"Brooklyn Village" : vintage mon désamour

ECRANS | de Ira Sachs (E.-U., 1h25) avec Theo Taplitz, Michael Barbieri, Greg Kinnear…

Vincent Raymond | Mardi 20 septembre 2016

La mode est au vintage, et l'Américain Ira Sachs y succombe à sa façon avec ce simulacre de film indépendant tel qu'on les faisait dans les années quatre-vingt-dix – avec une économie de moyen, une caméra 16mm et une poignée de trentenaires. Sauf qu'ici, ce sont des quinquas, et des ados, lesquels font la tête à leur parents parce que ceux-ci se chamaillent pour de méchantes histoires de sous. Un sujet minimal à périmètre familial, des lumières douces filtrées par le rideau, le son de la rue à peine étouffé… pourquoi pas ? Le souci, c'est que cela complaît dans une prévisibilité et une désuétude assommantes.

Hésitant à se faire le descendant de Woody Allen pour les séquences avec les adultes, le Gregg Araki ou le Gus Van Sant timoré pour les scènes entre les adolescents, Ira Sachs ne se retrouve finalement nulle part. Bien sûr, Greg Kinnear joue les Droopy avec beaucoup de conviction (il n'a que peu de mérite : sa paupière tombante lui est d'un précieux concours), mais cela ne suffit pas à justifier un Grand Prix à Deauville. Car après tout, ce court-métrage délayé ayant pour titre original Little Men se devrait d'être centré sur les gamins ; las, il n'assume pas d'épouser pleinement leur point de vue.


Brooklyn village

De Ira Sachs (EU, 1h25) avec Theo Taplitz, Michael Barbieri...

De Ira Sachs (EU, 1h25) avec Theo Taplitz, Michael Barbieri...

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Une famille de Manhattan hérite d'une maison à Brooklyn, dont le rez-de-chaussée est occupé par la boutique de Leonor, une couturière latino-américaine. Les relations sont d'abord très cordiales, notamment grâce à l'insouciante amitié qui se noue entre Tony et Jake, les enfants des deux foyers. Mais le loyer de la boutique s'avère bien inférieur aux besoins des nouveaux arrivants. Les discussions d’adultes vont bientôt perturber la complicité entre voisins.


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Love is strange

ECRANS | D’Ira Sachs (ÉU, 1h38) avec John Lithgow, Alfred Molina, Marisa Tomei…

Christophe Chabert | Mercredi 12 novembre 2014

Love is strange

Ben (John Lithgow) et George (Alfred Molina) décident, après 39 ans de vie commune, de se marier. Mais une fois leur union connue, George est viré de son travail dans une école catholique et ils doivent se résoudre à vendre leur appartement new-yorkais, puis à vivre séparément en attendant de trouver un nouveau logement. Au diapason de la musique de Chopin qui lui sert de bande-son, Love is strange distille une petite musique douce pour raconter sans effusion mélodramatique une histoire simple, cruelle et bouleversante : comment un enchaînement de circonstances malheureuses vient rappeler à un couple ordinaire la précarité de son existence. Ira Sachs, sans tomber dans le didactisme ou le militantisme, mais en prêtant une attention constante aux doutes et aux petites humiliations commises ou subies par ses personnages, montre ainsi que George et Ben sont au croisement de plusieurs minorités : gays, mais aussi âgés, sans emploi et sans domicile. Ce qui pèse sur l’un – le licenciement injuste de George – ne pèse pas sur l’autre – Ben devient un fardeau pour la famille qui l’accueille, ne trouvant jamais vraiment sa place – et seul l’amour indéfectible qui les unit

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