"Mercenaire" : rite ovale et épopée grandiose

ECRANS | Aux antipodes du nombrilisme coutumier des cinéastes débutants, Sacha Wolff raconte le parcours initiatique d’un jeune rugbyman wallisien dans un film ample comme un chant, tragique comme un combat, exaltant comme un haka. Un essai largement transformé, Prix de la mise en scène au dernier Festival du film francophone d'Angoulême.

Vincent Raymond | Mardi 4 octobre 2016

Sacha Wolff vient du documentaire et cela s'en ressent : il possède cette capacité d'embrasser les atmosphères et cerner les personnages avec une économie de plans et de dialogues subtile – cet art d'aller à l'essentiel en évitant les ornementations superflues et l'épate. Aussi erratique que les rebonds d'un ballon ovale, la trajectoire de Soane, son géant balloté, est avant tout une épopée grandiose à hauteur d'homme : on assiste à la construction d'un ado naïf devenant adulte en dépit – ou à cause – des embûches se dressant sur son passage.

Un récit d'initiation cruel où un fils, renié par son père parce qu'il ose tenter sa chance sur le continent, se trouve d'un coup arraché à ses fragiles racines – pour un Wallisien ayant déjà migré en Nouvelle-Calédonie, partir vers la métropole revient à accomplir une sorte de "déplacement au carré". Sans jamais choir dans l'éthnofolklore, Wolff offre ici une visibilité cinématographique aux cultures océaniennes qui n'en ont guère eue : il faut presque remonter à L'Âme des guerrier (1995) de Lee Tamahori pour trouver dans une fiction le désir de faire partager les coutumes de ces peuples.

Un pack impec

Mais Mercenaire montre également la situation paradoxale de ces Français du bout du monde, traités parfois avec condescendance du fait de leur retenue et de leur haute stature et volontiers exploités par un milieu professionnel avide de performances et de résultats – même si le ballon est ici moins rond, les échos à Comme un lion (2013) de Samuel Collardey sont notables.

Wolff ne s'attache pas tant au terrain de sport qu'à ses à-côtés ; et s'il filme quelques moments de rencontres, c'est d'un point de vue très immersif (sans révéler ce qu'il se passe sous la mêlée, le secret demeure préservé). On découvre plutôt à quels montages acrobatiques doit se livrer un club pour conserver dans son effectif un joueur surnuméraire, le rétribuer, accroître sa masse musculaire… Qu'il semble loin, ce temps où le rugby était une discipline amateure !

À la rigueur de l'écriture et la réalisation dépourvue de complaisance, il faut enfin ajouter la qualité de l'interprétation, due à des comédiens non professionnels pour la majorité d'entre eux. Authentiques sportifs (comme Toki et "Paki"), ils explosent de présence à l'écran ; et cela, à l'inverse de mercenaires, n'a pas de prix.

Mercenaire
de Sacha Wolff (Fr., 1h44) avec Toki Pilioko, Iliana Zabeth, Mikaele Tuugahala, Laurent Pakihivatau…


Mercenaire

De Sacha Wolff (Fr, 1h52) avec Toki Piliaka, Iliana Zabeth...

De Sacha Wolff (Fr, 1h52) avec Toki Piliaka, Iliana Zabeth...

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Soane, jeune Wallisien, brave l'autorité de son père pour partir jouer au rugby en métropole. Livré à lui même, à l'autre bout du monde, son odyssée le conduit à devenir un homme dans un univers qui n'offre pas de réussite sans compromission.


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"Les 7 Mercenaires" : et sept qui font sang

ECRANS | de Antoine Fuqua (E-U., 2h13) avec Denzel Washington, Chris Pratt, Vincent D’Onofrio…

Vincent Raymond | Mardi 27 septembre 2016

Akira Kurosawa s’amuserait sûrement devant cette nouvelle postérité de ses Sept Samouraïs (1954) qui, après être devenus Mercenaires (1960) devant la caméra de John Sturges, s’offrent un lifting sous la direction d’Antoine Fuqua. À chaque époque sa manière de remettre le passé à son goût du jour, de le récrire ou de lui offrir une perspective en s’imprégnant du présent. Celle de Fuqua découle des apports de Sam Peckinpah et Sergio Leone (comptant un Afro-américain, un Asiate et un Amérindien, sa horde de mercenaires est déjà davantage métissée), tout en renvoyant également au western classique avec un Ethan Hawke… hawksien, digne de Dean Martin dans Rio Bravo. Si cette version tient ses promesses, c’est qu’elle n’en fait pas de trompeuse, dans le sens où ce remake ne cherche pas à supplanter le film initial. Il s’agit plutôt d’une variat

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Sept extra !

ECRANS | Le film de John Sturges, qui a véritablement lancé la carrière de Steve McQueen en 1960, ouvre ce mercredi à la Salle Juliet Berto un cycle baptisé "En route vers l’Ouest". Merci le Ciné-Club de Grenoble !

Vincent Raymond | Dimanche 3 janvier 2016

Sept extra !

Avant de voir Les Huit Salopards de Tarantino, en salle mercredi, les amateurs de six-coups galoperont vers la salle Juliet Berto, où le Ciné-Club de Grenoble entame le cycle "En route vers l’Ouest". Et pour ouvrir ce pèlerinage, on aura droit à un monument de l’âge d’or du western, datant de cette époque où les Hawks, Ford et Wellman achevaient leur carrière, laissant place à une nouvelle génération intégrant Leone, Eastwood, Siegel, Peckinpah… Faisant la liaison entre ces deux ères, John Sturges dresse un pont entre l’Ouest américain et le Pays du Soleil levant en signant en 1960 Les Sept mercenaires. Volontiers considérée comme canonique dans le genre western, cette œuvre d’anthologie se trouve en effet être le remake, ou plutôt la transposition, des 7 samouraïs (1954) de Kurosawa. Rien d’étonnant à cela : "rōnins" et cow-boys solitaires sont des cousins proches (voyez le Yojimbo de Kurosawa et le Shane

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