Voreppe croise les regards cinématographiques

ECRANS | Le cinéma Art et Plaisirs lance son cycle mensuel Regards Croisés avec un bijou des frères Coen : "Fargo". Rendez-vous vendredi 9 septembre.

Vincent Raymond | Mardi 6 septembre 2016

Après une fin août proprement caniculaire, on aurait presque hâte de goûter à des températures inversement extrêmes. Quoi de plus rafraîchissant qu'une virée dans le Minnesota hivernal pour l'un des polars les plus frappés tournés par les frères Coen ? Sorti (bien emmitouflé) il y a déjà vingt ans, Fargo est un bijou d'humour noir au milieu des étendues blanches, où le sordide le dispute à l'absurde. On y suit la pathétique combine d'un vendeur de voitures ayant ourdi l'enlèvement de son épouse par des demi-sel pour renflouer ses finances. Évidemment, rien ne se déroule comme prévu : les cadavres tombent en avalanche, jusqu'à ce qu'une placide policière enceinte jusqu'à la mandibule fasse cesser ces floconneries…

Prix de la mise en scène à Cannes, Oscar pour la comédienne Frances McDormand et pour le scénario signé par les Coen, Fargo est un must de la comédie macabre. Un excellent choix pour entamer la nouvelle saison du rendez-vous Regards Croisés institué par le cinéma Art et Plaisirs de Voreppe, qui propose chaque mois un grand film du patrimoine, ayant en général bénéficié d'une restauration récente et présenté par Laurent Huyart.

Très orientée outre-Atlantique, la programmation annonce pour suivre le classique bariolé Un Américain à Paris de Vincente Minnelli (14 octobre), l'évocation abstraite de la guerre La Ligne rouge par Terrence Malick (4 novembre) et le tressautant The Blues Brothers de John Landis (2 décembre). De quoi se frotter les mains par avance – mais pas pour se réchauffer…

Fargo
Au cinéma Art et Plaisirs (Voreppe) vendredi 9 septembre à 20h30


Fargo

De Joel Coen (ÉU, 1h37) avec William H. Macy, Frances McDormand...

De Joel Coen (ÉU, 1h37) avec William H. Macy, Frances McDormand...

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En plein hiver, Jerry Lundegaard, un vendeur de voitures d'occasion à Minneapolis, a besoin d'un prêt de Wade Gustafson, son riche beau-père. Endetté jusqu'au cou, il fait appel à Carl Showalter et Gaear Grimsrud, deux malfrats, pour qu'ils enlèvent son épouse Jean. Il pourra ainsi partager avec les ravisseurs la rançon que Wade paiera pour la libération de sa fille. Mais les choses ne vont pas se dérouler comme prévu.

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Troisième Bureau entretient la flamme

Théâtre | Le comité de lecture du collectif artistique grenoblois a publié, fin février, la liste des textes qu’il a retenus pour cette année. L’occasion pour nous de solliciter Bernard Garnier, coordinateur artistique, afin de faire un point complet sur son fonctionnement et son actualité, en attendant les prochaines représentations publiques.

Martin de Kerimel | Vendredi 12 mars 2021

Troisième Bureau entretient la flamme

Quelle présentation feriez-vous de Troisième Bureau ? Bernard Garnier : Le collectif a été créé il y a une vingtaine d’années, autour principalement de professionnels du théâtre (comédiens, metteurs en scène, auteurs, scénographes… entre autres). Au départ, il y a un constat : les écritures théâtrales contemporaines restent peu représentées sur les scènes des théâtres subventionnés. Nous aimons jouer les classiques, mais disons que le théâtre contemporain a une manière d’interroger le monde autrement, avec une langue d’aujourd’hui. C’est son intérêt et sa force. Comment travaillez-vous ? Très modestement, notre idée est de mener un travail de groupe en parallèle des projets personnels de chacun, afin de pouvoir faire découvrir ces œuvres au milieu professionnel et de les partager avec le public. Avec Troisième Bureau, nous avons commencé à lire ensemble des pièces contemporaines et à nous réunir pour en discuter. Nous avons ensuite mis en place un certain nombre d’actions, la plus emblématique étant sans doute le festival Regards croisés, qui invite chaque année des auteurs et autrices pour des lectures, rencontres, ateli

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Regards croisés : quand le théâtre répond (au) présent

Festival | Dix-neuvième édition pour le festival grenoblois Regards croisés dédié au théâtre qui s’écrit aujourd’hui. Avec, pendant cinq jours dans le Nouveau Théâtre Sainte-Marie-d’en-bas, des lectures en scène de textes contemporains choisis par le collectif Troisième bureau. On a lu tout ça en amont. Spoiler : il y a du très bon.

Aurélien Martinez | Lundi 13 mai 2019

Regards croisés : quand le théâtre répond (au) présent

« Non c’est non » : c’est avec un tel cri de ralliement que s’avance cette année le « festival des nouvelles écritures théâtrales » Regards croisés, qui met en avant depuis presque vingt ans les auteurs et autrices qui, aujourd’hui, écrivent du théâtre. Une phrase en lien avec l’actu (notamment la question du harcèlement sexuel) qui interpelle. Et qui résonne avec les textes les plus percutants de cette nouvelle édition de l’événement porté par le collectif grenoblois Troisième bureau. On pense notamment au Cinglée de l’autrice Céline Delbecq, qui sera lu samedi 18 mai à 18h. Un drame de poche centré sur une femme de 59 ans qui, un jour, prend conscience en lisant un journal que les violences conjugales ne sont pas un petit phénomène. Elles sont même un « génocide ». « Alors Marta s’est dit qu’elle garderait les deux articles, celui de Carmen et celui de Florence, et qu’elle retiendrait leurs noms, ensemble. Et qu’elle retiendrait les noms de toutes celles qui suivraient, s’il y en avait d’autres qui suivaient. »

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"Pachamama" : Inca de malheur…

ECRANS | de Juan Antin (Fr, 1h12) animation

Vincent Raymond | Mardi 11 décembre 2018

La statuette de Pachamama, la déesse protectrice garante de la fertilité des récoltes de leur village, ayant été subtilisée par le collecteur d’impôts, deux enfants se rendent à Cuzco, la capitale inca, afin de la récupérer. Pile au moment où les conquistadors débarquent… Terrible dans ce qu’il raconte des attaques commises contre des civilisations et peuples précolombiens, ce conte ne se distingue pas seulement par sa tonalité historico-politique bienvenue : il fait se répondre fond et forme. À l’instar de Brendan et le Livre de Kells (2009) qui semblait donner vie à des motifs gaéliques, Pachamama adopte un style graphique atypique faisant écho aux esthétiques, couleurs et représentations artistiques andines. Visuellement éclatant, le résultat tranche parce qu’il prend des libertés avec la doxa animée ; des entorses à la règle à mettre en regard avec la poésie magique dont le film de Juan Antin est nimbé : la poésie comme la magie ont la faculté, voire l’obligation, de s’autoriser toutes les transgressions. Et comme tout film d’apprentissage et d’émancipation, il porte aussi une morale dont la valeur est

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Festival Regards croisés : silence, on lit

Théâtre | C’est parti pour la 18e édition du festival Regards croisés consacré aux nouvelles écritures théâtrales. Rendez-vous au Nouveau Théâtre Sainte-Marie-d'en-Bas de Grenoble pour, pendant une semaine, découvrir le théâtre qui s’écrit aujourd’hui.

Aurélien Martinez | Vendredi 18 mai 2018

Festival Regards croisés : silence, on lit

Le théâtre, ce n’est pas que des auteurs morts depuis bien longtemps : une accroche d’article que l’on a dû utiliser au moins 1258 fois depuis la création du Petit Bulletin, mais qui fonctionne à chaque fois pour expliquer l’activité du collectif grenoblois Troisième bureau. Et, surtout, de son festival Regards croisés en place depuis 2001. Soit, pendant une semaine, des lectures de textes contemporains de théâtre par des comédiens et comédiennes professionnels devant un public et les auteurs et autrices sélectionnés venus de pays francophones et d’ailleurs (d’où la présence de traducteurs et traductrices). Chaque année, les spectateurs se confrontent ainsi à une langue on ne peut plus vivante, et découvrent en avant-première des œuvres que l’on pourra peut-être, dans quelque temps, retrouver sur les planches. La sélection de cette édition est, comme à chaque fois, variée, mêlant pièces courtes et longues, univers contemporains ou plus fantastiques, écritures au plus près du réel

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"Regards croisés" : théâtre d’aujourd’hui mon amour

Festival | Zoom sur la nouvelle édition du festival centré sur les écritures théâtrales contemporaines (avec des lectures), organisé cette année du mercredi 17 au lundi 22 mai au Nouveau Théâtre Sainte-Marie-d’en-Bas

Aurélien Martinez | Mardi 16 mai 2017

Ces dernières années, le festival Regards croisés, dédié à la promotion des écritures théâtrales contemporaines (un noble but, vu que les auteurs morts depuis des lustres ont toujours les faveurs uniques de nombreux metteurs en scène), se déroulait dans le Théâtre 145. Mais ça, c’était avant ; avant que la Ville de Grenoble ne déloge le collectif Tricycle qui gérait le lieu. Le collectif Troisième bureau, qui pilote Regards croisés, a donc décidé de partir lui aussi pour montrer son mécontentement. Le voici du coup qui s’installe cette semaine dans le Nouveau Théâtre Sainte-Marie-d’en-Bas dirigé depuis presque deux ans par Antonio Placer. Si ce déménagement va conduire à des changements de scénographie (fini la table au centre de la salle), l’esprit du festival va, lui, rester le même : la découverte six jours durant de plumes d’aujourd’hui via d

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« Pour un "Troisième théâtre" dédié aux auteurs vivants‌ »

Tribune | Alors que la nouvelle édition de Regards croisés, festival centré sur les écritures théâtrales contemporaines, commence ce mercredi 17 mai au Nouveau Théâtre Sainte-Marie-d’en-Bas, nous avons proposé au collectif Troisième bureau qui l’organise de nous expliquer pourquoi, pour paraphraser Roland Blanche‌, « lire les auteurs vivants, c'est comme manger chaud, c'est meilleur ».

Bernard Garnier, coordinateur artistique du collectif Troisième Bureau | Lundi 15 mai 2017

« Pour un

Où sont les autrices et les auteurs dramatiques de notre époque ? Quoi de neuf sur les scènes des théâtres depuis Shakespeare, Molière, Marivaux, Tchekhov, Brecht, Beckett… ? Cette question, qui semblerait saugrenue dans la plupart des pays européens, reste « dramatiquement » d’actualité en France. C’est celle que nous nous sommes posée il y a dix-sept ans. « Nous », une bande réunissant professionnel-le-s du théâtre, du livre ou de l’éducation, curieux d’un théâtre qui s’écrit maintenant, d’un théâtre qui aborde les problématiques de notre époque, avec une langue d’aujourd’hui. Nous n’av[i]ons rien contre les textes du répertoire, mais comme le déclarait déjà l’auteur Bernard-Marie Koltès dans une série d’entretiens il y a une trentaine d’années (1), « ce n’est pas vrai que des auteurs qui ont deux ou trois cents ans racontent des histoires d’aujourd’hui. On peut toujours trouver des équivalences, mais on ne [me] fera pas croire que les histoires d’amour de Lisette et Arlequin sont contemporaines ; aujourd’hui l’amour se dit autrement, donc ce n’est pas le même ». Ne pas s'endormir

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En mai, le festival Regards croisés s'installera au Nouveau Théâtre Sainte-Marie-d’en-bas

ACTUS | L’événement dédié à la découverte du théâtre contemporain (via des lectures publiques) du collectif Troisième bureau va changer de crémerie pour sa prochaine édition (...)

Aurélien Martinez | Vendredi 6 janvier 2017

En mai, le festival Regards croisés s'installera au Nouveau Théâtre Sainte-Marie-d’en-bas

L’événement dédié à la découverte du théâtre contemporain (via des lectures publiques) du collectif Troisième bureau va changer de crémerie pour sa prochaine édition prévue du 17 au 22 mai. Alors qu’il avait auparavant lieu au Théâtre 145, le festival se déplacera au Nouveau Théâtre Sainte-Marie-d’en-bas d’Antonio Placer, Bernard Garnier et son équipe ayant ainsi souhaité manifester leur désaccord avec le nouveau projet conçu par la Ville de Grenoble et le Théâtre municipal pour le 145 (et le Poche). On en reparle en temps voulu.

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Regards croisés : « Rouvrir la porte des théâtres aux auteurs »

SCENES | Revoici Regards croisés, festival organisé par le collectif Troisième bureau et dédié aux écritures théâtrales contemporaines. Huit journées pour, notamment, rencontrer des auteurs et, surtout, écouter leurs pièces. À la veille de la seizième édition, on a voulu revenir aux bases avec Bernard Garnier, l’un des fondateurs de Troisième bureau.

Aurélien Martinez | Mardi 17 mai 2016

Regards croisés : « Rouvrir la porte des théâtres aux auteurs »

Comment présenter le festival Regards croisés à un néophyte ? Bernard Garnier : C'est un endroit où l’on nous raconte des histoires écrites par des auteurs de théâtre d'aujourd'hui et qui parlent du monde tel qu'il est aujourd'hui. C'est un lieu d'écoute, de discussions, d'échanges… Le théâtre serait un art trop tourné vers le passé, avec les mêmes auteurs du répertoire constamment mis en scène ? Non, je ne crois pas que ça soit ça. Quand on va voir des pièces dites classiques comme celles de Shakespeare ou Molière, on nous dit toujours – et c'est vrai – qu'elles font écho à notre monde, avec une langue très forte qui a traversé les époques. Mais les auteurs d'aujourd'hui travaillent une langue sans doute plus proche de nous, qui dit des choses de notre actualité. Le futur Shakespeare ou le futur Molière est donc peut-être reçu cette année à Regards croisés ? Ça, on le saura dans 200 ou 300 ans ! Votre événement n’est pas que franco-français… Oui, on est ouverts sur le monde, même si on porte un regard attentif sur les auteur

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Le Pont des espions

ECRANS | Quand deux super-puissances artistiques (les Coen et Steven Spielberg) décident de s’atteler à un projet cinématographique commun, comment imaginer que le résultat puisse être autre chose qu’une réussite ?

Vincent Raymond | Mardi 1 décembre 2015

Le Pont des espions

Voir côte à côte les noms des Coen et celui de Spielberg fait saliver l’œil avant même que l’on découvre leur film. Devant l’affiche aussi insolite qu’inédite, on s’étonne presque de s’étonner de cette association ! Certes, Spielberg possède un côté mogul discret, façon "je suis le seigneur du château" ; et on l’imagine volontiers concevant en solitaire ses réalisations, très à l’écart de la meute galopante de ses confrères. C’est oublier qu’il a déjà, à plusieurs reprises, partagé un générique avec d’autres cinéastes : dirigeant Truffaut dans Rencontres du troisième type (1977) ou mettant en scène un scénario de Lawrence Kasdan/George Lucas/Philip Kaufmann pour Les Aventuriers de l’arche perdue (1981) voire, bien entendu, de Kubrick dont il acheva le projet inabouti A.I. Intelligence artificielle (2001). Et l’on ne cite pas le Steven producteur, qui avait proposé à Scorsese de réaliser La Liste de Schindler, avant que Marty ne le convainque de le tourner lui-même. Bref, Spielberg s’avère totalement compatible avec ceux chez qui vibre une fibre identique à la sienne. Drôles de cocos Avec les C

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Des histoires pas comme les autres avec Regards croisés

SCENES | La forme n’est pas forcément très séduisante (des lectures de pièces de théâtre) et peut effrayer (une grande table au centre d’une salle avec des comédiens (...)

Aurélien Martinez | Mardi 12 mai 2015

Des histoires pas comme les autres avec Regards croisés

La forme n’est pas forcément très séduisante (des lectures de pièces de théâtre) et peut effrayer (une grande table au centre d’une salle avec des comédiens autour et le public derrière). Pourtant, le festival Regards croisés est passionnant pour ceux qui s’intéressent de près ou de loin au théâtre – pour les autres, ce n’est pas forcément l’entrée en matière la plus évidente. Pendant une semaine, le collectif grenoblois Troisième bureau met ainsi en avant des textes de théâtre tout beaux tout frais, souhaitant ainsi défendre avec force les écritures contemporaines dans un monde du spectacle vivant encore trop accroché à des auteurs plus de ce monde (souvent depuis longtemps même). Chaque année, les comédiens, auteurs, metteurs en scène et autres membres du collectif choisissent des œuvres récentes qui seront ensuite mises en lecture par une équipe d'artistes – par exemple, celle du Straight de Guillaume Poix sera dirigée par

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Guillaume Poix : « C'est plus simple pour les auteurs morts ! »

SCENES | Comme chaque printemps, le festival Regards croisés est de retour au Théâtre 145. Une semaine de lectures théâtralisées pour défendre les écritures théâtrales d’aujourd’hui et les auteurs qui les font. Rencontre avec l’un d’eux : Guillaume Poix, auteur de la pièce choc "Straight" qui met en lumière les viols dits correctifs que subissent les lesbiennes en Afrique du Sud. Aurélien Martinez

Aurélien Martinez | Mardi 12 mai 2015

Guillaume Poix : « C'est plus simple pour les auteurs morts ! »

Pourquoi, pour votre pièce Straight qui sera lue à Regards croisés, êtes-vous parti sur le sujet très dur des femmes lesbiennes sud-africaines victimes de viols censés les remettre sur la voie de l’hétérosexualité ? Guillaume Poix : J’ai vécu en Afrique du sud pendant six mois. J’ai été très marqué par le pays, par sa complexité politique. J’ai aussi été très sensibilisé à la question du viol, pas spécifiquement correctif, qui est une réalité assez prégnante là-bas : ce n’est pas de l’ordre de l’anecdote ou du fait divers, c’est vraiment un phénomène de société très présent dans la vie quotidienne. Il y a donc une contradiction assez incroyable dans ce pays entre le progressisme politique – ils autorisent le mariage pour tous depuis 2006 – et ces viols correctifs, spécificité monstrueuse. Je voulais parler de ce pays à travers un sujet qui ne soit pas celui de l’apartheid. Un sujet qui aurait pu être traité par un journaliste ou un universitaire. Pourquoi

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« Écrire du théâtre, c’est écrire sur ce qui ne va pas »

SCENES | Chaque année, le festival Regards Croisés propose de découvrir des textes de dramaturges contemporains méconnus du public français, au cours de soirées lectures. Pour sa quatorzième édition, le festival fait la part belle aux femmes et aux auteurs d’Europe de l’Est. Rencontre avec Bernard Garnier, l’un des fondateurs du collectif. Propos recueillis par Guillaume Renouard

Guillaume Renouard | Vendredi 16 mai 2014

« Écrire du théâtre, c’est écrire sur ce qui ne va pas »

La lecture de textes contemporains de théâtre est un exercice plutôt pointu. Quel est le profil des spectateurs qui fréquentent habituellement le festival ? Bernard Garnier : Difficile de répondre, car nous n’avons jamais effectué d’enquête approfondie sur le profil de notre public. Néanmoins, nous pourrions être préoccupés s’il ne se renouvelait pas. Or, comme il s’agit d’une petite salle, avec une centaine de personnes par soir, on finit par retenir les visages, et on s’aperçoit qu’il y a bel et bien un renouvellement d’année en année, ce qui nous satisfait. Il ne s’agit d’ailleurs pas forcément de gens qui vont beaucoup au théâtre, puisque la lecture est différente, plus radicale, plus dépouillée. Tous les auteurs présentés sont des auteurs contemporains et plutôt confidentiels, tout du moins en France. Comment faites-vous pour les repérer, puis pour les sélectionner ? Ciblez-vous des zones géographiques particulières, comme l’Europe d

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Haut les mots

SCENES | C’est parti pour dix jours de Regards croisés, festival pendant lequel le Théâtre 145 va se transformer au sens propre comme au figuré en agora dédiée aux (...)

Aurélien Martinez | Mardi 13 mai 2014

Haut les mots

C’est parti pour dix jours de Regards croisés, festival pendant lequel le Théâtre 145 va se transformer au sens propre comme au figuré en agora dédiée aux écritures théâtrales contemporaines. Au sens propre car l’équipe du collectif Troisième bureau, aux manettes depuis treize ans, explose la structure habituelle du théâtre du cours Berriat, plaçant au centre du lieu une immense table autour de laquelle les comédiens lisent les pièces défendues. Le public, quant à lui, se retrouve aux quatre coins du ring. Et au sens figuré car, cette année encore, les organisateurs ne chamboulent en rien leur ambitieuse mission : porter sur le devant de la scène la parole de nouveaux auteurs venus de tous les pays, pour la faire découvrir aux oreilles attentives et aux valeureux metteurs en scène qui accepteraient de laisser de côté Molière & co. Une quatorzième édition riche en propositions qui nous ont interpellés. Sur la première semaine du festival (on évoquera la seconde dans le prochain numéro), on retient avec toute la subjectivité qui nous caractérise la soirée du vendredi autour du texte du Suédois Marcus Lindeen sur deux hommes qui ont changé de sexe. Du théâtre-documentai

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Fargo, du sang sur la neige

ECRANS | On continue cette semaine notre rétrospective "20 ans de PB, 20 ans de ciné" en se téléportant en 1996, mais surtout en rendant hommage à un tandem de cinéastes (...)

Christophe Chabert | Mardi 3 décembre 2013

Fargo, du sang sur la neige

On continue cette semaine notre rétrospective "20 ans de PB, 20 ans de ciné" en se téléportant en 1996, mais surtout en rendant hommage à un tandem de cinéastes régulièrement loués dans nos colonnes : Joel et Ethan Coen. Fargo leur permet de revenir sur leurs terres natales, le Minnesota froid et enneigé, où un fait divers sordide se transforme devant leur caméra en tragédie de la bêtise et de la cupidité. Jerry Lundegaard (William H. Macy), médiocre vendeur de voitures, paie deux tueurs dégénérés, l’un (Steve Buscemi) volubile et agité, l’autre (Peter Stormare) peu loquace et impassible, pour enlever sa propre femme et demander une rançon à son beau-père blindé mais radin. Bien sûr, le plan tourne au cauchemar et seule une femme flic enceinte (Frances McDormand) tente de résister à cette spirale de violence. Le génie des Coen éclate à tous les étages de Fargo : le dialogue, vertigineux, la construction scénaristique, particulièrement audacieuse avec ses digressions imprévisibles – notamment via un personnage de Japonais dépressif et mythomane – et bien sûr la mise en scène, fabuleuse. En pleine symbiose avec leur chef opérateur Roger Deakins, les Coen

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Inside Llewyn Davis

ECRANS | Nouvelle merveille des frères Coen, l’odyssée d’un chanteur folk raté des années 60 qui effectue une révolution sur lui-même à défaut de participer à celle de son courant musical. Triste, drôle, immense… Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 30 octobre 2013

Inside Llewyn Davis

Les dernières répliques de Burn after reading valent définitivement comme maxime du cinéma des frères Coen. Llewyn Davis, leur dernier anti-héros, n’échappe pas à cette loi : au terme d’un cycle narratif étourdissant, il n’a rien appris, sinon qu’il ne le refera pas – mais cet éternel retour laisse entendre qu’en fait si, il se fourvoiera dans la même impasse sombre… Llewyn Davis n’est pas un mauvais chanteur folk : les Coen le prouvent en le laissant interpréter en ouverture un de ses morceaux dans son intégralité, et c’est effectivement très beau. Mais le talent ne garantit pas le succès et Llewin collectionne surtout les déconvenues. Ses disques ne se vendent pas, son manager le fait tourner en bourrique – scène admirablement écrite où la surdité du vieux grigou devient paravent à sa pingrerie – il met enceinte la copine d’un autre chanteur, qui lui répète en boucle son statut de loser. Et il n’est même pas foutu de veiller sur le chat de ses hôtes, fil rouge d’un premier acte d’une éton

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Lundi 16 décembre, 20h30 : "Fargo" (1995 — Joel et Ethan Coen)

ECRANS | Un vendeur de voitures décide, pour payer ses dettes, de faire enlever sa femme et de faire payer la rançon à son beau-père riche et radin. Il fait appel à deux (...)

Christophe Chabert | Mercredi 2 octobre 2013

Lundi 16 décembre, 20h30 :

Un vendeur de voitures décide, pour payer ses dettes, de faire enlever sa femme et de faire payer la rançon à son beau-père riche et radin. Il fait appel à deux tueurs, l’un volubile, l’autre mutique, mais le plan parfait va se transformer en une longue cavale sanglante. Prix de la mise en scène à Cannes, Fargo est un des films les plus forts de frères Coen. À partir d’un fait-divers réel, ils en font une tragédie sur un monde livré au hasard et à l’absurde, qu’ils tournent dans les grandes étendues enneigées du Dakota du Nord. Le génie des dialogues, le casting parfait — Steve Buscemi, Peter Stormare, Willaim H. Macy et la fidèle Frances MacDormand en femme flic enceinte jusqu’aux dents — la musique bouleversante de Carter Burwell et bien sûr une mise en scène majestueuse, font de Fargo un des classiques du cinéma américain des années 90.

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La parole est aux auteurs

SCENES | Le théâtre tourne toujours autour des mêmes auteurs – souvent morts depuis des années d’ailleurs. Le collectif grenoblois Troisième bureau n’est pas d’accord avec ça, et essaie de changer la donne, en mettant en avant de nouvelles écritures théâtrales. Zoom sur la treizième édition de Regards croisés, et les textes qui seront lus au public. Aurélien Martinez

Aurélien Martinez | Lundi 29 avril 2013

La parole est aux auteurs

« On peut s’étonner de la récurrente difficulté que rencontrent, aujourd’hui encore, les auteurs "vivants" à voir leurs textes passer au plateau. Une sorte "d’inertie"  – déplorée unanimement, ce qui devrait surprendre – tend à annihiler toutes velléités de monter les pièces d’auteurs forcément inconnus puisque ignorés. » Cette phrase, piochée dans l’édito annonçant la nouvelle édition de Regards croisés, résume parfaitement la mission du collectif Troisième bureau – à savoir mettre en avant les nouvelles écritures théâtrales. D’où un festival entièrement centré sur le verbe, avec de nombreuses lectures d’œuvres venant de France, d’Europe et d’ailleurs. Une sélection cette année on ne peut plus erratique, entre auteurs qui tombent dans tous les clichés du théâtre contemporain, et d’autres beaucoup plus inspirés. Bien sûr, c’est sur ces derniers que l’on a choisi de s’attarder ! Vive le jeudi Passons rapidement sur Gilles Granouillet, auteur à succès qui a souvent collaboré avec le metteur en scène François Rancillac (le dernier exe

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Lues et approuvées

SCENES | "Regards croisés", le traditionnel festival grenoblois consacré au théâtre contemporain, revient pour la douzième fois. Avec une sélection très jeune et homogène. AM

Aurélien Martinez | Vendredi 11 mai 2012

Lues et approuvées

« Le théâtre est un des derniers lieux où nous pouvons encore nous questionner sur notre sort collectif en réinterrogeant sans cesse notre place dans la société lors d’un rassemblement, le temps d’une (re)présenation » écrit Magali Mougel, auteure associée à Troisième bureau, pour introduire l’évènement Regards croisés. Une assertion, discutable dans les deux sens (reste-t-il si peu de lieux de la sorte ? et surtout, le théâtre réinterroge-t-il constamment notre place dans la société ?), qui illustre à merveille la philosophie qui anime l’équipe de Troisième bureau, collectif pluridisciplinaire qui s’est donné pour mission de promouvoir et défendre les écritures théâtrales contemporaines. Sur cinq soirs, des pièces d’hommes et de femmes bien vivants seront lues par différents comédiens, dont certains souvent vus dans la sphère théâtrale grenobloise. Des moments qui se termineront à chaque fois par le traditionnel Café des auteurs, pour rencontrer ceux qui ont composé les textes choisis. Ma cité va craquer « Par où commencer ? » : tel est le titre de cette douzième édition du festival, qui a invité des dramaturges à la vision assez som

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Au théâtre demain

SCENES | FESTIVAL/ Les sbires de Troisième Bureau défendent toujours avec passion un théâtre contemporain exigeant et novateur. La preuve encore une fois au Théâtre 145 pour la onzième édition de Regards croisés. AM

François Cau | Lundi 16 mai 2011

Au théâtre demain

L’intérêt d’une manifestation comme Regards croisés ne saute pas forcément aux yeux au premier abord : des théâtreux assis autour d’une table lisant des textes de théâtre, de surcroît d’auteurs pas très connus, on a connu plus funky. Grossière erreur de jugement : le festival joue un rôle important dans le monde du spectacle vivant, contribuant à le régénérer de l’intérieur. Car, comme on le déplore souvent dans ces colonnes, le théâtre, ce n’est pas seulement monter vingt fois les mêmes auteurs ; c’est aussi savoir dénicher de nouvelles plumes, porteuses de nouvelles approches : un travail mené intelligemment à l’année par le collectif Troisième bureau, qui s’attelle chaque printemps depuis dix ans à l’aventure Regards croisés. Au programmePour cette onzième édition, l’équipe organisatrice s’intéresse à « L’Europe dans sous ses états » ; et il faut bien l’admettre, les textes choisis sont d’excellente facture, transgressant souvent genres et formes. Acte politique évident en début de festival déjà : la lecture de trois textes courts du Turc Berkun Oya (mardi 24), qui posent différentes situations sans emphase, ne demandant qu’à être défendus s

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Qui es-tu, le western ?

ECRANS | Genre / Donné pour mort après le passage de Sergio Leone et de Sam Peckinpah, le western reste un genre populaire, un film venant à intervalles réguliers le (...)

François Cau | Mercredi 16 février 2011

Qui es-tu, le western ?

Genre / Donné pour mort après le passage de Sergio Leone et de Sam Peckinpah, le western reste un genre populaire, un film venant à intervalles réguliers le rappeler en faisant un carton au box office et en remportant une moisson d’oscars. Mais c’est aussi un genre atomisé, allant du néo-classique au maniérisme, du conservatisme au «révisionnisme». Quatre ans après l’échec cinglant du western marxiste de Cimino La Porte du paradis, Clint Eastwood tourne Pale Rider (1985), tentative crédible de réinscrire le genre dans son histoire — entre Ford et Leone. Le succès pousse d’autres cinéastes à s’engager dans cette voie, mais les conduit surtout à une distance ironique avec les codes : le troisième Retour vers le futur (1990) et les deux volets de Young guns (1988 et 1990) sont des westerns fétichistes et décalés. Seul Kevin Costner avec son triomphal Danse avec les loups (1990) retrouve le souffle spectaculaire des grandes épopées classiques, même si le sujet du film change complètement la perspective sur la légende de l’Ouest en montrant un Yankee adopté par les Indiens. Quand Eastwood, encore lui, réalise Impitoyable (1992), o

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Le grand silence

ECRANS | Analyse / Peu diserts sur leur œuvre, il faut écouter les frères Coen attentivement pour trouver dans leurs propos quelques clés d’analyse… CC

François Cau | Mercredi 16 février 2011

Le grand silence

Les Coen n’aiment pas parler de leurs films, comme beaucoup de grands cinéastes américains — de Ford à Fincher en passant par Hawks et Eastwood. Leurs premières interviews étaient avant tout des successions de blagues, et même l’honneur suprême de la Palme d’or à Cannes, qui plus est avec leur film le plus introspectif (Barton Fink), n’a pas vraiment changé la donne. Ce qui en ressort en général, ce sont des questions de méthode. ActeursAinsi confessent-ils que c’est la manière dont les personnages s’expriment qui les motive à construire leurs histoires. L’acteur est bel et bien le centre du cinéma des Coen, d’où leur fidélité à des comédiens (Clooney en est à trois films avec eux, Bridges et Brolin deux, tout comme en leur temps John Turturro et Steve Buscemi). Des acteurs qui acceptent par ailleurs de se soumettre à la vision des cinéastes, sans chercher à la déborder — leur expérience avec Nicolas Cage sur Arizona Junior fut douloureuse, l’acteur cherchant à proposer à chaque prise de nouvelles interprétations. ÉclectismePour True Grit, ils affirment ne pas avoir eu envie de faire un western en particulier, mais d’

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True Grit

ECRANS | Cinéma / Avec True Grit, leur premier western, Joel et Ethan Coen reviennent à un apparent classicisme, même s’il est strié par des lignes obscures et intrigantes. Du grand spectacle et du grand cinéma. Christophe Chabert

François Cau | Mercredi 16 février 2011

True Grit

No country for old men n’était donc pour les frères Coen qu’un échauffement avant le grand départ vers l’Ouest, le vrai. Le shérif qu’incarnait Tommy Lee Jones ressemblait pourtant à l’ombre crépusculaire d’un genre débordé par la violence de nouveaux corps indestructibles venus du cinéma d’action (le tueur impitoyable campé par Javier Bardem). En cela, True Grit est une surprise ; non seulement il s’aventure totalement dans le western, adaptant un livre de Charles Portis déjà porté à l’écran par Henry Hathaway avec John Wayne (Cent dollars pour un shérif), mais il ne cherche jamais à prendre ses codes de haut par une attitude moderniste ou maniériste. Les Coen, qui dans leurs trois derniers films faisaient imploser les règles scénaristiques, optant pour des constructions audacieuses et anticonformistes, respectent ici les trois actes du matériau d’origine. Et parsèment le film de scènes inévitables : fusillades, grandes chevauchées dans des décors mythologiques, discussion autour d’un feu de camp, climax à rebondissements… Le tout avec leur habituelle maîtrise de la mise en scène, qui donne à True Grit son aspect immédiatement plaisant et élégant, le plaçant d’évidence dans la

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Rire de peur que…

SCENES | ZOOM / Le festival Regards croisés fête ses dix ans, avec une édition diablement intéressante au vu des auteurs et des textes retenus. Avant de vous en dire plus sur les différents artistes, on est allés questionner Bernard Garnier, le maître de cérémonie de ce temps fort mené autour des écritures théâtrales d'aujourd'hui. Propos recueillis par Aurélien Martinez

François Cau | Vendredi 21 mai 2010

Rire de peur que…

Petit bulletin : Le thème de cette nouvelle édition de Regards croisés est "Hé ! Hé !". Ça semble plus joyeux que les précédentes !Bernard Garnier : C’est ce que l’on souhaitait. Même si je ne suis pas sûr que le monde soit beaucoup plus gai que l’année dernière, et que l’on aille vers des printemps qui chantent. C’est donc plus une attitude par rapport au monde, à ce qui nous environne. On peut ainsi évoquer derrière ce "Hé ! Hé !" l’idée de rébellion, de résistance… Car ce "Hé ! Hé !" mis en avant n’est pas du tout un rire de dérision, de moquerie ou d’ironie, mais un rire presque provocateur : tant que l’on rit, on est en vie. Cette idée se matérialise dans les pièces retenues, qui manient beaucoup l’absurde…En choisissant les textes, on n’a pas tout de suite la vision globale. On avait ainsi commencé avec Nez rouges, peste noire, le texte de Peter Barnes [écrivain anglais mort en 2004, NDLR] l’un des évènements de ce festival. Ça a rapidement été l’inspirateur de cette édition puisqu’au départ, on parlait de catastrophe joyeuse. Pourtant, au final, tous les textes ne parlent pas de catastrophe joyeuse, d’

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Parle avec eux

CONNAITRE | Pendant une semaine, chaque soir, un texte de théâtre contemporain sera lu avec soin par le collectif grenoblois Troisième bureau. L’occasion de découvrir des univers et des auteurs passionnants, autour du thème de la désertion. Aurélien Martinez

François Cau | Vendredi 15 mai 2009

Parle avec eux

On déserte. Bye bye, on prend la porte, on quitte ce monde de dingues, sans se retourner et sans même une once de nostalgie. Pourquoi soudainement tant de révolte et de bouillonnement dans nos petits corps d’êtres humains d’habitude si prosaïques? Tout simplement parce que la désertion est le thème de cette neuvième édition du festival « Regards croisés sur les nouvelles dramaturgies » de nos amis de Troisième bureau. Et là, une petite présentation s’impose : formé en 2000, Troisième Bureau est « un collectif artistique pluridisciplinaire réunissant comédiens, auteurs, metteurs en scène […] qui œuvre à une diffusion “critique” des écritures théâtrales d’aujourd’hui ». Le festival évoqué ci-dessus est ainsi l’aboutissement d’un travail annuel prolifique mené autour de lectures publiques mensuelles. « La lecture peut être un moyen de découvrir un texte » nous explique Bernard Garnier, coordinateur de projet et comédien. Écouter un texte de théâtre simplement lu plutôt que de le voir mis en scène permettrait de mieux l’appréhender ? « Mieux je ne sais pas, mais différemment sans doute. On a fait une enquête auprès des auteurs présents l’an dernier, et

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Festival Regards croisés: notre sélection

CONNAITRE | On a lu les textes, on les a aimé, on vous en cause. AM

François Cau | Vendredi 15 mai 2009

Festival Regards croisés: notre sélection

Lyrisme social« La seule façon d’aimer quelqu’un, c’est de le tuer » fait dire l’auteure américaine Naomi Wallace à l’un de ses personnages d’Au pont de Pope Lick. Sur ce pont passe chaque soir, à la même heure et à toute vitesse, une locomotive, « monstre suant, fumant, brûlant de promesses ». Une jeune fille la défie de temps à autre, en traversant les voies à son passage, et entraîne dans cette course suicidaire un jeune garçon. Dans ce texte fort (qu’on imagine renforcé par l’oralité), Naomi Wallace arrive à dépeindre avec pudeur et lyrisme ce qu’il se trame dans la tête de ces gamins paumés et désespérés, en les confrontant aux désillusions du monde environnant (les États-Unis de 1936, en pleine dépression). Du grand théâtre aux résonances sociales percutantes. L’un de nos coups de cœur de ce festival.AU PONT DE POPE LICKVendredi 29 à 20h. Trash & coUn récit fait de longs monologues, débités, jetés, crachés par trois personnages (deux femmes et un homme, nommés seulement par une lettre) déglingués par la vie, engloutis dans la noirceur d’un Dublin des bas-fonds. Grâce à une écri

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Burn after reading

ECRANS | On s’attendait, après la claque No country for old men, à ce que les frères Coen se reposent un tantinet sur leurs lauriers. C’était bien mal les connaître : cet habile détournement des codes du film d’espionnage offre la conclusion rêvée à leur “trilogie de la bêtise“, entamée avec O’Brother et Intolérable cruauté. François Cau

François Cau | Jeudi 4 décembre 2008

Burn after reading

Les frères Coen ont écrit les scripts de No country for old men et de Burn After Reading simultanément, alternant les phases d’écriture d’un jour à l’autre. En voyant ce dernier, on devine le rôle cathartique qu’il a dû jouer dans le travail d’adaptation scrupuleux du roman de Cormac McCarthy : les Coen prennent un plaisir évident à brosser une galerie de personnages tous plus graves les uns que les autres, à les mettre dans des situations complaisamment grotesques - sans pour autant les juger avec condescendance, mais en faisant de leur idiotie l’un des moteurs de l’intrigue. Le film conte les mésaventures d’Osbourne Cox (John Malkovich, constamment au bord de la crise de nerfs), un agent de la CIA mis au rencard, trompé par sa femme au profit d’un érotomane, et dont les mémoires atterrissent dans les mains du personnel d’un club de gym : Linda (Frances McDormand, géniale), la cinquantaine honteuse, qui se rêve en bimbo retouchée, et son comparse littéralement abruti, Chad (Brad Pitt, incroyable). Ce qui ne devait être qu’une banale tractation va progressivement basculer dans un chaos incontrôlable. La conjuration des imbéciles L’explosive scè

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