Panda, Petit Panda", suite de deux courts-métrages réalisés en 1972 par les deux maîtres japonais de l'animation, à l'époque quasi-débutants.

Vincent Raymond | Mardi 5 juillet 2016

Bien avant que le ninja Po ne promène sa ventripotente carcasse sur les écrans (dans Kung Fu Panda), deux autres ursidés avaient eu les honneurs du cinéma d'animation au Japon dans Panda, Petit Panda (1972). Mettant en scène les deux animaux farceurs et une petite fille dégourdie, Mimiko, ce programme de deux courts-métrages égaux en durée est né de la conjonction de deux talents ; deux complices fidèles devenus les parrains (ou les oncles tutélaires, pour faire moins yakuza) de l'animation nippone : Isao Takahata et Hayao Miyazaki, alors quasi-débutants.

Si la technique semble parfois un peu pataude (au niveau des intervalles, légèrement saccadés), la fantaisie et l'originalité des univers annoncent à bien des égards les futures grandes œuvres des réalisateurs de Pompoko (1994) et de Mon voisin Totoro (1988). En particulier le ton malicieux, l'attention respectueuse portée à la nature et à ceux (animaux, plantes, esprits) qui y vivent ou survivent, le fantasme de la submersion, dont Miyazaki fera un thème récurrent (peut-être que la situation d'insulaire favorise-t-elle ce type de pensée ?) ; jusqu'aux mimiques exagérées du grand panda, en qui chacun voit l'archéo-Totoro.

Idéal dès 3 ans, ce programme d'1h13 possède un autre atout qui conquiert le jeune public : il promeut les bêtises et la désobéissance, en montrant une Mimiko très autonome lorsqu'il s'agit de faire des choses en dehors de toute autorité. Le Japon, l'autre pays du punk…

Panda, Petit Panda

Au Méliès tout le mois de juillet


Panda Petit Panda

De Isao Takahata (1973, Jap, 1h21) animation

De Isao Takahata (1973, Jap, 1h21) animation

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A partir de 3 ans La petite orpheline Mimiko, habite dans la maison de sa grand-mère. Alors que cette dernière s'absente quelques jours, un bébé panda et son papa, échappés du zoo voisin, pénètrent dans la maison... et s'y installent ! Tous trois deviennent rapidement les meilleurs amis du monde... même si le petit panda se révèle être un habitué des bêtises : il sème la panique à la cantine de l'école, manque de se noyer dans la rivière... Jusqu'au jour où il découvre un intrus couché dans son lit : un tigre qui ne retrouve pas le chemin de son cirque. C'est ainsi que Mimiko et les deux pandas le ramènent vers sa maman et qu'ils passent des instants merveilleux au milieu de gens du cirque, allant même jusqu'à sauver tous les animaux d'une inondation ! Cela vaut bien une magnifique parade dans les rues de la ville pour la plus grande joie des enfants ! Composé de 2 moyens métrages, Panda kopanda d'une durée de 33 mn, et Panda kopanda amefuri saakasu no maki d'une durée de 38 mn.


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Écrans magiques

Festivals | Présente dans la programmation des festivals de cinéma Voir Ensemble, À vous de voir et Plein les yeux, l’animation japonaise jeune public n’a pas toujours profité d’une telle reconnaissance. Retour sur les raisons de ce (tardif) changement de statut et décryptage de quelques-uns des films à l’affiche ces prochains jours.

Damien Grimbert | Mardi 18 février 2020

Écrans magiques

C’est une histoire désormais bien connue. À l’origine de nombreux films remarquables depuis la fin des années 50, et bénéficiant d’une présence sur les (petits) écrans français dès la fin des années 70, l’animation japonaise jeune public a néanmoins dû attendre l’orée des années 2000 pour enfin commencer à être reconnue à sa juste valeur. S’il n’est pas le premier film d’Hayao Miyazaki à être sorti dans les salles françaises et d’une certaine reconnaissance critique (Porco Rosso, Mon Voisin Totoro et Princesse Mononoké lui avaient auparavant pavé la voie), Le Voyage de Chihiro est en revanche sans conteste celui par le biais duquel tout a changé. Immense succès public (1, 34 million d’entrées l’année de sa sortie en France), le métrage a ainsi permis à l’intégralité des productions du Studio Ghibli de s’imposer en véritables incontournables, et modifié irrémédiablement le regard porté par le grand public sur les films d’animation en provenance du Japon. Ouvrant de fait la voie, quelques années plus tard, à toute une nouvelle génération de réalisateurs (Mamoru Hosoda, Makoto Shinkai, Masaaki Yuasa, Keiichi Hara…), qui n’auraient sans doute jama

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"Mes voisins les Yamada" d'Isao Takahata est à (re)voir mardi au Méliès

ECRANS | Cofondateur du Studio Ghibli avec le fameux Hayao Miyazaki (qui a plus pris la lumière que lui), Isao Takahata, connu notamment pour Le Tombeau des (...)

Élise Lemelle | Mardi 28 mai 2019

Cofondateur du Studio Ghibli avec le fameux Hayao Miyazaki (qui a plus pris la lumière que lui), Isao Takahata, connu notamment pour Le Tombeau des lucioles (1988), n’a pourtant rien à envier à son confrère japonais. Comme le prouvera le Méliès en projetant mardi 4 juin à 18h15 Mes voisins les Yamada (1999), film entièrement réalisé par ordinateur : un avant-gardisme pour l’époque qui coûtera cher et se soldera par un échec commercial. Cette chronique sociale ne manque pourtant pas de charme avec son style crayonné et son caractère hybride. Elle prend ainsi la forme de plusieurs courts-métrages elliptiques entrecoupés d’haïkus où Nonoko Yamada, petite-fille au franc-parler, nous présente les membres, gentiment caricaturaux, de sa famille. Après avoir trinqué avec les Yamada, vous risquez de trouver la prochaine fête des voisins bien fade…

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"Never-Ending Man : Hayao Miyazaki" : demain, j’arrête (ou pas)

ECRANS | de Kaku Arakawa (Jap, 1h12) documentaire

Vincent Raymond | Jeudi 20 décembre 2018

En 2013, après plusieurs faux-départs, le cinéaste Hayao Miyazaki effectue l’annonce solennelle de sa retraite définitive. Peu dupe, le réalisateur Kaku Arakawa entreprend de le suivre et enregistre son incapacité à demeurer inactif : le fondateur des studios Ghibli se remet rapidement au travail… D’une insolente brièveté, ce documentaire tourné au plus près de Miyazaki (parfois sous son nez pendant qu’il déguste son bol de ramen) possède de nombreuses vertus. Dont celle de nous immiscer dans l’intimité du père de Totoro, révélant ses habitudes et ses manies (le port de la blouse, les cigarettes, les tressautements de jambes machinaux) d’un über perfectionniste conscient d’avoir, à l’instar d’un Cronos, dévoré ses enfants par crainte qu’ils lui succèdent. On pourrait croire qu’il s’agit d’une charge contre un vieux maître reclus dans son égotisme et la certitude de son indépassable excellence ; or justement, Miyazaki ne cesse de s’ouvrir à la nouveauté (ici, à la 3D) et à la jeunesse. Et quand il ose avouer vouloir réaliser dans un premier temps un nouveau court-métrage, Boro la chenille, c’est (aussi) pour goûter à cette tech

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L’animation japonaise au firmament à la Cinémathèque de Grenoble

ECRANS | Rendez-vous tout le mois de décembre au cinéma Juliet-Berto pour le constater, avec la projection de pas mal de pépites (dont le mythique "Château Ambulant" de Miyazaki).

Damien Grimbert | Mardi 4 décembre 2018

L’animation japonaise au firmament à la Cinémathèque de Grenoble

Vaste continent à l’approche souvent intimidante, le cinéma d’animation japonais se dévoile à la Cinémathèque à l’occasion d’un cycle thématique de six films qui constitue une excellente entrée en matière pour le néophyte… mais pas seulement. Outre Le Serpent Blanc de Taiji Yabushita, déjà diffusé à l’heure où l’on publie ces lignes, sont ainsi proposés trois films d’auteurs contemporains largement acclamés, dont la poésie, l’intelligence, la tendresse et la charge émotionnelle ont amplement contribué à sortir l’animation japonaise du ghetto culturel auquel elle était jusqu’alors confinée. On pense bien sûr au Château Ambulant (2004) du maître incontesté Hayao Miyazaki, aux Enfants loups, Ame et Yuki (2012) de Mamoru Hosoda, nouveau mètre-étalon du genre, et au Miss Hokusai (2015) de Keiichi Hara, moins réputé mais tout aussi méritant. Œuvres plus radical

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"Le Tombeau des lucioles" : chef-d'œuvre signé Isao Takahata

ECRANS | Vendredi 11 mai, le cinéma le Méliès va rendre hommage au géant de l'animation japonaise récemment disparu en diffusant deux de ses films dans le cadre d'une soirée spéciale.

Vincent Raymond | Lundi 30 avril 2018

Les distinctions honorent surtout ceux qui s’enorgueillissent de les remettre, davantage que ceux poussant la vanité à les arborer. Il en existe toutefois une au Japon dont le prestige rejaillit sur son récipiendaire comme sur son art à parts égales : le titre de "Trésor national vivant", attribué aux seuls monuments de la scène, de la musique ou de la danse traditionnelle. Du fait de sa considérable carrière, un cinéaste tel qu’Isao Takahata aurait mérité d’en bénéficier. Sa mort à l’âge de 82 ans le 5 avril dernier clôt hélas tout débat. Avec lui disparaît au moins la moitié de l’âme des Studios Ghibli qu’il a co-fondés en 1985 avec Hayao Miyazaki, et surtout un créateur d’une insolite diversité. S’il a depuis été éclipsé par son alter ego plus consensuel (et plus répétitif), c’est bien Takahata qui a signé le long-métrage manifeste de l’anime moderne, Horus, prince du soleil (1968). C’est son amour pour la nature qui l’a conduit à réaliser Panda Petit Panda (1972) et surtout Po

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Le Conte de la Princesse Kaguya

ECRANS | On le sait, les garçons naissent dans les choux et les filles dans les roses. Grâce au dernier film d’Isao Takahata, on apprend que les princesses, elles, (...)

Christophe Chabert | Mardi 24 juin 2014

Le Conte de la Princesse Kaguya

On le sait, les garçons naissent dans les choux et les filles dans les roses. Grâce au dernier film d’Isao Takahata, on apprend que les princesses, elles, naissent dans des bambous les soirs de pleine lune. Idée aussi fantastique qu’évidente à l’écran, que le réalisateur a tirée d’un récit fondateur de la littérature japonaise et qu’il a développée pour en faire un conte universel sur la condition féminine, sinon la condition humaine. Car cette princesse, qui grandit de manière surnaturelle, va être prise entre deux feux : ses aspirations et son destin. Ainsi, lors d’une des premières séquences, elle doit décider si elle suivra des enfants qui l’appellent « pousse de bambou » ou si elle rejoindra son père d’adoption qui l’a baptisée « Princesse » ; l’amitié du peuple et le désir de liberté d’un côté, l’ambition d’une vie d’exception que l’on projette sur sa progéniture de l’autre. C’est la deuxième option qui l’emporte, mais le dilemme est sans cesse redoublé sous de nouvelles formes dans le film, notamment lors de la valse des prétendants que la p

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Isao Takahata : Prince et Princesse

ECRANS | Avec "Le Conte de la Princesse Kaguya", Isao Takahata, l’autre génie du Studio Ghibli, sort d’un long silence créatif pour signer ce qui est sans doute son œuvre la plus ambitieuse et la plus accomplie. Rencontre avec un cinéaste d’animation d’exception.

Christophe Chabert | Mardi 24 juin 2014

Isao Takahata : Prince et Princesse

Pour avoir eu la chance de découvrir un après-midi à la fin des années 1980 dans une salle annécienne maintenant défunte Le Tombeau des Lucioles, on sait ce que l’on doit à Isao Takahata : cette révélation, assez évidente aujourd’hui, beaucoup moins pour un adolescent à l’époque, que le cinéma d’animation pouvait atteindre une profondeur humaine et existentielle égale sinon supérieure à celle du cinéma en prises de vue réelles. Cette œuvre adulte mais racontée du point de vue de l’enfance, évoquant les fantômes mélancoliques de la Seconde Guerre mondiale au Japon, sortait alors de nulle part ; son auteur, tout comme le studio qui le produisait (Ghibli), n’étaient connus que d’une poignée de cinéphiles très spécialisés et le film lui-même attendra huit ans avant d’être distribué en France. Takahata a déjà cinquante-trois ans au moment de sa réalisation et une carrière riche partagée entre longs-métrages pour le cinéma et séries animées pour la télévision. Aujourd’hui, il en a soixante-dix-huit, et ce même festival d’Annecy vient de l’honorer d’un Cristal d’honneur pour l’ensemble de son œuvre, en parallèle de la présentation de

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Un festival (pas si) jeune public

ECRANS | Bien plus qu’un festival jeune public, Voir ensemble propose, quinze jours durant au Méliès, de réfléchir autour d’un cinéma qui cherche à éveiller la curiosité des spectateurs, jeunes comme moins jeunes, avec un focus pour cette deuxième édition sur le son et la musique. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 25 février 2014

Un festival (pas si) jeune public

Vacances scolaires obligent, les festivals de cinéma jeune public prennent leurs quartiers dans les salles françaises. Certes, depuis l’instauration du tarif unique à 4€ pour les moins de 14 ans, c’est un peu la fête tout le temps pour les jeunes spectateurs, avec ce risque d’infantiliser toute la production et – ça a commencé – de voir les écrans truster par des films animés ineptes et régressifs. D’où l’utilité de Voir ensemble, le festival proposé par Le Méliès : son ambition n’est pas de compiler la production récente et à venir pour faire tourner le tiroir-caisse, mais bien de mettre en perspective les films présentés avec des stages, des rencontres et des soirées spéciales. Autre particularité : Voir ensemble ne cherche pas uniquement la nouveauté à tout crin, puisque cette édition n’hésite pas à proposer les copies neuves de trois classiques restaurés. D’abord Le Voyage de Chihiro, chef-d’œuvre qui consacra son auteur Hayao Miyazaki comme un des grands cinéastes de son temps grâce au Lion d’or obtenu à la Mostra de Venise – Lion qu’il a loupé, et c’est regrettable, avec son dernier et superbe

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Le Vent se lève

ECRANS | Pour ses adieux au cinéma, Hayao Miyazaki propose une fable ample, adulte et très personnelle mêlant histoire du Japon et envol romanesque pour dessiner un autoportrait en créateur aveuglé par sa passion. Magnifique. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 15 janvier 2014

Le Vent se lève

Ce n’est pas la première fois qu’Hayao Miyazaki annonce sa retraite cinématographique ; c’est même devenu un sujet de plaisanterie comme furent, en leur temps, les adieux des mythiques Compagnons de la chanson… Non seulement Le Vent se lève donne un crédit évident à ce départ longtemps reporté, mais il explique aussi en creux les tergiversations du maître. Le parcours de son protagoniste, Jiro, évoque ainsi métaphoriquement celui de Miyazaki lui-même : celui d’un homme mû par une passion si exclusive qu’elle lui fait passer à côté du monde et de la vie. Ainsi, dès son plus jeune âge, Jiro s’obsède pour l’aviation, ayant trouvé un mentor imaginaire en la personne de Giovanni Caproni, pionnier italien de la construction. Devenu ingénieur, il va tout faire pour donner au Japon des modèles dignes de ceux fabriqués en Europe, et notamment dans l’Allemagne hitlérienne. Car Le Vent se lève se déroule dans une période tumultueuse de l’Histoire japonaise que Miyazaki circonscrit à deux événements : le séisme qui dévaste la région de Kanto et la participation de son pays à la Deuxième Guerre mondiale. Une dernière envolée Du premier, spectaculai

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La Colline aux coquelicots

ECRANS | De Goro Miyazaki (Jap, 1h31) animation

François Cau | Lundi 9 janvier 2012

La Colline aux coquelicots

Poussé par son père Hayao à la succession au trône de son mythique studio Ghibli, Goro Miyazaki retourne au charbon après Les Contes de terremer. Bonne nouvelle, l'étouffante empreinte du maître s'est évanouie, pour laisser place à un mélo ensoleillé, aéré et généreux où le fils décomplexé assume d'entretenir la mémoire du père. Au travers d'une intrigue familiale et amoureuse dans le Japon de 1963, La Colline aux coquelicots n'a pas d'autre sujet que l'importance du passé pour la vitalité du présent. Suivant la trajectoire d'une lycéenne et ses proches qui tentent de sauver leur foyer étudiant d'une reconstruction (symboliquement appelé «quartier latin»), Miyazaki touche à l'Histoire du pays pour renvoyer à toute perte de lien social et affective. Il signe un beau film impressionniste et vertueux sur la transmission et la jeunesse. Une œuvre tendre et délicate où le quotidien est sublimé par un soin affolant et coloré du détail dont le savoir-faire est une autre marque du temps. Jérôme Dittmar

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