"Les 7 Mercenaires" : et sept qui font sang

ECRANS | de Antoine Fuqua (E-U., 2h13) avec Denzel Washington, Chris Pratt, Vincent D’Onofrio…

Vincent Raymond | Mardi 27 septembre 2016

Akira Kurosawa s'amuserait sûrement devant cette nouvelle postérité de ses Sept Samouraïs (1954) qui, après être devenus Mercenaires (1960) devant la caméra de John Sturges, s'offrent un lifting sous la direction d'Antoine Fuqua. À chaque époque sa manière de remettre le passé à son goût du jour, de le récrire ou de lui offrir une perspective en s'imprégnant du présent. Celle de Fuqua découle des apports de Sam Peckinpah et Sergio Leone (comptant un Afro-américain, un Asiate et un Amérindien, sa horde de mercenaires est déjà davantage métissée), tout en renvoyant également au western classique avec un Ethan Hawke… hawksien, digne de Dean Martin dans Rio Bravo.

Si cette version tient ses promesses, c'est qu'elle n'en fait pas de trompeuse, dans le sens où ce remake ne cherche pas à supplanter le film initial. Il s'agit plutôt d'une variation sur un thème désormais classique ; un divertissement propre et honnête avec des personnages joliment dessinés et des comédiens formant un ensemble aussi homogène que la troupe de Yul Brynner.


Les 7 Mercenaires

De Antoine Fuqua (ÉU, 2h13) avec Denzel Washington, Chris Pratt...

De Antoine Fuqua (ÉU, 2h13) avec Denzel Washington, Chris Pratt...

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L’industriel Bartholomew Bogue règne en maître sur la petite ville de Rose Creek. Pour mettre fin au despotisme de l’homme d’affaires, les habitants, désespérés, engagent sept hors-la-loi, chasseurs de primes, joueurs et tueurs à gages – Sam Chisolm, Josh Farraday, Goodnight Robicheaux, Jack Horne, Billy Rocks, Vasquez, et Red Harvest. Alors qu’ils se préparent pour ce qui s’annonce comme une confrontation sans pitié, ces sept mercenaires prennent conscience qu’ils se battent pour bien autre chose que l’argent…


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"L'Affaire Roman J." : (navrants) pépins d’avocat

ECRANS | de Dan Gilroy (ÉU, 2h03) avec Denzel Washington, Colin Farrell, Carmen Ejogo…

Vincent Raymond | Mardi 13 mars 2018

Issu du militantisme afro-américain, vêtu comme l’as de pique et passant ses journées dans ses dossiers, l’avocat Roman J. Israel (Denzel Washington) est un excellent procédurier, mais un maladroit plaideur. À la mort de son patron, un cabinet de prestige le recrute pour ses talents. Il va alors "changer"… Ce film-marathon semble hésiter à cerner son sujet, comme à croquer son personnage principal dont le caractère girouette plus vite qu’un Dupont-Aignan en période électorale. Présentant de nombreuses caractéristiques de certains syndromes d’Asperger (mémoire hallucinante, sociabilité "particulière", attachement à des rites…), la probité et le désintéressement d’un saint, Roman J. Israel oublie brusquement tous les préceptes ayant gouverné son existence pour commettre une action contraire à l’éthique. En plus d’être improbable, ce retournement psychologique s’accompagne d’une métamorphose physique aussi absurde que le costume hors d’âge/vintage dont ce pauvre avocat est affublé. L’idée initiale de confronter l’idéalisme d’un juriste de bureau versé dans les droits civiques aux requins de prétoires était pourtant bonne. L’ajout d’une intrigue

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Sept extra !

ECRANS | Le film de John Sturges, qui a véritablement lancé la carrière de Steve McQueen en 1960, ouvre ce mercredi à la Salle Juliet Berto un cycle baptisé "En route vers l’Ouest". Merci le Ciné-Club de Grenoble !

Vincent Raymond | Dimanche 3 janvier 2016

Sept extra !

Avant de voir Les Huit Salopards de Tarantino, en salle mercredi, les amateurs de six-coups galoperont vers la salle Juliet Berto, où le Ciné-Club de Grenoble entame le cycle "En route vers l’Ouest". Et pour ouvrir ce pèlerinage, on aura droit à un monument de l’âge d’or du western, datant de cette époque où les Hawks, Ford et Wellman achevaient leur carrière, laissant place à une nouvelle génération intégrant Leone, Eastwood, Siegel, Peckinpah… Faisant la liaison entre ces deux ères, John Sturges dresse un pont entre l’Ouest américain et le Pays du Soleil levant en signant en 1960 Les Sept mercenaires. Volontiers considérée comme canonique dans le genre western, cette œuvre d’anthologie se trouve en effet être le remake, ou plutôt la transposition, des 7 samouraïs (1954) de Kurosawa. Rien d’étonnant à cela : "rōnins" et cow-boys solitaires sont des cousins proches (voyez le Yojimbo de Kurosawa et le Shane

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2 guns

ECRANS | De Baltasar Kormákur (ÉU, 1h49) avec Denzel Washington, Mark Wahlberg, Paula Patton…

Christophe Chabert | Mercredi 18 septembre 2013

2 guns

Depuis qu’il s’est découvert des vertus comiques au contact de Will Ferrell puis de Seth MacFarlane, Mark Wahlberg semble décider à mettre de la rigolade partout, même lorsqu’il s’agit de jouer les gros durs. Cela fonctionnait plutôt bien dans No pain no gain, renvoyant le personnage à sa bêtise satisfaite ; dans 2 guns, cela conduit le film directement dans un platane, cette comédie d’action adaptée d’une BD se fourvoyant dans les méandres d’un scénario bordélique à souhait, où personne ne prend rien au sérieux, trop occupés à préparer la prochaine punchline. C’est d’autant plus rageant que Wahlberg a fait revenir pour l’occasion son metteur en scène de Contrebande, l’Islandais Balthasar Kormákur, plutôt doué en la matière ou dans d’autres, comme le prouvait son récent Survivre tourné sur ses terres. Ici, il se contente de faire du style, aveuglé par les clichés énormes qu’il véhicule. Exemple : ce plan où, au ralenti, De

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Flight

ECRANS | L’héroïsme d’un pilote d’avion est remis en cause lorsqu’on découvre ses penchants pour la boisson et les stupéfiants. Délaissant ses expérimentations technologiques, Robert Zemeckis signe un grand film qui célèbre l’humain contre les dérives religieuses, judiciaires et techniques. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Jeudi 7 février 2013

Flight

Au commencement était la chair : celle d’une femme nue qui déambule au petit matin dans une chambre d’hôtel pendant que son amant se réveille en s’enfilant une ligne de coke qui lui permet d’évacuer sa gueule de bois. Ce long plan d’ouverture sonne comme une déclaration d’intention de la part de Robert Zemeckis : après trois films à avoir essayé de recréer par le numérique, la 3D et la motion capture les émotions et le corps humain, le voilà revenu à des prises de vues garanties 100% réelles et incarnées. Son cinéma a depuis toujours été obsédé par les limites plastiques de la figuration : les corps troués, aplatis, étirés comme des chewing-gums de La Mort vous va si bien, les cartoons vivants de Roger Rabbit, Forrest Gump se promenant dans les images d’archives ou le Robinson supplicié de Seul au monde… Flight introduit une subtile variation autour de ce thème : ici, la chair est fragile, mais cette fragilité signe en définitive la grandeur humaine. Y a-t-il un pilote dans le pilote ? Whip Whitaker (fabuleux Denzel Washington) prend donc son service comme pilote de ligne et réussit un exploit : un atterrissage en pl

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