Avec "Apnée", les Chiens de Navarre ne manquent pas d'air

ECRANS | de Jean-Christophe Meurisse (Fr., 1h29) avec Céline Fuhrer, Thomas Scimeca, Maxence Tual…

Vincent Raymond | Mardi 18 octobre 2016

Deux hommes et une femme pénètrent dans une mairie en robe de marié-e pour convoler ensemble. L'élu, excédé, leur signifiant que « ce n'est pas encore possible », ils partent alors à la poursuite de chimères, se heurtant au passage à diverses contingences du réel… Au générique, le trio fait du patin à glace avec pour seule tenue des masques de catch mexicain, avant de barboter dans une baignoire placée dans la vitrine d'un magasin.

Rien n'effraie la compagnie théâtrale Les Chiens de Navarre dans ce collage aussi inégal que foutraque : les séquences s'enchaînent comme des petites saynètes indépendantes, selon les règles souples du coq-à-l'âne et au gré d'une fantaisie absolue. À croire que le film a été fabriqué en semi-impro durant les périodes de vacances de la troupe, comme une récréation. Cela ne gâche pas sa fraîcheur, mais en fait un objet relativement anodin, car convenu dans sa forme – Apnée n'est pas À bout de souffle non plus, si vous voyez la fine allusion.

Mentions spéciales toutefois à quelques idées rigolotes post-surréalistes (tel le Christ décrucifié incapable de marcher sur l'eau), à la satire bien sentie du monde de l'immobilier, aux interprétations de Jean-Luc Vincent (déjà, de loin, le meilleur comédien dans Ma Loute) et Thomas Scimeca (prochainement à l'affiche du Voyage au Groenland de Betbeder) ainsi qu'au clin d'œil involontaire à la créature velue de Toni Erdmann, doublement représentée ici. Les Chiens de Navarre ont du flair…


Apnée

De Jean-Christophe Meurisse (Fr, 1h29) avec Céline Fuhrer, Thomas Scimeca...

De Jean-Christophe Meurisse (Fr, 1h29) avec Céline Fuhrer, Thomas Scimeca...

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Céline, Thomas et Maxence marchent toujours par trois. Comme la trilogie de la devise républicaine. Ils veulent se marier, une maison, un travail, des enfants sages et manger tous les jours des huîtres. Insoumis et inadaptés à une furieuse réalité économique et administrative, ils chevauchent leurs quads de feu et traversent une France accablée, en quête de nouveaux repères, de déserts jonchés de bipèdes et d’instants de bonheur éphémère.


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"Notre dame" : archi réussite

Cinema | Pâques aux tisons, Noël au balcon… des cinés. Grâce à Valérie Donzelli, la cathédrale de Paris revit à l’écran, personnage secondaire d’une délicieuse fantaisie sentimentale, burlesque et fantastique. Où il est aussi question de la place des femmes au travail et en amour…

Vincent Raymond | Mardi 17 décembre 2019

Architecte tyrannisée par son patron, maman séparée d’un ex un brin crampon, Maud Crayon mène plusieurs vies complexes en une. Et voici que par un étrange coup du sort, elle remporte sans avoir concouru le réaménagement de Notre-Dame et se retrouve enceinte. Alléluia ? Les méchantes gens et autres mauvaises langues trouveront une corrélation entre la non-présence de Jérémie Elkaïm au générique et la réussite du 5e long métrage de Valérie Donzelli ; bornons-nous à pointer cet amusant détail, sans en tirer de perfides conclusions. Charmant bijou de joliesse, Notre dame est une irrésistible comédie sentimentale, sérieusement drôle et drôlement sérieuse, s'accommodant d'une once de magie : le fameux "réalisme magique" tant prisé par les romanciers de Garciá Márquez à Murakami, qui n'est rien d'autre qu'un habit poétique ou métaphorique du fatum à l'intérieur d'une fiction. On croit rêver Au reste, la singularité surnaturelle n’en est plus une dès lors que l’on considère Notre dame, dans son ensemble, comme une extrapolation de notre monde passé à travers la moulin

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"Le Voyage au Groenland" : père pas le Nord

ECRANS | de Sébastien Betbeder (Fr., 1h 38) avec Thomas Blanchard, Thomas Scimeca, François Chattot…

Vincent Raymond | Mardi 29 novembre 2016

Match retour pour Thomas. Flanqué de son pote Thomas, il atterrit à Kullorsuaq, le village où vivent les deux Inuits qu’il avait hébergés chez lui dans le court-métrage Inupiluk… mais surtout où s’est réfugié depuis des années son père Nathan. L’occasion pour eux de briser la glace… "Buddy movie" (film de potes) à la française (c’est-à-dire incarné par deux anti-héros dotés de physiques improbables et surtout de coiffures façon yorkshires morts), cette comédie oscillant entre le burlesque et le mélancolique déroule une suite de gags gentiment frappés inspirés par le dépaysement et les différences culturelles, avant de glisser vers le tendre et le pudique des liens familiaux. Malgré la prévisibilité de la trame, c’est parfois cocasse dans le décalage – lorsqu’il s’agit par exemple pour les Thomas d’actualiser leur situation d’intermittents avec une connexion Internet préhistorique, ou bien touchant lorsque le fils et le père doivent accomplir les derniers mètres avant de s’étreindre. Petit tacle au passage à la B.O. signée Minizza : le collectif ne s’est pas trop gelé les doigts faisant une simili variation de Jean-Michel Jarre emmitouflée d

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Inupiluk + Le Film que nous tournerons au Groenland

ECRANS | De Sébastien Betbeder (Fr, 32 min + 32 min) avec Thomas Blanchard, Thomas Scimeca…

Christophe Chabert | Mardi 24 février 2015

Inupiluk + Le Film que nous tournerons au Groenland

Après le très réussi 2 automnes, 3 hivers, Sébastien Betbeder est revenu au format court avec Inupiluk : en trente minutes bien tassées, il suit deux potes hipsters et glandeurs, Thomas et Thomas, qui accueillent Ole et Adam, venus directement du Groenland pour passer quelques jours en France. Ponctué par des notations intimes (le père de Thomas vit au Groenland, sa copine ne répond plus à ses SMS), Inupiluk s’amuse du décalage de langue et de culture pour tisser un récit de vacances à la Jacques Rozier, de la Tour Eiffel à la dune du Pilat. Cette sensation de liberté et d’improvisation est franchement séduisante, et Betbeder confirme sa capacité à séduire un air du temps contemporain qui laisserait l’inquiétude à la porte. Pour cette sortie en salles, il y a adjoint un autre court, Le Film que nous tournerons au Groenland, qui en est le prolongement logique : les deux acteurs retrouvent le cinéaste pour élaborer une suite où cette fois-ci ce sont les Français qui partiraient dans le village de leurs nouveaux amis gro

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