"The Other Side" : le Mois du documentaire joue les prolongations

ECRANS | Il devait s'arrêter ce mercredi 30 novembre. Mais c'était sans compter sur Mon Ciné, à Saint-Martin-d'Hères, qui organise une soirée jeudi 1er décembre autour du film "The Other Side". Bonne idée.

Vincent Raymond | Mardi 29 novembre 2016

En théorie, la 17e édition du Mois du film documentaire s'achève dans toute la France le mercredi 30 novembre. Pas à Saint-Martin-d'Hères, où Mon Ciné résiste encore et toujours aux règles par trop contraignantes, en prolongeant de quelques journées cette fenêtre sur ce genre d'une richesse aussi insondable que méconnue. En programmant tout d'abord le très réussi film d'Olivier Babinet Swagger, une œuvre de création collaborative s'attachant au quotidien comme aux aspirations d'ados de banlieue parisienne. Et en projetant le 1er décembre en ciné-rencontre (puis plusieurs jours ensuite en séance seule) une œuvre insolite et âpre de Roberto Minervini sortie l'an dernier : The Other Side.

Auréolé d'une sélection cannoise (catégorie Un certain regard, fort appropriée), le film nous plonge dans la misère la plus crasse : celle d'un peuple déclassé vivant en Louisiane. Gueules ravagées, chicots noirâtres, silhouettes émaciées ou marquées par les carences, les êtres passant devant la caméra de Minervini sont accros aux stupéfiants (crack, alcool) ou au sexe – tel est le cas de Mark et Lisa, son couple "vedette". Entre deux trips et trois déambulations dans les zones fantômes d'une Amérique en ruine, on capte les grondements prémonitoires des oubliés de Washington.

Tourné deux ans avant l'élection présidentielle qui a vu le triomphe de Donald Trump, ce documentaire anticipe ce qui ressemble à une nouvelle Sécession. Organisée en partenariat avec l'Institut des langues et cultures d'Europe, Amérique, Afrique, Asie et Australie de l'Université Grenoble Alpes, la séance du jeudi sera donc suivie d'une rencontre-débat avec Pierre-Alexandre Beylier et Gregory Benedetti, enseignants-chercheurs à l'Institut grenoblois des langues et cultures d'Europe, Amérique, Afrique, Asie et Australie.

The Other Side
À Mon Ciné (Saint-Martin-d'Hères) jeudi 1er décembre à 20h


The Other Side

De Roberto Minervini (Fr, It, 1h32) avec Mark Kelly, Lisa Allen...

De Roberto Minervini (Fr, It, 1h32) avec Mark Kelly, Lisa Allen...

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Dans un territoire invisible, aux marges de la société, à la limite entre l’illégalité et l’anarchie, vit une communauté endolorie qui fait face à une menace : celle de tomber dans l’oubli.


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"Swagger" d'Olivier Babinet : à l’école de la classe

ECRANS | Portrait d’une banlieue par des jeunes qui la vivent au présent et ont foi en l’avenir, dans un documentaire de création bariolé, sans complaisance mortifère ni d’idéalisation naïve. Stimulant.

Vincent Raymond | Mardi 15 novembre 2016

Ils se prénomment Aïssatou, Astan, Aaron, Elvis ou Mariyama… Vivant dans des cités de périphérie, ces adolescents dépassent la facile caricature à laquelle ceux qui ne les ont jamais approchés les réduisent. Pour un peu qu’on consente à les rencontrer ! Le réalisateur Olivier Babinet, lui, les a écoutés durant des semaines, et construit en leur compagnie ce singulier documentaire débordant de fantaisie, de liberté et surtout d’espoir. Film stylé, Swagger est ainsi autant une collection de témoignages qu’une œuvre de création chamarrée ; un puzzle assumé et dynamique se pliant autant à l’imaginaire immédiat de ses protagonistes qu’à leurs projections. S’ils décrivent du quotidien pas forcément folichon avec lequel ils doivent composer au prix d’une sacrée créativité, les onze ados du film sont aussi les acteurs d’un changement en cours. Que la caméra, complice magique, transpose parfois dans une imagerie hollywoodienne ou clippée – voir les défilés vestimentaires de Paul et Régis, deux jeunes mecs ayant su affirmer leur identité à travers leurs fringues. Ou qu’elle anticipe en se faisant l’interlocutrice de Naïla, dont les yeux

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ECRANS | De Roberto Minervini (Ita-Belg-ÉU, 1h41) avec Sara Carlson, Colby Tritchell…

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Le Cœur battant

Vu il y a plus d’un an à Cannes, Le Cœur battant (Stop the pounding heart, titre original) a laissé un fort sentiment de gêne lié à son mélange indiscernable de documentaire et de fiction, mais aussi à son point de vue pour le moins ambigu. Minervini choisit de filmer une famille comme on en trouve dans le Sud des États-Unis, c’est-à-dire une main sur la Bible, une autre sur le canon de leur fusil. Ils élèvent des chèvres mais surtout ils vivent selon des préceptes religieux rigoristes façon Talibans chrétiens – pas d’école mais un enseignement maison, pas de recours à la médecine… La mise en scène en fait un portrait élégiaque, notamment de Sara, jeune fille blonde et angélique qui tombe amoureuse de Colby, amateur de rodéo, et se demande si elle doit lui offrir sa vie. La posture du cinéaste se veut ethnologique, mais sa façon de scénariser le réel et d’esthétiser les situations finit par provoquer un embarras total : est-il fasciné par ce clan de mabouls (le discours, terrifiant de puritanisme, de la mère à sa fille ne laisse aucun doute sur leur degré de régression dans l’échelle de la culture et de la civilisation) ou pense-t-il que le spectateur s

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